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GROUPE COMMUNAL SOISSONNAIS 






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MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



BIBLIOTIIÈQUR 

DE L'ÉCOLE 



DES HAUTES ÉTUDES 



UU MINISTÈRK DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



SCIKNCKS IIISTOHIQUKS KT PHILOLOGIQUES 



CEKT SOIXAWTE-SEPTIÈME FASCICULE 
LA COMMUNE DE SOISSONS 
El' LE flHOUPE COMMUNAL S0IS80NNAIS 



G. BOURGIN 




PAIIIS 
MHlIAIlilE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, OUAI MALAQL'AIS 
19(18 



LA 



COMMUNE DE SOISSONS 



GROUPE COMMUNAL SOISSONKAIS 



G. BOUBGIN 

HE riB l'Ego LR fbançatsi! i'e h 




t>ARlS 
LIBKAIRIE HONORÉ CHAMPION, ÉOIÏEUR 

5, QUAI UALAQUAIS 

1908 

Toiu dnA\a réserréi 
C«t oaTTaga forma l< laaoisulc ISI* di la BlbltalhiiiuB ds l'Ëoole d«s BsaUs Ëtudsi. 



^V BlbUotliAqoi! de t'Aoolo îles Hautes AtodM ^êwiiliim <\m n-Msnvtm 

^^1 l.i,.i..ri^.i/-= .n ,.l.iloloel.iuc»). 


^^H Li-i' ' < >., jim(u'A (^' jour. 


^^B luil^niHla.mr.c..* i,..i. 1 u». Induit |ir» A. l^^rrralX» 1 


^^B > 1 ' 1:'. Ulnt. 7rwIiUl|iacA.llaUrx. ttr. 
^■P '1 . . » J.>ii>i>llqin> "t » i-ii|>te. par G. Mami 


^K .'-aUuJi». t"il>Ui'*|>iU'[i. Paiw, cr UPuitf 


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Sur l'avis (if M, Ferdinand Lor, directeur KilJKiiil des otnfé- 
rences d'histoire, et de MM. .Iules llov et Man-el 'rMK%'KNiN, ooin- 
missaîres resp<msables, le prt-sent niénioii'c a vulu ;■ M. Gcui-ge» 
BouBGiN le titre d'clèvc JifilÔFiiô de la Section il'liiMoire ri t!r 
philoloffic de l'École pratique <les Hauie.i Elmiri. 

Paris, le 2i juin IWMl. 



Sij;».-: V. I,.J 



Signé : J. Rov. 

M. TllftVKNfN. 



Sifîlt.'- 



MoNOlj. 



INTRODUCTION 



J'ai montré récemment comment, depuis que les histo- 
riens avaient abordé l'étude des institutions municipales 
dans leurs origines et leur premier développement, bien 
des conceptions aprioriques et exclusives avaient été 
acceptées par les uns et les autres, et j'ai conclu à la 
nécessité d'éclairer cette étude par l'analyse des faits 
économiques que nous pouvons atteindre ^ L'histoire que 
je présente de la commune de Soissons et du groupe 
communal soissonnais répond à cette préoccupation. En 
examinant d'aussi près que possible les causes de la 
commune de Soissons, j'ai voulu déterminer les raisons acci- 
dentelles et les raisons profondes de cette commune, et 

i. Dans la Hevue de synthAne historique, 1903, t. VII, p. 302-327, sous 
le litre de : Le» études sur les origines urbaines nu moyen âge, — Depuis 
celle époque, un certain nombre de travaux importants sur la question on! 
|)aru. A signaler principalement Tt'^tudo de Pirenne, Les cilles flamandes 
avant le XW siècle (dans Annales de l'Est et du Nord, 1905, p. 9-32), et 
celle de L. Vanderkindere, L'évolution des communes flamandes (Ibid., 
p. 321-367), 'dont les conclusions se rapprochent beaucoup des miennes. 
De ces travaux, où sont reprises diverses théories concernanl les origines 
urbaines, il faut rapprocher : Jaromir Çelakovsky, Sur la source des lois 
municipale» au moyen lige (Prague, 1903, in-i2},(|ue je ne connais que par 
les comptes rendus ;Geddes,Cêp/c«/isa/)/j//>(/sor/o/o(f/jy, dans les Sociological 
PaperSj pub. par la Sociological Society, Londres, 1904, in-8 ; Sieveking, 
Die miitelalterliche Stadt.ein Bcitrag zur Théorie der Wirtschaftsgeschichte, 
dans Vieterljarhrschrift fur Sozial- u. Wirtschnftsgesch ., 1904, t. II, 
p. 177-218; G. Arias, // a/s/ema délia costit uzione économies e sociale i ta li an a 
neir etk dei comuni, Turin-Rome. 1905, in-12; F. Gabotto, Intorno aile 
vere originicomunali^ d'Ans VArchirio storico italiano, 1905, sér. 5, t. XXXV, 
p. 65-81 ; (^ Capasso, // « perganimus » e la prima età comunale a Ber- 
gamo, dans VArch. stor. lombardo, 1906, sér. 4, l. XXXVI, p. 339, spécia- 
lement, qui insiste sur le caractère agricole de l'économie de Bergame. 
Parmi les études de détail, en dehors des «pielques livres signalés au fur 
et à mesure dans les notes, je ne retiendrai ici que M. Hauchoud, La Jus- 
lice criminelle du magistral de Valenciennes au moyen âge, Paris, 1904, 
in-8 (avec le C R. de (lollinet, dans la \our. R. hist. de droit, 1905, 
t. XXIX, p. 544-547). 

BouRoiN. — Histoire de la commune de Soissons. a 



Il INTRODUCTION 

vérifier ainsi la complexité des phénomènes, — politiques, 
religieux, moraux, — qui ont abouti à son avènement, 
et parmi lesquels les phénomènes économiques, malheu- 
reusement difficiles à discerner, me paraissent jouer un 
rôle prépondérant. 

Je n'ai pas cru devoir borner là ma tâche. Le danger 
des monographies purement communales est d'amener 
leur auteur à des généralisations assez précaires, parce que 
ces généralisations reposent sur des constatations trop 
limitées. Je crois avoir évité ce péril, en faisant Fhistoire 
sommaire des villes où la charte de Soissons a été intro- 
duite ' ; par là même, ce qui reste d'obscur dans l'histoire 
de Soissons s'éclaire et se précise, et Ton peut, d'un 
groupe de faits similaires, tirer des indications d'ensemble, 
on pourrait presque dire la loi selon laquelle se sont 
organisés, dans certaines conditions données, certains 
groupements urbains au moyen âge '. 

Ce qu'est cette loi, ce travail, je l'espère, parviendra a 
le montrer, et je me permets de renvoyer, dès maintenant, 
à ma conclusion, où je la formule. Dans cette introduc- 
tion, je voudrais seulement établir quelle est la place de ce 
travail parmi ceux qu'on a consacrés à la transmission dea 
textes communaux, et rechercher, d'une façon générale, 
quels sont les modes de cette transmission. 



1. J'insiste sur la considération que cette histoire est sommaire. J'ai 
retenu de cette histoire ce qui intéresse le développement des institu- 
tions municipales, — phénomènes politiques et phénomènes économiques. 

2. Les Établissements de Rouen d'A. Giry (Bib. de VEc, des Hautes- 
Études, no« 15 et 19. Paris, 1883-1885, 2 vol. in-8), et les Coutumes de 
Lorris de M. Prou (Paris, 1884, in-8. Extrait de la Nouv. /?. historique de 
droit) ont été, en France, des modèles de travaux synthétiques et onl 
déterminé des lois d'ensemble analogues à celle (jue j'ai été soucieux de 
dégager. — A Prou, joindre A'our. Bev. historique de droit fr. t étr., 
1904, p. 747-75 i, sur la (Concession des coutumes de Lorris aux habitants 
de Nivelle, en 1174. 



iNTRODrcridN 



Transmis.iion des tedtes commun;! 



Les Charles de certaines communes se sonL propagées 
lanLôl dans des villes analoj^ues. par les modalités poli- 
tiquesi ou économiques, à celle h qui la concession pri- 
mitive avait été faite, lanlôl dans la même province, et 
il est ainsi possible de faire un classement relatif dans la 
diversité des textes '. A. Luchaire a même voulu ramener 
k sept types les charles communales du xu'- siècle - : cet 
essai est inadmissible, la réalité est plus complexe. Sans 
doute la charte de Mantes s'est appliquée à Pontoise. à 
Chaumont, k Poissv. à Meulan, aux Andelis \ celle de 
Saint-Quentin à Eu, Ham, Cliauny, Hoye, Gamaches, 
Airaines ', celle de Péronne à Cappy, Bray-sur-Somme, 
Athies. Filliêvres, Hesdin, Bapaume, Aire et Arras '. 
Mais dans le Laonnais, c'est l'institution de paix de H2H 
qui serl aux communes rurales du pays, de même qu'à la 
commune instituée à Heims vers U4IJ '■. Encore est-il que 
la charte de Reims se propape dans la localité de Binarville 
1331 ', tandis que la charte de Laon moditiée est 
transportée k Marie et à La Fère *", que la loi du pays 
L laudunois s'applique à au moins 31 locaUtés des départe- 
I ments de l'Aisne et du Nord et de la province de Haînaul ", 

1, Eamein, Courx Mément . rVhat. du ilroil /"/-., i' M., Pnris, tflCll, in-», 
■ ,p. 302-303; Cli, Gross, The gild merehant. O\\orà, \WM), În-R, Appi'iid, 
Ko, The affiliatiùn af mertieval borùugk*. 

2, Ltt commune» françaites, Paris, i890, p. 187-139. 

3, là..ibiil.. p. 131: lîpgcl, SiMie and andr,,. I.eipiip. 18!M. i.i-M, I II. 

|p. sr>-6fi. 

♦ . Luchnire, »/),(■/(,. |i. i;!S-i;t;i. 

&. Id., ihid.. p. I3!t 

». Id., ibid., p. 138. 

1. M. Poiusignon, UUl. ffénfnle dr Champagne rt de Hrie,\ .\. Paris, 
|188B, iii-8. .\ppeiid.,ii° 11, p. 450-164 

8. Mellevillc, Hinl. de la vUlr. pI des ùren de Coucy-le~ChAtea<i, Paris. 
L 1848, in-8, p. 278 a([. et 291. 

I 9. L.Vanderki[i(Iej-e, Un rillagede Hainaut au Xll' niécle, loi rfc Prhebn. 
[ Braxeltes, 1»U4, in-8, p. 6 et IS f^ilr, des Mél. Frédéricif). 



IV iNTRonrCTION 

Certes, les établissements de Rouen ont été introduits par 
les rois d'Angleterre et de France dans un grand nombre 
de villes de Touest de notre pays *, et leur domaine est 
parfaitement délimité. La propagation des coutumes de 
Lorris *-', ou de la charte de Beaumont-en-Argonne * Test 
beaucoup moins. En Champagne, on a constaté Textension 
de quatre types de textes communaux : 1^^ Bussy-le-Châtel, 
Ainaumont, Villiers-en-Argonne ; 2** Meaux, Fismes, 
Écueil ; 3^ Troyes, Provins, La Ferté-sur-Aube, Bar-sur- 
Seine ; i^ Neuville-au-Pont, Florent, Passavant '*. L'histoire 
de Textension de la charte de Soissons montre fort bien 
quelle est la complexité des rapports qui unissent entre 
eux les textes communaux d'un même type : dépendant 
largement de la charte de Beauvais, la charte de Soissons sera 
introduite dans les communautés ruralesdu Soissonnais, à 
Compiègne, que d'autres relations unissent à Beauvais, à 
Senlis, par où la charte soissonnaise sera introduite dans deux 
localités du Beauvaisis, à Sens, pourtant éloignée de 
Soissons, à Meaux, à Fismes et à l^cueil, qui font cependant 
partie du domaine de Champagne, à Dijon enfin, par où 
la charte de Soissons, plus ou moins modifiée, pénétrera 
dans toute la Bourgogne. 

Cette complexité permet de comprendre que l'institution 
florissante des « chefs de sens », caractéristique de la vie 
communale en Flandre, n'a pu trouver d'application en 
France \ Cette institution, en dehors de son rôle judi- 



1. A. Girv, Lna Efahlissernenfs fie liouen. 

2. M. Prou, Les coutumes do Lorris; Xnuv. Ih'v. hisl., 1904, p. 747-754-. 

3. Bonvalol, Le tiers état (Faprès la caiitunie de Beaumnnt^ Paris, 1K83, 
in-8 ; G. KurUi, La loi de Beaumont en Belgique^ \Àb.ç;o^ 1881, in-8. 

4. R. Bourgeois, Du mouvement communal dans le comté de Champagni^ 
aux XII'' et XIII'' siècles, Paris. lOO'f, in 8, p. r)8-H9, ot la contribulion 
d(^jh ciléo do !.. Vanderkindcro sur la loi de Prisclies. 

."). Lameere, Le recours au che/'desens dans le droit pamiind, I^riixelles, 
1879, in-8. Sur l'extension do celto institution dans le nor<l de la France, cf. 
Luchaire, op, cit., p. Ii8-149. 



INTRODUCTION V 

ciaire * et militaire ', a permis aux communes qui y 
étaient soumises d'interpréter leurs textes constitutionnels 
dans les meilleures conditions possibles -K En France, on 
dut établir, pour Tinlerprétation des chartes communales, 
des règles assez précises '• ; mais la ville à laquelle avait 
été empruntée sa charte put rarement jouer le rôle d'ar- 
bitre dans le cas d'un conflit entre ses filiales : ainsi, en 
1270, ce ne fut pas Soissons, mais le Parlement, qui refila 
un conflit constitutioimel entre les communes de Sens et 
de Compiègne '. Pourtant, en M 82, on vit les magistrats 
soissonnais expédier aux communiers dijonnais un résumé 
des règles pratiques d'administration observées à Sois- 
sons ^, et, en 1264, résoudre certaines difficultés survenues 
dans la commune de Beaune ' : ce sont les deux seuls 
exemples connus de Faction « mélropolitaine >> de Soissons. 
Dans ces conditions, il est bien difficile de dire de 
quelle façon s'est opéré le transport de tel texte com- 
munal de telle ville dans une autre, d'autanl plus que 
nous ignorons le mode de rédaction des textes commu- 
naux. Nous ne connaissons qu'un moment de l'histoire de 
ces textes, celui où leur confirmation a été copiée sur les 
registres royaux : dès lors, il était possible d'adresser aux 
communes en formation une expédition de la charte, 
choisie d'une façon ou d'une autre, 'pour des motifs qui sont 
ordinairement peu analysables, et que les nouveaux com- 
muniers modifiaient plus ou moins pour l'adapter aux 

1. Luchaire, o/>. ci/., p. I i-0 ; Kuiick-Breiilano, /^p-s itairs dt* France, 
dans Méi, Monod^ Paris, IHOO, iii-8, p. 3o4. 

2. A. (iirv, lli»f. de tu ville de Saint-Omcr, Paris, 1H77, iii-8 .Bib. de 
rÊc. dos H.-Ét., 11"^ 31), p. 11)8-11ML 

3. Luchaire, o/>. cit., p. 148. Sur celte inlerprélatiou, cf. pour Lou- 
vain, Wauters, Libérien communnlesy Bruxelles, 186^-1878, 3 vol. in-8, 
t. III, Preuves, p. 170. 

4. Esiuein, Cours élâni,, p. 2*j!> el a. i . 

5. Olim, t. I, p. 820 827, n" XXVIII. Il sa^-il de rarreslalioii par la 
commune de Compièj^ne d'un bourjLifeois de Sens qui n'avait pas tenu 
certaines clauses d'un contrat de vente. 

6. Voy. P. .1., n« 17. 

7. Voy. p. 391-302. 



VI INTRODUCTION 

besoins de leur municipalité autorisée. Mais au début, 
Textension des textes communaux peut, à mon avis, 
s'expliquer en partie par Faction personnelle des évéques 
dans les diocèses ou les cités desquels s'étaient installées 
des communes. On verra par exemple quelle a été sur 
Lisiard de Soissons l'influence des événements de Beauvais 
et d'Amiens *. (]'est une illusion de considérer les com- 
munes comme des compartiments étanches, la vie locale 
comme entièrement repliée sur elle-même : certaines cir- 
constances à ce point de vue sont frappantes. En 1140, 
c'est à Compiègne que Louis V'^II fait jurer la commune 
par le maire et les jurés de Noyon '^ ; quelques années plus 
tard, Compiègne a une commune, modelée, il est vrai, sur 
celle de Soissons. 

Il n'est pas exagéré de prétendre que Faction de Tépis- 
copat, dans la France proprement dite, remplace celle des 
(( chefs de sens » de la Flandre et de la France du nord. 
Les évêques interviennent particulièrement à l'occasion des 
querelles intestines des communes : en 1172, l'archevêque 
de Bourges, les évêques de Tournai, Beauvais et Amiens, 
puis l'évêque de Térouanne et l'abbé de TAumône doivent 
régler la contestation pendante entre l'évêché et le chapitre 
de Laon d'une pari, les bourgeois de la ville de l'autre ^ 
Kn 1201, Nivelon de Chérisy, évêque de Soissons, sert 
d'arbitre entre la commune et l'évêque de Noyon '•. Pierre 
de Nemours, évêque de Paris, et Garin, évêque de Senlis, 
règlent en 1215 une contestation entre l'évêque d' Amiens, 
Evrard de Fouilloy, et la commune de cette ville, relative* 
ment au paiement d'une amende imposée pour une excom- 
munication •'; en 1224-25, Garin de Senlis intervient dans 

1. Vov. i>. 8:i-80. 

2. A. Luchaire, Elude sur le.s actes de Louis VII, Paris, 188;», in-f", (latal.^ 
n« :i7, p. 117-118. 

M. Id., ihid., n«6-20, p. 290. 

4. A, Lefranc, Hisl, de Noyon, Paris, 1887, in-8 (Bib. de TEc. des II. -Et., 
n« 7")), P. J., n» 28, p. 206-207. 

5. De Beauvillé, Documents inédits concernant la Picardie, Paris, 1860- 
1881, in-4, t. IV, p. 39. 



l,NTHO|}i;r.TII)N Tll 

IcsafTairei^de la comiiuiiie de Soisâons '.Quatre ans plu» lard, 
les évêques de Soissona et de Beaiivais jugeiil la querelle 
pendante entre la commune de Beauvais et le chapitre de 
Saint-Quentin (2 août 1228) K 

On voit même les évêques s'adresser le>i ima aux autres 

des consultations touchant le droit municipal qui régit 

leurs cités respectives. Ainsi, en 1208, Philippe de Dreux, 

évéque de Beauvais, donne à Hichard de Gerberoy, évêque 

d'Amiens, des renseignements sur la coutume observée à 

Beauvais lorsqu'un habitant en frappe un autre le dimanche 

ou un auli'e Jour '. La même année, GeolTroy de Senlis 

précise les cas où ont lieu, à Senlis. des poursuites crimi- 

oelles, afin d'éclairer la religion du même Richard '. Encore 

en ii08, Etienne de Nemours, évéque de Noyon, apprend 

h l'évêque d'Amiens quelle est la sanction des poursuites 

exercées, dans son diocèse, contre les laïcs qui se livrent k 

des voies de failles dimanches et jours de fête solennelle '. 

Ainsi, quelle qu'ait été l'hostilité de l'église un général 

contre le niouvemeril communal, il est certain que les 

évêques ont pu jouer parfois un rôle vraiment actif dans 

la politique munieipale, et il est tout » fait admissible de 

penser qu'à l'intérieur d'une même province eccléHiastique. 

oii les réunissaient tes assemblées canoniques ou exlraor- 

[ dioRires, ils aient pu servir d'agents de transmission de 

[ tfixtes constitution nelw. — agents volonlaire« ou non, 

I conscients ou non. Or, on constatera que la charle coinmu- 

; nale de Soissons s'est avant tout introduite dans des villes 

|> qui appartenaient à la province ecclésiastique de lleims ; 

' n'y a-t-il point là une preuve iudii-ecte de l'opinion que 

j'ai émise? 



i. Voy. P. .l.,n- 17. 

i. Bib. Nat., iiouv.i.c.|, 1 

3. De Besuïillé, op. rit., I. 

4. Id., ibid..p. 36. 

B. Id., ihiil., p. 37. Joindre 
L xtéaienne par l'évêque, en ■ 
p. I30i. 



V!II INTRODL'CTiO> 

D'autre part, telle circonstance politique a pu avoir son 
importance. Pour la charte de Soissons, les possessions du 
duc de Champagne dans le Soissonnais *, les voyages du 
duc de Bourgogne en 1 183 'peuvent être parmi les causes 
de son introduction en Champagne et en Bourgogne '. 

Enfin les marchands communiers voyageaient, et, sans 
même qu'ils introduisissent, dans les villes qu'ils visitaient, 
un droitspécialàleiircorporation, comme Ta pensé Pirenne ', 
ilsy faisaient du moins pénétrer le renom du statut politique 
sous lequel ils vivaient. Au xiii* siècle, les relations entre 
communiers habitant des cités^ relativement éloignées sont 
assez précises et nombreuses pour que se soient établis 
entreles administrations communales des rapports d'un ordre 
tout nouveau : je veux dire que tel emprunt lancé par telle 
commune a pu être en partie souscrit par des bourgeois 
d'autres communes \ Malheureusement, on n'a, à ce point 
de vue, d'indication que pour les petites communes : les 
comptes municipaux n'indiquent pas d'ordinaire la situa- 
tion des créanciers urbains. 

D'ailleurs, jamais il n'y a eu identité absolue d existence 
pour les villes qui ont suivi les mêmes coutumes : presque 
jamais les villes n'ont été régies par des textes absolument 
identiques '•. La vie municipale, en France, a été beaucoup 
plus (( locale » qu'en Allemagne et en Italie, où les com- 
munes, d'un individualisme moins outré ', ou d'un sens 
politique plus aigu, ont pu constituer de véritables confé- 



1. Voy. p. 2%. 

2. Voy. p. 36i. 

3. Voy. 111* partir, chap. V el VII. 

4. C(. k»s coinples de Vailly et de La Neuville-Hoi (Aayp//e.s, n«* fO»oel 
4628, t. III, I». .i55.:)50 et 542 ." 

5. LuchnïvVj Lps communes frunrHÎSf's^ \t. li-T. 

f). On voit en mai 1810 le roi de France Philippe le Long donner au prévôt 
de Paris la mission de recevoir le serment des échevins de Gand Arcli. 
nat., JJ 59, f° 9 v".i; mais cette cii constance est exceptionnelle. 

7. Cela n'est vrai, bien entendu, que pour une période limitée de leur 
histoire. Le moyen âge n'est pas, à proprement parler, l'époque de la 
virtù. 



dérations urhaiiics '. Néanmuins, pour le •' groupe » que 
j"ai éludié, cerlaines euuclusioiis tl'etitieinble ressortironl 
d'elles-mêmes de l'étude de chaeuiie des coiiuuunes exami- 
uées, et fiualemenL un peut dire que, si le mode pi'opremenl 
(lil de Iraumnissioi) de* lexte* noue échappe eu général, 
pour ce groupe en pîirliculier, les caractères de la charte 
soîssonnuise et réconumie tie In ville où elle s'est dévelop- 
pée ef des \iile.'i où elle a été introduite sont en telle 
correspondance que l'extension (le celte charte n'est pas 
un fait accidentel, mais un fait nécessaire, déterminé par 
des analogies évidentes ■'. 



/,e.ï sources de l'hisloire de ISoiason-s. 
Hisloriofiruphie el nrchives soissonnaises ^. 

Ilu examinant les //7/.v/es de Soîssons, j'ai fait 1res soni- 
mairemenl leur histoire, et dressé, en tête de chacun des 
chapitres qui les concernent, une bibliographie rapide, mais 



I. Luolioii-e, ii/Li-it., p. I!il). 

L II y 8 (fiieli|iip uiinlugie enliv le {H'ublème ilt; la réparlition i-é^itintiU' 
t lentes cdiumuuaux et le problème de la i-édflction des cahiers des 
paraisses en t78a. Sur ce (loi'nier poiot, of. Wnltei's. Stadien ûber Agrar- 
satUnde and Ai/rurprubleme in Frankreich von 1700 bit 1790, Leipzig'. 
(90S, in-8 iStaatu-ii. toiiiiUuisg. Forich., t. XXII, cab. Y), p. 39 sq. — Sur 
Il question de IVxtertRinii dts textes coaimunaiu, ou ti-ouvera d'excellents 
meiits de eumpnraisoii lans les travaux suivaiils, non signalés dsns les 
^es pri'ci^denteii : K. Beycrié, Zui- Vcrfamiunggjfaich. iltr tîUidt Kunulun: 
im 12. u. t3. Jh., dan» Schripen det Venins fiir Geach. de> Budeniee». 
1807,1. XX VII, p. .13-,'>2j Mary BMlesoii.fîeconyï ofllie borough <if Leicttler. 
Camliridge, Uiiiversity Press, iHm, În-S :cf. Englisk hiilor. Heiiifw, 11)00- 
1901); V'. Frieseu. ti. Liesetfany, Magdeburi/er SehO/fenspriiehe, l. 1, Bei'lin. 
1901, in-H; Cl. Faure. Troi» eharte» de fmnfhisri du Oauphiné. liéaumonl 
Itai f). BeaurroiManl {431 ij. /lires, i taiO). diias la Xauvelle Herue l.inl. 
4t druit frani-uU H élraiiger. 1307. t. XXXI, p. :ty2-illl : Vilo U Mauliii. 
Staluti di Olfpaiio Roinanu det 13 Gennaro 1364, Rome, 1906. \a-H ; 
A. Vigie, Le» batlide» da Pfrigord, Montpellier, 1907, in-8. euaceiiiHiil 
rextensioD des chartes de CousUince, V'erneuilet Miigdebuurg, les charteb 
daaphiaoises el romaines, les chailes de Monclar et MontQanquin. 

3. Cf. uae noie informe sur ce sujet de Plateau, dans BuU. de Soingons, 
mi-lWâ (10051, t. XI, p. 38-30. 



X INTRODUCTION 

aussi complèle que possible. Il est nécessaire pour Sois- 
sons d'entrer dans plus de détails. Je serai d'ailleurs encore, 
mais non pas systématiquemenl, très bref : les sources sois- 
sonnaises sont très pauvres. 

I. — Soissons a été célèbre par les reliques gardées 
dans ses églises, el Thistoire de sa conversion au christia- 
nisme est pleine de légendes qui touchent aux saints les plus 
fameux de notre histoire religieuse. Elle a donc pu être le 
lieu d'une véritable école hagiographique. Sur les saints les 
plus anciens dont le souvenir intéresse ses origines chré- 
tiennes, on n'a que des textes sans valeur, et dont la localisa- 
tion n'est point faite *. Un des saints les plus respectés du 
Nord a été saint Médard, évêque de Noyon. Quelque temps 
après sa mort, l'évéque Fortunat raconta son existence ''^. 
Cette vie en vers de Fortunat, développée en prose ^, plus 
tard traduite en français % a peu servi à l'anonyme soisson- 
nais, qui, au cours du ix® siècle, reprit le récit de la vie 

1. Sur les saints Crépiu et Ciépinien, vie du vii« siècle (?), pleine d'im- 
possibilités, dans A A. SS., oct., t. XI, p. 535-540 ; dans les Acta, elle esl 
précédée d'un commentaire important, mais rempli d'erreurs, et où This- 
torien de l'abbaye de Saint-Cré[)in, Dom Élie, n'est pas mentionné. — Sur 
saint Rufiu et sainl Valôre, on n'a que la tradition du viii« siècle, repré- 
sentée par la Passio SS. liufini et Valeriani martyrum^ de Paschase Bad- 
bert, qui a écrit à Soissons (dans Opéra, éd. Sirmond, Paris, 1618, in-f», 
p. 1037-1687 ; dans Mij^^ne, P. A., t. 120, col. 1489-1508;. -- Sur les saints 
Sixte et Sinice, (ju'on veut faire les introducteurs du christianisme h la 
place des saints Crépin et C'.répinien ;cl*. D. Élie, Hiat, de S. (Jrespin^ t. 1, 
fo 25 sqq.), il n'existe qu'unevio anonyme et sans authenticité, dans A.i. SS., 
sept., t. I, p. 125-129 (cf. Commenlarius praevius, p. 118-125^ — Sur saint 
Prince, il n'existe pas de vie ancienne : sa légende est condensée dans 
VAbréyé de M. RegnauU (voy. p. xxxvii; elle est sans valeur (cf. .4.1. SS., 
sept., t. VII, p. 60-02 . Un moine d'Elnone, Milon,au ix*' siècle (^4/1. SS., loc, 
cil.) ou au xii" 'Molinier, Sources de l'hist. de France^ fasc. I, Paris, 1902, 
in-8, p. 1H>, a prononcé sur lui un sermon '.dans Surius, VUae Sunclnrum, 
au 25 septembre. — Sur ces saints, cf. I). (irenier, Inlrod. k Vhist. géné- 
rale de la Picardie, pub. p. la Soc. des .Vntitj. de la Picardie, Amiens, 
1856, in-4», p. 261-303. 

2. AA. SS.^ juin, t. II, p. 78-79; autre éd. par Léo, dans Mon. (rerni. 
Iiint., in-4°, Auct. antiq., IV, Fortunati (larniina, XVI, p. 44-48. 

3. .4^. SS., juin, t. II, p. 79-82. 

4. Otte traduction a servi à Le Vasseur pour ses Annales de l'église 
de Noyon ^ t. 1. p. 357. Cf. abbé Corblet. Xt)licr hist. fnir le culte de saint 
Médard, \miens, 1856, in-8, p. 6. 



de saint Médard ' : cel aiileur rapportf dans son prologue 
(jii'il a peu utilisé Forlunal : en l'ait, aprésavoirracontérexis- 
leiice de révêqut; de No^on, il insiste ftiir un événemenl 
particulier de l'hitutoire de l'abbaye de Saint-Mëdard à Sois- 
sons, dont on peut se demander s'il n'a pas été l'occasion 
de La rédaction de cette vie -'. L'épisode en question se 
retrouve dans un sermon d'Odîloii, moine de ce monastère 
h la fin du ix" siècle ^ et la question se pose de savoir, 
étant données par ailleurs les analogies du style, si ce n'est 
pas Odilon. auteur assez productif, qui a écrit la vie 
anonyme. Cette vie. ainsi que les textes de Fortunat, ont 
servi à Hadbod. évéque de Noyon, mort it Bruges en 
i(Hï< '. pour écrire une troisième vie de saint Médard, qui 
est sans intérêt '. 

Odilon est un moine de Saint-Médard, qui. vers 920, 
dédia à Ingran, prévôt de l'abbaye, plus lard évéque de 
Laon (932). un récit île la translation des retiques des 
saints Sébastien et Grégoire à Saint-Médard en 826, 
d'après une relation du prévôt Kouin, dont on révoquait 
en doute la vérité, et dont Ingran désirait une seconde 
édition '■, Odilon était assez instruit, curieux de littéra- 
ture hagiographiqut; ', ami de la pliilosoplûe ", avait une 

1, .1.1. SS.. juLii. t. 11, p. H-2.87. 
a. Ibid., p. 3fi. 

3. Dans Migne, P. L., l. 122, eol. fi3)-e;i2. 

4. Pourlatil le iineun relxlor dont cl parli- ilaiis son ni'cmoii col. iMIt- 
I «34) parait bien èlrc ranonvme. 

5. AA. .SS..juin,l. Il, p." 73. 

6. ifcW., p. «7-95, ou Migne, P. L., l. iXM. eol. t4'J!l-lbm. Sur lus 
rapports de ces vies. cf. Ilul. lill., l. V, p. ti61 ;".é. VI, p. ; 353 ; t. X, 
p. 408. — L'ablié Oirblet. o/j, cit., ji, IK. remarque ^u'un ordinaire de 

■ snint FirmiD le Confesseur, manuscrit du mv sii^cle b le bibliothèque 
Kd'AinteDe, u' 18B, contient douze leçons pour l'office de seinl Mddei-d. qui 

■ Bon t empruntées û l'anonyme soi sson nais. 

f 1. AA, .S.S., jaiiv., t. II. p. 37S-295 (anonyme,! ; Higne, P. L.. t. IM. 

■ vol. 57S)-t!22. Cf. VEpintolii ad Inyrannain. el les observations de Pape- 
f fepocll, dans ;t/l. SS., juin, I. Il, p. 206 sqq. — Vov. llUl. lill., l. Vl. p. 
ri73-i7e; MabiUon, AA. SS. ortl.S. Ben., t. IV. 1, p. 383-385; Waltenbach, 
[ Dtottehlands GeschicKtsqueUenhtt MilUlaUer,l. I, Berlin, 1803. iD-8,p. 23i : 
I Holiaier, Source», 1. 1, p. 236, — Des fragments onl été publiés parHokle'i-- 
I Egger.dsns Mun. Geni,. HUl., in-^. .SS.. t. XV. p. 377-39I. 

icuse réception h son ami Huhnld de Saint-Amand \\ 'i'M, de la 



XII INTRODUCTION 



certaine culture historique *, connaissait peut-être le 
grec ^ ; il écrivait d'ailleurs dans une langue horriblement 
contournée et diffuse. La Tra/islatio n'est pas un texte 
simple : Odilon y a ajouté le récit des miracles arrivés 
depuis 826 à Saint-Médard, une notice sur le monastère de 
Manlieu, et un récit, peu sûr, de la détention de Louis le 
Pieux dans Tabbaye, fait au nom de ce prince ». En dehors 
de la relation de Houin, Odilon a utilisé les annales 
d'Éginhard '* et, vraisemblablement, la chronique dWdon de 
Vienne \ C'est un autre moine de Saint-Médard, Gonda- 
cer, qui écrivit le manuscrit d'après lequel ont été faites 
les éditions d'Odilon [codex Jolianus) ^. On a attribué à 
Odilon un autre texte : SS, Tiburtii, Marcellini^ Mariae^ 
Marthae et Audifacis translatio Suessiones apud S. Medar- 
dum ''. Il parait bien prouvé que cet ouvrage date au plus 
tôt du XI® siècle, et qu'il a été inspiré par un passage de 
la Translatio d'Eginhard ^. En dehors d'une lettre à Hu- 
bald de Saint- Amand, Odilon a écrit trois sermons : le 
premier sur saint Médard ^' ; le deuxième sur saint Médard 



Vita lieatl Lebuini {}\\^\\ii, P. L., l. 132, col. 027-630. —Cf. PerU, Mon. 
Germ. Hi»t., io-r», S\S., t. II, p. 361-304). 

1. Cï. \e Senno [ de ShucIo MedardOy dans Mijjne, P. L., I. 132, col. 
633-634. 

2. Il emploie des mots y;recs el connaît au moins le nom d'Homère 
(Mifçne, P. L., t. 132, col. 579). 

3. Molinier, op. cit., p. 236. 

i. Migne, P. L.. col. 5Hl-.')82. Comparer le texte d'Kfxinliard, à peine ditrê- 
rent, dans Pertz, .Mon. (ier/n. ///8^,in-f°, S'S., t. I, p. 2lD(à 821:. C'est Odi- 
Ion qui nous apprend qu'Eginhard {Afjenardus), « cof^momento Sapiens »» 
est l'auteur des <« (testa Caesarum (^aroli magni et Hlii ejus Hludowici » 
(cf. Wnttenbach, op. cit., t. I, p. 199). 

5. Mabillon, dans Mij^ne, P. L., t. 132, col. 577. 

6. Mabillon, Ann. Ord. S. Pen.y t. II, p. 504, n. H6. 

7. /l.'l.SN. ord. S. Ben., t. IV, I, p. 4t 1-414; Migne, P. A., t. 132, col. 
623-628; fr. éd. par IIolder-Egger, S\S., t. XV, u, p. 393-395. 

8. Papebroch, dans AA. S\S , juin, I. 1, p. 206-208; Wattenbacli, op. 
rit. y t. I, p. 199, n. 1 ; Ebert, Hist. de Ih lit t. du moyen nge, t. III, p. 228 ; 
Molinier, op. cit., p. 231 ; Marguerite Bondois, La transi, des saints Mar- 
cellin et Pierre. Étude sur Einhard' et sa vie politique de 817 à 834 Bib. 
del'Éc. des H. -Et., fasc. n*» 180,1, Paris, 1907, in-8, p. H sq. 

9. Migne, P. /.., t. 132, col. 630-634. 



. -_-j 



e1 saint Gildfls. siins aucun iuléi'él ' ; k- Iroisième encore 
sur saint Métlard, renfermant une courte histoire de ce 
personnage, el certainemeni incomplet ': nulle part d'ail- 
leurs il es! dit que ces serniona soient d'Odilon, el ils se 
trouvent seidemenl dans le miiuuscril de la Tranula/to 
SS. Sebiistinni et dretforii ■'. 

Au X" siècle, il y a â Soisaons une véritable école liagio- 
graphique qui produit même pour de^ diocèses éloignés '. 
Mais, naturellement, c'est aux sainte soissonnais qu'elle 
s'est le plus cimsacrée. C'est ainsi qu'un moine de Saint- 
Médard. très vraisemblablement ^, a écrit la vie de saint 
Onésîme, prétendu évéque du vi^ siècle, sur lequel on n'a 
aucun renseifjnement sûr "; un évéque du vir" siècle, it qui 
on attribue une constitution pour l'abbaye de N,-D. de 
Sotssons ', saint Drausin. a eu sa vie verbeusemenl écrite 
trois siècles plus tard, en trois chapitres, le premierayanl 
trait U son orifrine, le deuxième à son épiscopat, le Iroi- 
aième aux miracles survenus après sa morl ". Celle de son 
prédécesseur, saint Anseri, esl rarontée au même siècle 
ou un peu plus tard encore ■', Vn peu plus tard encore, et 
, peut-être sous l'évèque de Soissons Joslein '". un anonyme 



1. Migne. P. L.. col. )i:i*-(Uii. 
ï. Ibid., col. 039-612. 

3. Hût. un., t. v[, p, iT:i. 

t. Ainsi Gérartl. doyen de Soiut-Médarcl, lierit rfeun vies de sninl 
' RoniBin, une pd vers, perdue, et <ine en prose, donl le prologue s it^ 
publié parMabillou, Analecta, t. I, p. 107. et le Irite par Rigauld (Phiîs, 
l«09, in-8). Cf. MabUlon, Jnn- ord. S. Ben., t. lit, p. *04, ti. M ; Bib. Nsl., 
Coït, D. Grenier, t. 243, f 1*1 ; Cli, de Livras, Le Irinii- de l'^fflUf mflro- 
pnlitaine de Rawn. dsns fl. de l'art ehrétien, 1886, p. 457, ii. 2.' 

fi. Il y est ((uestion dn fniiboiir^ Snint-Médard 'cf. 0. l5lie, Hî't. de 
Mini Creipin. t. II, 1° 1071. 

fi. AA. US., mai, t. III, p. 204-206. 

?, Mgr Gousset, .kcle» ecct^xinutiques de In province de Hriiii», Reiinu, 18il , 
in-4, t. I, p. 83-S7. 

8. .4^. SS., mars, t. 1, p. 411^-411 ; te. dans Du Cheane, //. F., l. I, 
p. 679. el D, Bouquet, //. F., t. 111. p, fi09-«». Ct.HUl. lUt.. t. VI, p. 330- 
331, Que l'auteur soil un Soissonnais, c'e»t ce qui ect pi'oiivé pni- le c. III. 

I p. 407, par. 15. 

9. AA. SS., sept., l. II, p, 543-549. Cf. Hi»!. U/t., I. X, p. 40S. 

10. D'api-^s Nicolas licniifnft, eit^ pnr les auteurs de YHhl. lUl., l. XII. 



XIV INTRODUCTION 



a écrit la vie de saint Bandry, évêqiie du vi^ siècle ', en 
se servant d'une vie ancienne que nous n'avons plus ' : 
l'auteur, fort crédule, amoureux des lieux communs, très 
diffus, était peut-être moine de Saint-Crépin-le-Grand, où 
saint Bandry fut enterré ^ 

Saint Arnoul, qui a été abbé de Saint-Médard et évêque 
de Soissons à la fin du xi® siècle ', a fondé l'abbaye d'Ou- 
denbourg en Flandre ; c'est ce qui explique qu'un de ses 
successeurs à Oudenbourg, Hariulf, ait pu écrire sa vie *\ 
vingt-huit ans après sa mort •», en 1114, au moment de la 
canonisation du saint. Il adressa son ouvrage à l'arche- 
vêque de Reims ', à l'évêque de Tournai ** et à Lisiard, 
évêque de Soissons •* ; cet ouvrage comprenait deux livres, 
l'un faisant l'histoire d'Arnoul avant son épiscopat, l'autre 
après: Hariulf n'avait pas en personne connu Arnoul, mais 
sa sœur, son neveu, un abbé d'Oudenbourg et Kvroul, 
compagnon de voyage du saint. Il présenta son ouvrage le 
17 octobre H20'^ aux évêques assemblés à Beauvais, où, 
sur la demande de Lisiard, on procéda à l'élévation d'Ar- 
noul : le 1^'' mai 1121, Hariulf y ajouta un troisième livre 



p. i'il : c'est peut-être Joslein que l'antenr appelle resttrn fntlernitu» à la fin 
(le sa légende. 

\. AA, SS., août, t. I, p. 63-68. 

2. C. H, par. 23, dans AA. SS., aoiil, t. 1, p. 67-68. — Cf. D. Élie, Ifisf. 
de saint Crespin, t. II, p. 117 v*». 

3. Hist. lut., t. XII, p. 432. 

4. Il est mort en 1087 (Holder-Egger, dans ^fon. derm. Hist., in-f», SS. 
[. XV, II, p. 872}. 

5. AA. SS., août, t. lil, p. 230-299 ; autre éd. dans Ma billon,. 4/1. SS.orr/ 
S. Ben., t. VI, ii, p. 505-555 (Migne, P. L., t. 174, col. 1371-1401) ; éd. 
interpolée dans Surius, Vifae sanctorum, août, p. 689-713. Fr., dans 
Du Chesne, ^/s/. de la maison de Guines, 1. VI, pr., p. 314; //. F. 
t. XIV, p. 52-62; Holder-Egger, loc. cit., t. XV, ii, p. 875-904. — Cf. 
Holder-Egger, Prspfatio, p. 872-874; Hist. litt.,i. XII, p. 214; Lot, éd. 
d'Hariulph, Chron. Centulense, Paris, 1894, in-8 (Coll. de textes}, Introd., 
p. xiv-xv. 

6. Vita, II, 5, p. 254. 

7. Mon. Germ, Hist., in-f*, 1. XV. ii, p. 876. 

8. Ibid., p, 875. 

9. Ibid., p. 875-876. 

10. Labbe, Concilia, t. X, p. 882. 



' sur les miracles et rélévatîoii du saint. t-I le lotiL pni-iil 
sous le nom de Lisiiii-d '. sous le nom duquel fut, aussi 
mise une lettre à l'archevêque de Heims. écrite entre 
octobre 1119 et octobre 1120. et presque identique fi 
l'épitre adressée an même personnage par Ilariulf '-'; au 
chapitre X^', Lisiard parle même en son nom. et Hariult' 
figure à la troisième personne : IVi'Uvre entière est pourtant 
bien de ce dernier ■'. On y retrouve ses qualités d'esprit, et 
la Vita S. Arnulfi est une source importante non seule- 
ment pour la Flandre, mais aussi pour le Soissuimais '•. 

La vie d'un autre saint célèbre du xn*-' siècle, que son 
éducation ' cl sa mort " rattachent k Soissous, a pu être 
écrite par un moine de l'abbaye de Sainl-Grépin : Je 
veux dire saint Geoffroy, évêque d'Amiens ". Nicolas 
était moine de Saint-(^répin " ; il avait quelque culture, 
connaissait, au moinsde nom, les platoniciens et les pytha- 
goriciens ", avaiLlu Salluste '" et ^'irgile. Il entreprit d'écrire 
la vie de saint GeolFroy, en trois livres", à la demande de 
Houard, doyen de N.-D. de Soissons '*, et, pour cela, en 



• t.ib<'r 

Pl0ï«- 



1. Le litre du III' liïi-p {AA. S.S., noût, l. Ul, p, 254) porte: 
lertius, in qua Lisinitlus episcopuii Suessionensis nai-rat miratrula 
tîoiiera reliquinnim, et alia, Toi-sau prius ab tlarhilpbo nbbato \M(Mibur- 
Kcnsi descripta, quue post tani'lem sancti contigeriint. ■■ 

2. UolAer-Eggor, toc. cit., p. 873, n. 12. 

3. Holder-Egger, loc. cit. ; Hisl. lin., t. \ll, p, ïUlcIle suppose h 
tort el inutilement l'erreur d'un copiflte. 

4. Il parait, d'après DeverLté(£iiiai lurrAùf. ,(/én. de la Picardie, l. l, 
p. in^-Zifi), qu'uD abbë de Crépy-en-ValoiB, Ceszelin, a fait une vie en vers 
de aainl Arnoul, « recueil d'impertinences écrit de mauvais goût ». 

o. Choron, Recherebei hi»t. tur l'iattruelion primaire dan» IcSniMnonnai», 
dans Bulletin de SaiMont, 1875, t. VI, p. 282, 

a. Voy. p, 86. 

:. Dans StiiLus, Vilae sanctoram, novembre, l. VI, p, (79-2I*. ; fi-., don» 
//. F., t- XIV, p. 174-181. 

8. Il se nomme serviteur des saints Crépiu et Crépiuien, et entre dons 
beaucoup de délnils sur l'abbaye 'c. t(l. 24, 25. 2fi. 27 .lu 1 . IIII , 

il. Surius, loc, eil., p. 190. 

10. /tirf., p, 191, 198. 

It. Le premier est consacré ù la vie de Geoirroy jusqu'il l'épiscopal, les 
d^ui autres à son épiscopat; il y a de plus un prologue el une lettre h 
Rouard. 

13. On peut se clemander s'il n'y a pas une faute de Icelure de Surius 



XVI INTRODUCTION 

dehors de Uouard, prit des informations auprès du neveu 
du saint et de deux de ses élèves, Renier, moine de 
Saint-Quentin, et Gillebert K Certes, Tœuvre est loin 
d'être parfaite et toujours exacte *, et elle souffre mal la 
comparaison avec les chapitres que Guibert de Nogent a 
consacrés à Tévêque dWmiens ' ; c'est néanmoins une 
source qu'on ne doit pas négliger pour l'histoire du Sois- 
sonuais: Nicolas a probablement écrit vers 1134 '•. 

Une œuvre qui intéresse plus directement Soissons est 
celle qu'un anonyme soissonnais écrivit entre 1131 et 
1152 '\ où il raconte les miracles survenus à Soissons à 
l'occasion du « mal des ardents »'' : les six premiers para- 
graphes, consacrés à l'histoire de l'abbaye de Saint- 
Médard jusqu'au temps d'Herbert III de Vermandois, 
sont remplis d'inexactitudes; les quatre autres font l'histoire 
delà guérison miraculeuse de la ville en 1126. L'auteur 
devait être moine à Saint-Médard '. 

II. — Il est élonnant que Soissons, riche, en somme, eu 
écrivains, n'ait donné naissance à aucune œuvre annalis- 
tique importante, à aucune chronique sérieuse. Le seul 
ouvrage de ce genre qu'on puisse mentionner est le Chro- 



car les liistoriens soissonnais prirlenl do Bernard, doyen delà catluWlrale, 
et plus tard moine de Sainl-Jean-des-Vignes, comme auteur de vers à la 
louange de (ieofîroy (cf. Cl. Hormay, Hisl. dp Soisnons, l. II, p. 90). 

1. Voy. la vie, I, i. 

2. D. Élie, op. cil.ji. II, f^ 39 sqq. ; Lefranc, Le trait ô rips reliques de 
(iuihert de Nogent, dans ;V^/. Monod,\). 303, n. 1. 

3. De vita si/a, m, 14, dans Migne, P . L., t. 156, col. 942 sq. : éd. Bour- 
^rin, Paris, 1907, in-8 Coll. de textes, p. 108-112, 197-198, etc.). 

4. Dans une charte de l'abbé Téoul, il est question, en 1135, d'un chantre 
de ce nom, et dans les actes de H 48 d'un prieuré de ce nom fcf. D. Élie, 
op. cit., fo 42). 

"i. Entre l'épiscopat de GeofTroy de ChAlons (1131 et la mort de Joslein 
de Soissons (1132). 

6. A^. S'S, mars, t. Il, Appendix, p. 749-752 (Migne, P.L., t. 132, 
col. 621); fr., dans //. F., t. IX, p. 128 [MirHCula sanctorum Grerjorii et 
Sebastiani). 

7. Notez son hostilité pour Saint-Crépin. (^f. Lauer, Louis IV d'Outre- 
nipr, Paris, 1900, in-8fBib. de l'Hc. des H.-Ét., n« 127), p. 220. 



rNTHumcriu; 



nicnn Sancti Merlardi Suessinnenxis ' ; il esl contenu dans 
le manuscrit laliii 499S de la Bibiiothèt|ue Nationale' et 
n'a jamais été publié complètement que par D. Luc 
Dachery '. Cette chronique est sans originalité jusqu'il l'au- 
née 877 : l'auleur a employé les (^"e*/s Francorum. le Pseudo- 
Frédégaire, cl les annales de Lobbes. Floi-effe et Saint- 
Quentin '. L. Delisle a démontré péremptoirement, ce 
semble, que l'aiileur de cette chronique esl Cîoberl du 
Coincy, prieur de Vic-sui'-Aisne, élu en 1254 grand- 
prieur de Saint-Médard. et vraisemblablement parent du 
poète Gautier de Coincy^. 

Guiberl de N'of^ent peut être dans une eerlaine mesure 
considéré comme un chroniqueur soissonnats : il a été 
l'ami de l'évêque Lisiard " et, seul, il nouB renseigne sur 
la fin de la maison comlale de Soissons'. Il est fort 
regrettable qu'il soit mort avant l'érection de la commune 
de Soissons, sur l'histoire de laquelle sea observations, — 
d'un esprit lin et relativement critique •*. — nous auraient 



1. Ce iiomliii n .M.^cloiim'pur B«lutL> .<r, i.. riplislo, .1»»^ llim. lill.. 

t. xxxn, |.. -iTii. 

2. Sur CL- ms., cf. Archif, 1. VIII, p. 3*S. U cojiip esl bonne, les 
fautes sont en général exponciuées. A |tartir Hc In dernière ligne des 
mentions consacrées A 1185 fE° 30, i" col.), l'écriture c II an (je , et il y h 
quelques fautes, des ëloiirderies, des renvois; de même il pnrtir de la 
cinquième ligne ilc 1235. — Il existe du nis. 4Bflft d'sutrea Po])ies > ArchiP, 
I. VIII, p. 3i3(.tB3r.y. 

3. Dnehery, Spi.-ilesiiim, t. Il, p. 7Mi-709 (éd. n'H", in-t». I. II. p. i88- 
Wa). Kl., dans D. Bouquet,//. F., l, III, p. 360-387; IX.p. SO;X. p. 291; 
XI, p. 367: XII, p. â78;XVIlI, p. 720-722; dnns Pert/., !Hi>n. Crriii . Hinl.. 
m-t', SS., t. XXVI, p. 518-528. 

i. Pertï, loc. Cl/., p. M», 

S. aUt. un.. I. XXXII, p. â3.V337. On conaiillorM, rlHiis le même recueil, 
les articles des t. XV, p, S93, et XXI, p. 718-719. 
C. Vo^v- Introd. au De eila »ua, p. x, xiv, \si. 

7. DeoilH «ua.lll, xïi. 

8. A. Lcfranc, Le traita- <hs rftiijav» ilt (iiiitifrt ih \oyeiil, duns M^l. 
Monad. p. 28.1-306 : B. Monoa. U moine Guiberl et êon tem/is, Paris, 190r>. 
iB-18; G. Bourgin, Introduction au Di^ eitu lua (Paris, 1907, in-8), p. xxn. 
Sa critique des • pig'nora « se rotrouvt^ antérieurement dans une lettre 
de l'archevêque de Lyon à l'abbé de Saint-Bénigne de Dijon, vers 8*t 
[Chron. S. Beaigni, éd. Bougand, p. 97, en note';. 

BnuRaii. — HUloire dr la a,mmuni dr Soi'siuni. b 



XVIII INTRODUCTION 

beaucoup servi * ; on a supposé que son animosiié à Tégard 
de la comtesse de Soissons, Adélaïde, provient de l'aide 
que celle-ci accorda à Tévêque Ursion, élu contrairement 
aux canons de Téglise -, 

Voilà tout ce que Thistoriographie soissonnaise nous 
offre en fait de littérature proprement annalistique. Ce 
n'est pas qu'elle ne soit on peut presque dire riche en 
œuvres de toute espèce, dont le contenu jette quelque 
lumière sur l'histoire de Soissons. 

III. — Paschase Radbert est né dans lé Soissonnais et a 
même été élevé à N.-D. de Soissons ^ ; mais, sauf son 
commentaire au psaume 44 * et le récit qu'il a écrit de la 
passion des saints Rufîn et Valère ^, ses œuvres n'intéressent 
pas le Soissonnais. 

L'évéque Engelmod, l'adversaire de Rolhade (862), à la 
fin du IX® siècle, a composé une courte biographie en vers 
de Paschase Radbert qui fut son maître ^\ Traube a publié 
du même évéque deux autres poèmes qui sont sans intérêt '. 
Engelmod est mort en 865. 

Un des successeurs presque immédiats d'Engelmod, 
Riculf, qui est mort en 901 ou en 902 ^, a édicté des 
règlements de discipline à l'usage des curés de son dio- 

1. Ses œuvres ont été publiées par D. Luc Dachery {Guiberli opera^ 
Paris, 1651, in-f®). Reprod. dans Migne, P. L., t. loO.Trad. dans la Co//. 
de Guizot, t. IX et X. Le De vUa sua a été réédité par moi-même (Coll. de 
textes^ Paris, 1907, in-8). 

2. Leroux, Hisl. de Soissons, t. I, p. 395. 

3. Molinier, Sources, t. I, p. 233 ; Dormay, fftsl. de Soissons, t. I, p. 344- 
345 . 

4. Exposilio ad Psalmum XLIV, dans Paschasii Radberti opp., éd. 
Sirmond, Paris, 1618, in-f^ p. 1226 sqq. (Migne, P, A., l. 120, col. 993 
sqq.). 

5. Passio SS. Bufini el Valeriani, Ihid., p. 1637-1687, et col. 1489- 
1508. 

6. Cf. Molinier, op. cit., p. 234. Le poème a été publié dans les AA. SS., 
avril, t. m, p. 463464. 

7. Poelae latini aeiH carolini, Mon . Germ . ///s/., in-4°, t . IIL p. 54-66. 
Cf. Bull, desAntiq. de Picardie, 1865, t. IX, p. 79. 

8. D. Ceillier, //«/. des auteurs sacrés et ecclés., t. XII, p. 745 sq. ; 
Hist. litt., t. VI, p. 83 ; Deverité, Essai sur l'hist. gAn. delà Picardie, !. I, 
p. 180-181. 



tNTBOUUCTION SIX 

cèse '. Ces règlements inléressent eiirtoiil l'hisloire ecclé- 
siastique : certaines défenses ne manquent pas de saveur, 
comme celles de vendre du vin ■' et d'assister i) des repas 
de corps '. Il est piquant de constater que lUcuU' compo- 
sait ^ constitution, de si calme aspect, au temps même où 
les Normands ravageaient le Soissonnais. 

Au x'' siècle, en dehors d'ouvrages hagiographiques, 
on n'a rien produit à SoiSsons. Avec le xi" siècle, soua l'in- 
lluence de prélats intelligents eu relation avec les plus 
grands hommes du temps, comme Lisiard et Joslein^ nous 
assistons k une véritable renaissance littéraire, k laquelle 
se rattachent et les mémoires de Guibert de Nogenl [De 
vi/a suai et les Miraculu SS. Gregorii et Sebastiani. Mais 
d'neuvre proprement historique, point. Pourtant Soissons 
possédai! des écrivains comme Téoul, «bbé de Saint-Cré- 
pin-le-Grand en IliO, qui, étant rehgieux à l'abbaye de 
Moi'igny. composa le premier livre de la chronique de 
Morigny et y mit un explicit ^. 

Des Mir.icula anonymes, on doit rapprocher le Liber 
miracahruni d'Hugues Farsit ". (^e personnage était cha- 
noine régulier de Sa int-Jean-des-\' ignés : il voulut racon- 
ter les miracles qui se produisirent à N.-D. de Soissons à 
la suite du " mal des ardents » ( 1128) et qui durèrent jus- 
qu'en 1132, mais il ne publia son œuvre qu'après la mort de 
l'abbesse Mathildf V^ ~. Cétaîl un liouime instruit qui a 



1. Dans I.alibe, Concilia, l. IX, i-ol. Hfi-iS;»; 
15-2* ; Gousset, Acla, t. I, p. 535-333 (en fr. . 

2. Art. 13, écl.Lsbbe.col. 430. 

3. Arl. li. cd. Lsbbe, col. 421. 



. /'. /-. 



i. Vo 



18, 



. XII, [1. 09, n. (if. Cf. D. Êlie, op. <■».. t. II. ^ -42. 

ti. Dans tl. Germain, //is(. île N.-D. de Soâsoat, Pr., p. 481 Sfj. — On 
trouve le texte dans les mss. de la Bib, Nnt., let. 16056. f° 30 v". 16Slir>, î- 
35, 17491.^61,18775. P* 60, et a. acq. Ut. 36B. P- 169 vM99 v. — 
U«mine {Manuel. Bibliogi'.)cite (n" 360, p. 456] i' le livre des miracles de 
N.-D. de Soisaons, pai' un auteur incertain du \iii' sièele qu'on croit être 
Hugues Derosse, et traduit du latin parChailca Blandiez », Paris, l6tS, in- 
12 : ce doit èli'eunc traduction d'Hugues Farsit, qui n'est pasîi In Bii). Nul. 

î. Hitt. lut.. I, XII, p, 294. Cf. D, Germain, o^». i-il.. p, lifi. 



XX INTBODUCTTON 

composé un ouvrage perdu sur les. sacrements, dont parle 
saint Bernard, avec qui il était en relations épistolaires ^ 
L'obiluairede Saint- Jean-des- Vignes fait de lui un amateur 
de livres ^. Son recueil de miracles offre l'intérêt de cette 
sorte de documents, mais a l'avantage d'êlre daté. On lui 
a parfois attribué, mais sans aucune raison, les miracles 
de Rocamadour et ceux de N.-D. de Laon ^ 

L'œuvre de c< mestre Hue li Farsis '' » a été employée 
par un poète relativement célèbre du xiii® siècle, Gautier 
de Coincy *•. Le prieuré de Coincy ^ a été fondé par Thi- 
baud de Pierrefonds, évêque de Soissons, en 1072 ^, enri- 
chi par le comte de Champagne, Thibaud I®**, et sa femme 
Adélaïde en 1077 ^, gratifié de privilèges par les évéques 
Hilgot (1085) » et Lisiard (HIO) ^\ La vie de Gautier, 
dont les traits principaux ont été retracés par le Chroni- 
con S. Medardi ^^ est assez bien connue ^' : c'est celle d'un 

1. Abbé Poqiiet, éditeur de Gautier de Coincy, p. 141, n. 2, 

2. Melleville, dans Bull. Soc. acad . de Laon, l. VIII, p. 87 : « pridie 
nonas augusti, obiit Hugo Farsitus canonicus regularis qui dédit nobis 
libros suos tam divine pagine quam sccularis. » 

3. Cf. Servois, dans Bib. de VÉc. des Chartes, 1857, t. XVIII. p. 22-23, el 
p. 23, n. 4 ; ///«/. liU., t. XXI, p. 626, t. XXII, p. 294. 

4. Expression de Gautier de Coincy, Miracles, I, v. 129. 

;>. Edité incomplètement par l'abbé Poquel, Les miracles de la Sainte 
Vierge traduits et mis en vers par Gautier de Coincy, Paris, 18o4, in-4. Cette 
édition est faite d'après le ms. à miniature du grand séminaire de Soissons 
ilntrod., p. ix-xix) ; l'abbé Poquet a dressé une liste des mss. fort incom- 
plète (p. xx-xxiii) : cf. P. Meyer, Notice sur un ms. d'Orléans, dans Not. et 
extraits des ms., t. XXXIV,*'2« p.. p. 31 sq. ; L. Delisle, ihid., t. XXXVI, 
p. 366. Le ms. à miniatures de la Bib. d»^ Bruxelles (n° 9229) a été décrit 
par Fiérens-Gevaert, Psychologie d'une ville, essai sur Bruges, Paris, 1901, 
n-12, p. 78. 

6. Entre Soissons et Chftteau-Thierrv, cant. de La Fère-en-Tardenois. 

7. Bib. Nat., fr. 12.21, p. 7 [Cart. du prieuré). Les titres du prieuré ont 
été détruits au xv« siècle par un brigand du nom de Regnault Dercoy, 
écuyer (Arch. Aisne, Il 526, pièce unique). 

8. D'Arbois de Jubainville, Hisl. des comtes de Champagne, t. I, Paris, 
1859, in-8, P. J., n° LUI, p. 491-492. Cf. Carlior, Ilist. du Valois, t. I, 
p. 333 ; Colliette, Mémoires, t. I, p. 633-634. 

9. Mgr Gousset, Actes, t. II, p. 97. 

10. Id., ibid., p. 173. 

1 . Bib. Nat.jlat. 4998. Cf.abbé Poquet, Introd., p. xxxv-xliii. 
12. On a môme écrit anciennement une vie de Gautier (cf. De Laprairic, 
âf^ns Bulletin de Soissons, 1874, 2'' série, t. V, p. 250). 



INTRODULTWN XXI 

brave honimo He moine, dont l'existence s'est calmeineal 
êcoulëe dans le prieuré de Vic-sur-Aisne, — il en était 
|)riour depuis 1214, — et ii Saint-Médard de Saissons. — il 
en fut prieur claustral en 1233 ; il est inortà cinquante-neuf 
ans, le 25 aepleinbrt.' 1236. Il aimait bien les nonnes de 
N.-D., à qui il envoyait du poisson '. Il avait des relations 
avfc le comte de Soissons, avec la femme de ce dernier, 
Ade. sur les instances de qui surtout il écrivit -, avec les 
abbesses de N.-D. el de Fontevraull ^, avec lîoberl de 
Dive, abbé de Saint-Éloi de Noyon '. Esprit mystique et 
joyeux tout à la fois, il entreprit de composer les miracles 
de N.-D. pour rendre hommage ^i la Vierge, et aussi pour 
donner de bonne poésie aux personnes de la haute société 
qui s'habituaient it la mauvaise littérature '. Son recueil, 
c'est une compilation de Guibert de Nogent, d'Hermann de 
Laon, de Siméon le Métaphraste, de saint Giégoire le 
Grand, de Marbod, d'Hugues de Cluny " el d'Hugues Far- 
sit, à qui il a emprunté quatre miracles, des plus intéres- 
sants pour l'histoire du Soissonnais el des plus caractéris- 
tiques du pouvoir de la Vierge '. Nous ne sommes donc, 
au point de vue historique, qu'en présence d'une œuvre 
de seconde main, œuvre d'un poète de cabinet, dont les 
poésies didactiques sont sans intérêt moral ou esthétique, 
mais dont quelques-unes, de-ci, de-là, particulièrement dans 



I . - De II 



i^hai't 



, Miracle», pro!., v, K'i 

3. Col, 709, T. aisqq- 

4. Co!. 684, V. i05sq[|. 
n. Col. 17H, V. 142sq<[.: 



' MhU ue s en veulent entre mètre 
Por ce qu'il voient, c'est la aomme 
Qnc chevaliers, prince et haut homme 
Aiment mes miexalruperies 



U. Abbé Hoquet, Inlrod., p. ï 

7. Miracles, vol. 181-190. Ce s 

extase, le micucle île Boson qui i 

d'Andignecoiirl q«i recouvra soi 

, ilejainhe. 



vies de sait» ne de asiates..., " etc. 

nt los miracles du jeune bomiuc ravi en 
' croyait pas au saint soulier, de la femme 
nez. de Robert de Joiiy, guéri d'un mal 



XXll IMKODLCTION 



le» complaintes en musique ^ sur sainte Léochade ', sont 
empreintes de bonhomie et de linesse. On pourra s'étonner, 
néanmoins, que personne n'ait édité critiquement les poé- 
sies de Gautier, qui, somme toute, intéressent l'histoire de 
notre langue, et celle aussi du cycle poétique de N.-D. \ 
La correspondance de Tévêque de Soissons, Hugues de 
Ghampfleury, chancelier de France de 1150 à H72 ^ offre 
peu d'intérêt pour l'histoire proprement dite de Soissons ''. 
Un de ses successeurs, Nivelon de Chérisy, est célèbre par 
le rôle qu'il joua pendant la quatrième croisade ^ : il envoya 
en France un certain nombre de reliques, en 1205 '; un 
clerc, ou un chanoine de l'église de Soissons a rédigé un 
récit en quelque sorte officiel de la croisade de Nivelon, 
publié par l'abbé Poquet ^, puis par le comte Riant, dans 
ses Exuviae sacrae Conslanlinopolitanae -*. Ce récit fait 
partie du recueil liturgique rédigé sur les ordres de Nive- 
lon *^, Le Rituale Suessionense fait actuellement partie de 
la Bibliothèque nationale^* : il s'y trouve, en dehors des 
faits liturgiques, un assez grand nombre d'indications topo- 



1. Cf. Félix Clémenl, dans Annale» nrchéoL^ t. X, p. 69, lo9, 187, 242. 

2. Col. 129 sqq. 

3. Louis Racine s'est occupé de Gautier, que son jansénisme l'empêche 
de goûter (cf. Poquet, Inlrocl., p. xi.iv). A. Du val le traite de menteur et 
presque d'érotomane {Hist. litl.^ t. XIX, p. S43-847). On consultera G. 
Paris, La littérature française nu moyen lU/e^ I^aris, 1890, in-12, p. 206-207, 
où sont indiquées des études allemandes. 

4. A. Luchaire, Etude sur les actes de Louis VII, Paris, 1885, in-4, 
p. o/-d8. 

5. H. F., t. XVI, p. 201-208. 

6. H. Martin et Lacroix, Hist. de Soissons, t. Il, p. 70 sqq. 

7. Comte Riant, Exuviae sacrae Constant inopoUtanae^ t. II, Genève, 
1878, in-8, p. 236-237. — La lettre adressée par îévèque au chapitre pour 
lui annoncer l'arrivée des reliques a échappé à cet érudit (Bib. Nat., Coll. 
D. Grenier, t. 244, f° 88. — Trad. dans Cabaret, ms. Bib. Soissons, n«> 224, 
t. I, ^« 193-194), de même que l'indication du ms. fr. 18775 de la Bib. Nat., 
f* 51, sur les reliques envoyées à N.-D. de Soissons. 

8. Dans Téd. du Rituale Suessionense, chap. VII, p. 264-270. Tir. à part, 
Laon, 1856, 8 p. iu-8. 

9. T. I, p. 3-9. Cf. Examen, p. liij-lv. 

iO. Rituale Suessionense, Paris, 1856, in-8. 
11. Lat. 8898, de la fin du xii« siècle. 



.. jj 



fîraphiques. On la quelquefois confondu avec le Missale 
Suessionense. conservé à la Bibliothèque de Soîssons '. 

Mais le Rituel fait, eu somme, pai-lie de l'historiogra- 
pliie indirecte de Soissons. Il en est de même des poésies 
de Raoul de Nesle. comte de Soissons, qui accompagna 
saint Louis aux deux croisades - ; certes, les reproches du 
bon Gautier de Coincy pourraient fort bien s'appliquer à ce 
personnage qui se trouvait être son ami, et qui, de plus, 
elaiLun gentil poète. De même, il n'y a rien à tirer direc- 
tement des commentaires grammaticaux de maître Yon, 
qui fut mailre-adjoinl, ou maître répétiteur aux écoles de 
Soissons ^. 

IV. — La ville de Soissons a plusieurs fois été ruinée 
par des sièges importants. On a supposé (jue la charte de sa 
commune, que nous n'avons plus, avait été détruite dans 
celui de 1414 '*. Mais ce sont les Calvinistes, en 1567, qui 
ont le plus fait pour l'anéantissement des archives soisson- 
uaises, Avec tant d'établissements ecclésiastiques anciens, 
une commune dont l'exislence a été fort calme, cesarchives 
devaient être considérables : il n'en reste que d'infimes 



1. Ml,. u'>>t2|ti'>H9 du Calai, gén. clfs bibiioth. pub.). Ce um. aeul pas 
du »ir° siècle, malgré la mention de la Feuille de garde de la reliure, qui 
porle : " Missale sueesioneatie, exaralum, ut conjicitur, circa annum 
liOO >', mais au muins du xiv' (cr. Fleury, Les mM. A miniature» de la 
liibliolhèifae de .Solstont, p. lOa-lââ ; De l.eprairie, dans Bull, de Soistons, 
IH54, L. V[,p. .i7-50; A.Molinîer. Caia/., p.92|, — Sur le .tfiJMie.OD pourra 
\ire un arlÎL-le inexact de Fosse dWrcosse, Xouitlles obterv. sur les livrex 
lilurg , ilu dioc. île Soiêsom, dans Bull, de Soitgont, t884, 2' série, l. XV, 
p. 146. — Le D»(/ar, ou céréraoaial de Saint-Pierre- au-Parvis, rédigô vei-s 
1351), et employé par D. Grenier pour son Introduction générale, semble 
perdu. 

2. tfw(. /iii.,t. XXlll, p.698-705. 

•A. Ibid.,L XXXI, p. l-ai. Le Célestin Bureteau nous a conservé dans 
aoa Anthologie (Bib. Auxen-e, m s. 205 [172], f° xciiij; cf. M. QuanUo, dans 
Biilt. des /.aienee* hitt. elarckéol. de l'Yonne, 1875, t. XXIX, p. 409|des vers 
de Jesn Oliviei', abbé de SaintMédard, sur l'ascension du Christ. Cet 
Olivier fut abbé de Saint-Médard en 1510 [GaUia ChrUt., t. IX, col . 421 ï. 

t. Leroux, Iliit. de Soissont, t. I, p. 213. Il est d'autre part certain que 
le Soissonnais a subi des dommages considérables à l'époque de la guerre 
de Cent nus ( H. Denille, la Désolntion «/es églueg de France, t. 1 , Paris, 
(89*, iii-8, n" 77, p. 22-26), 



XXIV INTRODITTIOK 

débris dont j'essaierai de dresser la liste '. Les dévasta- 
tions des huguenots ont été particulièrement considérables 
dans le département de TAisne *' ; à Soissons, ils s'atta- 
quèrent avant tout aux reliques saintes et aux monuments 
religieux, dont on renonça ensuite à relever la plupart ^ Dom 
Lépaulart, religieux de Saint-Crépin-le-Grand, a écrit un 
journal assez intéressant des événements qui se sont alors 
passés à Soissons ^. Dans quelle mesure les dévastations 
de 1567 ont détruit les documents d'archives soissonnais, 
c'est ce qu'une lettre du xvii® siècle peut nous faire juger : 

(• Au révérend père l). Bernard Audebert assistant du 
très révérend Père (îeneral (sic) à Saint-Germain- 

des-Pres. Benedicite. 

« Mon Révérend Père, 
« l^our response au mémoire que nostre H. P. Prieur ma donné de 
vostre part, ie vous diray que l'an 1567 les hérétiques ont ruinés et 
pillés entièrement ce monastère, deschirés et brullés toutes nos Chartres, 
titres, papiers, libres, tant manuscripts qu'autres, sans avoir espargner 
trente quatre corps SS., à la reserve de saint Sebastien, saint Grégoire 
le Grand, saint Medard et le chief de saint Tiburce, qui furent conser- 
vés extraordinairement par une bonne femme; .... tout ce que nous 
pouvons cognoistre de ce monastère, ce n'est que par recherche et 
travail, encor que le suject soit beau et ample.... 

« Mon Révérend Père, 
<« De Saint-Medard-les-Soissons,ce 6 janvier 1619, 
en haste. 

« Vostre très humble et obéissant Reli- 
gieux f. Ildefonse Vrayet "•. » 

1. Gérard de Nerval croyait pourtant à l'existence d'arcliives anciennes 
(Plateau, Bull, de Soissons. 1901-1902, p. 36-38). 

2. E, Fleury, dansBw//. de lu Soc. acud . de Laon, 1861, l. XI, p. 236- 
265; Pasteur O. Douen, Essai hist . sur tes étjl . réformées du dép. de 
l'Aisne (Exlr. du Hull. de la Soc. du Prol. fr.), in-8. 

3. Legris, Chron. S. Joannis, p. 107 ; P. Béreugier, loc. vit.^ p. 364 s(|q. ; 
Leroux, o/). cif ., t. II, p. 194-198, et, sur les essais do reconstruclion, p. 206- 
210. 

4. Pub. par l'abbé Poquel, à la suite du t. Xlll du Huit, de Soissons, 
1859. Sur D. Lépaulart, cl'. D. ÉHe,o/;. cit., t. II, f*^** 45 47. — On pourra 
consulter des sources analogues, sorties, elles aussi, de Soissons: un acte 
devant notaire pub. par Suin, dans Bull, de Soissons, 1868, l. XII, p. 66-70, 
et un récit d'un témoin oculaire, Matthieu Herbelin (cf. Bull, de Soissons, 
t. X, p. 214), pub. au t. XIII du Bulletin, p, 28-32. 

5. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, l. 236, i). 190-193. 



Dom (!)harles Miiley, coilaiufraleiirde Doin («renier ', et 
archivisle Hii SoissoniiHis pour l'enlreprise de Moreau-, 
donnait, au wni" siècle, des renseignements analogues ' : 
il parlait même de la stupidité d'un garde-ohartrier de 
Saint-Médai-d du siècle précédent, qui, pour constituer une 
collection de documents, avait dû éia^çuer les pièces trop 
(grandes. Le P. de Louen nous appi-end d'autre part que, de 
son temps, l'alibaye de Saiut-Jean-des-Vignes n'avait plus 
pour ainsi dire de papiei's ■, el [>our la même raison. An 
temps de Dom Klie, l'abbaye de Saint-Crêpîn n'avait plus 
d'archives ^ PourN.-D., Dom Michel Germain, dans la pré- 
face de son Histoire, écrit: " Il est fâcheux qne quantité des 
plus anciens j litresl ayent été égarez dans la suite des temps 
et qu'un particulier qui en avoit reçu plusieurs ne les ait 
pas donnez au public tui rendus suivant sa promesse ", et 
Tabbesse, Armande-llenriette de Lorraine, le remerciant 
de son ouvrage, ajoute, dans sa lettre du 25 août 1674 : 
« Je croy que la perte tpie nous auons laite de plusieurs 
beaux papiers vient de la négligence de quelques bonnes 
j{Ke« ji qui la pieté auroit entièrement osté la curiosité, et 
lesquelles estoienl dans l'opinion que. le temps présent 
estant le seul eu nostre disposition, il falloit négliger le 
passé et abandonner l'aduenir a ta prouidence diuine ". " 

Tous les papiers ecclésiastiques ont donc ainsi ïiubi. du 
w" auxvi'- siècles, des dommages immenses : les travaux de 



, fi scientif.CoU. < 



1. X. Chximes, Le LomitAdei tn 
Paris, 1886.3in-4, t. I, p. 339, a. 

2. Bib. Nat., Coll. Moreau, l. 34». ^• 31-3B. 

3. ïbid.. r»36:l ce dépôt] «n'offre (jue desdebfis mutilés l'I des laiiibodiiï 
iTiustrumens ou informes ou i-ecensn. 

4. De I.oueD, HUt. de SHint-Jean-dfH- Viynn, Préf, uod |iH|«;inée ; • Comme 
j« ne doul<^ pas i]ue l'on ne ti^uvi? bien des fauleh [Uns celte llistoîi-e, je 
croy ôlre obligé d'avertir ceux qui la liront, ([ue nos titi'ea et papiers iiyaiil 
vlé perdus clbrûleii pour la plupart par les Calvinistes, eu mil cinq ceus 
soixante sept, nous ne pouvons donner qu'une légère idée des choses 
mémorables qui sont arrivées dans ooti-e Maison depuis se Fonda lion, jusqu'il 

3. Bib. Nul., fr. IH-H. r° M8i. 

II. Exerapiflir.-- île 1». GpniLain, i,/,. .-il., ili? la Bib. Nul., f" £ en léle. 



XXVI INTRODUCTION 

Dom Grenier et de ses collaborateurs, qui ne craignaient pas 
d'enlever des originaux aux dépôts explorés ^ apportèrent 
de nouveaux troubles dans l'économie des archives soisson- 
naises. Le duc d'Orléans avait pourtant promis au roi, en 
retour par celui-ci de l'emplacement du château de Sois- 
sons pour la construction de l'Hôtel de rintendance (mai- 
rie actuelle) (6fév. 1772), qu'il ferait édifier un bâtiment pour 
les. archives des pays de Valois, Soissonnaiset Vermandois, 
moyennant 30.000 1. à payer par l'intendant : le duc acheta 
même pour cela une maison dans la ville, le o janvier 
1773 '. On ne sait ce qu'il en résulta : il y avait pourtant à 
Soissons, à la même époque, des bourgeois capables de faire le 
classement des papiers, comme ce notaire Patte qui, en 1772, 
rédigea le registre de la fabrique de Saint-Martin, dont l'in- 
troduction contient des idées très saines sur l'organisation 
d'un dépôt d'archives 'K 

Quand la Révolution éclata, les décrets ne pouvaient 
guère ajouter au désordre des archives soissonnaises ^. En 
fait, les documents d'archives concernant le Soissonnais 
étaient dispersés dans divers dépôts, aux Archives départe- 
mentales de TAisne, à la Bibliothèque et aux Archives 
nationales : c'est là qu'il les faut chercher. 

Mais, interrogera-t-on, il subsiste bien des archives com- 
munales? — C'est un des paradoxes de cette étude que l'ab- 
sence de ces archives. Elles existaient encore auxviii^ siècle, 
et D. Grenier a pu en tirer quelques copies ^; 1). Gillesson 
a même emprunté aux registres municipaux de 1461, 1462, 
1466, 1467, 1169, des renseignements d'espèce diverse ^. 
Mais au temps de D. Gillesson, leur importance devait être 

1. Vov. les derniers loraob de la fJo//. D. (irenier. 

2. Arch. Aisne, C 73. 

3. Arch. Aisne, G 17l;i. 

4. On pourra consulter, sur celle question, avec des réserves, l'abbé 
Daras, dans Ba//. de Soissons^ 1849,1. III, p. 126-150, et Tabbé Poqucl, 
ibid., 1848, t. Il, p. 49-51. 

5. Bib. Nal., Coll. D. Grenier, l. 111, f"» 78, 92, 121, 122 v^, etc. 

0. Bib. Nal., fr. 17775, ch. 275, f" 240 et v" : <■ Notes curieuses extraites 
des registres de la ville. » 



bien diminuée. puisqHen I4!4 le feu avait élé misa la tour 
qui le!) eoutenait '; les sièges de 1544, 1614, 161î), ifilS, 
1617, les ravages des Galviiiisles en lotiT y apportèi'enl 
daulres dommages ■-■ Avec cbIh, il n'y avait plus aucune 
surveillance des papiers municipaux : en 1682, il fui m^me 
publié un moniloire contre ceux des bourgeois de la ville 
qu'on accusait d'avoir pillé les litres communaux ', et 
nousseau-Desfontaines, en tète d'un inventaire des archives 
du début du xviii'^ siècle, nous apprend que plusieurs 
liasses étaient en des " mains éti'angères ' ". Cet inventaire 
nous assure aussi qu'en 171(1 il n'y avait pas dans ces 
archives de pièces antérieures au xvi" siècle. 

Les papiers et registres des xvii^ et xviii' siècles, ceux de 
la Hévolution ont disparu dans l'incendie qui ruina l'HôLel 
de Ville de Soissons en 1H14 ''. C'est donc à cette date seu- 
lement que commencent les archives communales de Sois- 
sons. C'est dire que les textes municipaux que j'ai pu col- 
liger, je les ai trouvés dans les registres royaux, dans les 
cartulaires oii ils avaient élé copiés, ou dans les débris d'ar- 
chives des établissements ecclésiastiques à qui des expédi- 
tions en avaient élé adressées '". 



I. (:ali3i'L-l,...;iii 1-" Wtidii I. I (llih. Suissiiiis, ms. Hh). 
■>. Ibiil.. 1. l.f"' iOO-2:i). 
3, Cabnret, o/,. cit., t. [, f° iSH. 

l. Bib. Soisaoïis, Coll. Périu, 5034 iCutuL, n" 4*111. .. Extrait des noiea 
indiennes et niiuoelhs de riluxM de Vide deSoittons, et description et inven- 
I taire da papiern trouva d^na l'urmoire det archive* Haal audit llotlel de 
ville de Soiiuoiii •>, 3 mai 17 IG i copie laodernc non roliotëe) [t' 1 v°|. 

5. Proues- vRi'bal relatif fi l'iiiCËntlie de l'Hôtel di- ville de Saissoos, le 

j mars 1814, ii" 88 du tng. dt's nrrèti-s et diïlibùr. du eunseil munie, de 

' SoiBsoiis, d'ap. Brayer, Bib. Soissoiis, ma. n" âi!9, chap. 19, n. 238. Cf. 

Let«llier, Le »ièi/f JeHoi»iont en 1844, Soissons, 1850, in-8; E. Fleury, Le 

département de rAiane en 1814, i' éd., I.oon, IH38, in-8; M. Laurendeau, 

Lev »iigei deSoiatonten ISIi, Solssoiis, i8Gli,\a-H;abbéPèchear, QueU/uen 

I ordre* donni» à Hoiiuun» /lar .\afioleon, dans Bull, de Soisgon», 1882, 

[ 2° série, t. XIII, p, 19U-tt)3. Voy. Cb.-V. LBiiglms et Steiu, Les ArchiMK de 

] rhiât. deFrance, Paris, iBVi.iti'S, p. 282. 

. Sur les arcikives louiles toDsuUées pour ce travail, voy. en particulier 
I taoa ruppnrlûaasV Annuaire de rÉc. det Hautes Éludet, 1903, p. iOS-ltt. 
LeHcartulairessignaldsduns ueLte Introducliun sont indiqués par Steiii, dans 
« Bibliographie générale de» carlul. français, Paris, 11K)7, iu-8, p. 31I)-St2. 



XX Vm INTRODUCTION 

A. Les archives civiles de TAisiie ne remontent pas très 
haut: la série A seulement à 1638, la série B au xvi® siècle, 
sauf quelques rares documents des xiv® et xv® siècles; les 
archives, très intéressantes, de la généralité de Soissons, ne 
datent que de la fin du xvi** siècle *. Quant aux archives 
ecclésiastiques, elles m'ont fourni quelques documents : 

1^ Pour le chapitre, le cartulaire G 253, écrit au 
xv*" siècle, collationné, paraît-il *, sur les originaux. Il y 
faut joindre V « Inventaire.... entrepris d'après les conclu- 
sions du chapitre général du 24 décembre 1 782 ^ » . Quant 
aux papiers proprement dits de la cathédrale, ils ont été 
dispersés ^ 

2*^ Pour Tabbaye de Saint-Crépin-le-Grand, le cartu- 
laire H 455, rédigé au xviii® siècle, avec l'indication 
d'une collation très précise par un secrétaire du roi, du 
nom de Cousin ^. Il existait, de plus, au temps de D. Gre- 
nier, un cartulaire en papier, format in-4**, du xv® siècle '*. 

3'' Pour Tabbaye de Saint-Médard, le cartulaire H 477, 
rédigé au xiii® siècle, orné de lettrines bleues avec des 
dessins rouges ". 

i^ Pour Tabbaye de N.-D., le cartulaire H 1508, 
énorme in-f^ de 716 f*^^, fait en 1739 sur les ordres de 
Tabbesse, Françoise de La Rochefoucauld, par François 
Miquel, « avocat au Parlement, ancien directeur des titres, 
chartes et archives de Messieurs du chapitre de Téglise 
métropolitaine de Paris ^. » D. Grenier a, de plus, con- 

!. Incentaire sommaire, l. I, p. 2; A. Mnllun, Notice, l. I, lS7i, p. 15 et 
17. Cet archiviste a inventorié les séries A à H (Laon, 1874-1889, 4 vol. in- 
4). I/archiviste Souchon a fait paraître un cincjuième volume eu 1906. On 
consultera, du même, Vinrent, sommaire des terriera, ilsna Fiull. de Soissons, 
18.>3, t. VII. p. 7885. 

2. Il nexiste qu'une formule de collation générale (f° ce. iiij^''. i\ . 

3. (i 254, 2;)5, 25t), 3 grands in-f*** sur papier. 

4. ("f. Luchaire, Étude sur les actes de Louis VII, Catal., n" 369. 

5. Les matières sont réparties par ordre logi(|ue : papes, évêques, 
empereurs et rois, comtes et laïques, communautés diverses, Saint-Crépin. 

6. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 111, f« 101 v". 

7. 146 i°* ; mauvaise reliure. 

8. Ce cartulaire comprend 5 parties et est précédé d'une table commode 
des noms de lieu et de matière. — Il a été décrit par l'abbé Poquet, dans 
Bull, de Soissons, t. VIII, p. 274-278. 



INTRODUCTION XXIX 

suite un cartulaire en papier, « écrit au w^ siècle en 
gothique K » 

5^ Pour Tabbaye de Saint-Jean-des- Vignes, les liasses 
H H78, 1179, USO, H8i, H 82, offrent quelque intérêt. 
Il faut en rapprocher le cartulaire du début du xi\^ siècle 
conservé à la Bibliothèque de Soissons '^. 

6^ Pour Saint-Léger de Soissons, il n y a rien aux 
archives de F Aisne avant le xvi® siècle. — Pour Saint- 
Crépin-en-Chaie, un inventaire du xviu® siècle renferme 
des actes de H42 à 1771 ^. — Pour Saint-Pierre-au-Par- 
vis, rien avant le xiv^ siècle (1393), sauf une pièce de 
1159 (G 679). — Pour N.-D. -des- Vignes, en dehors d'une 
pièce de 1265, rien avant 1349. — Pour le chapitre de 
Saint-Wast, rien avant le xvii® siècle. 

B. Les Archives nationales ont donné une moisson à 
peu près équivalente. 

K 185, en dépit de l'intitulé : « Généralité de Soissons, 
ix®-xvni® siècle » ne contient que des copies de textes pro- 
venant de dépôts financiers. 

J 169 et J 169" (1185-1412) contiennent des pièces inté- 
ressant le Soissonnais. — J 768 à 773 offrent beaucoup 
plus d'intérêt. — La série des registres de la chancellerie 
royale contiennent d'autre part un certain nombre de docu- 
ments vidimés, dont quelques-uns n'ont été utilisés que 
dans la iVo/ecom/j/^me/i/aiVe^.'Ces registres ont été dépouil- 
lés jusqu'à l'année 1325. 

Les papiers ecclésiastique conservés aux Archives natio- 
nales sont assez importants : 

L 742-743 : Évêque et Chapitre ; 
L 743, S 3214 : Saint-Gervais ; 
L 743 : Saint-Pierre-au-Parvis ; 

\. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 111, f« 107 \^, 

2. Ms. 5. Il comprend des additions du xvi« siècle. Il faut eu rapprocher 
le ms. 6, intitulé à faux Cartulaire : c'est une déclaration du temporel, de 
septembre 1 522 . 

3. H 1263 (double: H 1264). 

4. Voy. p. 464-466. 



-*. •'', ■ 



XXX INTRODUCTION 

L 743 : Saint- Wast ; 

L 1007: N.-D. ; 

L 1003: Saini-Crépin-le-Grand ; 

S 3214: Saint-Crépin-en-Chaie; 

L 1007-1005: Saint-Jean-d es- Vignes; 

L 1009: Saint-Léger; 

L 1007 : Saint-Médard. 

Pour Saint-Médard, on trouve encore une transcription 
du cartulaire H 477 des archives de T Aisne (LL 1021), 
transcription deux fois coUationnée *. On peut y joindre 
un censier du xiv^ siècle, coté LL 1022. 

C. La Bibliothèque Nationale contient un grand nombre 
de documents intéressants '. 

1^* Le ms. lat. 9985 '^ contient des copies excellentes 
faites par D. Charles Muley de chartes de la cathédrale de 
Soissons. — On trouvera au t. 46, f^ 479 sq., de la Collec- 
tion Baluze, Tobituaire de cette cathédrale. 

2*^ Pour Saint-Crépin-le-Grand, on trouvera dans le ms. 
lat. 13817 des copies du xvii^ siècle (f^^ 29-37), peu impor- 
tantes (liste d'abbés, notes brèves d'après les actes deSaint- 
Grépin), la copie d'un acte faux du roi Thierry et d'un 
diplôme de Carloman, des extraits de M. Regnault *. — 
Le ms. 17189 contient (f**^ 325-330) les soigneuses copies 
de huit diplômes tirés vraisemblablement du cartulaire de 
1750 ^. — L'indication d'A. Giry touchant le t. 561 de la 
Collection Chirambaultesl inexacte ^. 



J. P. 366 et 367, collations datées du 25 février 1649 et du 12 mars 1649. 

2. Louis Paris a fait paraître dans le Bulletin de Soissons^ 1856, p. 253- 
2"»4, une liste fort incomplète de ces documents. 

3. Intitulé (Ihartiilarium ecclesie Suessionensis (anciennement dans la Coll. 
D. Grenier). 

4. Excerpta ex chêrtulariis, necrologiis^ etc. Indication inexacte dans 
Giry, Notices bibliographiques sur les archives des églises et des monastères 
de Vépoque carolingienne^ Bib. dcTÉc. des Hantes-Études, no 132, Paris, 
1901, in-8, n- 55, p. 54. 

5. Giry, loc. «://. 

6. Id., ibid, ; ce qui est vrai, c'est que ce tome contient en effet des 
textes intéressant Soissons. 



••> 



INTRODUCTION 

3" On trouve à la Bibliolhêque Nalionale le troisième des 
ti-ois seuls carlulaires de Sainl-Médard signalas par D. Muley 
au xviii" siècle ' : c'est, semble-l-il, un fragment d'un recueil 
plus considérable, dont les documenta, disposée en oi'dre 
lopographique, ne sont pas anlérieursau xii« siècle Ims. lai. 
9986). Il parait constituer le c»rtula.rium novum ou '■ 2'"* 
carlulaire » de la (Joli. D. Grenier, tandis que le cartulaire 
des Archives de l'Aisne est désigné sous les noms de cnrtu- 
larium andqauni ou de " 1*"" cartulaire ». — D'antresmss. 
contiennent des textes ou des mentions de textes: 

lat. 1181S. l" 117; 

lai. 12684, f"- 187-285 (t. XXVII du Monasticon Une- 
dictinum ; aux f"* 198-224. copie du Chroni- 
con rega.lis monnsterii S. Medardi...); 
lat. 13818. P' 312 (notes de D. Anselme Le Michel): 
nuuv. acq. lat. 2295, 1^* 1-42 v** (sommaires résumés des 

chartes des trois carlulaires existant) '' ; 
Coll. Clairarabault. t. 546, f- 125: 
Coll. lîaluze. t. 46. 1" 479; 
CoU. Decanips, t. 103, 1^ 175; 

Coll. D. Grenier, t. 243. f"^ 201-38:! i indication d'un 
assez grand nombre de documents carolingiens 
dans V Histoire chronologique de Snint-Médard de 
Soissons I . 

4" On ne trouvera a peu près rien eu revanche à la 
Bibliothèque Nationale pour l'abbaye de N.-i>. 'Le ms.fr. 
18775 est une compilation informe, presque illisible, qui 
contient, entre autres, une liste des abbesses (P* 16|, un 
catalogue de corps saints et de reliques (1"°" 45, 46). une 
copie des jl/(racu/3(r"6U sq.), une belle série d'épitaphes, 



l. Coll. Moreaii, t. 3iH. F° 37. 

a. Cf. L. Delisle, .Vm. Ulins fl /-nini.-, 
1894, p. &9S. 

3. On trouvera des indications plus l'i.' 
uctft de Phil.-Aug., Table des cartuini 
ii-TO, p. 8I-S2. — 1.pms. lut. ISfiU coi 



.yiiiilén iieri'i^nl If» .îniiA-a iS7S- 

Limées dans L. Uelîslc. Calai, den 
\s, p. n(i2, elA. Giry, op. cit., 
ient le missel de cette Bbbnve. 



XXXII INTRODl'CTION 

surtout modernes if'^'' 63, 80 1 et quelques pièces, dont 
(f*** 49 sq.) le « dénombrement de 991 dans Nostre Dame, 
extraictes d'un foeillet de veslin fort vieil, usé, et mangé en 
plusieurs lieux », plus une sorte de cartulaire aux f^^ 102 
à 126. — Le ms. fi*. 14444 est intitulé : « Ce sont les acquis 
que je... Ysabel de Chasteillon, abbesse de Nostre-Dame 
de Suessons, ai fais depuis que je fu abbesse jusques a la 
Chandeleur Tan de grâce mil .ccc. quarante et six »; il 
n'intéresse donc pas la période d'histoire soissonnaise que 
j'étudie. 

5^ Dans le même ms. fr. 18775 dont je viens de par- 
ler, on trouve des matériaux concernant Saint-Jean-des- 
Vignesff^* 138 sq.). — On trouve encore à la Bibliothèque 
Nationale un cartulaire de cette abbaye, du xiii® siècle, 
dans l'ordre hiérarchique (lat. 11004). 

(i** Du monastère de Saint-Crépin-en-Chaie, on possède 
à la Bibliothèque Nationale un cartulaire du xiii'' siècle 
(lat. 18372), décrit par Plateau '. — D.Cirenier a consulté un 
cartulaire sur papier, qui a disparu \ — Il faut noter qu'il 
existe à la Bibliothèque du Vatican, n*" 499, un Polypticus 
monaslerii S, Crispini in Caven Suex.sionensis ^ — A la 
Bibliothèque Nationale, il existe encore d'autres documents 
dans : 

Coll. Baluze, t. 73, f« 229: 
Coll. Gaignièrcs, t. 180, f" 447 ; 
Coll. Clairambault, t. 4, fo 443 '\ 

7** Les recueils factices lat. 17141 (Chartes de Picardie), 
fr. 18760 et Coll. Bréquigny, t. 72, renferment des pièces 
intéressantes ; le second concerne l'histoire du comté de 
Soissons à partir du xv^ siècle. 

\. Dans Bull, de Soissona, 1889-90, 2^ série, t. XX, p. 170-177: cf. aulre 
description par l'abbé Daras, i/wV/., 1856, t. X, p. 193. 

2. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 111, f» 85. 

3. Abbé Daras, dans Bull, de SoisRons, 1850, t. X, p. 193. 

4. Cf. L. Delisle, Catal. des actes de Phil.-Auff., Table des cartulaires, 
p. 556. 



D. La Cn/lec/ion D Grenier de la Bibliothèque Natio- 
nale a fourni iiii grand nombre d'indications. On sait 
que cette collection est relative oient assez bien invento- 
riée'. Une certaine quantité de ses tomes renferme des 
originaux, dont tertjiins remontent à l'époque carolingienne 
it. 293-297). Les t. 23U-235, 240-2tl, 244-248. 235-262 
contiennent des copies'; le t. 243 intéresse particulière- 
ment Soîssons et le Soissonnais, Cette collection est l'œuvre 
collective de D. Grenier, de ses prédécesseurs et de ses 
collaborateurs '■. 

Dom Greniei' fut envoyé à la fin de 1748 à Sainl- 
Médard de Soissons pour y terminer sa théologie et 
prendre le diaconat : il y resta jusqu'en 1755 ^ Kevenu à 
Saint-Germain-des-Prés en I7()Û, il se mit il travailler au 
(jh/Ui Chrisfinna. D. Cai'liaux et D. Pardessus, qui s'oc- 
cupaient alors de la Picardie, avaient trop à faire pour don- 
ner quelque chose de définitif : D. Grenier remplaça 
D. Pardessus en octobre 17fi3, et il iinit même par être 
chargé par Moreau de tout ce qui concernait la Picardie, 
au grand scandale de D. Caffiaux ■'. Les voyages de D. (ire- 
nier pendant 24 ans, de I7(>4 à I78fi, sont dès lors inces- 
sants : il parcourt le Soissonnais en 17(>fi. 1769. 1777. 
1 778, 1 779, i 78U " ; il dépouille lui-même un certain nombre 



1. Bib. NbI., ms. 210-23t, fonds des r.nlalo|{ues, par (le LaluuiU^. ^Inveiil. 
impr. : Ch. nufoni-, l'ouUlé dei ninn. cninfonant la Cnll. ih D. Grenier, 
.\rawns, tsau, in-8iExti-. rtfls Mém.iii-I» Sm, de» Anfiij. ih PiranUe, t. ni; 
L. Delislp, Ca(a/. ilet "ol. t-239, ii»a» Ci binet hi»l.,t.:i-H, el dans Bib. fir. 
Charte». ISÎI. l. XXXII, p. 375 sq. 

2. Je ne doitoe ici que des indiciilions très sorniiiairt-s. On se reporlem 
aux inventaireN. Ph, Lauer m fait pnraîlrt' le l. I dp V Inei^nttire i/fi rol- 
lerlian» manuti-rileii *ur rhuloirr iht priipinr.es de France i Paris, ISH).;, iii-8', 
eoacernanl Bourgogne- Lorraine. La Picardie figurera dans le l. II. 

i. Mon. <hi Tiers lil»i, Bib. Nal.. nouv. oci|. fr., 63r.3, f° 17 iBullelin de 
Delpil, du as déc. t«36j; L. Delisle, i:alal. dex acle» 'h Phil.-Auy., 
Tntrod.,p. kUj. 

♦. Dorotir el Garnier, /•j'^/'. ft D. Grenier, /n/rod, * '''hX. ;7*H., p. vi, 

5. Id., ibid.. \>. vii-viii. On lira aveu intérêt une lettre dp Dom Cafïlnux. 
(lu li novembre l/Bi i Bib. Nat., Cotl. Moreau. I. 3ifi, P 211: i\ Morenii, où 
il dit que i), Iirenier •< ii'esl i]ue mon écolier ", 

II. Dufour er Gainier, loc. eil., p. \x. 



Uot^n 



- Uhloi 



■ de h e, 



■.e Je Sailli 



XXXIV INTRODUCTION 

de fonds d'archives ' , tandis que son collaborateur D. Charles 
Muley lui adresse des copies excellentes. Mais quand 
D. Grenier mourut, le 2 mai 1789, les matériaux seuls 
étaient accumulés : sans doute des prospectus avaient paru ; 
mais Y Introduction resta manuscrite, et la collection, qui 
avait échappé à Tincendie des 2-3 fructidor an III, demeura 
dans Toubli jusqu'en 1803 '. 

V. — Par la Collection D. Grenier, on touche donc 
déjà à rhistoriogi^aphie moderne du Soissonnais et de la 
Picardie. Je vais esquisser rapidement Thistoire de celle- 
ci et indiquer les ouvrages, imprimés ou manuscrits, dont 
la lecture est indispensable pour Tétude historique de ces 
régions. 

A. Il n'existe point pour la Picardie en général, ni pour 
le Soissonnais en particulier, de bibliographie sérieuse 
comme pour la Bourgogne *. Les anciennes bibliogra- 
phies de Devisme (1826) ^ et de Melleville (18o9) ^ sont 
sans valeur. Plus utiles sont les Recherches bibliogra- 
phiques sur le département de r Aisne de G. Périn ^; on 
sait de plus que ce collectionneur "a légué à la Bibliothèque 
municipale de Soissons ses livres et ses copies, qui y con- 
stituent un fonds spécial inventorié en 1883^; mais Tini- 
portance des manuscrits de cette collection a été bien sur- 
faite, et les copies qui s'y trouvent ont été dressées sans 
aucun souci des nécessités de l'érudition moderne. 

1. Cf. CoUeclioriy t. 63, f®* 167-168, indication des dépôts qu'il n'a pas 
visités. Ce n'est pas une liste définitive, puisqu'il a certainement dépouillé 
les dépôts de l'Hôtel de ville {ibid,, t. lil, f°» 78, 92, 121, 122 vS etc.) 
et de l'évèché {ibid., t. 63, f^» 378-381. inventaire des titres). 

2. Dufour et Garnier, toc, ait .y p. xxxii. 

3. Milsand, Bibliographie bourguignonne, Dijon, 1886-1888, 2 in-8. 

4. Bibliographie histor. du département de F Aisne, Laon, 1826, in-8 
(Extrait de son Manuel historique). 

5. Bibliographie histor. du département de r Aisne ^ dans Bulletin de la 
Société académique de Laon^ 1859, t. VIII, p. 82-107. 

6. Soissons, 1860-1867, 2 in-8. 

7. Cf. F'ossé d'Arcosse, dans Bull, de Soissons, 1884, 2« série, t. XV, 
p. 37-42. 

8. Recherches bibliogr. . . , catalogue et tables des livres, chartes. . . , com- 
posa /i/ /a bibliothèque de Ch. P^rm, Soissons, 1883, in-8. 



ISTRODICTION XXXV 

La Bibliothèque de Soissons, qui da)e de I79II '. est bien 
classée. Le catalogue de ses manuscrits ' est assez bien fait ; 
A. Molinier a t'ait paraître dans le Catalogue (/énéraf des 
Itibfinfhèques publiques, t. Ill (ISH5). un nouveau cata- 
logue df ce» niaiiuitci'ils. Le catalogue d'Hip. Cocheris, 
i-elatif H la Picardie K aurait rendu des services, si l'auteur 
s'était occupi- de Soissons; mais son dépouillement s'esl 
arrêté à (iuyeneourt. 

B. Si les sources proprement dites sont peu nombreuses 
pour Soissons, en revanche on a une quantité assez grande 
d'histoires manuscrites et imprimées de cette ville. 

Il a été publié dans le Bulletin de la Société historique 
et archén/ogit/ue de Soissaiis un ouvrage de Nicolas lier- 
lette. intitulé les Aniiquitez de Soinsoiis recueillies de divers 
auteurs et chroniques'. C'est la reproduction très fautive 
d'un manuscrit intercalé au t. 243 de la Collection D. (ire- 
nier. Le texte n'a pas lui-même grande valeur; Berletle, né 
en 1557 et raorl en 1382, n'a consulté que les archives 
ecclésiastiques de sa ville natale '. Mais îl a été remanié 
successivement par l'avocat Ducbesne, qui épousa sa veuve '^, 
et par le joanniste Michel Berlhin, curé de Chauduii ■ : 
c'est ce qui fait que les manuscrilfi des Anfiquitez sont inté- 
ressants à consulter. Il existe i\ la Bibliothèque Nationale, 
en particulier, un manuscrit signalé par le P. Lelong ** 
(ms. fr. 3S62), qui contient les adjnnclionsde Diichesneelde 

I, Aiibé ['^oliL'iir, Itinl. Jm bihliuthéque» puliUqun r/o liip, rie l'Aisne, 
eJiittanl à Soîggont, Laon el Satnl-Quenlin, à la suite du Bull. Je SoUnonâ, 
1881, 20 série, t. XII; K. HoHnier.cn tète du catalogue- [f.'n/at. gén., I. Ill, 
p. 69-72). 

i. Sans date ni lieu, 

3. Notices el extrait» de» ilocainenlg manatci-it» conirrvén dan» les dépàt» 
publie* de Partiel relatif» h Chisloire de la Picardie {^Xlr. dea .Vém. de la 
Soc. detAntiq. delà Picardie, l.XII-XLIIi, Paris. 1854 el la!î8. 2 iii-S. 

i. A la Miite du t. XIX. i' série. 1888. 

5. Bib. Soissons. ms. 3^3, préface. 

6. L'abbi> Pécheur suppose même que le mauuscHt de Berletle est de 
la main de Ducliesne [Bull. deSoimons, 1886. 2" série, I. XVII, p. Su, u. 1). 

7. Préface eu tête de l'édition, p. «5. 

8. Bibtiolh. IU>I.. n" U%f,, t. Tli, |.. Ml : cesl le manuscrit Colberl, 
u° 3194. 



XXXVl INTRODUCTION 



Berlhin : il est la reproduction du ms. 223 de Soissons, 
d'une belle écriture xyi** siècle, et provient de Saint-Jean- 
des- Vignes. Le ms. de Saint-Médard mentionné par D. Gre- 
nier * n'existe plus. Quant aux mss. 223* et 223** de Sois- 
sons, ce sont des copies plus récentes du texte remanié ^ 
En somme, c'est le ms. du t. 243 de la Coll. D. Grenier qui^ 
quoique tronqué, est le plus pur : au reste, l'ouvrage ne 
laisse pas d'être de qualité médiocre '^ et les additions de 
Berthin sont sans valeur ^ 

De N. Berlette, il faut rapprocher Dom Gillesson ouGil- 
lisson, auteur de travaux relativement importants sur Com- 
piègne '', et qui a écrit, en employant beaucoup Berlette, 
les « Annales de la très noble et ancienne ville et cité de 
Soissons jusqu'à la paix des Pyrénées » '' : ce manuscrit, 
horriblement écrit, sans aucun plan, et, par surcroît, fort 
mal relié, offre des renseignements intéressants sur l'his- 
toire de la guerre de Cent ans et des guerres de religion dans 
le Soissonnais. 

Plus critique est V Abrège' de r histoire de V ancienne ville 
de Soissons, de Melchior Regnault, conseiller au bailliage et 
présidial de Soissons, dédié au comte de Soissons ' : sans 
doute les origines de la cité sont racontées avec une étrange 
fantaisie ; mais le livre constitue tout de même des annales 
assez précises de Soissons, et l'auteur y a joint des Preuves, 



1. Préface, p. 86. 

2. Le ms. 223' porte la date de MDLXXXll. Le ms. 223** est simple- 
ment intitulé : « Histoire de la ville de Soissons, par M® Michel Berthin, 
prieur de Saint-Jean-ès- Vignes dudil Soissons ». Il existe un sixième ms. 
au château de la Bove, (jui n'est qu'une copie (Bull, de Soissons^ ^884, 
2« série, t. XI V, p. 176). 

3. Lettre de Tabbé Lebeuf au Mercure de France, citée dans la préface 
de l'édition, p. 88. 

4. Lemoine, Hisl. des antiq. de Soissons^ Avertissement, p. vij-viij. 

5. Cf. de Crouy, Notice sur Dom Gillisson^ dans Bull, de la Soc, des 
Antiq. de la Picardie^ t. I, p. 304. On Tappelle aussi Gislon (Cabaret, t. I, 
p. 3) et Gilson (Lemoine, op. cit., p. vj). Il était bénédictin de l'abbaye 
de Saint-Corneille de Compiègne. 

6. Ms. fr. 11672 (faisait d'abord partie delà (Àoll. D. Grenier . 

7. Paris, 1638, in-12. 



qui. pour êlre impvimées avec beaucoup de failles, ne 
reoderiL pas moins beaucoup de services. 

Mais rhislorien le plus connu de Soissons esl le cbanoine 
Claude Dormay. Ké k Guise, il fil prol'esaiou ci Sainf-Jean- 
dea-V'ignes eu 1632. fut professeur de rhétorique, philoso- 
phie et théologie, et mourut le 2-i janvier 1671. II a (Jcril 
un certain nombre d'ouvrages : un traité sur les sacrt'nientB, 
resté manuscrit, ut perdu, les Decom Francùie, traité sur le 
sacre des rois de France qu'il dédia à Louis XIV ', les 
Aninuidversiones i II Li hros Praeadamita,rum. . . '.un Systema 
tkeofotfîcuniin Praeada/ni'farum bypolhesi ', un Propredes 
saints de VÉfjlise de Soissons '• ; il ;ivait l'intention d'écrire 
une histoire universelle '. Son Histoire de la ville de Soi.i- 
sons... ", dédiéek la veuvedu sire de Margival, est une œuvre 
qui ne man'iue pas de mérite : elle est assez solidement 
construite sur des docunieuts d'archives ', et une tendance 
de son auteur à philosopher lui a permis d'y introduire 
quelque critique. 

Un des défauts de Dormay. c'est d'avoir fait, à propos 
de Soissons, un peu trop d'histoire nationale. Ce défaut se 
retrouve dans la plupart de ses successeurs, particulière- 
ment Housseau-Desfontaines, avocat au bailliage provincial 
et siège présidial de Soissons. qui écrivit pour le duc de 
Bretagne, en 1707, une histoire de Soissons fort incom- 
mode, inélégante et peu critique ". restée manuscrite ". 
Lemoine. écnjer et porte-manteau du roi. est bien plus 

I. Paris, 1655. 
2.. Paris. 1877. 

3. Cet ouvrage, aiu 
et ne figurent point a 

4. Soissons, 1663. 

5. De Loueii, Hhfolrf de l'ahh&jjt </e Sainl^Jean-dei-Vignfs île Simt< 
p. 228-231. Cf. Leroux. Hiat. ileSoÎMons. l, II, p. 278-27ii. 

6. Soissou», 1663-166i. 2 in-4. 

7. Au lecteur, en tête du t. H. 

a, Cf. De Leprairie, dans Bu». t/fSoiMoiia, 1853, I. Vil, p. 221. 
0. Rib. Soissons, ms. 231 (2 vol. en <|ualre parties, sans chapitres, n 

des tables alphabétiques de matières li-ès mal fatlesl. Ln Coll. Pértn c 
tient une copie de ce texte, datée de 1716 [a' iiSUl. 



XXXVIII IMRODLCTION 

sérieux, qui dédia au Dauphin, en I77i, une Hisioire des 
antiquités de Soissons^ écrite sur les instances de l'intendant 
de Méliand ' et précédée d'un Mémoire sommaire sur Téiaf 
actuel de Soissons et sur l histoire naturelle de ses envi- 
rons,.. ^. Cet ouvrage plut si bien aux Soissonnais que, le 
29 juin 1775, pour témoigner de sa reconnaissance, le corps 
de ville donna à Lemoine des lettres de bourgeoisie sur 
vélin, renfermées dans une boîte d'argent '. 

Lemoine n'a pas mis à profit les travaux de Dom Caf- 
fiaux, un des prédécesseurs de Dom Grenier, qui a écrit 
une histoire de Soissons, intéressante par la critique de 
certaines des idées émises par Tabbé Lebeuf ; elle est répar^ 
tie entre les tomes 64 (f^« 182-242), 236 {{^^ 126-154) et 243 
de la Collection D. Grenier. 

En revanche, il avait soumis son manuscrit à corriger * 
à M^ Antonin-Pierre Cabaret, chanoine de l'église de Sois- 
sons, conseiller du roi au bailliage de Soissons, échevin- 
gouverneur de la ville, qui nous a laissé, manuscrits, de 
très intéressants Mémoires pour serrir à l'histoire de Sois- 
sons et du Soissonnais \ Cabaret a employé les diverses 
sources imprimées et manuscrites qu'il avait à sa disposi- 
tion; il a même fait des recherches pour se procurer des 
documents égarés '•. On trouve dans son manuscrit original 
des additions sur de petits feuillets détachés dont l'origine 
est inconnue. Le 1^^ tome des Mémoires esl consacré à 
l'histoire civile : Cabaret, chanoine du chapitre, y a jugé 
fort sévèrement le rôle de la commune de Soissons ' ; le 



1. Paris, 1771,2 iii-12, (|ualro pailies. 

2. P. xv-xliv. 

3. Leroux, //t.s/. de SoisunnHy l. II, p. \h\) , 
i. Cabaret, t. I, p. 5. 

0. Bib. Soissons, ms. 224, 2 in-4. Copie dans la Co//. Périn, n" 4674, 
2 in-fo. 

6. T. I, p. 6-7 à propos duu ins. intilulé : « Bibliothèque de M. Thénot 
sur l'histoire de la ville de Soissons et du Soissonnais », qu'il suppose avoir 
été emporté de Soissons par D. Martène). 

7. Cf. Leroux, IJinf . de Somo/i«, t. II, p. 493. 



l>TRnni!i:T10N XXIIX 

2' concerne l'histoire ecclésiastique. Oel auteur écrit avec 
assez decrîtiqiie, mais il se contredit fi plusieurs reprises '. 

Assez intéressants aussi sont les neuf livres de Mémoires 
pour servir à l'histoire de Sois.mns depuis son origine jus- 
qu'à nos Jours, de Fiquet, avocat, ancien député à la Légis- 
lative et A la Convention -, qui commença à écrire en 
I7S2 'et mena son histoire jusqu'à IHlo. Le tome III con- 
tient un certain nombre de notices et de textes curieux '. 

Les manuscrits de Mesurolles, bihliothécaire de la Wlle 
1I8O0-61 ■ et de l'abbé Robert (1808) " offrent nn intérêt 
moins grand. Néanmoins, comme les ouvrages précédents, 
ils contiennent quelques renseignements d'autant moins 
négligeables qu'ils ont été écrits avant l'incendie des 
archives commimales en 1814. 

En 1833 parut un livre d'un romantisme extravagant, 
Jehan-le-Chroniqueur. Chroniques et légendes populaires 
de Soissons, de Jules Brizet^. Eut-il à Soissons quelque 
inlliience littéraire, on ne sait ; en tout cas, une certaine 
M'"^ Maréchal institua par testament un prix de 
12.000 francs pour l'auteur d'une histoire complète de 
Soissons. Ce concours donna lieu à un [irocès littéraire 
auquel prirent part Daunou. Guéranl. Aug, Thierry. 
Fauriel, Walkenaër ; je n'entrerai point dans son détail, 
([ui a été retracé ailleurs ''. Qu'on sache seulement qu'il 
parut n cette occasion deux ouvrages. 



2. Biti. Soissons. i 



3. T. I, I 



lao. [ 



p. «a-i-l, 11. a ; [>. imi-iST, 11. 
I, 3 in-t" (Copie de J.-L.-M, Braj 



i. En parliciiliei' là/ le procès-verbal lie l'assemblée du liei^ du bailliage 
de Soissons, 1789, et 16) le cahiei- de plaintes du tieis, 17811, Ce dernier 
cahier a été publié avec k cahier du clergé per Pérîn, Soissons, 1868, \aS. 
Sur Fi»|uel. cf. Choron, dans le Balt. île Soîxinng, 1901-02, l. XI. p. 106. 

0. Notice hixlorîque Kur Soîtfon» e( in environt, Bib. Soissons, Coll. 
Périn,a'i:>Hl, in-i. 

6 , Méiiwirt's H nolen giii" Ih nill« ilr Suitton», If Saixtonnai» ri teura anli- 
tfuilM, ihid., n« lOOa, iii.V; .\olei, sur Soinonn, ibid.. n« 5023, in-4. 

7. Paris, 1835, iu-8. 

H. H. Martin et Jncob, Le drrnier clmpilre de l'hUloire de SatMon». à la 
suite du I. Il, ¥i p. ; Leroni, Encore un mot. mir Phiitainr de -Soûfona, juin, 
a. d,, in-8. pit-ce. Cf. Coll. Périn, n" 3231 . 



XL INTRODUCTION 

Le premier est ï Histoire de Soissons de II. Martin et 
P.-L. Jacob • ; H. Martin a fait l'histoire de Soissons jus- 
qu'au xii" siècle et à l'époque contemporaine, Jacob le 
reste. L'œuvre est assez complète : les auteurs ont dépouillé 
un grand nombre de sources ^ mais il y a une interven- 
tion trop considérable et trop prolongée de l'histoire géné- 
rale qui fragmente le récit même de Thistoire locale. 
Les références sont loin d'être toujours exactes et précises; 
Tabsence de tables rend le maniement de ces deux tomes 
incommode. 

Deux ans après parut, aux frais de la municipalité, 
VHistoire de la ville de Soissoiis^ de Leroux, garde du 
génie ■^ Ce livre sans aucun plan est d'un intérêt plus local 
que le précédent '* ; mais on n'y trouve aucune référence, 
et Leroux l'a tellement rempli d'indications topogra- 
phiques, que Jacob a pu dire, dans son plaidoyer, qu'il 
avait « réussi dans la topographie à propos d'histoire ' ». 

Un certain M. de Jarry de Mancy avait songé à concou- 
rir ^\ Le frère du bibliothécaire de la ville, J.-B.-L. Brayer, 
alla au-delà même du prospectus ^ et rédigea des Essais 
historiques sur Soissons, restés manuscrits '^. Il emploie les 
auteurs précédents, en général, en y joignant les Annales 
soissonnaises d'un de ses parents*'; mais ces lissais sont 
vraiment insuffisants : leur seul intérêt presque réside dans 
les textes concernant les années 1814-1815 mis en notes. 

Les Mélanges pour servir à l'histoire du Soissonnais de 
Fossé d'Arcosse sont sans valeur '^^ La dernière œuvre his- 



1. Soissons, 1837, 2 in-8 (avec un apj^endice de 70 p. . 

2. T. Ij Avertissement y p. 88. 

3. Soissons, 1839, 2 in-8. 

4. Voy. \' Avant-propos^ t. I, p. iv et vi. 
a. Le dernier chapitre..., p. 10. 

r>. Prospectus de juillet 1836 (CoU . Pôrin, n«5211;. 
7 . Coll. Périn, n« 5218 {prospectus de 1838). 

8. Bib. Soissons, ms. 225 (^^(^opiedeL.-M. Brayer;. L'ouvrage est posthume, 
en un in-f** (Autre copie, Coll. Périn, n*^ 5165, in-f*»]. 

9. ColL Périn, n» 4981, in-f°. 

10. Soissons, 1844, in-8. 



torique d'ensemble concernanl Soissons est Pétude d'Ed. 
(le Barthélémy sur Les comtes el le comté de Soissons ' ; 
sans Ublf. Sans rélereni.-es. sans correolions, ce livre reste 
insiiflisant -'. 

C. Certains auteurs sf sont jjIlis particuliéiemenl occu- 
pés d'iinf époque on d'une nialiêre. 

Les origines du Soissonnais onl été étudiées par l'abbé 
Lebeul ' et M. de Falaise ''. Dam Duplessis critiqua les 
conclusions de Lebeuf ', qui* l'nrenl acceptées parDom Caf- 
fiaux ". Le même abbé Lebeuf ", ainsi que l'oratorien Du 
Perret " et M. Hibaud de Rochelbrl ' se sont intéressés à 
rétablissement du christianisme dans cette région. Quelques 
temps après, un grei'iier an bailliage de Versailles, Gonye 
de Longueraare. écrivait nne Di.sserta(iott hisloriifue sur 
Vélnl du Soissonnois sous les enfanls de Clotaire /"'''", 
et rêcemnienl M. Uubuc a traité de façon fort peu cri- 
tique les origines du Soissonnais ", 

Nous savons quelles sont les sources à consulter pour le 
XVI'' siècle à Soissons '-', La période de I6o8à 1709 a élé étu- 
diée par le notaire Patte'', auteur de Mémoires sur Sois- 

i. Pnris, lK77,iii-H. 

i. Je u'hi pas li'oiivi' ii lu BiblioUièigue Natioiiak l'ouvrage de Julien 
rte Hëricoiii'l. iiitiluk' : Méiituîres pour uKrvîr à' l'hintoife du SoîniionnaU, 

3. Di*»trlalinn niir l'Mal du SoUionnnU, Paris, ITAIî, in-lS, 

4. Cf. Bib, Nal.,f.W/. D. Grenier, l. Ri, f» 211. 

3. Lettre du 1.1 nov. 1731), réplique du 13 juiiviei- 1736; itipoase de 
Dupleesis (tu 23 février, nouvelle réplique de Lelieut du 1^ avril, et 6e 
DuplesBia (cf. t:oU. D. {'.renier, loc. cit.. (* 212 v'i. Cf. abbé Pêcheur, mm. 
tar la citf de» Sututions, dans Bull, de Soîtsant, 1876,2" série, l. VII, 
p. 165-377, 

6. Bib. Nat., Coll. U. Grenier, t. 6i, ^ 211 S(|(j. 

7. Dinterlalitin sur Cépoqae de l'élatlitteineril de la religion chrétienne 
i/nni le Soiuonnoi», Paris, (737, iii-12. 

D, Même LiU'e, et â la suite, p. 91 s(p[. 

y, Dixsertalio xueiiiofiica defldti chrislîaiiae in ttym SvenH'iiientii primor- 
diii, à \a suite, p. 141 sqq. 

10. Paris, 1745. iD-12. 

11. De civitHte Suesnionuin, Paris. 10O2, iii-8. 

12. Voj*. p. xiiii-XKVii. Pour le bailliage de boissons au xvi'' siècle, cf. 
Dupoiil-Ferrier, Les officieni royauie, Paris, 1902, in-B, p. 17, n. 9 IBib. de 
CÉe.detlUutfnÉt., n" 145). 

13. Sole* direrses sur t'hisloiri- de Soision» depui* IHSfl Jusqu'à 1709 
(Bib. Soisflons, ma. 23fi), 



XLIl INTRODUCTION 

sons, assez nuls ' ; il faut en rapprocher la thèse médiocre 
de Dubuc ^. En 1713, M**® L. -H. Bazin composa un poème, 
que je n'ai pas retrouvé, « document à consulter sur les 
principales familles de Soissons au commencement du 
xviii® siècle "^ » . 

Certaines questions d'archéologie locale ont été traitées, 
avec plus ou moins de sens, par de Laprairie '*, M. Lau- 
rendeau \ El. Choron ^'. Ed. Fleury s'était attaché à une 
besogne plus vaste, en étudiant les Antiquités et monu- 
ments du département de V Aisne *, reprise d'une façon plus 
critique en même temps que plus suggestive par E. Lefèvre- 
Ponlalis ^. A. Demarsy a étudié Tarmorial des évêques 
de Soissons •', M. -A. Michaux, la numismatique sois- 
sonnaise'^. Enfin, tout récemment, un jeune érudita établi 
lesannales du jjrand évêque du xn® siècle, Joslein de Vierzy*^ 

D. L'histoire des établissements ecclésiastiques de Sois- 
sons ne restait pas cependant inattaquée. On publiait diffé- 
rents textes, — particulièrement Mgr Gousset dans les 
Actes de la province ecclésiastique de Reims^-, Mais la 
production du xviii*' siècle, à ce point de vue, est assez 
importante. Dom Martène avait antérieurement édité des 

1. Bib. Soissons, ms. "252, daté (\v 1821>. On Irouve quelques renseijj^ne- 
ineiils lopographi(jues, p. 15 sqq. 

2. L'intendance de Soissons sous Louis XIV, Paris, 1006, in-8. 

3. Bib. Soissons, ms. 225, p. 4. 

4. Les fortifications de Soissons...^ Laon, 1S54, in-8. ("f. Bull, de Soissons^ 
1859, l. Xni,p. 35-41. 

5. Xotes manuscrites inédites (Bib. Soissons, ais. 239), de 1860; critique 
des idées de Leroux . 

{'). La fausse porte Sain^-^fartin et les divers eniplacetnenls de Vllôlel de 
Ville A Soissons, Soissons, 1876, in-8. 

7. Paris, 1877-1882,4 in-4. 

8. L'architecture reVupeuse dans l'ancien diocèse de Soissons, au A'/* et au 
A7^ siècle, Paris, 189^, 2 in-4. Cf. Hull. de Soissons, 1894, 'M série, t. III, 
|>. 90 sq. 

9. Motes pour servir A un armorialdesércffucs de Soissons, Paris, 1866, in-8. 

10. Essai sur la nuniismatiqne soissonnaisc, boissons, 1880, in-8. Joindre 
Vauvillé, Monnaies de Soissons, dans Bull, de Soissons, 1H93, 3*" série, I . III, 
p. 93-98 et pi. 

11. L. .lacquemin. Annales de la vie de Joscelin de Vierzy..., dans les 
Quatrièmes Mèlancjes d'histoire du moyen àye, du professeur A. I^uchaire 

Bib.de la Fac. des lettres de VU.de Paris, t. XX), Paris, 1905, in-8. 

12. Reims, 1841, 4 in-4. 



I 



r^THODLUTloN X1.III 

sUtLulf de IV'glise de Soissoiis du xiv^ et du xv^ siècle '. 
Doin Klie loii Hélie) enlrepi'il, au xviii* siècle, 17//.Ï- 
toirt de l'abhayt de Siiinf-(Jrépin-le-<!r;ind.. .'. Cesl une 
(t'uvre inleltifîenle. t'aitt! par un homme qui a de la 
ci'ilique ; on puul regrcller qu'il y manque le tome de 
preuves annoncé. Elle comprend trois livres, l'un consacré 
Jiux saints-Crépin el Crépinien. le deuxième ii l'iiistoire 
de l'abbaje, le troisième aux abbés jusqu'i'i l'abbé Ferro- 
chel. du dernier quart du xvii^ siècle. II existe à la 
Bibliothèque de Soissons une copie de cette histoire ^ : on 
l'a confondue parfois aveu le Hecueil de choses mémorables 
sur Suint Crespin-le-Grand, rédiffé au xviii'' siècle, et con- 
tenant quelques textes in extenso ^ Dans les Mtscellanen 
momtstica de la Bibliothèque Nationale, on trouve une 
îlialuire du 1res uncieit monasdiire de Sainf-Crespin-te- 
GrHnd-fezSoissons, datée de 1648 ■'. 

En dehors d'une étude de De Pouilly ^. rien n'a été 
public non plus sur le monastère de SainL-Médard. .\ 
plusieurs reprises. D. (îrenier renvoie aux Antiquités 
manuscrites de celte abbaye " : je ne saif ce que c'est, 
ne connaissant que Vllistoire chronologique de Saint- 
Médard de Soissons. rédigée au xvni^ siècle et insérée 
au t. 24:1 de la Collection D. Grenier, l""" 2III-3H3. Mar- 
lêne, dans son Voyage littéraire, nous donne, de plus, 
quelques renseignements sur la bibliothèque de l'abbaye "■. 
On ti'ouve enfin au t. XXVII du Monasticon benediclinum. 
de son histoire '■'. L'n jeune chartisle 




XLIV INTRODUCTION 

enlin a consacré sa thèse d'école à l'histoii'e de SainU 
Médard ^ ; on en peut souhaiter la publication prochaine. 

L'abbaye de N.-D. a été l'objet d'un plus grand nombre 
(le travaux, la Histoire de l' abbaye royale de N.-D, de 
Soissons de Dom F. -M. Germain -'annule les travaux anté- 
rieurs de Pierre Bérengier •* et du P. Machaut, Jésuite '• : 
elle comprend 4 livres, plus environ 80 pages de preuves 
importantes. Les notices de Fossé d'Arcosse • et de Tabbé 
Poquet ^ n'apportent rien de plus à notre connaissance. 

L'histoire de Tabbaye de Saint-Jean-des-Vignes a été 
faite au xvii^ siècle par le P. Legris % connu par Dom Gre- 
nier ^, qui regrette la disparition d'un Liber de gestis 
Ecclesiae S. Joannis Suessionensis ^^ \ au xviii^ siècle, par 
le P. de Louen ''^ qui dédia ses 4 livres suivis de 
preuves à Tévéque Brûlart de Sillery '^ (]es deux publica- 
tions oflrent peu d'intérêt, de même que la Notice parue 
en 1848 '*, eiVEssai publié à la même date par Fossé d'Ar- 
cosse*'\ Meilleure est la récente notice de M. F. Blanchard^ 
secrétaire de la Société archéologique*'*. Sur l'obituaire de 

I. Dauverné, L'abbaye de Sainl-Médard de Soissons, des orig. au 
XIV*^ siècle, dans Positions de VEc. des dharles, 1907, iii-8, p. 56-69. 

•2. Paris, 1675, in-4. L'exemplaire de la Bib. Nal. (L^ K 13 373) contienl 
la lettre de remerciement de Tahbesse de N.-l)., Armande-Henriette de 
Lorraine, à qni D. Germain l'avait dédiée. — Sur cette at)besse et son rôle 
littéraire, cf. abbé Pécheur, dans Bull, de Soissons, 1857, t. XI, p. 39. 

3. Hist. de Vabb. roy. de M.-D. de SoissonSy Bib. Soissons, Coll. Périn^ 
iV^ 4658. Datée de 1594, elle comprend 4 parties. 

4. Dans Coll, Clairambault, t. 561, f"" 133-151 i»< premier est^iblis- 
sement... »! et f*>* 145-368 v° (« Histoire... ». 

5. Notice .., dans Public, du Comité archéoL de SoissonSy 1848, t. 1, p. i sq. 

6. N.-D. de Soissons...^ Paris, 1855, in-8. 

7. Chronicon brève abbatialis canonicae S. Joannis...^ s., 1., 1617, in-8, 
ou Paris, 1619, in-8. 

8. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 233, f" 209 v". 

9. Chronicon, p. 2H. 

10. Cf. Abbé Pécheur, dans i?w//.«/e.So«soAi«, 1807, 2' série, l.I,p. 230-234. 

II. Hisl. de Vabb. royale de Saint~Jean-des-Vif/nes de Soissons, Paris, 
1710, in.l2. 

12. Dans Public, du Comité archéol. de Soissons, 1848, t. I, p. 27 sq. 

13. Sans nom d'auteur, Soissons, 1848, in-8. En fait, c'est le tirage à 
pari de la notice précédente. 

IL f^nbba ye d(* Saint-.fean-des-Vignes, Soinaona, 1905, broch. in-8. 



I 



cette abbaye, publié en partie au xvii'' siècle '. la Biblio- 
thèque de l'Erole des Chartes donne quelques indications *'. 
Le catalogue de la bibliothèque, à la date de 177 i, se trouve 
dans le ms. nouv. acq. fr, 3171 ■'. 

Sur l'abbaye de Saint-Léger, en dehors de quelques tra- 
vaux de petite importance \ il n'y a guère ft citer que 
V Introduction mise en tête de l'édition du Cartulaire par 
l'abbé Pêcheur ^. 

Sur l'abbaye des Gélestins, fondée au xiv* siècle, Tabbé 
Roussel a écrit un livre qui traite de l'histoire générale 
même de Soissons. et qui n'est pas très neuf ''. 

E. Bien entendu, les histoires régionales sont presque 
aussi utiles que les histoires proprement locales '■. Mais nous 
ne possédons pas d'histoire riigionale ancienne. Il paraît que 
Muldrac ", auteur de la chronique de Longponl'', avait 
écrit un <• Miroir historique du diocèse de Soissons '"" ; 
nous ne l'avons plus. Il faut descendre jusqu'à J.-K.-L. 
Devisme pour lire un bon Manuel historique de l'Aisne". 
Un bizarre auteur qui prétend remonter à Ega, maire 
du pillais de Neustrie, E. Cuvillier de Wissignicourt, 

I. Pur le K. I>. J.-B. de Macbaul, dans Vllâl. du B. Jtmi, seigneur ilr 
Manlinirtl H il'0'»y, pu!» ifiiyieux de l'nbbaye de Luniftianl, Paris, IB4I, 
ÎQ-S, p. 430-435 (cf. A. Loitfiaoa, Obil. de la prav. de Sent, t. I. Paris. l«02, 
îii-4, p. XLi, n° 2i). 

». 1875, t. XXXVl, p. t!ll. 

3. On trouve encore quelques indication* liisloriquea dniis lïili. Nal . 
Coll. Clairambaull. t. 5til, f" 933-937 v". 

4. Voy. p. 53-54. 

5. Le cnrlulaii'e est h la bibliothèque du séminaire. Décrit par l'abbé 
Daras, dans Hall, de Soi»»nni. 1S49, t. III. p. 39-42, il fut pnblié par l'abbé 
Pécheur, Soissons, 1871), in-4. 

6. HMoire de l'abbaye des CMenlin» de Villeneune-Iès-Sniffons, Soissons. 
1904, in-8. 

7. Plusieurs Rctoaintéressantle SoissoiiDHis oi 
MintsduPlessis, Hûl. de la eilleel de% teignears 

H. On pourra consulter sur Muldrnc de l'Èpinois, rii 
Charte», 1863, I. XXIV, p. 475, n. i. 

9, Compendinau'it abbaliae Longipunti» Siietnioncn. 
165â, in-12. 

10. D. Élie, Hi»l. de S. Cretpin, I. I, f" 339. 
H. l.aoii, 1836, In-S. Comprend trois parûtes : 

2. Galerii' par ordre alpliHbéliquei, 3. Bibliographie, 



:épublii^apBrliainTous- 
i(/c (.'oucy, Paris, 1728, iii-4. 
" s Hib. de l'Ec. den 



XLVl NTRODITTION 

a publié Irenle-sepl monographies locales peu sûres, sous le 
titre d'Histoire ancienne et moderne et description générale.. . 
de r Aisne ^ Le Mémorial historique du département^ 
paru en 1847. est à peu près sans intérêt. C'est au contraire 
un essai de synthèse, actuellement vieilli, mais respectable 
tout de même, que les Annales du diocèse de Soissons, de 
Tabbé Pêcheur-, bien meilleures que les Antiquités reli^ 
gieuses du diocèse de Soissons et Laon, ouvrage sans cri- 
tique du chanoine Lequeux '\ Melleville, auteur d'une Col- 
lection de notices historiques sur le département de 
V Aisne '\ analogues aux monographies de Guvillier de 
Wissignicourt, essaya même, après Girault de Saint-Far- 
geau '\ de faire un Dictionnaire historique du département *'. 

Certaines œuvres ecclésiastiques complètent cet effort : 
un Fouillé du diocèse de Soissons \ le livre de Tabbé 
Houllier,au xviii*^ siècle^, celui deTabbé Ledouble, auxix® ^. 

Les travailleurs isolés n'ont pas suffi. Au xvii® siècle 
fut fondée une Académie française à Soissons, autorisée par 
lettres-patentes de juin 1671 '". Elle s'intéressa aux tra- 

i. Anizy-le-Cliâtean, 1846, in-8. 

2. Soissons, 1863 sq(j., 9 in-8. Divisôeen sepl i)ério(I(»s, celte histoire n'a 
malhoureusenient presijue aucnne référence; elle fui couronnée par TIii- 
slitul. L'abbé Pêcheur est mort en \S9H (cf. Michaux, clans Bu//, de Sois- 
sons, 1876, p. 222 S(|(|., el sur l'ouvraf^e, même Bulletin, 1888, 2* série, 
t. XIX, p. 106-110). 

3. Paris, 18511, 2 in-16. 

V. Paris, 1853, in-8 (La Bib. Nal. ne possède (jue les n"*7, 8, 9, 10, 14). 

5. Ilisl, noucellp ou dictionn . géot/r. de toutes les communes du départ, fie 
r Aisne, Paris, 1830, in-8 (Fait partie de V Histoire nationale el dictionn. 
géogr. de toutes les communes de France, dont il n'a paru que 4 fascicules). 

6. Laon, 1865, in-8. Pour une localité proche de Soissons, Ressons, voir 
la récente Monographie de E. Gailliard (Soissons, 1905, in-8i. 

7. S. d. n. 1. ,in-f". 11 existe à la Bib. de Soissons, ms. 232, un pou Hier , 
(jui porle à tort le nom à' Histoire de Soissons, et date de 1755. 

8. Etat ecclés. el civil du diocèse de Soissons, Compiègne, 1783, in-8 
^contient un historicpie rapide de toutes les abbayes; . 

9. Etat religieux ancien et moderne des pays qui forment aujourd'hui le 
diocèse de Soissons, Saint-Quentin, 1880, in-8. Joindre les Ordonnances 
synodales du diocèse de Soissons, Soissons, 1701, in-12. 

10. Julien de Héricourt, De Academia Suessionensi, Montauban, 1688, in- 
4 ; Gallant, Mémoire sur V Académie de Soissons, dans Fossé dWrcosse, 
Mélanges, p. 1-61 . 



INTRODUCTION XLVll 

vaux historiqueâ, couronna certains mémoires, au 
XVIII® siècle * ; un des écrits qui furent rédigés pour elle, 
en 1751, la Dissertation sur Vélat du Soissonnois sous les 
rois de la seconde race^ a une certaine valeur '*. Cette Aca- 
démie disparut à la Révolution, ainsi que la « Société 
d'agriculture du Soissonnais », établie en 1761 ^. En 1806, 
se créa la « Société des sciences, arts et belles-lettres de 
Soissons », qui publia deux volumes de Mémoires en 1807 
et 1808 *, puis cessa de se réunir vers 1811. En 1845, fut 
fondé le « Comité archéologique de Soissons », dont 
quelques dissidents constituèrent en 1847 la « Société histo- 
rique et archéologique de Soissons » ; la Société fusionnaavec 
le Comité en 1850 en ^( Société archéologique, historique 
et scientifique de Soissons » ; celle-ci, depuis, n'a cessé de 
faire paraître un Bulletin annuel assez intéressant, et 
quelques ouvrages isolés ou en appendice, comme le Rifuale 
ou le Journal de Lépaulart. 

F. L'œuvre même de D. Grenier est en quelque sorte 
une œuvre collective. On sait déjà que Dom Caffiaux et 
Dom Pardessus ont été ses prédécesseurs immédiats ^; avant 
eux, le sire Rumet de Buscamp avait écrit une Histoire de 
Picardie^ que nous avons '\ Dom Caffiaux et Dom Pardessus 
ne firent paraître qu'un prospectus, et somme toute, en dépit 
d'un labeur acharné, Dom Grenier ne les dépassa pas, puis- 
qu'en 1786 seulement parut son Prospectus "^ , et que 9on 
Introduction a l'histoire générale de la Picardie ne fut 

i. Ceux de Du Perret et de Ribaud de Rochefort. Voy. p. xli. 

2. Restée manuscrite, elle se trouve à la Bib. Nat., Coll. D. Grenier, 
t. 243, f«» 69-94. 

3. R. de Lasleyrie et E. Lefèvre-Pontalis, Bibliogr. générale, t. I, 
Paris, 1888, in-4, p. 38. 

4. De Lasteyrie et Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 53. 

5. Ils avaient fait paraître en 1763 VAvis à la province de Picardie (1763, 
Arras, 8 p. in-4). 

6. Cocheris, Notices, t. III, n«> 22, p. 22. Ducange s'était préoccupé 
d*une histoire provinciale de la Picardie (cf. son Dessein de l'histoire de 
Picardie, dans Journal des savants de déc. 1749). 

7. Paris, 1786, 23 p. in-4. En 1767 avait paru VAvis aux naturalistes et 
aux antiquaires de la province de Picardie (Paris, 1767, 4p. in-4). 



ti 



XIAIII INTRODUCTION 

éditée qu'en 1856 '. Dès 1770 avait paru un Essai de 
Deverilé, procureur au présidial d'Abbeviile % œuvre d'in- 
telligente mais insuffisante généralisation, qui fut vivement 
critiquée par Thistorien de Calais, le P. Lefebvre, et par 
l'historien d'Amiens, le P. Daire \ 

Le mouvement historique inauguré sous la Restauration 
ne devait pas négliger l'histoire provinciale : il fut entrepris 
une collection, sous la direction d'Aug. Thierry *, où parut 
un Résumé de Vhistoire de Picardie, de P. Lami ''. L'in- 
tluence d'Aug. Thierry est constatée dans les Archives his- 
toriques et ecclésiastiques de la Picardie et de l'Artois, de 
P. Hoger''. Les défauts de cette école se retrouvent, sans 
ses qualités, dans les Curiosités historiques de la Picardie 
d'après les manuscrits, de Ch. Desmaze '. 

On se mettait cependant à publierdes documents concer- 
nant la Picardie"*, el la production historique concernant cette 
province parut à un moment si considérable qu'on tenta d'en 
dresser la bibliographie •'. Malheureusement, aupoinldevue 
slricl qui m'occupe, les historiens picards ont donné bien 
pende choses. Le baron de La Fonsde Mélicocq a infusé^son 
légitimisme intransigeant dans une élude absolument 

1. Pul). par Dufonr (»l (iarnier pour la Soc. des nniit^, do In Picardie, 
Amiens-Paris, 1850, in-4. 

•>. Abhevillo. 1770,2 in-12. 

A. Cf. \o Siippirmpuf, 1774, in-12. 

V. II y ni paraître un livre sur la (iuyenne. 

5. Paris, 1825, in-16 divisé en dix épo(|ues. dont la IV** concerne Téta- 
hlissement (ies communes . 

0. Amiens, 18*2-1 8'i-3, 2in-8. Il parle de Karle-le-(irandel de Ludewig le 
Débonnaire». 

7. Paris, isr»."», in-S. Rép^este souvent sans valeur avec des renvois 
grotesques. 

8. V, de Beauvillé, Rocuoil de documents in^dUs concernant la Picardie, 
Paris, 1800, 1867, 1877. 1881, 4 in-4. Cf. le Compte rendu de l'abbé Corblel, 
Arras, 1801, pièce in-8. 

9. Cil. Dufour, KsHai hiblior/r. aur In Picardie, Amiens, 1850 el 1857, 
2 séries in-8 Extr. des Môm.de la Soc. des antiq . de la Pic., l. XXXIV); 
Darsy, Répertoire el appendice des histoires locales de la Picardie^ Amiens, 
1877 et 1881, 2 in-8. Dans la Revue de synthèse historique, M. Demangeon, 
chargé du cours de pféographie h l'Université de Lille, publiera prochaine- 
ment une biblioj^rapliie critique et synthétique sur la Picardie. 



ISTHODICTION 



I 



nulle ', L.-A, Labourl avait bien essayé d'étudier les ori- 
gines des vilk'H de Picardie '■' : sa synthèse, vraiment inté- 
ressante, est trop tôt venue. Melleville a examiné un des 
côtés du mouvement communal dans l'Aisne '. Un peu 
plus tard parureni les Monographies picardex de l'abbé 
Ed. .lumel, qui contenaient bien peu de choses '. f^e tra- 
vail de Déy, plein de vues conLeslablea, est aussi rempli 
d'aperçus suggestifs ' : eelui d'K. Herlemonl. au contraire, 
est parfaitement nul ". 

Il va de soi que les leuvres qui s'oecupcnl des régions 
voisines mérilaienl d'élre dépouillées : pour le Laonnais, les 
ouvrages du P. Lelong '■ el du P, lïugniàlre ", joints ft 
V Histoire de la ville de Laon, de Melleville*; pour le 
Valois, en dehors des livres trop vieillis de Nicolas Berge- 
ron '". de Muidrac " el d'.\nthoine Bataille '•', celui de 
Carlier, véritablement indispensable ' ' ; pour leVermandois, 
enfm, les Mémoires de L,-P.Coiliette ''. 



I . Privilège* el franctiite* de t/ueli/u- ! 
l'Arlait, lie la Picardie el du Valoi», N-jj-i 

i. Emai sur l'origine detvHUi de la Picardie. Ai 
cks .VWm. ilcla fioe. den Antlq. île la Pic, t. II). 

3. Iliil. de raffranchia. comiiiunat dann le» ai 
S<ii»tnMel \oi/on, Lauii, IHaS, Jn-S. 

t. Amiens, 1870-181». 5 in^. 

j. Etudtt hittoriqutê mr Ffilablùnemenl de» comr, 
provinev eeclétiattique de Reim», Iteiais, IN73, 



villes de la Flandre, de 
IH3â, iii-S. 

s, IS40, in-6. (Exir. 

g diiiettei de Laon, 



tièetedani 
[i-S, L'ouvra^ de 



L.-W, Hsvenpi;, lieeh. iur let iirigines dex éj/lisrt de Reîmn, de Soifton» e 
de Chàlons, concerne exclusivement Reims (Paria-HeimB, (837, iii-6). 

6. Hi*l . de l'âmancipation communati- a Saiixl-Quenlinel dannle l'erma/i- 
i/oi* (Saiiil-ljiientin. 1873, in-8j. 

". HixtoirercclHi&ttiqueetciviUdudincènedeLaan. . ., ':iiâl(ins, 1783, iii-l. 

8, Egiaàde Chinl. ecr.lét. et civile de Laon et du pays Laonnoi» .. . jim- 
qa'en I72i. ms. iBib. Nat., Co». D. Grenier, t, l«r.- 1H7). 

U. Lann-Pai'is, l8iH. 2 in-8. 

11). Le l's%i royal. Paris, msU, iii-H_ Di'HtTiplion ii«so/. iimusanH-el 
pres(|iie purenu-nl liltt^-raire du Valois. 

11 . Le Valois roîal amplifié el enrichi de plutiears pièeet rurieusen, Bon- 
nefontaioe, 1062. iri-12, dédi^ à Philippe d'Orléans. 

12. Antiquité de Valoi», pub. par E. Guiieot, dans les Comptes rendus el 
Mémairet du Comité archMagiqae de Senlii, 189!i. 3' série, l. X, à la »uile. 

13. Hittoiredu duché de Valait., .jusqu'en l'année 1703, paruanonyme, 
Paria-Complègne, 3 in-4, 

14. Mémoires pour servir k l'hist, ecclés,, civile et militaire de la province 



Born. 



-Hisloi 



t ,U Soi. 



INTRODUCTION 






Dans celte revue des sources et des livres qui concernent 
le Soissonnais, j'ai naturellement laissé de côté les grandes 
collections manuscrites ou imprimées, les ouvrages géné- 
raux dont le dépouillement était nécessaire pour la mise 
sur pied de cette étude. Les indications bibliographiques 
précises que j'ai mises au bas du texte et Tlndex alpha- 
bétique des ouvrages cités dans les i*"*^ et 2® parties, dans 
rintroduction et la Conclusion, suffiront au lecteur désireux 
de vérifier exactement mes citations et d'apprécier l'éten- 
due de ma tâche * . 

de Vermandois, Cambrai, 1771-1772, 3 in-4 tcf. Devérité, Supplément, 
p. 57-80). Joindre les travaux de A. Corabier [Élude sur lehailliage de Ver- 
mandoi», Paris, 187i, in-8; Les justices subalternes du bailliage de Ver- 
mandois, Paris, 1885-1895, 2 in-8), el de M. Thiéry (Histoire du Vermandois 
au temps deLouis Jf/V, Péronno, 1897, in-12). 

1 . J'ai désigné par : 

Ai4..SS.,le recueil des Bollandistes ; 

H.F.^ le recueil de D. Bouquet; 

P.L.^ la Patrologie latine de Migne. 

La collection des diplômes publiée par Tlnslitut n'a pu être malheureu- 
sement utilisée, non plus que, pour Henri l"*", le catalogue publié par 
Sœhnée (Bih. de l'École des Hautes-Études, n«> 161, 1907). 

Au dernier moment, j'ajoute au tableau de l'historiographie soisson- 
naise : H. Dupont, Le Soissonnais de il SI à 1790, dans les Positions de 
Vf:cole des Chartes, 1908, p. 49-64; abbé E. Albe, Les miracles de N.-D, de 
Roc-Amadour au XII^ siècle, Paris, 1907. in-8®; et le court travail de 
G. LegvHud, La région soumise A la coutume du Vermandois, Laon, 1907, 
in-So. 



INDEX HIllLinCHAPlIIQri: 



Observations préliminaire». — Je n'ai tiiit Rgurer tians cel Index (|ue les 
oiivroges tités dans riolrodiiction, 1h 1" et la 2' partie, et lu Conclusion ; 
j'en ai esclu les articles parus dans le Bulleliiile Soituona. cités exactement 
itans les références du texte, sauf lorsqu'il s'agissait d'articles importants 
tirés h part Les sources et ouvrages manuscrits n'y llgurent également pas, 
pour la même raison, el aussi parce qu'il est facile d'en retrouver l'indica- 
tion par les renvois k riuti-oduclion de la Table alphabétique. Quant aux 
ouvrages employés dans la 3' (lartie. ils sont cités avec exactitude dans les 
bibliographies qui figurent en tèt« de chacun des chapitres de cette partie, 
et j'ai cru inutile d'aloui-dir l'Index bibliographique («r la répétition des 
litres de ces livres, qu'on retrouvera facilement, en se reportanlaux cha- 
pitres ; il'ailleurs, les livres d'un intérêt général employés pour celte partie 
et qui l'ont été aussi pour les deux autres, figurent normalement dans 
l'Index. 



Acla Sanclonim... Amers, Bruxelles, Paris, I64;i-I81il, (i2 in-r. 
At.BE (abbé K.), L'» mirucU-x de .V.-/>. de Hoi-Anmdoiir au XII' 

xiècle. Texte el Iraduclion. Paris. 1907, îii-H". 
Ancien tarif Je la fin do XIll' iiécle [pour les chunoinesde SoÏBsonsj, 

publ. par l'abbé Poucet, dant' HaUetin du Comité de la langue, de 

C histoire et de» arts de la France, ISô7 i I8(î()), I. IV. 
Annales /krtini.ini,éd. Waitï. Berlin. 1883, iii-8". 
Annaaire de l'École des Haute*- Ëludea, 190.1. Paris, IWW, iii-l'J. 
Anifiis DK JttHAtNviLm (01, Histoire des comte* de Ckumpagne. Paris, 

1859-69, e in-8". 
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. dex . 



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Callant. Mémoire sur VAcadéniie de Soissons, dans Fii.fsÊ u'.Abcosse, 

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omie pulitiqu, 
"chéologique t 



.\. Ha( 



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.'.i>„ 



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in-8^ 
SouciiON. V'oy. Inventaire sommaire de tWisne. 
Stein (H.), Bibliographie générale des cartulaires français. Paris, 

1907, in.8". 

— Voy. Gh.-\^ Langi/>is. 

SiGER, De vita Ludovici régis, éd. A. Molimeh (Coll. de Textes). 

Paris, 1883, iii-8«. 
SuRius, De probalis sanctorum historiis, 2*' éd. Cologne, 157f>-81, 

7 in-fo. 

Taillar, Recueil (fades des XII"" et XIII'^ siècles. Douai, 1849, in-S®. 
Tardif (J.), Monuments historiques. Paris, 1866, in-4**. 
Teulet (A.), Dblaborde et Bergeh, Layettes du Trésor des Chartes. 
Paris, 1863-1902, 4 in-l», plus une table in-4o. 



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4 in-i°. 

Thihion (P.), Les échevinages ruraux du diocèse de Heims^ clans 

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Tou&SAiNTs m? Pi.Essis (Dortî), Histoire de la ville et des seigneurs de 

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Vanderkindkrb iÎ..), Sotice sur l'origine des magistrats communaux, 

dans le liull. de PAcad. royale de Belgique, iSlb, t. XXXVIII. 

— l'n village de Hainaut au XI t siècle, loi de Prisches (Exir. des 
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— L'évolution des communes flamandes, dans les Annales de l'Est 
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Vigie (A.\ Les bastides du Périgord. Montpellier, 1907, in-8°. 
ViNciioN V.), L'ancien Vermandois et sa coutume, dans le Bull, de 
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— Des droits seigneuriaux dans la coutume de Vermandois, dans 
le Bull, delà Soc. acad. de l^on, 1855, t. IV. 

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— Histoire des Institutions politiques et administratives de la France. 
Paris, 1890-UK)3, 3 \n-H^. 

— Les communes françaises au moyen Age (Kxtr. des Mém. de 
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VVaili.y (N. de). Mémoire sur les variations de la livre tournois, 
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Waiters, Libertés communales. Bruxelles, 1869-78, 3 in-8'. 



INDKX BIBLKHiRAPHIQrE 



I.XXl 



— Les gildes communales au A7'" siècle ; Kxtr. du linlL de IWcnd. 

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WissiGNicouHT (De). V''oy. Cuvillieh. 
WoLTERs (F.), Studien ûber Agrarzustànde und Agrar problème in 

Frankreichvon 1700 his 1790 Staals- u. Sozialwiss. Forsch. XXII, 

5. Leipzig, 1905, in-8*». 
Whktschko (R. von). Die « electio com munis » bei den kirchlivhen 

Wahlen im MiUelaller, dans la Deutsche Quart aise hrift fur Kir- 

chenrecht^ t. XI, H. 3. 



PREMIERE PARTIE 



ORIGINES ET DÉVELOPPEMENT JURIDIQUE 
DE LA COMMUNE DE SOISSONS 



HISTOIRE 



DE LA 



COMMUNE DE SOISSONS 



KT DU 



GROUPE COMMUNAL SOISSONNAIS 



CHAPITRE I^' 

ÉVÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES A SOISSONS. 

La situation géographique de la ville de Soissons, avantageu- 
sement placée dans la vallée de l'Aisne, permet en partie de com- 
prendre son histoire politique et les conditions économiques de 
son développement ^ Centre celtique - et ville romaine 3, Sois- 
sons devint sous l'administration impériale un important nœud de 
routes^. La cité romaine, de la configuration de laquelle, à Ten- 

i. 0. Reclus, Le plus beau roi/auFue sous le ciel, Paris, 1899, in-8, p. 523- 
524. Cf. Lemoine, Ilisl, des anliq. de Soissons, p. xv-xliv. 

2. Abbé Lebcuf, Dissert, sur Vélal des anciens habilans du Soissonnais, 
Paris, 1736, in-12; D. Cafflaiix, Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 64, f» 212 
V® ; D»" Godelle, dans le Courrier de l'Aisne, 7 janvier 1836 ; Lambin, Étude 
du nom de Soissons, dans le BulL de la Soc. de Somo/is, 3« série, 1896, t. VI, 
p. 158-182. 

3. Sur la civitas Suessionum, cf. Si. Prioux, Civitas Suessionu/n, Méni. 
pour servir d'éclaircissement à la carte des Suessions, Paris, 1862, in-4 ; 
abbé Pêcheur, Mém. sur la cité des Suessions, Soissons, 1877, in-8 ; Michaux, 
Population de la Civitas Suessionum, dans le BulL de Soùisons, 3" série, 
1893, t. III, p. 38-42. — On trouvera un plan hypothétique de Soissons 
sous les Romains dans Leroux, Hist. de la ville de Soissons, en tête du 
t. I. — Sur quelques découvertes archéologiques, cf. Mém, de VAc, des 
Inscr. et Belles- Lettres, t. III, p. 250-21)2 ; H. Martin et Lacroix, Ilist. de 
Soissons, 1. 1, p. 58, n. 161, n. 163, p. 206-67, 79-80, etc. ;le Bulletin, passim. 

4. D. Grenier, Introd. gén. k Vhist. de la Picardie, p. 422, ad finem ; 
Grégoire d'Essiguy, Mém, sur les voies romaines de la Picardie ; Piette, 



4 LA COMMUNE DE S0IS80NS • 

contre de tant de villes du nord, il est à peu près impossible de se 
rendre compte aujourd'hui *, était bâtie au pied de la colline de 
Saint- Jean-des- Vignes '. C'était la « petite cité », occupée par 
le chapitre jusqu'à l'incendie de 948. Il est probable que les édi- 
fices en dépendant étaient renfermés dans un mur, dont on a 
découvert des restes dans des maisons des rues du Chapitre et 
du BelTroi^. A vrai dire, après la destruction de ces constructions 
par l'incendie de 948, les chanoines s'établirent isolément dans 
le quartier compris entre les rues Saint-Christophe, de la Burie, 
Saint-Remi, et les murs de la ville '*. La ville, en effet, fortiGée 
dès l'époque mérovingienne •', était entourée de murailles au 
début du xii*^ siècle ''. Mais, en dehors de ces murailles, s'éten- 
daient un certain nombre de faubourgs. On n'a pas de preuve 
que l'existence de ces faubourgs, comme le croit Leroux ^, remonte 
à l'époque mérovingienne ; il est cependant certain que, dès les 
Carolingiens, ils s'étaient déjà fortement développés autour des 
deux grands monastères de Saint-Médard et de Saint-Crépin. 
Dès 884, il est fait mention de Saint-Crépin « in suburbio sues- 



dans le BulL (le lu Soc. acntl. (h Liwn, 18îi9, t. IX, pp. 70-82, 167-176, 
J77-181 ; 1800, t. X, pp. 170-173; 1802. t. XII, pp. 131-133, 133-136; 1863, 
t. XIII, p. 30-31, et Tesquisse do l.a p. 15. 

1. On ne peut fru<'*re ulilisor les plans exislanls : en lêle de rouvrage 
de Donnay (reproduit dans le Bull, de SoissonHy 2" série, 1875, t. VI); plan 
de la fin de xvi« siècle (Bih. Nat.. Co//. I). Grenier, t. 294-, n" 27) ; plans 
de Viiillefroy, dans Acln Sanct.y ocl., l. XI, p. îiOo ; de Laprairie {Bull.^ 
t. VII et VIII) ; d(î Leroux, l. I, p. GS et 170. On trouve aussi aux Archives 
de l'Aisne deux plans iC V35 et C^ 430). 

2. Klleétait bien localiséi*surla rive gauche de l'Aisne etdistincte du rtcu« 
de Saint-Médard : cf. De S.uirto Onesinw (lexle du viii^ siècle [?]. — Saint 
Onésinie est mort en 390;, dans .1.1. S.S., mai, t. III, p. 205 : « Sepultus est 
autem in ecclesia Sancti Geori^ii marlyris extra confinia civitatis suessouicic, 
citra lluvium Axonae in fisco Croviaco, in vico, qui postea nominc Sancti 
Medardi dictus at«jue insignilus liabelur. »> 

3. Leroux, op. cit., p. 207. On sait de (piels privilèg-es furent dotés les 
cloîtres par les empereurs carolinj^iens (Cf. A. Oiry, Etudes carolingiennes, 
I, dans Méluntjeu Monod, p. 508-513 ; Labaude, Hiat. de BeauvaiSf p. 35-38). 

4. Leroux, flist. de Soissons, t. I, p. 208. 

5. Grégoire de Tours, Iliat. Franc. ^ VI, 21, éd. Krusch, .V. G, ILj SS, 
rer. meror., t. I, p. 202 et j). 391. 

0. Abbé Pêcheur, dans Bulletin de Soissons, 1807, 2® série, t. I, p. 38; 
de Laprairie, ibid., 1853, t. VII, p. 222-225. Voy. p. 133. 

7. Oji. cit. y t. L p. 220-230. Cf. dans La})ande, fliaf. de Beauvais, p. 33, 
en note, la liste des plus anciens faubourgs, dont le premier (jui soit connu, 
celui iTAngers, a[)j)araiteu 770 ( Sickel, Acla Karoli, i\° 0). 



ÉVÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES O 

soilico ^ », et, quand on construisit, au xii' siècle, des murs à la 
ville, Saint-Crépin resta en dehors de ceux-ci ^. A sa partie la 
plus éloignée, ce faubourg prit le nom de Villeneuve, et il s'élar- 
git de telle sorte qu'il constitua deux paroisses, celles de Saint- 
Crépin et de Sainte-Tècle 'K 

De Tautre côté de TAisne s'étendait le faubourg Saint-Médard, 
constitué dans le fisc de Grouy '*, grandi auprès de l'abbaye, et 
qui prit plus tard le nom de faubourg Saint-Wast. Ce faubourg, 
à proprement parler, était plutôt un bourg fortifié ; aussi bien 
trouve-t-on, pour le désigner, l'expression « burgus sancti 
Medardi », ou « Auxone» *', comme celles de « castrum ^' », ou de 
<' castellum ^ », tout comme celle de « suburbium ^ »; en fran- 
çais, on disait le « bours d'Aisne **^ ». C'est que ce faubourg avait 
été fortifié, après les ravages des Normands, disait-on, sur l'ordre 
du roi Eudes, avant 898'^. Ces fortifications avaient naturellement 
donné au bourg une vie autonome : aussi, plus tard, les commu- 
niers de Soissons refusèrent-ils de le comprendre dans le péri- 



1. //. F. y f. IX, p. 438, (.lipl. (le Carloman, n° XX : à la demande de son 
fidèle Erifon, Carloman accorde à Ilermoin, prèlre, deux manses h Verme- 
rie,àla condition que les frères de Saint-Crépin lui instituent un anniversaire 
(cf. D. Élie, t. II, f« 15 v». Bib. Nat., fr. 17770). Mais, dès 862, il est possible 
qu'il existe un faubourg autour de l'abbaye {Ann. Bertin., éd. Waitz, 
p. 56). 

2. RegnauU, A/>/-^//é, Pr., f°M2v"-13. 

3. Cabaret, t. I, p. 72 (Bib. Soissons, ms. 224). La chapelle Sainte-Tècle 
s'élevait au milieu d'un ancien cimetière [AA. .SS., août, t. VIII, p. 451). 

4. AA, SS,, mai, t. III, p. 205. 

5. Bib. Nat., lat. 9086, f« 119 (février 1276), f» 132 (deux actes en 
1272). 

6. Ihid.y fo 117 et v® (novembre 1273), et f®118(octave de la saint Denis, 
4262). 

7. Ibid., fo 106. 

8. Ibid., fo 122 vo (janvier 1250). 

9. Ibid,, f° 139 vo (juin 1250). 

10. Chron. S. Medardi, Bib. Nat.. lat. 4998, f» 29 v^, [^^ col. : « DCCC 
XCVIII...IsteOdorexecclesiambeati Medardi in sua mundeburdeet succes- 
sorum suorumin perpetuumsuscepit.Fecitet pra>dictus rex Odo castrum de 
Vyco et de Sancto Medardo firmare propter insurgentium Danorum inso- 
leotiam et multa alia bona, possessiones et confirmationes ecclesie beati 
Medardi contulit. » — Est-ce là la source d'un faux diplôme d'Eudes, roi 
de France, pour Saint-Médard, publié par Mabillon, De re diplomaticHy 
et reproduit dans //. F.,i. IX, p. 460, ou, à la morne date, le diplôme et la 
chronique ont-ils enregistré la même légende, c'est ce (ju'il est difficile de 
dire. 



6 LA COMMUNE DE SOISSONS 

mètre des murs qu'ils élevaient eux-mêmes pour leur défense *. 
En 1210, on refit autoiïf de Tabbaye de nouveaux murs ^ qui 
durèrent jusqu'au xvi** siècle. 

Ces deux faubourgs étaient les plus importants. Mais Cabaret 
en compte cinq autres ^^ dont deux ont eu de tout temps une cer- 
taine importance. D'abord celui de Crise, où, prétend Thistorien 
soissonnais, se trouvait « le palais des anciens rois gaulois », 
dont on voit encore des « vestiges ». Il occupait toute la partie 
qui se trouve à la droite du chemin de Saint- Crépin-le-Grand 
jusqu'au moulin de TEvêque, et était défendu par-devant par la 
rivière de Crise et séparé de la plaine d'Ourseamps par un large 
et profond fossé, dont, auxviii*^ siècle, il existait encore une partie. 
Ce faubourg s'est de nos jours complètement agrégé à la ville 
démunie de ses remparts. Le faubourg Saint-Christophe tire son 
nom d'une petite église paroissiale détruite au xv*' siècle. Très 
étendu aujourd'hui, il fut peu considérable dans les temps 
anciens, et, à Tépoquede Cabaret, il comptait seulement 18 habi- 
tants '* ; c'est qu'il bordait du côté du nord le faubourg de Saint- 
Léger, et du coté du sud celui deSaint-Remi. Les deux derniers, 
de même que le faubourg de Crouy, qui apparaît dans la vie de 
saint Médard •', ont vu leur nom disparaître ^, en même temps 
d'ailleurs que s'étendait dans leur direction la ville enfin débar- 
rassée de Tentrave de ses murs. 

De plus, autour de Saint-Jean-des- Vignes, se bâtirent des 

1. L. Delisle, datai, des actes de Philippe-Aiiffustey n<* 40. p. 11 : 1181, 
Ic' novombrc-*27 mars 1182, Philippe-Aiiguslo s'eng-a^o à ne pas laisser 
relever les fortifications que les bourgeois de Soissons avaient faites sans 
y comprendre le château de Saint -Médard et cpie Louis VII et Philippe 
avaient ordonné de raser, Voy. P. J., n*» 10. 

2. Chon. S. Medardi, Hib. Xal.Jat. W98, f" 30, l""^ col. : .< MCCX. Muriel 
fortaricia ecclesie beati Medardi facti sunt ». 

3. T. I, p. 70 S([(j. (Bib. Soissons, ms. 224). 

4. Ibid., p. 72. Un incendie allumé à trois reprises en 1725 par la foudre 
fut pour quelque chose dans cette dépopulation. 

5. VilaS. Medardi, II, 12, dans AA. S.S., juin, t. Il, p. 8i. 

6. On lit dans II. Martin et Lacroix une remarque dont la vraisemblance 
semble peu soutenable [Ilist. de So/sso/i.s, t. I, p. 519, n*» 1) : u Les lahou- 
reiu's nous ont assuré positivement que, (juand les blés de la plaine de 
Chayc sont murs, on reconnaît, aux dilTérences qui existent dans l'éléva- 
tion et l'épaisseur des épis, la configuration de l'ancien faubourg, telle- 
ment qu'on pourrait désigner renq)lacement des rues et celles des mai- 
sons. » 



EVÈULES, COiriK» ET JiniftlCI 10.N8 ECCI.ÉSIASTKJL'Ga 7 

qui furent celles des tenanciers, des vignerons de cette 
abbaye, riche eu terres el en vignes; elles ne formèrent pas, à 
propremenl parler, une agglomération urbaine, et le mont Saint- 
Jean ne constitua pas un faubourg. 

Un pont réunissait le » bours d'Aisne » à la ville. On l'appe- 
lait, au xiii'sii'cle, le pont de Saint-Quentin '. L'existence de ce 
pont est três ancienne : la légende de Saint-Voué nous en est un 
garant ■. Mais nous n'avons de renseignements que sur celui qui 
fut bâti, ou, selon de Laprairie ^, seulement réparé dans la 
deuxième moitié du xiii' siècle, lîn effet, le bâtiment attenant au 
pont et construit après le pont est antérieur par le style k 121)5, 
et, d'autre part, le liilucl de Nivelon, exposant l'itinéraire de la 
procession du troisième jour des Hogations, dit qu'on traverse le 
pont pour aller au faubourg Saint-Wast (1205) ^ II est donc 
bien possible que le pont ait été bâti à peu près au même temps 
où l'on édiliait les murs de la ville, et qu'on y uît fait, en 1265, 
ces réparations qu'aurait amenées les dégâts causés par une 
inondation, comme celles de lt7i', de 1196", ou de 1236'. A 
vrai dire, c'était un monument d'une si grande utilité publique, que 
toutes les corporations de la ville, aussi bien la commune que les 
couvents, contribuèrent aux dépenses engagées ", Le pont, 
rajeuni ou recoustruit en 12fiî>, fut tel qu'il existe aujourd'hui, 
sauf la grande arche, dont la voûte en arc brisé fut remplacée au 
xviii' siècle parune voûte en plein cintre surbaissé pour faciliter 
le passage des bateaux". Toutefois, l'aspect général n'en était pas 



I. nihiRlf. [>. H8. 

3. floH. </c HoiMoii», \mi, > série, t. vri. p. U8-ti9. Le récil le plus nnlt 
se trouve dans ElerleUc, Le» anliqaile^ île Hoâsont, p. H3-llt. On racmi- 
laït ausfii i propos de ce pont des légendes dont eaiiil Si'liastien élail le 
héros (Dormay. op. cit., t. I, p. 3*9). 

3. Bull.de Soiuont, lSr.3, l. VIII, p. 230. 

4. nUiiale. p. 148. 

5. Chrnn. S. Mfdardi, Bib. Nat., lat. 4998, t» ;!0. 1" col, 

6. D. Uillesson, cli. 23r>. Bib. Nnl., fr. i t612, t" IH9 v". Il noie de gramls 
d(-gAU, mais ne parle pas de la deslruclion du ponl. 

". Chn,n. S. Mtdardi. Bîb. Nal., Int. 4998, f 30 v, 2' col. 

8. M. Htfgnaull, Abrégé, p. 132. —Cf. Arch. Aisne. Il 1508, f 3.12: 
tâ63, a juin (v(?ndredi après la PentPcAte), quîllance Boatcrite \m>t la 
commune d'une somme du iOO 1. donnée par l'abbaye de Notre- Do me pour 
aider à la construclion du ponl, 

9. Leroux, op. cit., t. II, p. 24. 



8 LA COMMUNE DE SOISSONS 

le même, car on avait coutume, dans les temps anciens, de bâtir 
des maisons sur les ponts, et, à Soissons, on ne dérogea pas à 
cette coutume ^ . 

Ainsi, au point de vue géographique, stratégique et, si l'on 
peut ainsi parler, démographique, Soissons attire Tattention ; 
ces circonstances expliquent le sort qu*a eu cette ville au début 
du moyen âge et les convoitises qu elle a fait naitre. 

Mais pendant le moyen âge, au moment, en particulier, où 
apparaît la commune, la ville de Soissons a, semble-t-il, l'as- 
pect d'un gros village fortifié. On peut, au moyen de traits épars, 
s'en faire une idée pour le xiu® siècle. On ne labourait pas à 
Tinté rieur de la ville, comme on faisait à la même époque en 
Angleterre '", mais on y cultivait les jardins qui entouraient très 
souvent les maisons ; les rues du faubourg de Crise étaient 
remarquables h ce point de vue ^ ; de même l'extrémité de la rue 
dite du sire Renaut du Bois ^ ; la maison du Temple à Soissons 
était ainsi entourée d'un jardin •*. L'allure de grand village que 
devait donner à la cité la présence de ces jardins devait être 
encore précisée par Texistence de pourpris, de basses-cours, de 
granges et d'étables, dépendant des demeures ^. Il paraît même 
que les maisons couvertes de chaume n'étaient pas une excep- 
tion ^. A côté de ces demeures rustiques, s'élevaient des maisons 
fortifiées en pierre, où habitaient vraisemblablement les milites 
qui vivaient dans Soissons^ ; au temps où H. Martin et Lacroix 



1. Bib. Nat., Coll. I). Grenier, t. 203, iio 53 : 1251, 18 janvier (5« férié 
après la saint Rcmi;, vente du tiers d'une maison « silam supra pontem 
Suossionensem » (origf. sur parchemin, sceau disparu). 

2. W. J. Ashley, Ilisl. et doctrines écononi, de l'Angleterre^ trad. fr., t. I, 
Paris, 1900, in-8.^ 

3. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 281, n» CO (1276;«. 

4. Ibid., 293, n« 07 (1272). 

5. Bib. Nat., lat. 9985, f«> 43 v*» (acte d'arbitrajce de novembre 1228; cf. 
fo 45 V", l'acte de notification par frère O. (te la Roche [de Rupe], précep- 
teur des maisons de Ux milice du Temple en France, mai 1229). 

0. Passim dans les actes.' 

7. Arch. Aisne, II 155, f* 183 v° (1257, août ; il y est mentionné « quan- 
dam domum. . . coopertam de stipula »). 

8. Abbé Poquet, éd. de Gautier de Coincy, Miracles, p. 153, n. ; Bib. 
Nat., Coll. D. Grenier, t. 281, n« 52 (1268, septembre : un chevalier est 
marié à une simple bourgeoise, qui lui apporte en dot une maison avec 
pourpris, grange et masure) ; — Arch. Aisne, H 1 180, n° 85 (1258, août : pro- 
cès entre Tabbaye de Saint-Jean-des- Vignes et Pernelle, veuve de Raoul lo 



ÉVÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 9 

écrivirent leur histoire, ils purent noter aux alentours de la cathé- 
drale difTérentes maisons très anciennes « dans lesquelles existe 
encore xme tour ronde ou carrée qui semble annoncer un (îef 
d'origine noble * ». Les rues de Soissons, parfois coupées de 
chaînes **, agrémentées de puits ^, ne devaient pas être extrême- 
ment bien entretenues '*. De quels phénomènes économiques 
intérieurs ces caractéristiques externes sont l'indice, c'est ce qu'il 
est assez difficile de déterminer. On verra cependant plus loin 
qu'à cette allure de gros village parait correspondre une écono- 
mie rurale bien caractérisée. 

Les événements dont la ville fut le théâtre à partir du xv® siècle 
en modifièrent considérablement Taspect : je n'ai pas ici à entrer 
dans le détail de ces événements '^, Mais le calme où vécut, durant 

Bourguignon, chevalier, « super quodam manerio sito Suessionc, ubi dici- 
tur ad Forum fori in fundo dicte ecclesic i). 

i. Hist, de Soissons, t. I, p. 503, n. 3. Il n'existe plus de vieilles maisons 
à Soissons. L'une des plus anciennes, la maison aux attaches (= aux 
affiches) a été détruite au milieu du xix* siècle; elle remontait au xv® ([de 
Vuillefroy], avec un dessin de Betbeder, Notice sur une maison de bois, 
dans Comité archéol, de Soissons, 1848, in-4, p. 45 sq.). Sur la transfor- 
mation du pittoresque à Soissons, cf. Bull, de Soissons, 1874, 2*^ série, 
i. V, p. 258-559. 

2. Bib. Soissons, ms. 3 {Cartul. de Prémontré), (° 67. 

3. Arch. Aisne, II 477, f« 124 v» (1241, juin). Autour de Tun de ces puits 
se développa la légende de saint Gaudin (cf. Dormay, op. ait,, t. I, p. 307- 
308). 

4. Les eaux ménagères étaient évacuées dans les rues mêmes. Cf. l'au- 
torisation accordée en 1184 à l'abbaye de N.-D. (D. Germain,///»/, de iV.-/)., 
Pr., p. 443). 

5. En 1416, Louis de Bournonville, gouverneur de Soissons, donne l'or- 
dre, à l'approche de l'armée royale, de brûler les faubourgs pour éviter 
toute surprise: le faubourg de Crise périt ainsi ; on rase les Cordeliers, on 
abat les restes du château d'Albâtre et du faubourg Saint-Léger. Le 10 mai, 
Charles VI commença le siège ; la ville est prise et pillée, le roi permet aux 
habitants de se servir de toutes les ruines des églises, tours et fortifica- 
tions pour rebâtir leurs maisons (Abbé Dupuy, Documents sur les indemni- 
tés qui ont été accordées aux habitants de Soissons dans les désastres de la 
guerre, dans Bulletin, 1872-73, 2*' série, t. IV, p. 310 scj.). Les désastres 
ne furent complètement réparés (ju'au xvi^ siècle, où, en 1552, Henri 11 
ordonna la reconstruction des murs sur un nouveau plan (Gillesson, 
ch. 286, Bib. NaL, fr. 11672, f°* 247-249 v»; Bib. Soissons, Brayer, ms. 225, 
f* 99 sq. ; cf. Leroux, Hist, de Soissons, t. II, p. 153-107). Mais de nou- 
velles calamités fondirent bientôt sur la ville: le 20 octobre 1507 la ville 
est prise par M. de Genlis au nom du prince de Condé; sont ruinés: Saint- 
Jean-des-Vignes, Saint-Léger, Saint- Victor, Saint-Christophe, Saint-André, 
Saint-Remi; brûlés: Saint-Crépin-le-Grand, Sainl-Médard, Saint- Etienne, 
Saint-Crépin-en-Chaie, les Célestins (abbé Dupuy, ibid.), Charles IX dut 



10 LA COMMUNE DE S0I8S0N8 

le moyen Age proprement dit, la cité soissonnaise, son aspect 
pacifique de gros village, que troublaient à peine les contestations 

rcmottro aux habitants 3.300 livres et les exempter pour l'avenir des tailles 
et subsides ; les égalises et les particulier^ obtinrent des indemnités (arrêt 
du 12 janvier 1584-, et commission du 25 pour Saint-Crépin). Mais, à la fin 
du siècle, Ponseiiac, gouverneur de Soissons pour le due de Mayenne, 
rase la plus {grande partie du bourg de Saint-Crépin à cause du siège pos- 
sible par Henri IV; en loOO, le couvent, par l'intermédiaire de M. Henne- 
(piin, éveque de Soissons, demande une indemnité; le procureur du roi fait 
une remontrance au lieutenant-général pour inspecter les lieux : le 10 août 
1590, descente du lieutenant-général avec son greffier et le procui'eur du 
roi; le IS novembre, par jugement du lieutenant-général, sont accoixiés 
100 écus à Saint-Crépin. Mais Henri, duc de Lorraine et de Mayenne, 
veut se maintenir à Soissons : il brûle tout le faubourg et les logis atte- 
nant l'église Saint-Créj)in, sauf l'église, dont il enlève toiture et boiseries 
[)our se chauffer : les dégâts, selon un procès-verbal des ofOciers de justice 
de l'abbaye, s'élevaient à 7.050 livres (Dupuy, ihid.). Le xix« siècle fit 
fondre sur Soissons d'autres désastres. Le 14 février 1814, Napoléon écri- 
vait de Château-Thierry que « le ministre donne ordre que Ton continue 
de fortifier le point important de Soissons » En conséquence, le colonel du 
génie Prat incendia les maisons les plus rapprochées de la ville sur la 
route de Reims. Le 14 février, malgré la belle résistance du général Dan- 
leup- Verdun, l'armée russe était à Soissons ; puis Winzinlgcrode aban- 
donne la ville à l'annonce des insuccès de l'armée de Silésie, et le duc de 
Trévise y entre le 19 ; le 22, sur l'ordre de Joseph, le ministre de la guerre 
y envoie le général Moreau, qui, dès le lendemain de son arrivée, fait démo- 
lir les maisons du Point-du-Jour. Le 1®' mars, 3 armées ennemies marchent 
sur Soissons : la garnison, de 1.100 hommes, capitule devant les 60.000 
des trois années. Mais le 5 mars, Marniont et le duc de Trévise assiègent 
à leur tour la ville, dont la mairie est réduite en cendres: le 8, les Fran- 
çais sont de nouveau maîtres de la ville ; le H, après la bataille de Laon, 
Napoléon s'y trouve; le 12, la ville est déclarée en état de siège, le géné- 
ral Gérard, en vertu de ce décret, fait disparaître toutes les maisons avoi- 
sinant la porte de Crouy. Le 22 mars, s'opère devant Soissons la jonction 
des années de Sacken et de Biïlow, (jui logent 25.000 hommes dans les 
faubourgs de Crise et Saint-Oépin. Le faubourg Saint-Christophe est 
menacé : les assiégés l'abandonnent le 22, et mettent le feu aux premières 
maisons; dans deux sorties des24 et 20 mars, les dernières sont incendiées. 

11 en est de même des faubourgs Saint-Oépin et de Crise ( Fossé d'Arcosse, 
Journal des évthienienis qui ne sont />tis.Sf^s A Soissons depuis le dimanche 
h3 février iSi i jusquau dimanche 17 avril de la même année, dans ses 
Mélanges pour servir à l'histoire du Soissonnais^ Soissons, 1844, in-8; Lelel- 
lier, Le sihje de Soissons en 1814, Soissons, 1850, in-8; Ed. Fleury, Le 
département de l'Aisne en ISI 4, 2" éd., Laon, 1S58, in-8; Max Laurendcau, 
Les siè(/es de Soissons en 18f1, Soissons, 1808, in-8; Henri Houssaye, 
1814y 22'' éd., Paris, 1890, in-12, passim, particulièrement p. 130 sq.). Les 
habitants, à la suite de ces malheurs, demandèrent 1.343.874 fr. d'indem- 
nité (Dupuy, loc. cil,, p. 319-321, liste de demandes du 13 février 1821); 
Louis XVlll en accorda en 1810, 1820 et 1822. Pour comble de misère, 
le 13 octobre 1815, l'explosion de la [loudrière causa des dégâts considérables 



ÉVÉljrES, COMTES KT JLI11D1CT10S8 KCCLÉSEASTIIJL'ES \\ 

intimes, ne doivent point faire oublier le rôle qu'elle a occupé, 
la place capitale qu'on a voulu lui donner k l'époqiie carolin- 
gienne ; c'est même là qu'il faut remonter si l'on veut se rendre 
compte, aussi rapidement que possible, de la situatioa politique 
et juridique de Soissons nu moment de l'avènement des libertés 
urbaines. 



Ville aimée des empereurs Louis le Pieux ', Lothaire ", 
Charles le Gtiauve\ Louis le Bègue ', possédant un palais impé- 
rial^ et UD atelier de monnayage'', Soîssons était, à la fin du 

(E. Collet, dans Bulielin, 1872-18:3. 2- série, t. IV. p. 219 8(i.). Enfin 
Suisfions, (lui devait subir toutes les invasions, vil une seconde Tois les 
Allemands en 1870-71 ; la capitulation fut signée le IS octobre 1670 ; la 
ville avait peu soulTert relativement du siège; elle soulTril davantage de 
rot'Cupation (E. Lavisse, L'ineation dans le déparlrmenl île VAiiifie, 
pauim, âans E»iaU lur r Allemagne tmpériak. Pa lis, 1888. in-12; E. CoUel, 
Le siège de Soiiaons el l'occupation allemande (/afin le Soûsoniiais, 1870, 
2" éd., Soissons, laOl, in-8). 

1. Sur les séjours de Louis te Pieux h Sainl-Hédortl de Soissons el l'as- 
pect du monastère 1 telle époque, voy. Odilon, Transi. S, Sfhailiiini, c. I- 
V etXLIII-lV.ilanB Migne.P. t., t. 132, col. «81-380 el filS-ClO. Duchesne, 
SS., l. Il, p. 33fi-:!38, ouAf.G. ff.,S.S.,l.XV, p. 3S0-382, 387-391); Annale*. 
Ueilfmei, éd. Woit», M. G. H, US., in-t", l. XIII, p. 33 : Ann. Berlinkni, éd. 
Woitï, |].G : Acla ejaucloralioni» Ludorici PU imperaloris dans M, G. //.,in-i, 
ilapUtil; éd. BoreliuB-Kraiiae, (. 11, n" IflS, p. 51, et lu Carlula Agohardi, 

. ibid., p. S8. Cf. Dormay, op. cit., t. I, p. 336-3i0'; L. Halphen, La pénitence 
de Louis le Pieax, dans AUl. il'hinl. du tnoijen âge, pub. par le prof, 
A. LixchaireiMfm. delà Faetilléde* Lettre* de ri'nipertilé de Pari», n° XVIII, 
Paris). IWÏ, in-8. 

2. DiplftmepoiirSninl-DenisI//. F., I. Vlll,p.;)7n.n« VII. Cf. D. Féiibien, 
\ nui, de labLayt de Saint-Drnis, Pr.. p. 61). 

. En particulier, synode de 853 [Ann. Btriiniani, éd. Waiti, p. 43; 

! Capilat., t. Il, p. 203-266 et 26IÏ-27»); en 863, réception des envoyés de 

\ Nicolas ['' au sujet de t'alTiiire de l'évoque Rotliade [Ann. Hr-rlin., p. 63) ; 

en S66, concile et couronnement d'Ermentrude (Ann. Berlin., p. 82-83, et 

, M. G. U., Leges, t. I, p. !îl)6. Cf. Iniltart de la Tour, Le* f.lefUom épineapale», 

p. 83 ; J. Cainiettu, La diplomatie earotingienne. I)ib. de l'Ëcole des ll.-Ët., 

i°iar>. Parts, 1901, in-8, p. lOi); en 877, souscripUon d'un diplôme pour 

Saint-Michel de Venhin (//. F., t. VU!, p. 665, K> CCLXXVH). 

4. Les historiens soîssonnais assurent même qu'il y fut couronné (Gilles- 
son, ch, 198, Bib. Nat., fr. 1 IH72, f° 168 v»-lfiO v« ; Hegnault, Abrégé, p. 86). 
Regnault prétend que ce fut h cette occasion que les curés de In ville cl 
> des faubourgs prirent le titre de cardinaux. 

'. Annales MeHensc», éd. Waiti. dans M. O. IL, SS. in-P. t. XIII, p. 33 
(séjour du pape Léon IV en 804), 

'. Exploité par l'abbnyc de Saint-Médard depuis 827 (BOhmer-Mllhlba- 



12 LA COMMUNE DE SOlSSONfl 

ix** siècle, une ville riche. Il n'est pas étonnant que, dès 882, les 
Normands aient tenté d'y parvenir ^. Mais c'est en 886 seulement 
qu'ils purent y exercer sérieusement leurs rapines. L^empereur 
Charles le Gros revenait de Paris, et il distribuait entre ses 
hommes d'armes les terres de Saint-Médard, quand on apprit l'ar- 
rivée du roi normand Siegfried *. Aussitôt, les moines de Saint- 
Médard transférèrent le corps de leur saint en Boui^ogne ^. 

Siegfried trouva Soissons abandonnée par le lâche Charles le 
Gros '*. Il brûla Saint-Médard, dont les ruines subsistèrent jus- 
qu'au temps du moine Odilon '"^^ monastère et église, le faubourg 
[vicos), les palais royaux, tua et prit un grand nombre de culti- 
vateurs ^. Les textes ne parlent pas de la ville proprement dite, 
qui, très vraisemblablement, dut subir la fureur des barbares, 
mais sur le sort de laquelle les chroniqueurs monastiques ten- 
daient à moins s'apitoyer que sur la fortune d'une abbaye 



cher, Beg. imp. t. I, p. 290. Cf. Prou, (IhIuL des monnaies carol,, Introd., 
p. Lvii; voy. Odilon, Transi. S. Scbantianij daos Miji^ne, P, L., t. 132, col. 
61f», ou M, G. II., SS., t. XV, p. 380). On conslate lu frappe sous Charles le 
Chauve, Carloman, Eudes, Raoul, Lothaire (Prou, op. cit., p. 43-44, n®* 278- 
282, 283, 284, 285; Gariel, Los monnaies royales de France, p\. xxxiv, n*>" 228 
cl 240 ; pi. XXXIX, n° i4; Prou, op. cit., p. i.xxxvii cl 44, n®' 286 et 287 ; 
Gariel, op. cit., pi. liv, n° 45; id., ibid., pi. lvii, n® 27). Sur la monnaie 
ahhatialc, cf. Dorniay, op. cit., t. II, p. 7, et les figures de VAdvis au lecteur ; 
A. Michaux, Essai sur la numismatiffue soissonnaise, Soissons, 1880, in-8 
(Extr. du Bulletin, 1878, 2« série, t. VlII). 

1. Fayre, Eudes, comte de Paris et roi de France. Bib. de TLc. des 
Hautes-Études, n" 9U, Paris, 1803, in-8, App. 11, les Normands, p. 225. Des 
incursions en S.'iO [Chron. tur. de çjestis Nortmann.,(\Ai\s Duchesne, SS. rer, 
norm., t. I,p. 1-7 ; cf. Molinier, Sources fie rhist. de France. 1. 1, Paris, 1902, 
in-8, p. 20:)) et en 880 il). Vrayet, dans Coll. D. Grenier, t. 236, ^ 175) ne 
sont pas prouvées. 

2. Annales Vedastini, dans //. F., t. VIII, p. 86 B. 

3. Chron. liesuense, dans //. F., l. IX, p. 20 A, à 888 (cf. (^lifllct, dans 
AA. SS., 8 juin, t. II, p. 95). Le nécrologe de Saint-Elienne de Dijon 
rap])orlo le fait à l'année 901. Le P. Ilenschen est pour celte date, Chidlct 
pour la première. 1). Vrayet [Coll. D. Grenier, l. 236, f^ 17;'») n'en admet 
aucune. La vraisemblance est pour la première, explicable avec les événe- 
ments de 886. 

4. Favre, op. cit., p. 62. 

5. Sermo I, dans Mi^ne, P. L., t. 132, col. 631 : a solum superstes relic- 
tus est immensus congestarum lapidum acervus ». (Cf. Favre, op. cit., 
p. 63.) 

6. Ann. Vedastini, dans //. F., t. VIII, p. 861 Cf. Duchesne, SS, rer. 
normann., l. Il, p. 529, et l. III, p. 336. 



ÉVÊQUES, COMTES El JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 13 

célèbre. Siegfried, une fois la région dévastée, et opérées ses 
razzias, descendit vers T Yonne et alla assiéger Sens *. 

Les épreuves par où passèrent tant de villes, au temps des 
invasions normandes, ont une importance et des conséquences 
qui dépassent le fait brutjal de la conquête et du pillage. Dans 
la décomposition de la monarchie carolingienne, dans l'incapacité 
nécessaire ou dans la lâcheté consciente de ceux qui auraient pu ou 
dû être des défenseurs, il y eut des ferments de régénération 
sociale : la vie locale s'organisa, obscurément, et, à souffrir 
ensemble, les habitants se sentir plus solidaires. Ce travail de 
réorganisation, pour ainsi dire cellulaire, n'apparaît pas dans les 
chroniques, écrites par des moines inhabiles aux analyses psy- 
chologiques et à la précision des notations modernes ; mais il 
faut bien le supposer, si Ton ne veut pas qu'il existe une solution 
absolue de continuité entre Tépoque de la vie municipale 
romaine et la période vivante de Texistence communale. Et voilà 
pourquoi cette brève histoire des invasions normandes dans le 
Soissonnais peut éclairer dans une certaine mesure l'origine de 
la commune de Soissons ^. 

Aux souffrances de l'invasion ^ succédèrent celles, si Ton peut 
ainsi parler, des guerres civiles. Soissons, restée une des villes 
importantes du royaume réduit ^, servit en effet d'enjeu à l'une 

1. Ann. Vedastini, ibid. 

2. Cf. dans le môme sens, Lefranc, //w/. de Noyon, Bib. de FÉcolc des 
Hautes-Études, n<» 75, Paris, 1888, in-8, p. 13 ; Luchaire, Les communes 
françaises^ Paris, 1890, in-8, p. 37-38. 

3. Il semble bien que les llong^rois parurent dans le Soissonnais en 917, 
937 et 954 {Chron. S. Medardi, Bib. Nat., lat. 4998, f« 29 v^, l'« col.; pour 
la dernière invasion, cf. Lauer, Louw IV d'Oulremerjp. 230, et D. Gilles- 
son, ch. 213, Bib. Nat., fr. 11672, f® 177-179 ; c'est ce que les anciens histo- 
riens de Soissons appellent invasions vandales. (Cf. Pierre Berengier, Bib. 
de Soissons, ms. 4658 de la coll. Périn, f"* 251-253 ; N. Berlette, Les anliquilez 
de Soissons^ p. 113). A ces invasions se rattachent une légende rapportée 
par D. Gillesson [op. cit., ch. 215, f** 179), qui durait encore au xviii* siècle 
(Fiquet, t. 1, Bib.de Soissons, ms. 228, p. 120), et sur le fond de laquelle 
Dormay élève des doutes (op. cit.,l. I, p. 125 ; cf. Lauer, op. cit., p. 29 sq.). 

4. Sur les relationsdu roi Eudes et de Saint-Médard, Chron. S. Medardi^ 
Bib. Nat., lat. 4998, f- 29 v°, l'« col. (cf. Favre, op. cit., p. 15-16); plaid 
en janvier 920, pour régler TafTaire d'IIaganon (//. F., l. IX, p. 546, dipl. 
n° LXXÏX, pour Morienval ; Flodoard, Ann., à 920; Richcr, Ilist., I, 16, 
éd. Waitz, p. 12-13 ; Cf. Eckol, op. cit., p. 108 ; V. Vinchon, Les anciennes 
assemblées générales tenues dans les pays qui forment le département de 
VAisne, dans Bull, de la Soc. acad. de Laon, 1856, t. V, p. 36-37); élec- 



14 LA COMMCNK DE S0I8S0NS 

des parties les plus disputées du x® siècle, entre la maison rober- 
tienne et la famille de Vermandois. 

Herbert II de Vermandois fut, au début du xi® siècle, un sei- 
gneur puissant, dont, par malheur, les terres étaient séparées 
par des régions soumises à d'autres féodaux ^, et il est à croire 
qu'il songeait à les réunir en une masse compacte, en créant 
dans le nord de la France un état puissant *, comparable aux 
duchés de Normandie et de France. Possesseur à Soissons des 
abbayes de Saint-Médard et de Saint-Crépin ''\ c'est dans cette 
ville, pour ainsi dire, qu'il installa le pivot de sa politique, et, 
en tout cas, c'est là, ou aux environs, autant que dans la région 
rémoise, que se j^assèrent nombre des événements importants 
auxquels il se trouva mêlé ■*. C*est ainsi qu'en 934, grâce à Tintel*- 
médiaire d'Henri de Germanie, il y signe la paix avec Hugues le 
Grand, lancé contre lui par le roi Raoul ^. Quand l'archevêque de 
Reims, Artaud, a excommunié lenvahisseur « des biens de saint 
Rémi ^ », quand il est devenu en quelque sorte le lieutenant du 
roi Louis IV ^, Herbert II se tourne contre lui, le chasse de 
Reims et y installe son ills Hugues® : le 18 avril 941, au jour 
de Pâques, un synode, tenu k Saint-Crépin de Soissons ^^ exclut 



lion (le Hobcrl de Kraiice, en juin 922 (Hicher. /iw/., 1,41, p. 26) ; bataille 
pivs de Soissons enlro Hobert et Charles le Simple (Hicher, Jlisl., I, 46, 
p. 29 ; cf. Kckel, op. cit., p. 123-125) ; élection de Raoul de Bourgogne 
'^Hicher, Iliat., I, 47, j). 30 ; Dorniay, oj). cit., t. I, p. 392, croit même qu'il 
fut sacré à Soissons jiar TéviMpie Abbon) ; séjours du roi en 92o et 928 
(Hicbi*r, Iliaf., 1, 49 et 5o, p. 31 et 34). 

1. Klodoard, -i/m., 923, 931, 932; cf. Kckel, op. cit., p. 37. Richer énu- 
mère, ///s/., III, 17, IV, Ci, les possessions de ses successeurs : il a pu les 
avoir lui-même. 

2. D'Arbois de Jubainville, llist. des corutes de (lhanipa(jiH\ t. I, p. 90. 

3. L.-P. CoUielle, ^fâm. pour servir;) Phisl. de lu province de Vermandois, 
Cambrai, 1771, in- 4, l, I, p. U2, 44:>-440 ; Gnli. Christ., t. IX, col. 396. 

4. Sur le délai! de ces événements, je renvoie une fois pour toutes à Lot, 
Les derniers (larolin(jiens\ Eckel, Charles le Simple; Lauer, Louis IV 
d'Outremer. 

ii. Flodoard, Ann., 933 et 934. Cf. Vinchon, loc. cit., p. 39 ; abbé Poquel, 
Ilist. de Chnt eau- Thierry, ChAleau-Tbierry, d839, in-8, p. 46. 

6. Lauer, op. cit., p. 36-37. 

7. Id., ihid.^ p. 52. 

8. Id., ibid., p. 55-56. 

9. Mgr Gousset, Ao/e.s t. I, p. 613; Flodoard, Ilist. eccl. rem., \W, 28 
(éd. Lejeune, t. II, p. 539; ; sur la date, voy. Lauer, op. cit., p. 66, n. 3. Cf. 
CoUiette, .Mém., t. I, p. 55. — I/éve(iuc de Soissons avait de ses mains con- 



ÉvfcnuE 



ET JirniDICTlONS ECCLÉSIASTIQUES 



15 



définitivDmeiit Artaud. Mais la mort d'Herbert de Vermandois 
(943) ajourna la concentration de ses ilefs autour de Soîssons, 

Ses héritiers n'étaient pas h sa hauteur, et d'ailleurs le partage 
de sa succession allait k rencuntre du projet (ju'il avait commencé 
de réaliser '. Pourtant ils reprirent la politique antiroyale de leur 
père, et Soissuns continua d'être le point stratégique des multiples 
guerres engagées par eux et leurs adversaires. Ainsi, sans doute 
à la suite de la trêve de Compiègne "', l'abbaye de Saint-Crépin 
avait été rendue à Louis IV d'Outremer, qui en conliu la garde à 
Renaud de Roucy '; mais Montigny, dépendance de l'abbaye, 
n'ayant pas été rétrocédé, les gens du roi vinrent s'en emparer, 
la guerre reprit, et dans Soîssons les abbayes de Satnt-Crépin et 
Saint'Médard furent tour à tour attaquées et pillées '• : il Fallut 
la séquestration de Louis IV par Hugues le Grand pour mettre 
temporairement lin aux bostilités. 

Mais, désormais, ce n'est plus contre la maison de Vermandois, 
irrémédiablement alÎMiblie et divisée ', qu'en a Louis IV d'Outre- 
mer; c'est contre Hugues le Grand, qui n'a rendu la liberté à 
son roi, qu'après s'être assuré de la possession de Laon **. Artaud 
réintégré à Reims, Hugues excommunié {t( juin fliS), tels furent 
les résultats de la campagne du roi' : le i-êve d'Herbert de 
Vermandois s'en était allé en fumée. Soîssons même, dont 
l'évêque, Gui, avait été jusque-là hostile Ji .\rtaud, et qui, par la 
volte-face de son évéque (!*i8), rentrait en quelque sorte dans 
l'obédience rémoise et dans la iidélité au roi, fut l'objet de la 
vengeance d'Hugues le Grand ; ayant rassemblé une armée de 
Normands et de vassaux, ce dernier marcha sur la ville, en fit 

snci'é préire Hugues, i|tii n'étnîl eacore i|ue dîaci'e (KIoiloHrrl, Ann., 910 ; 
Hi»l. ceci, rem., IV,28; Richcr, ÎIUI., tl, 2fi). 

1. Ce n'est i|u'n|>r6s rem[>rîâi)niiemeiit île Louis IV H'Oulreracr que 
fut opéré te partage dos biens laissés pur IlcrburI de Vcrmnndois. lier- 
bert II otilint l'abbaye du Sainl-Méilaitl cle Soîssons l't iiussi ]iout-i^li'c 
quelques dépenilauces do l'arcticvèclië Je tteinis (jUirac, .S.S. Grvjurii cl 
SebisUani. dans //. F., l. IX, p 126). 

3. Laucr, op. cit., p. 101-105, 

3. Flodoaid, Ann.. 9tt ; llUt. fccl. rtm., IV, 30. Sur ce Renaud, voir Laiier, 
op.cil., p. 109, 0,6; de F[\M-\va\, i\aas Pogitions... de l'Ée.iie» Charte», 1B07, 

p. j75-ne. 

4. l-"lo<Ioard, Jnn., 9U; Chroii. de NatUei. éd. Merlel, p. ai, n. 3. 

5. An de vérifier lea date», t. Il, p. 703 ; D'Arliois de JubainviUc, lUal. 
deteomles de Champagne, t. I, p. 129. 

6. Lauer, op. cit., p. 112-14:1. 

7. là., ibid., [1. lUâ-186. 



16 LA COMMUNE DE S0I8S0NS 

le siège, tuant des hommes de la cité, puis, au moyen de projec- 
tiles enflammés, lancés sans doute par des balistes, il incendia 
la cathédrale, le cloître des chanoines et une partie de la ville, 
mais ne put toutefois s'en emparer ^ 11 ravagea alors le diocèse 
de Reims, tandis que le concile de Trêves, où Gui de Soissons 
demandait pardon à Artaud d'avoir ordonné jadis Hugues de 
Vermandois, Texcommuniait (10 septembre 948) *. Eniin, après 
des vicissitudes diverses, le dimanche 13 mars 953, il conclut la 
paix avec Louis IV d'Outremer, à Soissons*"^. 

 qui appartenait alors la ville, si longtemps disputée? La mai- 
son de Vermandois y gardait quelque pouvoir, car la reine-mère 
Ogive, âgée en 931 d'environ quarante-cinq ans, s'étant enfuie 
de Laon auprès d'Herbert 111 de Vermandois, en reçut divers 
domaines appartenant à labbaye de Saint-Médard, des villages 
et de nombreux revenus '*, et, quand elle mourut, c'est à Saint- 
Médard qu'elle fut inhumée '\ D'autre part, les derniers Carolin- 
giens y firent quelques séjours *', qui semblent montrer que, juridi- 
quement, la cité n'est pas sortie de leur domaine. Néanmoins l'axe 
de la politique s'est déplacé, a quitté les hautes vallées de la Seine 
pour le bassin parisien. Entre le Carolingien trop faible, le duc 
de France occupé par des ambitions nouvelles, la maison de Ver- 
mandois définitivement réduite, la cité soissonnaise devient en 
quelque sorte indépendante, et il peut se créer dans son sein une vie 
locale et autonome, d'ailleurs extrêmement réduite : c'est en 
effet de la fin du x^ siècle qu'à Soissons, comme dans beaucoup 
de villes, date le pouvoir réel de Tévêque et du comte. 



1. Flodoard, -ln/i.,948; îlist, eccL mm., IV, 36 (éd. Lejeune, t. II, 
p. 1)77) ; Richcr, //is/., 11^ 8Î> ; Chron. Virdan., dans //. F., t. V'III, 
p. 294 D. 

2. Flodoard, loc. citalis. 

3. Flodoard, Ann.^ 953. Cf. Lauor, op. cit., p. 221. 

4. Mirac. SS. Grerj. et Sehnst. dans //. F., t. IX, p. 120 

5. Bib. Nat., (>>//. D. Grenier, t. 243, !<> 11 ; Mabillon, Analecta^i, I, 
p. 427 ; cf. Ilist. litt., t. VI, p. 280. 

G. Donation par Gerber^e, le 2.) avril 9o9 (//. F., t. IX, p. 85"), n® IV) ; 
plaid tenu par Lolhairo en 901 (Flodoard, Ann., 901. Cf. Lot, Les derniers 
Carolinf/ienSy p. 33); donation par Lolhaire, le l***" avril 963 (Lot, op. cit., 
P. J., n® 11, p. 397 sq., et p. 45). Gerberge tenait d'ailleurs en fief Tabbaye 
N.-D. de Soissons du coin le Albert de Vermandois (//. F., t. IX, p. 665). 



ÉVÊQUES, COMTES ET JLRlDICTiOMS ECCLÉSIASTIQUES 17 



* 



La synthèse est impossible à faire dans Tétude des relations 
des évêques et des comtes : tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là l'em- 
portèrent, parfois « le pouvoir épiscopal fut comme la racine du 
pouvoir comtal », parfois Tévêque fut lui-même comte ^ A Sois- 
sons, les deux autorités subsistèrent, mais avec une sensible 
prééminence de Tépiscopat sur le comté : je ne puis employer 
de formule plus précise, étant donnée Timprécision même des 
faits et le vague des textes *. I/hypothèse, émise jadis par 
M. Regnault, et reprise plus récemment •\ que la Tour des 
Comtes a été bâtie sur un domaine relevant de Tévêque et que ce 
serait là l'origine de la supériorité — ou de la suzeraineté — des 
évêques sur les comtes de Soissons, ne s'appuie sur aucun texte 
avant le xii** siècle. Je suis convaincu que cette situation est 
une résultante d'événements historiques dont il faut donner un 
résumé rapide. 

Sans remonter à Rothade, évêque de Soissons sous Charles 
le Chauve, on se souvient du rôle de Gui, « inter omnes potissi- 
mum * » , entre la maison de Vermandois et l'archevêque de 
Reims. A cette époque, le siège épiscopal de Soissons est le pre- 
mier de la province ^. Mais, tandis que le roi Henri P*" a 
accordé son amitié à Tévêque Heddon, peut-être en retour de son 

1. P. VioUet, Ilist. des In$iU., t. I, p. 385 et 388. 

2. Voy. dans ce sens R. Poupardin,« Episcopatus »etn Coniitalus », app. 
VIII à son Royaume de Bour()0(jne^ Paris, 1907, in-8 (Bibl. de TÉc. des 
Hautes-Études, n°103), p. 430 scjq. 

3. Abbé Pêcheur, /l /ma /es du diocèse de SoisnonSj t. II, p. 20o. Cf. Ed. de 
Barthélémy, op, cit., p. 16. 

4. RichcV, llinL, II, 48, éd. Wailz, p. 63. 

5. Dans la lettre collective des évoques de la province de Reims, écrite 
par Gerbert (Lettre»^ éd. J. Ilavet, Coll. de texte», Paris, 1889, in-8, n° 199, 
p. 189), on lit au protocole : << Girberlus, ji^ralia Dei Remorum episcopus, 
Gui Suessonicus... » Voy. aussi une lettre de Fulbert de Chartres à Déodat, 
évêque désigné (//. F., t. X, p. 475 B), et le sceau de Jean de Torote, en 
1265, portant: « Urbs habet haec vere post Remos prima sedere » (II. Mar- 
tin et Lacroix, op. cit., t. II, p. 105 et n. 1 1. Cf. D. G. Marlot, Des proro- 
gatives de Vévâque de Soissons . . . et comme le privilège de sacrer le roy 
lui appartient quand le siège de Reims est vacant (Bib. Sainte-Geneviève, 
ms. Lf., in-4, 645, fo 6) ; A. Luchaire, Manuel, p. 24, n. 1. 

BorROi?f. — Histoire de la commune de Soissons. 2 



iià 



18 LA COMMUNE DE SOISSONS 

appui contre le comte Renaud I*^^ ^, Philippe P*" oppose à Tévêque 
légitime, saint Arnoul, le frère de son maître d'hôtel, Ursion * , 
obtient la renonciation du successeur d' Arnoul, Hilgot ^, puis 
d'Henri ^, etévite, par ces interventions successives, queTévêchéde 
Soissons ne devienne comtal. Ce sort fut épargné à Tévêché, même 
quand Manassès, frère du comte Jean, devint évêque •'•, grâce aux 
haines vigoureuses qui animaient les deux frères^. Ainsi, à 
la mort de Manassès^, Tévêché reste indépendant à l'égard 
des comtes, et les premiers rois capétiens n'essaient pas de faire 
valoir dans Soissons des droits plus précis que ceux qu'ils ne 
songeaient pas à réclamer dans les autres évéchés de la province 
de Reims. Mais l'existence ininterrompue de dynasties comtales 
interdit d'autre part d'incorporer à Tévéché la dignité comtale ^, 
et c'est à la valeur personnelle des évêques soissonnais du xii® siècle , 
Lisiard, Joslein, Hugues de Champfleury et Nivelon de Chérisy, 
plutôt qu'à des contrats juridiques déterminés ^, qu'on peut attri- 
buer la prééminence dans la ville des évêques sur les comtes et 
leur indépendance relative à l'égard des rois de France *^. 

1. Ils souscrivent ensemble une charte en faveur de Tabbaye N.-D. de 
Soissons (Arch. Aisne, H 1508, fo 243. Cf. 1). Germain, Iliai. de N.-D. de 
Soissons, Pr., p. 436; D. Gillesson, Bib. Nat., fr. 18775, ^ 108). 

2. Voy. p. 84, et Leroux, Ilist. de Soissons, t. 1, p. SOi. 

3. Yves de Cliartres, Lettres; n*> 8S, dans Mig-ne, P. L., t. 162, col. 108- 
100, et Gall. Cfîrist., t. IX, col. 352. 

4. (riiliiu (Ihrist., t. IX, col. 353. 

5. Gallin Christ. , t. IX, col. 354-355. Au sujet de la présence simulta- 
née de Jean et de Manassès au comté et à Tévèché de Soissons, D. Caf- 
fiaux émet cette hypothèse (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 64, f« 199 v®) : 
« 11 pouvoit se faire (jue son frère fût comte avec lui, et c'est peut-être de 
là que vient le droit du comté à l'évesque et au chapitre, duquel ils ont 
toujours joui. » 

6. Guibert de Nogent, De Vita sw.-i, III, 16, dans Migne, P. L., t. 156, 
col. 949; éd. Bourgin, Coll. de textes, Paris, 1007, in-8, p. 208-211. 

7. 1108 ou 1109 (Ga//. Christ., t. IX, col. 35i-355). 11 fut enseveli au 
prieuré do Coincy. 

8. Cf. Imbart de la Tour, Les élections épiscopales, p. 262. 

0. Je discuterai plus loin les contrats ([ui, passés entre Joslein et la nou- 
velle dynastie comtale, donnent une base plus précise aux relations entre 
le comté et l'épiscopat. 

10. Lisiard, élu évè(iue en 1108, ami de Guibert de Notent et d'IIariulf 
d'Oudenbour}^, adversaire des héréticiues ruraux et des héréti(jues intel- 
lectuels comme Abailard, lutta contre les archi<liaores, qui avaient usurpé 
des biens épiscopaux (Yves de Chartres, Lettres, n° 203, dans Mi^ne, /^.L., 
1. 162, col. 208), et contre rarchevèciue de Reims Manassès (Id., ihid., n° 83, 



ÉVÊQUES, œMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES . 19 

Inversement, la situation des comtes de Soissons a été sans 
cesse en s*afîaiblissant *. Elle n'a jamais été bien forte d'ailleurs, 
et c'est très obscurément que, dans le dernier quart du x*^ siècle, 
apparut le premier comte de Soissons authentique ^; de plus, elle 
ne fut pas garantie par la perpétuité d'une souche unique, puis- 
qu'après Renaud I®*", dont le roi Henri I'^'" détruisit la tour en 1037 '', 
et ses enfants, mus entre eux de haines abominables ^, le comté 
passa au Normand Guillaume Busac''*;le lîls de celui-ci, Jean, 
dont Guibert de Nogent nous a raconté les impudicités et les 
crimes ^, ne développa pas la puissance virtuelle laissée parle père '', 



col. 104; il mourut le 18 octobre 1126 (GalL Christ. ,i. IX, col. 357). — Sur 
Joslein,on possède les éléments d'une bonne monographie dans L. Jacque- 
min. Annales de la vie de Joscelin de Vierzi, o7" âvêque de Soissons (1 126- 
1152), dans les Quatrièmes mHamjes d'hist. du moyen ûtje, pub. par le 
prof. Luchairc (n° XX de \aBih. de la Fuc. des lettres de rUniv. de Paris), 
Paris, 1905, in-8. Ami de saint Bernard (saint Bernard, Lettres, n°* 223, 
225, 227. 263, 342, dans Migne, P. L., t. 182. col. 390, 391, 394, 396, 469, 
546), et de Suger, qui lui dédia la vie de Louis le Gros (Éd. A. Molinier, 
p. 1), il assista à plusieurs reprises le roi Louis VII (A. Luchaire, Etudes,., 
Calai,, n«« 188, 198 et 200, pp. lîiO-l-iO, 162-163, 163;; il créa 5 abbayes de 
Prémontrés et une de Cisterciens dans son diocèse, et à Soissons même le 
couvent de Saint-Léger: Tacle de 1141, qui affirme ses droits h l'égard du 
comté, est certainement en grande partie le résultat de son action person- 
nelle. Je laisse de coté Hugues de Champfleury et Nivelon de Chérisy, 
qui ont joué un rôle important dans le royaume de France, mais n'ont pas 
pris part à la fondation de la commune de Soissons. 

1. Les origines du comté do Soissons sont encore fort mal connus. Elles 
n'ont été qu'insuffisamment traitées par Kd. de Barthélémy, Les comtes et le 
comté de Soissons, Paris, 1877, in-8. 

2. En 966 une charte de Geofîroi Grise-Gonnelle en faveur de Saint-Aubin 
d'Angers est souscrite par un « Waldericuscomes Suessionensis » (Dachery, 
Spicil., éd. de 1664, t. VI, p. 421-423). 

3. Le fait n'est connu que par la date d'une charte de l'évèque Heddon 
(D. Germain, IlUt. de N.-D., Pr., p. 436, el //. F., t. XI, n» XXVI, p. 592- 
594. Cf. Regnault, Abrégé, p. 88, et Pr., f° 7 et v° ; Dormay, Ilist de Soissons, 
t. II, p. 18-20; Art de vérifier les dates, t. 11, p, 724 ; de Barthélémy, op. 
cit., p. 17). 

4. Guibert de Nogent, Dp vita sua, III, 16, dans Migne, P. L., t. 156, col. 
949; éd. Bourgin, p. 208-211. 

5. Par suite de son mariage avec Adélaïde, fille du comte Renaud (Guil- 
laume de Jumièges, Hist. norm., dans //. F., t. XI, p. 45 A), 

6. Guibert de Nogent, loc. cit. 

7. C'est Guibert de Nogent qui nous renseigne principalement sur le règne 
de Jean de Soissons, dans son De vita sua. Jean semble avoir protégé les 
Juifs, au grand scandale de Guibert (jui écrivit à ce sujet son Tractafus de 
incarnalione contra Judœos, dans Migne, P. L., t. 156, col. 489-538. 



20 • LA COMMUNE DE SOISSONS 

et son petit-fils Renaud, lépreux plein de religion \ à la merci 
cependant des excommunications épiscopales ^, si faible que la 
transformation politique de Soissons, où naissait une commune, 
s'opéra en dehors de lui, et que la charte communale ne men- 
tionna pas même son nom, finit la lignée d*Eu^ : en H41, il 
appela tous ses collatéraux, en présence de Tévêque Joslein, et 
choisit Yves de Nesles pour lui succéder *. Cet acte, nous allons 
le voir, devait, dans une certaine mesure, préciser les rapports de 
Tévêché et du comté. 

11 faut de plus noter que Tévêque de Soissons, à la fin du 
xi*' siècle, est entouré de chevaliers, de casati ^, de milites *», 
qui lui constituent une cour assez imposante. D'importants 
seigneurs du Soissonnais sont ses hommes liges : Hugues de 
Château-Thierry figure à ce titre dans la charte de fondation de 
Tabbaye de Saint- Jean-des Vignes, écrite au nom du roi en 1076 ^. 
La puissante maison de Bazoches est vassale de Tévêque *. Une 



i. Kd. de Barthélémy, op. cil,, p. 2!i ; Art de vérifier les dates y t. II, 
p. 728. 

2. Excommunié par Joslein en 1132, il ne fut réconcilié qu'en 113% (Mabil- 
Ion, Ann. Ord. S. Ben., t. VI,App., p. 664 ; cf. Éd. de Barthélémy, op. ci/., 
!.. 26). 

3. 11 n'avait pas d'héritier (Art de vérifier les dates, t. II, p. 728). 

4. Il mourut sansdoute en 1146 [Ibid., p. 728). 

î). Vitn S. Arntil/iy H, 1, dans AA. SS., août, t. 111, p. 243 : «pars sanior 
clori et casali ecclesiae Suessonicae elegerunt sibi in PonliGcem sanctae reli- 
gionis culloruni domnum Arnulfuni. » 

6. Mirncula S. (iregorii, dans AA, SS., mars, t. II, p. 750 : « ... Episcopus 
lamon visus est possossionos Fralrum invadere, et deiisquae capiebat,cœpit 
donalionem erog^are militibus servitMitibus sibi. » — 11 est question de 
bnrones dans un acte de 1141 (Cf. P. J., n" 2). 

7. M. nognauH, .l/>/vV/(«, Pr., f" 7 v'»-8 ; GalL Christ., t. X, Instr., col. 98. 

8. En novembre 1232, Nicolas, seigneur de Bazoches, liomme lige de 
révùché de Soissons, déclare s'en rapporter au dire de Jacques, évoque, 
sur la vassalité de la maison de Bazoches f Arch. Aisne, (i 2.'>3, f** 155). A 
(piel prix était taxée cette vassalité, c'est ce que nous apprend une charte 
de mars 1223, où Simon, prévôt, et Thibaud, doyen, avec tout le chapitre, 
ainrmciil (pie Jacqut^s, de l'avis et du C(»nsentement du chapitre, a remis à 
Nicolas de Bazoches les dix livrées provisoires de terres assignées par 
Nivelon de (Ihérizy, éveque de Soissons, audit Nicolas, sur les revenus de 
l'évèché, on échange de la suzeraineté de la maison forte de Bazoches, con- 
férée à Tévéché de Soissons par Nicolas [Ibid, ; — Bib. Nat., lat. 9985, 
f" 5.') et v°, cop. d'ap. l'orig.). Dès lors, les actes passés au nom de la maison 
de Bazoches sont approuvés par Tévéque « tanquam a domino ligio supe- 
riore » Bib. Nat., lat. 91)8."), f"79). 



ÉVÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 21 

cérémonie que nous retrouverons à Meaux * et à Sens ^, et dont 
le détail nous est connu par le Rituel du début du xiii^ siècle, 
symbolise la situation de l'évèque à Soissons ^, Le comte de 
Soissons, les seigneurs de Pierrefonds, Montmirail et Bazoches 
venaient l'attendre à son entrée dans la ville, le portaient à la 
cathédrale et le plaçaient sur un trône où on lui présentait le 
bout de la corde pour sonner le premier coup de Toffice '*. 

D'autre part, on a remarqué que l'obligation vassalique du gîte ^ 
était, à Soissons, exigée par le roi non pas du comte, mais de 
Tévéque^. En 1183, Philippe-Auguste ayant reçu de Nivelon, 
évêque de Soissons, toute la mouvance du château de Pierre- 
fonds, renonça à ce droit ", en déclarant que, de ce fait, le cha- 
pitre de Saint-Gervais n'éprouverait aucun préjudice ^. Louis IX 
revint plus tard sur cette restitution : Tristan, son fils, dut faire 
hommage de la châtellenie de Pierrefonds, en qualité de comte 
de Valois, à l'évèque de Soissons, plutôt que de décharger 
celui-ci de la redevance ^. Ce n'était pas la seule obligation 
féodale due par l'évèque de Soissons au roi de France : il lui 
devait encore le service militaire, dont, en mai 1226, à l'oc- 
casion de Tost contre les Albigeois, on le voit se racheter pour 
120 livres «o. 

1. Troisième partie, ch. IV. 

2. Troisième partie, ch. V. — Rogner, Archives hist.et ecclén, de ta Picar- 
die et de r Artois, t. I, p. 67, y joint Senlis, où les barons de Brasseuse, 
Pontarmé, Raray et Survilliers rendaient ù l'évèque ce service. 

3. P. J., n° 1. On peut y joindre les historiens soissounais : Dormay, 
Hist, de Soissons, t. Il, p. 72-73; H. Martin et Lacroix, ///s/, de Soissons, 
t. Il, p. 105-106. 

4. Deverité prétend qu'un évoque, sans doute Pierre de Chappes (GalL 
Christ., t. IX, col. 373), différa quatre ans son entrée, parce que Philippe de 
Valois n'envoyait personne pour le représenter à celte cérémonie comme 
vicomte de Pierrefonds [Essai sur rhist. gén. de la Picardie^ t. II, p. 110). 
II ajoute que cet usage futsupprimé par Charles VII, qui dispensa en retour 
les évèques du droit de gîte; néanmoins il subsistait encore au xv!!** siècle 
(procès-verbal du 31 octobre 1656, dans Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 63. 
^ 379). 

5. A. Luchaire, Manuel des Instit., p. 207-208. 

6. Dissert, sur Cétat du Soissonnais sous les rois de la seconde race, p. 39, 
Bib. Nat., Coll. />. Grenier, t. 243, f° 88. 

7. L. Delisle, Calai, des actes de PhiL-Aug,, n° 144, p. 35. 

8. Id., ibid., nM73, p. 42. 

9. Dissert,.,, elc, p. 40, Bib. nat., Coll. D. Grenier, l. 243, fo 88 v^. C'est 
alors un droit relativement important : en 1269, il se monte à 117 1. 11 s. 
6 d. [H. F., t. XXI, p. 403). 

10. Arch. nat., JJ 31, f® xlij, 2« col., n® cxvj « (Indiq. dans Élie Berger, 



22 LA COMMUNE DE 8OIS80N8 

Ces diverses obligations * sont bien caractéristiques de la vas- 
salité vis-à-vis du roi de révoque de Soissons, qui, par ailleurs, se 
trouvait le suzerain d'autres seigneurs. Mais elles servaient 
encore à faire de lui, dans la hiérarchie féodale, sinon le suzerain 
immédiat du comte, du moins comme son aîné, comme son supé- 
rieur, à le revêtir d'une autorité (jue les faibles maisons d'Eu 
et de Nesle n*ont jamais possédée. Il n'était pas jusqu'à la 
grande étendue même du diocèse qui ne fortifiât cette autorité ^. 
Le transport du comté de la maison d'Eu à la maison de Nesle 
précisa, dans une mesure qui devait laisser place à la chicane ^, 
la position de Tévêque. 

Ce transport est connu par une notice de Joslein ^. Il y est 
dit que Renaud III, malade, voulant éviter que les ambitions 
contradictoires de ses collatéraux ne se heurtent après sa mort, 
est venu trouver Tévêque de Soissons, « parce que le comté était 
un chasement épiscopal », et Ta prié de désigner, parmi les col- 



Hisf, de Blanche de Caslille^ p. 301 ; Petil-Dutaillis, Etude sur le règne de 
Louis VIII, Append. VI,Ca/a/., n® 378, p. 499) : w Jacobus Dei gratia Sues- 
sionensis Episcopus, omnibus bec visuris in Domino salulem. Noverint 
universi quod nos debemus domino rcj^i centum viginti libras parisien- 
sium pro servicio istius anni quod cis in exp€»ditione debemus, videlicol 
medietatem in instanti feslo omnium sanctorum et aliam medietalem in 
Pascha proxime subsecjuenli. In cujus roi testiuionium, présentes litteras 
sigillo noslro fecimus roborari. Aclum Suessione, anno Domini m. ce, xx^vj®, 
m en se mavo. » 

1. Je n'y comprends pas le droit, reconnu au roi par arrêt du Parle- 
ment du 12 février 121)2, de posséder la régale de l'évèché de Soissons 
(Boutaric, Arrêts et enquêtes antérieurs aux 0//m, n° 31, dans Actes du 
Parlement, t. I, p. cccxix). 

2. II s'étendait sur le Soissonnçis, le Valois, TAuxois, le Tardenois, 
la Brie Pouilleuse, entre les évéchés de Laon, Noyon, Beauvais, Senlis, 
Meaux, Troyes, Cbâlons, Reims, Entre l'évéché de Soissons et celui de 
Laon, la limite était fournie par la Lette depuis Filain jusqu'à Manicamp, 
puis par l'Oise : une enclave (pii comprend Varennes, Pontoise, Ourscamp, 
Carleponl et Tracy-lc-Val, sur la rive gauche de l'Oise, a été disputée enti»e 
les évôchés de Noyon et de Soissons : un concile de 814 l'attribua au pre- 
mier E. T-efévre-Pontalis, Uarchitecturc religieuse..., t. I, p. 3). On sait que, 
par un bref du 1(> juin 1828, l'évétiue de Soissons a été autorisé h ajouter à 
son titre celui d'évéquo de Laon. 

3. Daguessoau, Νivres..., Paris, 1769, in-4, t. VI, Requeste I, p. 1-306 
(cf. Journal de Verdun, mars 1770, cité par D. Grenier, Bib. Nat., Coll. 
D. Grenier, t. 230, f" 108 V*). En 1000, M. de la Guesle s'était déjà occupé 
de la question (I)aguesseau, op. cit., p. 2). 

4. P. J., n» 2. 



ÉVfcvl-'F-S. f:OMTES ET JL'lll DICTIONS KCCLÉSlASTEOrES 23 

latéraux, celui qui hériterait de lui et deviendrait » l'homme lige » 
de l'évêque : on lixa un jour auquel devaient se réunir les colla- 
téraux, qui, semons par Jostein et par Renaud, vinreut à Soissons : 
c'étaient Geofïroy de Donzy, Gautier de Braine, Gui de Dam- 
pierre et Yves de Nesle : ils plaidèrent chacun pour ses diwts, 
puis s'en remirent au jugement des évêques, barons et clercs 
réuni» par Joslein ; mais tandis que ce tribunal recherchait quel 
devait être l'héritier, les amis des seigneurs présents arrivèrent 
à faire abandonner leurs droits, moyennant l!nances,li Geoffroide 
Donzy et Gautier de Braine en faveur d'Yves de Nesle' ; celui-ci lit 
alors hommage lige h l'évéque, « ainsi que le comportait le cha- 
sement •>. Néanmoins rien n'était définitif : Mathieu de Montmo- 
rency, autre collatéral, avait été mandé et ne s'était point pré- 
senté; au bout du délai qui lui fut imparti, ses droits furent con- 
sidérés comme non avenus, et alors seulement Joslein reconnut 
Yves de Nesle comme son homme lige. Mais Yves, héritier col- 
latéral de Renaud, pria l'évêquo de recevoir un droit de relief 
constitué par une rente annuelle de 60 livres et 10 muîds de sel, 
le tout perçu par les officiers de l'évéque et non transmis à 
l'évéque par les oIRciers du comté; ces tiO livres devaient élre 
levées d'abord sur le tonlieu de l'orme, maïs l'évéque et ses suc- 
cesseurs avaient le droit de les tirer de tout autre revenu comtal 
qu'il leur plairait. Toutes ces conditions, Yves de Nesle pro- 
mettait de les remplir, sous serment ; et avec lui jurèrent ses 
deux frères Dreux et Raoul, son frère utérin Évain « de Ganso ». 
Yves, de plus, donna des garants, qui, au cas où il violerait cette 
convention, le forceraient & la tenir, et rempliraient eux-mêmes 
cescondilions jusqu'au moment où Yves seraitde nouveau réduit à 
l'obéissance : c'étaient Raoul de Vermandois, Thierry de Flandre, 
Baudouin de llainaut. Enguerrand de Goucy, Evrard de Breteuil, 
Aubry de Roye; il y joignit Samson, archevêque de Reims, et 
Simon, évêque de Noyon, qui s'engagèrent à l'excommunier et ii 
mettre sa terre en interdit, s'il violait ses promesses, et le roi de 
France, Louis Vil, qui notifia cette convention dans un diplùme 
(H4I)!. 

1. Il n'est pas ijneslion ici de Gui de Diimpierre. 

2. Nous nvuns ce. dlplAme roynl, diilé d'enlrc le 1" aoûl 1140 et le 
29 mars 1141 (P. J., n^S) : il ne fait t|iir reproduire les cngu^meats pris par 
Yres de Nesle vis-à-via de Ti^vèque, cl rappeler na plégcrie. Aussi L. Jac- 




24 LA COMMUNE DE 801S80N8 

De ces actes, il résulte que Tévêque est bien le suzerain du 
comté, imisque, à la mort ab intestat du possesseur, le comté lui 
fait, en quelque sorte, retour; que le collatéral qui en est investi 
lui paie un droit de relief; que l'investi lui fait foi et hommage et 
se déclare son homme lige ^ 11 est formellement dit que le 
comté est un casamentum : c'est dire que le comte est un feuda- 
taire de l'évêché '-. Or Yves de Nesle, petit-fils de Guillaume 
Busac par sa mère Rantrude, qui épousa le sire de Nesle ^, est 
un seigneur assez puissant ; dans le testament qu'il rédige en 
1157 ^, au moment de partir pour la seconde fois à la croisade, 
par lequel il associe au comté de Soissons son neveu Conon, et 
qui prit Tallure diplomatique d'un acte royal, on le voit, entre 
autres choses, accorder à sa femme les hommages de quarante 
chevaliers, dont les terres, il est vrai, sont sises au pays de 
Nesle ^. La suzeraineté de Tévêque en apparaît d'autant mieux 
conditionnée. 

Six ans après, Yves de Nesle prenait, en son propre nom, des 
engagements analogues. Renaud III venait de mourir, et c'est 
à cette occasion qu'Yves, ayant rapporté tout ce qui s'était passé 
en 1141, fit rédiger la liste des obligations auxquelles il était 
tenu à l'égard des évêques de Soissons ^ ; ces obligations 
sont différentes de celles énoncées en 1141. Comme droit 
de relief, l'évéque avait le droit de percevoir annuellement 
4 luuids 1/2 de sel, pris, à partir de la veille de la Pen- 
tecôte, sur les marchés de Soissons, et 10 livres, perçues 
sur le tonlieu de l'orme, et payées par les officiers du comté, 
sous peine d'excommunication, en trois arrérages; de plus, le 
comte renonçait au droit de dépouille ", déjà abandonné par 

qiiemin {Annales de. Joscelin de Vicrzi) éniet-il rhypolhùse (|ue nous avons 
à faire ici an reg'uun pneeeptuni scHpium qui autorise Yves de Nesle à 
prendre le roi pour plèj^^e. 

1. Cf. Luchaire, Manuel des InslUuf., pp. 210, 20^205, 18'h190. 

2. Disserlnfion..., etc., p. 41, Bib. Nal., Coll. 1). Crrcnier, t. 243, f" 89. Cf. 
P. Guilliiermoz, fJssaisur Voriifine de la noblesse en France au moyen âge, 
Paris, 1902, in-8, p. 2i9, n. 12, et p. 25") sqq. 

3. Art de véri/îer les daiei, t. Il, p. 729, col. 1. 

4. Et non en 1107, comme disent II. Martin et Lacroix, op. n7., t. I, p. 15. 

5. Ducliesne, //iV/. /*/•., l. IV, p. 584. Cf. A. Luchaire, Étude sur les actes 
de Louis VII, Catal., n" 393, p. 220-227. 

6. P. J., no 3. 

7. Luchaire, Manuel des InstiL, p. 48-50. 



ÉVÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 25 

Renaud III, et il reconnaissait n'avoir aucun droit sur 10 livres 
que le même Renaud réclamait de Tévêque pour un prétendu 
fief. Yves de Nesle donna comme pièges ses frères Dreux et 
Raoul, le roi Louis VII et Raoul de Péronne. Puis Tévêque Jos- 
lein, dans la cathédrale, en présence du clergé et du peuple, 
menaça de Tanathème tout violateur de la convention, dont 
furent témoins Raoul [de Péronne], Aubry de Roye, Thierry 
Galeran et Jean le Turc, et qui fut authentiquée par le sceau de 
Tévêque *. 

Ce qui complique pour nous les relations de Tévêque et du 
comte de Soissons, c'est qu'elles s'entremêlent : en H41, le 
comté est certainement un fief de Tévêché de Soissons. Mais il 
existe d'autres fiefs tenus de Tévêque par le comte ^ : ainsi 
l'église de Saint-Léger (H39) 3, un muid de sel du marché de 
Soissons (USO) ^, un moulin (1215) •', etc. L'évéquede Soissons, 
Haimard, tient le comte pour son féal (1217) ^, Le comte a recours 
à Tévêque comme à son suzerain pour toutes ses sous-inféodations ' ; 
il se déclare nommément son homme lige ^; les vassaux du comte 
considèrent l'évêque ainsi que le comte comme leurs « seigneurs 



i. Ces actes sont formels, nous en avons les originaux et des copies 
d'après descopiesauthentiques ; D. Muleya même donné un calque du début 
de la première ligne de l'acte de Joslein (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, 
t.235, f" 159). C'est contre eux quelochancelier, mû dans une certaine mesure 
pardesidéesd'absolutisme monarchique, a édifié une argumentation intéres- 
sante, mais ruineuse Sur ses idées, cf. Fr. Monnier, Le chancelier d'Agues- 
êeaUj sa conduite, ses idées politiques, 2« éd., Paris, 1863, in-8. Ses conclu- 
sions sont celles, d'ailleurs, de Lami, Résumé d' histoire de Picardie, p. 112. 

2. A un certain moment, par contre, les acquisitions de Tévêque de Sois- 
sons dans le comté de Soissons et les arrière-fiefs sont si nombreuses, qu'il 
requiert des comtes que ces ac({uisitions soient amorties (M. Regnaull, 
Abrégé, Pr., ^ 24. Cf. II. Martin et Lacroix, op. cit., t. II, p. 170-171). 

3. Abbé Pêcheur, Cartul. de Saint-Léger, n^ 2, p. 17-18 : « ... quam Sues- 
sionenses comités longis rétro lemporibus quasi de beneficio Suessionen- 
sium episcoporum pro successione lenuerant » (1139). 

4. M. Regnault, Abrégé, Pr., fMl. 

5. Daguesseau, Œuvres, t. VI, p. 255. 

6. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 296. n° 26 (Orig. sur parchemin jadis 
scellé sur double queue). 

7. Voy. les exemples cités et discutés par Daguesseau, Œuvres, p. 253- 
264. 

8. Abbé Pêcheur, op. cit., n° 83, p. 158-159 (mars 1238), no 85, p. 162 
(même date) ; Daguesseau, op. cit., p. 262 (1275). 



26 LA COMMUNE DE SOISSONS 

féodaux » {domini feudales) K Un aveu de 1301 nous apprend que 
le comte Raoul s'est déclaré homme lige de Tévêque et a dit tenir 
de celui-ci le comté ; le comte Hugues y joint les aubains, les 
Juifs, la monnaie et son manoir, plus Bucy, Villeneuve, Margival 
et Clamecy, et différents autres biens 2. La cérémonie de l'hom- 
mage a lieu à 1 evêché ^. En définitive, quelle qu'ait pu être la 
valeur des actes qui concernent les relations des évéques et des 
comtes de Soissons, il faut bien conclure, en dépit de Dagues- 
seau *, que, pour la moitié du xu® siècle et les xni® et xiv*, le 
comté relève de Tévêché. Avant 1141, la question reste embar- 
rassante : aucun acte formel n'indique que, juridiquement, 
Tévéque l'emporte sur le comte ; sa supériorité est une question 
de fait : Pacte de 1141, qui consacre définitivement ses droits, 
est le point d'aboutissement d'une évolution, dont on pourrait 
presque faire remonter le terme initial à Rothade. Cette évolu- 
tion est mal dessinée ; qu'à un moment donné l'évêque de Sois- 
sons eût agi plus énergiquement, ou que les circonstances lui 
eussent été plus favorables, et l'évêché se décorait certainement 
du titre et des prérogatives de pairie ecclésiastique ^ ; toute l'his- 
toire, si obscure et si controversée, de la formation des pairies, le 
prouve surabondamment ^. 



1. Daguesseau, op. cit., pp. 258 (1239), 261 (1267); Bib. Nat., lat. 9985, 
fo 77 yo. 

2. Voy. P. J., no 5. 

3. M. Regnault,AAr^/7^, p. 147-148 : lettre de non-préjudice, en 1362, de 
Jeanne de Soissons qui a prêté hommage danssa maison de Villeneuve. 

4. On lira ses conclusions, op. cit., p. 286-287. 

5. Disserlaliony p. 45, dans Coll. D, Grenier, t. 243, fo 91 v°. Le fait 
qu'en 1405, c'est le comte de Soissons, non l'évêque de Soissons, qui a reçu 
la pairie, prouve simplement la transformation des pouvoirs de ce dernier, 
et l'argument ne vaut pas pour le xir siècle. 

6. Luchaire observe [Manuel des Instil., p. 501) : « On n'a jamais pu trou- 
ver jusqu'ici de raisons satisfaisantes pour expliquer la constitution de la 
pairie ecclésiastique. » — Toute la littérature de cette question confirme 
cette vue : Marlot, Metropolis Bemcnsis hisioriae, lib. III, t. II, ch. xxi, 
p. 491-495; Brussel, Usage général des fiefs, t. I, p. 646-657; F. Lot, 
Quelques mots sur l'origine des pairs de France, dRUS R. Ilist., 1894, t. LIV, 
p. 34-59 ; A. Luchaire, Réponse, ihid., 1894, t. LIV, p. 382-391 ; Labande, 
Hist. de Reauvais, p. 42-46 (suit les idées de Lot) ; G. de Manteyer, 
L'origine des douze pairs de France, dans Met. Monod, p. 187-200 (théo- 
ries très spécieuses et invérifîées) ; Fr. Funck-Brentano, Les pairs de 
France à la fin du XIII'' siècle, ibid., p. 351-360; Guilhiermoz, Les deux 
condamnations de Jean sans Terre et Vorigine des pairs de France, dans 



ÉVÈyCES, COMTEa BT jrnibICTIONS EC,r.l.ÉSlA8THJ[-EB 



Reste à déterminer, s'il se peut, l'étendue juridique et territo- 
riale des pouvoirs éjiiacopaux et comtaus, puis k examiner dans 
quelle mesure ces pouvoirs se trouvent limités par l'existence des 
juridictions concurrentes d'abbayes et de chapitres nombreux et 
puissants. 

La maison de l'évêque ayant <?lè détruite dons l'incendie de 
!K8, elle fut reconstruite sur le ciMé de la cathédrale; rien n'en 
est resté '. D'ailleurs les évêques de Soissons préféraient le séjour 
de leur seigneurie de Septmonts "-. Autour de la maison épisco- 
pale, s'étendait le " franc quartier " de l'évéque ■'. Ce quartier 
dtail compris entre les rues Saint-Antoine, des Minimes, Saint- 
Remi ; la rue de la Brognerie *, la rue Saint-Martin ■', la rue des 
Minimes" en faisaient partie, et toutes les transactions ayant 
pour objet des biens-fonds de ce quartier étaient confirmées par 
1 evêque ^. Il y exerçait tous les droits de justice, qu'il se réser- 
vait même dans les biens-fonds acquis par les possesseurs de 

Bib. Éc. Ch., t. LX, 180'J, p|i. 45 s(|., 3fi3 sij. ; cniin R. HollïmBQii, Der 
Prosets gei/en Johann ahne Lsnd..., dans {'UUtorUche Zeilschrîfl, l. XIV, 
p. 212. ^ On trouvera la Hste des pairs dans Ch,-V. Langlols, Let originet 
du Parlement de Pari», dans R. llUl., 1890, t. XLd, p. 86, n. 2. 

1. Celte maisoD souffrit beaucoup eo 1414 : réparée par U. Milet, amé- 
lioréepar M. de Longuejoue, elle fut saccadée par les Calvinistes. On dut 
songera construire une nouvelle demeure épiscopale; M. de Rouey n'entre- 
prit point celte ceuvre et mourut à Septmonts (1586). En 1002, M. Henne- 
(juin commença l'édillce sctuei; Simon le Gras, le trouvant trop mes((uiD, 
entreprit une autre tiâ tisse. qu'il n'acheva pas. faute de fonds, et RI détruire 
(Leroux, HUt. de Sait»on$, t. Il, p. 231-333 ; Mgr Deramecourt, La mmton 
de résèque de SoUtûns et net hôtes i traters le» Syet, dans le Bulletin. 
1901-02 (1905,. l. XI. p. 57-951. 

2. Fossé d'Areosse, Mélange», ad finem. 

3. Bib. Sat.. Coll. D. Grenier, t. 63, p, 378. Cf. Dormay. Ilinl. ih Soi»ti/n>, 
t. II, p. 208 ; Leroux, op. cU., t. I, p. 365-366. 

4. Car(u(.rfe.Sain/-Jean-(/et-l'M/Hes,Bil). Soissons, ms. 5, f°Mâl V-152 v«, 
cf. ^ 154 (1277); Bit). Nat., Co». D. GwnVr, t. 111, P- 103 (1281, août. 
Pari», amortissement par le roi Philippe le Hardi d'une maison sise rue de 
la Broderie, dans le <i quartier, domaine ettrelTonds de l'evesquc "). 

5. Bib. îia,l.,Coll. D. Grenier, t. 204, a? 77 (orig. sur parch., HOÙl 1231]. 

6. Ibid.. I. 293, n' 69 (orig. sur parch. ; février 137:>. a. s.). 

7. Arch. Aisne, Il 1178, non coté (1197 : vente ft Sa in l-Jean-des- Vignes 
par Pierre, Gis de Simon Laoglois [Angticut]. d'une maison u în quarterïo 
noelro " ; .^rch. Aisne, H 1 181, non coté (1277, acte analogue) ; Carlul. de 
Sainl-Je»n-det-Vignes, Bib. Soissons. ms. 3, t- 169-170 v- (1297. février, 
mmorlisscmenl des acquisitiDUS opérées par les religieux de Saiut-Jean), 



28 LA COMMUNE DE SOISSONS 

juridictions difTérentes K Cette justice s^étendait, en dehors de la 
ville, sur les faubourg^s Saint-Christophe et de Crise '*, ce dernier 
le plus voisin de la seigneurie de Septmonts ^. Dans Texercice de 
ses droits, Tévôque de Soissons se faisait représenter par un 
bailli '*, laïque depuis 1288*'. Sauf avec la commune, l*évêque 
n'eut point de querelles, sinon de préséance ^, avec les autres 
juridictions soissonnaises ; néanmoins, il fut nécessaire, en 1330, 
de déterminer Tétendue de ces juridictions avec le plus de préci- 
sion possible ". En dehors de la ville, seul le sire de Buzancy 
éleva quelques difiicultés contre. Texercice de la justice épisco- 
pale ®. 

En possession de droits de justice précis en même temps 
qu'étendus, riche de revenus importants ^, placé au-dessus du 
comté, occupé par des hommes de valeur, à qui leur mérite ou les 
circonstances donnèrent une place remarquable dans le royaume 
de France ^^\ Tévêché de Soissons, sous la monarchie capétienne, 

1. Voir la note 7, p. 27. L'absence d'acles anciens ne permet pas de 
déterminer de façon bien précise la nature de la justice épiscopale. 

2. Hib. Nat., Coll. D, Grenier, t. 63, fo 378. 

3. Leroux, op. cit. y t. I, p. 36C. 

4. Cartul. de Saint-Jean-dos-VigneHy Bib. Soissons, ms. 5, f« 164 et v® 
(4279). — Le bailli était secondé par un procureur, un greffier et quatre 
sergents (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 64, f" 201 v».. 

5. Ordonn, dea rois de France, 1. 1, p. 316-317. 

6. En 1213, contoslation avec Tabbayo de Saint-Jean au sujet du droit de 
célébrer la grand'messe le jour delà Nativité de Saint-Jean et le droit de 
prestation que révtHjue rev(Midi(jue (Arch. nat., L 1007, n"* 61. Ce droit con- 
sistait à être reçu par Fabbayc, au retour du sacre, avec 40 chevaux [Ibid., 
n" 7; acte de juin 1221). Cf. Bib. Nat.. Coll. D. Grenier, t. 245, ^ 163 
et v». 

7. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 64, f» 201 et v*». 

8. 1212, ocl., compromis entre Tévèque Aimar de Soissons et Hervé, 
sire de Buzancy, par-devant le doyen du chapitre de Soissons, Pierre de 
Vaubuin, chevalier, et Hugues d'Amblegny, chevalier, touchant leurs droits 
de justice (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 244, f° 2oJ v°). 

y. Kncore en 161 1, sa part dans la contribution des décimes est de 7.280 1. 
18 s. Il d., ce qui suppose un revenu d'environ 72.000 1., le revenu le 
plus fort de la province de Reifns, après, toutefois, ceux des évêchés de 
Paris et de Beauvais et celui deTarcheveché de Reims (Bulletin de Soissons, 
1874, 2« série, t. V, p. 20). 

10. Je fais particulièrement allusion à Hugues de Champfleury, chan- 
celier de Louis Vil (L. Delisle, 'Catal. des actes de Phil.-Ang., Inlrod., 
p. Ixxxv-lxxxvij ; A. Luchaire, Et. sur les actes de Louis VII, p. 57-58; 
Ilist. lit t., t. XI II, p. 536-5 U), qui, après avoir perdu sa fortune person- 
nelle, tandis qu'il était auprès du roi (//. F., t. XVI, p. 140), sévit dis- 



ÉVÊQUE8, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 29 

est assez enviable ^ et il n est pas étonnant, pour ce qui regarde 
l'histoire stricte de la commune, qu'il ait pris, à sa fondation 
et dans sa vie, une part considérable. 

En face de Tévêque, le comte. Son territoire a à peu près la 
forme d*un carré long, s'appuyant à Touest aux forêts de Com- 
piègne et de Laigue, les quatre coins à Autrêches, Bray, Arcy 
Sainte-Restitue et Taillefontaine ^; à Test, il est borné par le Laon- 
nais, entre Bray, qui appartient au Laonnais, et Ostel, qui est 
du Soissonnais, puis par le Rémois et la terre de Braine, deve- 
nue comté, et comprenant presque en entier le Tardenois ; un 
angle rentrant ^ait dessiné parle pays de Bruys-sur-Sermoise, et 
là, la limite traversait r Aisne et laVesle; au sud, elle passait par 
Lesges, Cuisy, Arcy, Servenay, longeait le comté d'Ourçois 
qui relevait du comté de Troyes, rejoignait Morienval, enfer- 
mant une partie de la forêt de Villers-Cotterets, et côtoyait le 
Valois ; à Touest, elle allait non jusqu'à l'Oise, mais à Tancienne 
chaussée romaine de Vie-sur- Aisne à Noyon, vers Autrêches et 
Sorny ^ ; vers le nord, TAilette séparait le comté de Tévêché de 
Laon et de la seigneurie de Coucy ^. Ces limites, au xvii*^ siècle 
encore, étaient indiquées au moyen de bornes'» ; dans leur péri- 

gràcié, on ne sait pas bien pourquoi (II. Martin et Lacroix, Hist. de Sois- 
sons, t. II, p. 31-33), et mourut fort dignement en 1175 (//. F., t. XVI, 
p. 161-162, p. 206|, et à Nivelon de (Ihérisy, ambassadeur de Philippe- 
Auguste à Rome, en 1198 (//. F., t. XIX, p. 390-391 ; cf. p. 392-394, 39i- 
396. Voy. A. Luchaire, dans La visse, Hisl. de France, t. III, 1'''* partie, 
p. 152), joua un rôle important dans la quatrième croisade (II. Martin el 
Lacroix, op, cit., t. II, p. 70-71), el expédia de Constantinople des reliques 
pies pour Soissons et la France (v. l Inlrod., § II). 

1. En 1302, révèque de Soissons est chargé de diriger les enquêtes des 
Grands Jours de Troyes (IL Martin et Lacroix, op. cil,, t. II, p. 171). 

2. Leroux, op. cil., t. I, p. 363. 

3. H. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, p. 411-412. Cf. M. Regnault, 
Abrégé, p. 62 sqq. 

4. En 1225, i^ouis VIII confirma un accord conclu en sa présence entre 
Tévêque de I^on et le comte do Soissons à ce sujet. Cet accord portait : 
« ... quod justicia episcopi Lauduncnsis ducat integraliter usque ad fihim 
aque quidicitur Aquila, exccpto hoc quod comcsSuessionensispotcst sec^ui 
suum pedagium usque ad fossatum Sancti Gervasii,etarrestare per servien- 
tum suum. Aqua vero communisest de hcrbis, de pastura et de piscatura 
bominibus episcopi el comitis » (.\rch. Aisne, G 14, n° 1 ; copies : Arch. 
nat. JJ 31, f* XLÎij, n° cxxiij l'seulement la rubricfue) : Bib. Nat., Co//. D, 
Grenier, t. 245, f^ 243 ; Indiq. dans Petit-Dutaillis, Et. sur le règne de 
Louis Vin, Calai., n» 275, p. 486. Cf. n» 276, p. 486, pp. 353 et 395). 

5. Anonyme à la suite de D. Lépaulart, Bib. Soissons, ms. 2iO, p. 214. 



30 LA COMMUNE DE SOISSONS 

mètre étaient renfermés 60 bourgs ou villages *, diverses seigneu- 
ries et châtellenies, les quatre vicomtes de Buzancy, Cœuvres, 
Fromentel et Ostel. 

Très anciennement, les comtes ont habité une tour, dite de 
Saint-Prince -, sur un terrain que certains auteurs ont prétendu 
leur avoir été concédé h lorigine en fief par les évêques ^. C'est 
là que Renaud I^*" fut assiégé par Henri I***" en 10S7 ^. La Tour de 
Saint-Prince fut-elle démolie, comme on Tassure •', c'est ce qu'il 
est difficile de dire ^', car il est postérieurement question à plu- 
sieurs reprises de la Tour des Comtes ^. A côté ou sur remplace- 
ment de l'ancienne Tour, fut construit le château comtal. On 
l'appela Château-Gaillard, à l'imitation du château normand, car 
Guillaume Busac, qui en jeta les fondements, était un Normand : 
il est difficile de dire ^ ce que ce château devait au xi® siècle, 
étant donné qu'il a été démolien 1772, et qu'Enguerrand de 
Coucy, vers 13G8, et Louis d'Orléans, vers 1404, le complé- 
tèrent : au XIV* siècle, c'était une véritable forteresse. 

1. Dormay, Hist. de Soissons^ t. II, p. 9. 

2. Les historiens de Soissons ont émis deux hypothèses sur l'origine de 
celle dénomination : selon Rousseau-Desfontaines, elle remonte à Tévêque 
saint Prince; selon Cabaret, au premier comte romain (priaccps). Cf. Caba- 
ret, 1. 1, p. 62 sq. (Bib. Soissons, ms. 224). 

3. Voy. p. 17. ^ 

4. V^oy. p. 19. 

5. M. Regnault, Abréyé, p. 88. 

6. Lorsque fut démoli le Château-Gaillard (1772), on découvrit, assure 
Cabaret, op. cit. y les fondations delà Tour, faites de pierres brutes énormes, 
en grès. 

7. Le Bitualcy rédigé au début' du xiii" siècle, la mentionne (p. 146). 
En 1389, encove, on parle d'une maison sise près de la Tour des Comtes, 
vers le marché f Arch. Aisne, G 253, f*» 44). On faisait remonter faussement 
à saint Prince l'organisation d'une collégiale dans la chapelle dép'endant 
de cette Tour (M. Regnault, op. cil.y p. 28) ; au xii« siècle, il n'y avait plus 
qu'un prêtre dans la chapelle, dont la cure fut donnée à l'abbaye de Saint- 
Léger (Bib. Nat., ColL D, Grenier, t. 246, fo 00); en avriJ 4230, le comte 
Raoul déclara que le chapelain seul avait droit aux oublies (Bib. Nat., lai. 
17141, n» 28). 

8. On trouvera une description — et sûre — du Château-Gaillard dans 
Cabaret, 1. 1, p. 00-07 (Bib. Soissons, ms. 224), dans Brayer, n. 181 au chap. 
26. Leroux, qui a donné un plan et une description du château (op. cit,, 
t. I, |). 380 sqq.), a employé des renseignements donnés par Du roche, 
architecte de la ville, employé, dans sa jeunesse, à la démolition de la for- 
teresse et à la construction de Tintendance, et qui avait conservé un plan 
d'ensemble de ces deux édifices (cf. t. Il, p. 494, n. 2). L'emplacement avait 
été en effet vendu à la généralité pour 30.000 livres, avec réserve de 



ÉvÈyLE; 



rTES ET' J cm DICTION 8 ECCLÉSIASTIQUES 



3t 



Ayant cette défense ou celte base d'opérations, les comtes de 
Soissons auraient pu jouer dans la ville un rAle imiiortant, étant 
même donné la nature des liens qui les unissaient aux évêciues : 
il s'est trouvé que. sauf ({uelques exceptions, les comtes ont été 
des hommes peu bruyants et peu violents, leur histoire a été 
en somme assez calme, et les quelqiies conflits qu'ils ont 
eus avec les autres pouvoirs de la ville sont toujours sortis de 
l'exercice des droits de justice. 

Ces droits, les comtes les exer\'aient — en dehors de leurs 
hommes — sur les aubains et les Juifs de la ville '. De plus, le 
quartier, fort mal délimite'^, qui s'étendait autour du chiiteau, 
leur était soumis. Fatalement, ils étaient amenés à heurter les 
autres juridictions qui se partageaient la ville. Un jugement 
arbitral de l'évêque de l^on, en 122."), régla une contestation 
sur les limites des juridictions entre Haoul le Bon et l'évêque 
Miles de Bazoches". Le comte Jean II '■ parait avoir été plus 
violent : en 1231, il fut excommunié par le chapitre pour avoir 
établi des (prennes dans la terre de Bucy et dans d'autres 
dépendances de la cathédrale ■'■; il ne tint aucun compte de cette 
mesure, qui fut confirmée, en septembre 1232, par trois commis- 
saires apostoliques *"'. Furieux, il lit main basse sur les hommes, 
les chevaux, les elTets du chapitre, et emprisonna même un cha- 
noine. Alors saint Louis donna l'ordre à ses baillis de réprimer 
ses violences, et Jean se décida k s'en remettre au jugement du 
métropolitain Henri de Dreux; celui-ci le condamna à rendre 
tout ce qu'il avait usurpe, et, pour son crime d'avoir emprisonné 
un chanoine, de venir, k un jour détermine, à la cathédrale, nu- 
pieds, en chemise et en braies, un paquet devei^edans ses bras. 

prendri' le bois, le plomb, le fer el les croisées (Cabaret, 1. 1. p. 69). — Sur 
les travaux postérieurs, voy. H. Regnault, Abréi/i, p. 89; Dormay, Hi»l. 
de Soisi'xis, t. 11. p. 368; Cabaret, t. I, p. 67-68. Cf. De l-sprairie, Lrs for- 
tifie, ilv HoUnonn, duDs BaiUtin de Soiiions, ISIi.'l, t. VII, p. tHZ. 

l. Voy. P. J., n» 5. 

2- Dormay, op. cil., l. II, p 208. 

3, Art de vérifier le* tlalen, t. II, p. 729, col 2. 

i. Il H le comté de 1231 au moins (voir ce <|ui suili jusqu'en 12T0 ; il est 
mort à Tunis ;cf. le Icslameiil, vîdimé par l'onicial de Soissons, en 128S, 
et publié par l'abbé Poi| net, dans Hullelin du Soinson», 1869-1871, 2* séné, 
I. 111, p. H-'-HVi. 

5. .\rcli. nat., I. 7i2, ii" W). 

6. lbid.,11'' il. 



32 LA COMMUNE DE SOISSONS 

pour suivre ainsi la procession et recevoir ensuite la discipline 
(juin 1233)*. Les contestations entre le chapitre et le comte ne 
furent pas ainsi liquidées : en 1274, le chapitre excommunia 
les officiers du comte, coupables de diverses tentatives contre la 
juridiction capitulaire ^ ; en 1281, fut conclu un accord pour 
mettre (in à un diiïerend entre le comte et le chapitre au sujet 
de la saisie d'un homme de corps du chapitre, faite par Tordre 
du comte, et d où s était ensuivi un interdit général des églises 
du comte ^, AvecFabbayede Notre-Dame, dont ils tenaient en fief 
30 sous de rente ^, les comtes n'eurent pas de difficultés : en 1233, 
Raoul, fils du comte, s'était engagé à ne rien acquérir dans le tref- 
fonds de cette église ^. Au contraire, avec la collégiale dépendant 
de Tabbaye, Saint-Pierre-au-Parvis, les contestations furent assez 
fréquentes, — qu'il se soit agi de justice foncière ^ ou crimi- 
nelle '. Vis-à-vis de Saint-Jean-des- Vignes, la situation fut résolue 
par un compromis, en 1302, à la suite d'un long différend entre les 
officiers du comte Hugues et ceux de Mathieu de Guisy, abbé de 
Saint-Jean : les droits de haute justice du comte dans son quar- 
tier étaient respectés ®, et un acte de 1326 les confirma définiti- 
vement ^. 

Le comte possédait la monnaie *^. Mais ce n'est pas seulement 
par la fabrication des monnaies que les comtes intervenaient 

1. Ibid,, n° 33 ; cf. Bib. Xat., Coll. D. Grenier, t. 246, f» 52-53. Voy. IWrt 
de vérifier les dale»^ t. II, p. 730. 

2. Arch. nat., L 742, ibid,, n° 131. 

3. Ibid., 11° 135. 

4. M. Ro^nault, ^lAr^^fî, Pr., fo 8 v" ((raprès le « viel calendrier de TAb- 
bayc Notre-Dame »). 

5. Arch. Aisne, II 1508, ^277. 

6. Olim, t. I, p. 163, n* XI (Cf. Boularic, Actes, n- 710, t. I, p. 65) : 8 nov. 
1262, arrêt du Parlement pour le chapitre de Soissons à propos d'une mai- 
son du cloître, dont le comte revendicjue la haute justice. 

7. Olini, t. I, p. 184, n° XVIII (Cf. Boutaric, Actes, n^ 816, t. 1, p. 74) : 
1*"^ novembre 1263, arrêt du Parlement accordant au chapitre la justice des 
voleurs pris dans son trelTonds, justice que réclamait le comte. — Cf. Bou- 
taric, Actes, n^ 1063, t. I, p. 99 : 8 nov, 1266, record de cour entre le comte 
de Soissons et le chapitre do Saint-Pierre d'un arrêt rendu au sujet de la 
justice sur un meurtrier et sur un voleur. 

8. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 111, f« 106; M. Re«,^nault, op. cil,, Pr., 
fo 23. Cf. Dormay, op. cit., t. II, p. 303-304 ; Bib. Nal., Coll. Clairam- 
bault, 1.561, f"937. 

9. M. Regnault, op. cit., Pr., fo 23 v<>-24; Dormay, op. cit., t. II, p. 304. 
10. P. J.,n'>5 



ÈvÉyLES, tOïlTRs KT jrnilirr.TioKs Kt:a.Ë8iASTi'ji;E9 33 

(Inns la vie (économique de Soissons. mais encore jiar la posses- 
sion de différents droits de transit et de vente (tonlieu, stellafçe, 
avenagc, triage, minage), sur lesquels je reviendrai, en disant 
quelques mots de la vie économique dans Soissons à l'époque 
communale. 

Le comte exeri,'iiit ses droits par l'intermédiaire de différents 
fonctionnaires : un châtelain, pour garder le château et esécuter 
ses ordres '. un bailli ^, spécialemt-nl employé à rendre la jus- 
tice *■', des prévois, chargés des fnnclions subulternes de la jus- 
tice '•, des maires pour administrer les domaines ruraux '■', des 
officiers aux noms divers pour lever les droits de tonlieu et de 
stellage *, un vicomte -, dont les fonctions, dans l'éttit des textes, 
restent vagues et paraissent se résumer dans la police des 
rivières et des chemins et dans la perception de certains droits 
de transit *. 

1. \bbêPi-cheaT,aarlul.ihSainl~Lé.jrr,n'li,p.\yi iil60.. Cf. l.ucbaii-e. 
Manuel df g littlil ., p. 260. 

2. Arch. nat.. 1. TW. n" 131 (I27H. Cf.Melleïille, Dîelionn. hUl. de CAime, 
ï° Soissons, l. 11, |). 2U-213. 

3. Elle élait rendue n in domo comitis », distincte du chAteau pcul-éli'e 
I Bib. Nat., <:i>U. D. Grenier, t. 296, n« 29, orig. sur pareh. : 1219}. 

♦. Abbé Pécheur, Carlul. de Saint-Léger, n* 2B, p. 76 ; iV 29, ].. TT-TS 

mm). 

5. Arcli. nul., 1,742. iA61. 

6. Voy. P. J., Il- 26 ; Aivh. nul., I. 7*3. n- 131 (1274). 

7. Arch. nal.. L 7*2. w 131 (127*). 11 figure un Guinnl, vicomte de Soissons, 
parmi les témoins d'un procès d<! 1135^ A. Luchaire, .>lnn.f/« Louis VI, n" 502, 
p. 235-256). Ln acte d'Yves de Neale, en 1157. est souscrit par un " Guido, 
castellanus l^ociaci, vic-ecomi-'S Suessîunensis» {Oallia C.hri»!., I. X, lustr-, 
col. 124.125). 

8. Cf. ce iiui se passe pour l'esercice des droits de vicomte à Ambleguy 
;Bib. Nat., lai. <J985, f» 81), Conon de Soissons rumel h l'abliaye de Vau'- 
cellea louB les <i vectigalin ijuae ad in« pertinent ratione vlcecomitatus » 
(M. Regnautt, Abrégé, Pr., ^ 15 v"). D. CafBau», au xviii' siècle, nous 
apprend qu" ■■ il y a vicomlé sur la dille rivière [de Crise] dont les lierillei-M 
de feu M. de Roye qui en ctoit vicomlc oui encore plusieurs beaut droits 
tant au grand marché (]ti'au long des rut^s par où elle passait ». Cf. les 
oliserv. de Dormay au bas du plan qu'il donne enléle du t. II. — Ce qui 
complique la question des vicomles à Soissons, c'est la création, h des 
époques diverses, des quatre vicomtes de Fromcutel, Ostet, Buzaucy et 
Cœurres (Dormay, np. cit., t. Il, p. Il sqq.) ; on a dit (H. Martin et 
l^croÏK, op. cit., t. I, p. 412, n. 1) que le vicomte de Buzancy t'isil 
le successeur du vicomle primitif : c'est inexact, puisque nous Irou- 
Tons des vicomtes de Soissons, non héréditaires, paralt-il, en llS.'i, Hîl", 
1274 iv. n. 7) ; les viromles de Buzancy, ainsi que ceux d'Ostel, ont même 
pris peut-être pour s'en distinguer le litre de •' quart comtes " (Dormay, 

BueHOi», — llitloire de fa commune de Soisioai. 3 



34 LA COMMUNE DE SOISSONS 

En dehors de la commune, c'est à Télément clérical que, comme 
ailleurs, se heurtèrent les pouvoirs prééminents de la ville de 
Soissons. 






Au x*^ siècle, on comptait à Soissons dix-sept églises : la 
cathédrale, Saint-Médard, Sainte-Sophie, La Trinité, ces deux 
dernières comprises dans l'enceinte de Tabbaye, Saint-Crépin-le- 
Grand, Notre-Dame, Saint-Christophe, Saint- Victor, Saint-Jean, 
Saint-Pierre-à-la-Chaux, Saint-Etienne, Saint-Julien, Notre- 
Dame-des- Vignes, Saint-Pierre-au- Parvis, Saint-Renri, Saint- 
Léger, Saint- Pierre-le- Vieil ; de plus, quatre chapelles : celles de 
Saint-Quentin, dé Saint-Adrien, de Saint-André et de Sainte- 
Tècle ». 

Entre ces églises, de bonne heure, s'étaient établis certains liens 
assez curieux. Les curés de douze des paroisses de Soissons se 
constituèrent en une compagnie de cardinaux -. On a voulu faire 
remonter très haut la création de ces curés-cardinaux ^. En réa- 
lité, elle ne paraît pas antérieure au xiii*^ siècle ^ ; Tobituaire de la 
cathédrale nous apprend que. le chantre Raoul de Cramailles 
donna, aux environs de 1232, 60 livres aux cardinaux de cette 
ville pour acheter quelque bien, à la charge de se trouver tous 
en habits de célébrants à la messe solennelle des deux fêtes de 



op. cit.^ t. H, p. 16), — Ce (jui ne laisse pas d'être embarrassant, c'est 
que les vicomtes de Buzancy paraissent, d'après Dormay {op. cit.^ 
t. II, p. il), avoir possédé des droits de justice commençant à l'égout 
qui se trouvait entre l'abbaye de Saint- Léjifer et le château, puis passant 
parle marché, la rue de la Bueric jusqu'à Panleu, et s'étendant sur la Crise 
jusqu'à sa source et sur un certain nombre de chemins. — Notons qu'en 
dehors de ces quatre seigneuries, un certain nombre de seigneuries por- 
tant ce titre relevaient du comte de Soissons : Rerzy, Acy, Sorny, Levry, 
Billy, (îlamecy, Monlgarny, Chaudun, ChazelU>s, Vaubuin, \rcy, Espagny, 
Margival, l/Kchellefll. Martin et Lacroix, op. cit., t. 1, p. 412. n. i). 

1. E. Lefèvre-Pontalis, L'Architecture relifjieuse...^ t. I, p. 8. 

2. Sur ce mot, voy. Moreri, Grand dictionn. hist., 2'^éd., Paris, 1876, in- 
fo, v° (Inrdinal. Il a existé h Sens une communauté analogue (M. Quantiu, 
Uccueil de pièces pour faire suite au Cartul. f/én. de V Yonne, '^PP* '» ^^^ *83, 
p. 39"»). 

3. Dormay, Ilist. de Soissons, t. I, p. 287. 

4. Ils figurent dans le Rituale (cf. pp. 00 et 68, etc.) rédigé au début de ce 
siècle. 



ÉVÈQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 35 

Suint-Etienne, et à' celles de Saint-Thomas, de la Nativité de 
Saint- Jean-Baptiste et des Reliques ^ Ils apparaissent encore au 
xiii° siècle dans un acte de novembre 1259 ~, et la communauté 
vivra ainsi, très calme, jusqu'à la fin du xviii^ siècle ^, réduite à 
onze titulaires ^, propriétaire de biens communs, administrée par 
un syndic et par un receveur particulier '\ 

Mais la paix n*a pas été l'état normal entre ces églises. La vie 
religieuse de Soissons, dont Paschase Radbert trace au ix® siècle 
un tableau assez vif ^, a été souvent troublée par des querelles 
dont le détail serait fastidieux, et dont je dirai quelques 
mots en résumant rapidement Thistoire des principales fondations 
ecclésiastiques de Soissons. Rarement celles-ci se sont unies pour 
une action commune ^ ; en revanche, elles ont toujours été d'ac- 
cord pour limiter les libertés municipales. 

Le chapitre de la cathédrale Saint-Gervais, organisé en vertu 
des mesures législatives de Louis-le-Pieux ^, existait dès Tan 831 , 
puisqu'à cette date Anségise, abbé de Saint-Wandrille, légua aux 
chanoines une livre par testament ^. Il est peu probable qu'il fût 
dès lors constitué comme au temps de son plus grand dévelop- 
pement ^^, où il comprenait un prévôt ^^, un doyen ^^^ m^ archi- 

1. Rituale, loc. cit. 

2. Arch. Aisne, II 455, f° 236 v». 

3. Arch. Aisne, G 1025 : acte notarié de 1778, non cote, contenant la 
liste des curés-cardinaux de Sainl-Jac(jues, Saint-Hemi, Xolre-Dame-des- 
Vignes, Saint-Quentin, Saint-Marlin, Saint-Pierre-le- Vieux, Saint-Martin 
de Cuffîes, Saint- Vaasl, Saint-Germain-lez-Soissons, église de Levry. 

4. La paroisse de Saint-Pierre-à-la-(ihaux fut abolie et réduite en prieuré 
simple au xvii* siècle (Dorniay, op. cU., t. II. p. 289"'. 

5. Arclî. Aisne, G 1025, n*» 9, cjuatre comptes-rendus des ventes et reve- 
nus de « Messieurs les curés cardinaux faisant communauté en l'église de 
Soissons », pour 1700-1703. — Pour le receveur particulier et le syndic, 
voy. ibid., deux actes non cotes de 1680 et de 1722. 

6. Expositio ad P^nlmum XLIV, dans Migne, P. L., t. 120, col. 994. 

7. En juin 1270, cependant, on voit le chapitre cathédral, Saint-Crépin- 
le-Grand, Sainl-Jean-des-Vignes, Notre-Dame, le chapitre de Saint-Pierre- 
au-Parvis, s'entendre pour la cessation simultanée de l'office divin (Arch. 
Aisne, H 455, f°Ml 1-113 v»;. 

8. P. VioUet, Hisl, des insiit. polit, et adniin., t. I, p. 368. 

9. Mabillon. Ann. ord. S. Ben.j t. II, p. 542. 

10. Galiia Christ., t. IX, col. 333. 

11. Le premier prévôt qui soit connnélail en même temps archidiacre prin- 
cipal : il devint, en 909, éve(|ue d'Auxerre {Gnllia Christ , t. IX. col. 38 i). 

12. Le premier doyen (jui soit connu est Robert, (pii souscrit h la fonda- 
tion de Saint-Jean-des-Vignes en 1070 [Galiia Christ., t. IX, col. .385;< 



36 LA COMMUNE DE SOISSONÔ 

diacre principal*, l'archidiacre de Rivière, un trésorier, rarchi- 
diacre de Brie et celui de Tardenois -, un chantre, un maître des 
écoles ; on y comptait quarante-sept prébendes, dont trois 
attribuées au doyen, à Tabbé de Saint-Jean-des-Vignes, à la 
fabrique, et quatre demi-prébendes, dont Tune fut annexée 
à la fonction de principal du collège Saint-Nicolas -^ Il est à 
croire que c'est Tincendie de 948 qui amena la cessation de 
la vie régulière des chanoines, le partage des biens de l'église 
entre l'évêque et le chapitre et l'établissement des prébendes * ; 
le prévôt, qui était une sorte d'économe, continua de gérer les 
intérêts généraux du chapitre, mais il n'eut plus dans ses attri- 
butions de pourvoir à l'entretien commun des chanoines, qui 
avaient chacun leurs revenus particuliers •*. A la fin du xin* siècle, 
on régla minutieusement les rétributions accordées aux membres 
du chapitre pour leur assistance à l'office '•. 

Il n'y a pas eu entre Tévêque de Soissons et le chapitre, 
comme dans tant de cités épiscopales, de longues luttes. Dans la 
seconde moitié du xu® siècle, cependant, il s'en éleva entre eux, 
à propos du droit d'interdit qui faisait plus ou moins partie de 

i. On (rouvcra le serment du grand archidiacre dans Marlène, Ampliss, 
Coll.^ l. VHI, col. 1;'».")7-1;».*)8. Cf. abbé II. Dubrulle, Le pouvoir des archid. 
à Soissons au XIV*' siècle^ dans Ann. de Saint-Louis des Français^ 1904-1905, 
t. IV, p. 381-391. 

2. Ces archidiacres, sauf celui de Brie, jouissaient du droit de déport, 
c'esl-à-dire (|u'ils percevaient le revenu de tout bénéûce qui venait à 
vaquer dans leur archidiaconé. durant l'année (jui s'écoulait à partir de la 
mort du titulaire II. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, p. 392, n. 1). 

3. Elle lui avait été donnée par Tévêque Henri à la fin du xi« siècle 
(II. Martin et Lacroix, op. cit , t. I, p. 4*»3, n 1 >. 

4. Parmi les chanoines li^ijuraient deux chupphiins des martyrs qui 
n'avaient ni voix au chapitre, ni fonctions canoniales : on suppose que 
c'étaient les successeurs des clercs (|ui avaient desservi le [)remier oratoire 
des saints Gervais et Protais II. Martin et Lacroix, o/*. cit., t. 1, p. 391). 

.*). II. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, j). 391. 

0. Ancien tarif de la fin du XIII*' sii^cle..., [)ub. par l'abbé Poquot, dans le 
BuU. du camità de la langue, de l'hisf. et des arls delà Franco, t. IV, 1857 
paru en 1800;, in-8, p. 307-309. — On ne peut évaluer les revenus com- 
muns du chapitre qui subsistèrent et s'augmentèrent après la cessation de la 
vie régulière. Ils devaient être assez élevés, car, en un acte de sept. 1236, 
on le voit livrer à la commune de Roye 38 bouviers, 3 journaux 1/2 et 
29 verges de terre (ju'il possède à Roye, avec les revenus, viviers et autres 
droits annexes, moyennant le paiement annuel, à Soissons, à la fêle des 
saints (Jervais et Prolais, de 801. par., soiis peine d'une amende d'un marc 
d'argent par jour de retard, ou, au cas où la monnaie en cpiestion s'avili- 
rait, de 40 marcs de bons eslerlins, à raison de 13 s. et ï d. par marc 
Hib. Nat., CoU. I), Grenier, t. 281, n°« 29 et 30). 



ÉVÊQCES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 37 

toute juridiction ecclésiastique. L'évèque contesta au chapitre le 
droit d'interdire ou d'absoudre ceux qui faisaient du tort h ce 
dernier, ou leurs terres, et de proclamer l'interdit dans la ville. 
Louis VII, s'étant trouvé avec ses barons à Soissons ', s'entremit, 
avec le comte de Champagne et plusieurs autres seigneurs, pour 
apaiser l'affaire : les chanoines se désistèrent de leur appel à 
Rome, mais la sentence des arbitres porta que, bien que les cha- 
noines restassent en possession [in saisina) du droit contesté, 
le jugement de la cause au fond appartiendrait au tribunal de 
l'évêque, et que les chanoines se présenteraient devant ce tribu- 
nal quand ils en seraient sommés '*. Le pape Adrien IV, par sa 
bulle du l**" juin 1157, donna raison au chapitre : il vipprouva 
même que toutes les églises de Soissons, en dehors de Saint- 
Médard, dussent cesser l'office, dès que l'interdit avait été pro- 
clamé par le chapitre •*. L'évêque Hugues de Champfleury ne se 
résigna pas * : le chapitre dut envoyer un de ses membres plai- 
der sa cause à Rome, k grands frais. Une seconde fois, Louis Vil 
s'interposa : il appela les deux parties devant lui, en présence 
de Maurice de Sully, évèque de Paris, d'Hugues, abbé de Saint- 
Germain-des-Prés, et d'Ervise, abbé de Saint-Victor : les cha- 
noines renoncèrent à leur appel en cour de Rome, et l'évêque 
les laissa user de leurs coutumes en toute quiétude '\ Hugues de 
Champfleury, qui jouissait cependant d'une situation oflîcielle à 
la cour de France, cédait devant le chapitre '\ 

L'ancienne immunité accordée aux cloîtres par les empereurs 

1. A. Luchaire, El. sur les actes de Louis VII, Calai. ^ n<* 342, p. 209. 

2. Id., ibid,, n° 343, p. 210. 

3. //. F., t. XV, p. 080-681. — Adrien IV n'a pas cessé delre favorable 
au chapitre (cf. ibid., p. 602, 874-876). 

4. II. Martin et Lacroix, llist. de Soissons, t. Il, p. 27. 

5. A. Luchaire, op. cit., n" 577, p. 281-282. Voir au n» 578, p. 282, la 
notification du jujçement à Ah»xandre III. 

6. Il a eu un autre conflit avec le cliapitre à pro[)OS d'une prébende accor- 
dée par Adrien IV au doyen, et ({ui se termina en faveur de l'évêcfue, sans 
doute avant 1163 JI. Martin et Lacroix, op. cit., t. Il, p. 21), et p. 30, n. 11. 
— On lit dans le Rituale, p. 72 : ... »< post f^lassum autem istum nemo pré- 
sumât in tota civitate signuni alicjuod pulsare, (fuia jam incepit sancta 
Mater Ecclesia super Diabolum et ejus ministros cessare, Judeos vidolicet 
qui Xpistum occiderunt. Cui caput infirmum est, cetera membra dolent. 
Cessante elenim Matre Ecclesia pro capite suo quod est Xpistus Jhesus, 
debent et ejus filie cessare » : tout ici semble bien se rapporter aux usages 
capitulaires de Soissons. 



38 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Louis le Pieux et Charles le (Chauve * s'était transformée k peu 
près partout en une juridiction bien déterminée 2. Le chapitre 
de Soissons exerça la justice, et nous verrons à ce propos ses 
contestations avec la commune. Kn 1280, le Parlement de Paris 
reconnut au chapitre de Soissons qu'il avait la justice dans son 
cloître '\ dont la porte ouvrait sur la rue Nicolas ^ ; mais les 
maisons canoniales notaient pas comprises dans ses limites juri- 
dictionnelles, puisqu'elles étaient réparties entre les rues Saint- 
Christophe, de la Burie et Saint- Rémi, et les murs de la ville. Au 
reste, la commune ne fut pas seule à gêner le chapitre de Sois- 
sons dans le libre exercice de ses privilèges; en 1230, le comte 
Jean de Soissons •'», pendant la minorité de saint Louis, divers 
seigneurs ^ lui créèrent des diflicultés. Ces privilèges, qui 
gênaient tant le développement des libertés communales, étaient 
mal vus des chevaliers : on vit en 1308 trois de ceux-ci, Robert 
de Cramailles, Gui d'Aas et Gérard Chevalier, tuer en pleine rue 
le cheval d'un chanoine, et jeter à terre, en le blessant, son valet, 
qu'ils auraient tué sans l'intervention de quelques bonnes 
gens, « dicentés quod in contemptum et vituperium capituli 
faciebant », et assurant qu'ils feraient de même de tous les che- 
vaux des chanoines '. La justice du chapitre siégeait dans une 

i. A. Giry, EtudcR carnlinfj.^ I, dans Mél. Monod^ p. 108-H3. 

2. r. Viollot, ///s/, th» inAlil. pidit. et ad min. de la France^ l. I, p. 40i. 

3. L. Doiisie, lieslif. d'un volume des Olim, à la suiU» do Boularic, Acte» 
du Parlement de Paris^ t. I, p. 36t. La justice s'étendait sur la rue SaiiU- 
Nicolas, et, par le Touchet, juscju'à la porte Saiut-(^hristophe (abbé 
Pêcheur, Annales du dioei\se de Soissons, t. H, p. 20H . 

4. En 1291, la connnuno autorisa le chapitre à clore le cloîlrc, « c'est a 
savoir de l'erete dou mur d'une maison cpii est le [)rouvost de ladite église, 
qui siet à la ruele de Janzy, droit au muret (fui fait closure au cymentiere 
d'icele église sanz passer outre le mur de la dite maison, et d'autre part la 
porte de l'opitail Sainl-Nicohis as clers, et de l'erete dou mur de la arête 
(sic) de la maison maistre Phelippe de Gournay, (pii est d'autre part la 
maison de maistre Gautier de la Fere, droit a un bonne i[ui est fichié en 
mi la voie, si comme on vient de devers l'église Noslre Dame as Nonnains 
de Soissons, et de ladite bonne, droit a un piler cpii est le disinu^s pilers de 
ladite église, en coulant et en commençant a contre les pilers d'icele 
église a renirée d'icelle église de Soissons par devers ledit cloistre » (Bib. 
Nat., Coll. D. (irenier, t. 281, n° 00). 

5. H. Martin et Lacroix, op. cit., t. II, [>. 118-1 11>. 

6. Dormay. o/). ci/., t. II, [). 218-222. 

7. Bib. Nat., Co//. /;. Grenier, \. 282, n" 09 : vidimus de Pierre li 
Jumiaus », garde de la baillie de Vermandois,d'un mandement de Philippe V, 
daté de Tours, 9 mai 1308, ordonnant aux baillis de Sentis et de Vermandois 



ÉYÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 39 

maison du cloître, dite <( maison de la chartre », c'est-à-dire de 
la prison. Le sous-prévôt laïque, qui rendait la justice au nom 
des chanoines, promulguait aussi ses sentences dans une maison 
près de la porte Saint-Christophe *. Cette organisation judiciaire, 
qui se doublait d'un système de juridictions foraines, subsista 
pendant tout le moyen âge et jusqu'à la fin dé l'ancien régime '*. 

Le monastère de Saint-Crépin-le-Grand, une des plus anciennes 
fondations de Soissons ^, après avoir été possédé, depuis Louis 
le Bègue, en 862 *, par des laïques •'», retourna, sans doute à par- 
tir du traité de Compiègne '\ à sa primitive destination : il est 
vrai qu'on ne sait rien du tout sur son histoire au début du 
XI® siècle, sauf les noms de cinq abbés, connus d'après un rôle 



de s'emparer des criminels et de les envoyer au Châtelet de Paris, 1308, 
18 mai (samedi après rAscension) (orig. sur parch., jadis scellé sur double 
queuej. 

1. Abbé Pêcheur, Ann, du dioc, de Soissons, t. II, p. 208. 

2. En fait, Henri IV n'y toucha pas, maljiifré l'institution à Soissons d'un 
bailliage et siège présidial (1595-1597). Cette justice eut plusieurs fois des 
contestations avec le prévôt de la ville et le lieutenant-général du bail- 
liage : les arrêts du Parlement de 1621, 1623, 1627, 1633 maintinrent le 
chapitre dans la possession de son droit de haute, moyenne, basse justice, 
civile et criminelle, sur toutes les parties de la ville indiquées dans la 
charte épiscopalede 1350 (Leroux, op. ci7., t. II, p. 229). Le chapitre avait 
la justice foraine d'Amblegny, Bucy, Taux, Tigny, Villemontoire, Chelles, 
Pasly; par lettres-patentes enregistrées au Parlement le 26 avril 1731, ces 
justices foraines furent réunies h la justice capitulaire de Soissons (Pêcheur, 
op. cit. y t. Il, p. 208). L'ensemble constitua la «(justice temporale du chapitre », 
qui comprenait un bailli général, un lieutenant gradué, un procureur fiscal, 
un greffier, deux huissiers (Leroux, op. cit., t. II, p. 238). Il y avait encore 
une justice, « l'ofGcialité du chapitre », organisée par les évêques Gui de 
la Charité, Simon de Bucy et Simon le Gras, pour régir les membres de la 
« matricule ». Le chapitre nommait les officiers de ces juridictions qui 
devaient, sous les mêmes peines cpie les chanoines, comparaître tous les 
ans au chapitre général de la Saint-Jean, et assister dans le chœur à cer- 
taines fêtes, en robe de palais, avec les mêmes rétributions que les cha- 
noines (Pêcheur, op. cit., t. Il, p. 208-209). 

3. AA. SS.j oct., t. XI, p. 506; t. IIÏ, p. 29; Grég. de Tours, Ilist. 
Franc, II, 14-16. Cf. Gall. Christ., t. IX, col. 395; D. Élie, t. l, f» 92 v» 
(Bibl. Nat. fr. 17776). — Sur la critique des reliques, v. Dormay, op. cit., 
t. I, p. 377. 

4. Ann. Berlin., a^ 862. Cf. D. Élie, op. cit., t. II, f 134 v^. 

5. Le comte Eiric, qui figure dans des diplômes de 877 et 886 (Gall. 
Christ., t. IX, col. 396) ; puis divers membres de la maison de Vermandois 
(voy. p. 14). 

6. Voy. p. 15. 



40 LA COMMUNE DE SOISSONS 

adressé aux chanoines de Saint-Etienne de Dijon, en 10«% K Dans 
la renaissance religieuse qui s'opère, l'abbaye, réparée à la suite 
d un incendie 2, commence à recouvrer les biens que les laïques 
lui avaient enlevés *^ et plus tard, Eudes, abbé jusque vers iil9, 
la fait rebâtir toute neuf*. Autour du monastère s'était créé, on 
Ta vu •^, un faubourg important, qui resta en dehors des fortifica- 
tions de la ville, et où il se constitua une vie économique auto- 
nome ^. Les maisons qui le formaient étaient « sub dominio et 
trefundo » de Tabbaye ', qui exerçait la haute justice dans tout 
le bourg. Dom Elie suppose que ce droit lui venait de l'immu- 
nité accordée en 898 par Charles le Simple ^ ; mais il paraît que 
ce qui pouvait subsister de cette immunité au xu® siècle s'étendait 
seulement aux limites mêmes du monastère ^. Néanmoins, comme 
les droits ont toujours tendance à se modifier, — surtout à s'éten- 
dre, — par la confusion inhérente aux transformations sociales, 
il est à croire que l'immunité carolingienne, s'ajoutant à la jus- 
tice domaniale de l'abbaye et au pouvoir défini des abbés laïques, 
a pu être la source des droits de justice de l'abbaye au moyen 
âge. Une charte de Tévêque Joslein^^ et une bulle de Gélestin III 



1. Gallia Christ., t. IX, col. 396. 

2. D. Élie, op. cit., t. II, f» 95 v» ; Gall. Christ., t. IX, col. 396. 

3. En 995, restitution opérée par le comte Gautier de Valois de divers 
biens qu'il avait enlevés à l'abbaye de même que son père, souscrite par 
les rois Hugues Gapet et Robert (Bib.Nat., Coll. D. Grenier, t. 233, f» 122 
et vo, d'après Torig. des arch. de Saint-Crépin ; Arch. Aisne, H 455, (°* 70 v*- 
72). 

4. Nicolas, Vila S. Godefridi, I, 24, dans Surius, Vitae SS., nov., t. VI. 

5. Voy. p. 4-5. 

6. Voy. p. 181. Il possède un four dépendant de Tabbaye (acte de sept. 
1267, Bib. Nat.. Coll. D. Grenier, t. 294. n» 82). Il s'y tient un marché 
spécial (Bulle de 1143. Voy. n. 9). 

7. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 294, n^ 59 (déc. 1260) ; ibid., n» 62 
(dimanche de la Trinité 1286). 

8. Op. cit., i. II, fo» 80 vo-81. 

9. Dans la confirmation des biens de Saint-Crépin par Gélestin III, en 
1143, il est dit : « ... prohibentesut nulla secularis persona infra procinctum 
vestri monaslerii ullam potestatem habeat, ne qualibet occasione quem- 
quam ibidem invadere sive bona vestra diripere vel auferre présumât », 
ce qui rappelle étrangement la formule d'immunité carolingienne (Bib. 
Nat., Coll. D. Grenier, t. 294, n° 41 [orig. sur parch., jadis scellé sur lacs 
de soie rouge]). Cf. la confirmation de Tévêque Joslein (Jacquemin, Annales 
de Joscelin de Vierzy, n*» CLV, p. 93-94). 

10. D. Élie, op. cU.,i. II, fo 81. 



liVÈUL'ES, COMTES ET JUHIUI 



i EœLÉSIASTlyUEî 



il 



en lli3' reconnureul et confirmèrent ces droits', auxquels 
s'ajoutait, daus l'intérieur même de SoIssoqs, la possession 
de 10 snus de revenus sur la Tour des Comtes. Maïs là, au 
moins depuis un accord de 1305, entre l'abbé de Saint-Crépin et 
le comte Hugues, c'est le comte qui avait la haute justice sur les 
hostises de Saint-Crépin, tandis que l'abbé avait le reste de In 
justice ■'. Quant au faubourg même, Robert de Condé. commis- 
saire du roi, reconnut, en septembre 133f, que Saint-Crépin v 
possédait la haute, moyenne et basse justice : les témoins appe- 
lés lui confirmèrent qu'ils avaient vu un meurtrier pendu, une 
voleuse enterrée vive par la justice de Saïnt-Crépin * ; mais elle 
s'étendait pres([ue jusqu'aux murs de la ville, car, en avril 1200, 
le comte de Soissons Raoul reconnut la légitimité de la possession 
par les religieux de Saint-Crépin des droits de justice sur les 
Fossés établis autour de leur pré, depuis leur vivier jusqu'à l'an- 
cien lit de la Crise '. La justice de Saint-Crépin s'exet\nit au 
moyen de maires, qui, depuis 1380, prirent le nom de baillis 'K 
Elle avait son siège, fi Soissons, dans le vestibule d'une maison 
nommée ■■ le Dauphin ''•• .Mais il est probable que les fourches 
patibulaires se trouvaient en dehors de la ville, auprès du monas- 
tère*. EndehorsdulwurgdeSaiot-Crépin, l'abbaye exerçait la jus- 
tice foraine sur un certain nombre de localités, Chemy, Cou- 
lombes. Celles dont la possession peut remonter au roî Clo- 



1. Voy. p. W, n. 9. 

2. Même buUc. 

3. D. Élie, op. cit., f 82 v'. Cet accor<I hit renouvelé en 1365 par Lonis 
de Ch&tillon.qiii déclara toutefois ne pouvoir rairc aucun njoumement dnnB 
les hogtiscs de SaÎDt-Crâpîn, soil dans la ville, soit dans le Taubourg <ld., 
iAtW., f° 83), 

4. Arch. Aisne, Il 135, f" 243-345. 

5. Arch. Aisne. H 455, f" 246 v"-2'i7 v". Cf. ilAd., f" 248 et V. I3t>2. 
NoSI : Mattiit'u de lloye, seigneur de Buzancy, reoonjiait les droits de 
justice de l'abbaye sur la l'ivière de Crise. 

6. D. Élie, o/i, eil , t. II, F" 84 et V, avec leur liste. Au ïïiu' siùtle, leurs 
gages s'élevaient â 1 livres iBib. Nat., fr. 11673, p. 23|. 

7. Id., ibid.. I. II. ^ 83 v° ; Dormay, IlUI. de Sohsons, t. Il, p. 10, 

8. .\rch. Aisue. I) 455, f" 230 v"-242 v», 1276 : sentence arbitrale de 
Gautier de Bouquenay et Jean de Thorotc, chanoines de Soissons, à propos 
d'un débat entre l'abbaye de Saint-Crépin et le sire Jean de Buiancy, 
recoonaïBsanl à l'abbaye le droit d'avoir des fourches patibulaires, après 
enquête ordonnée par le bailli de Verinandois. Cf. ibid., f" 262 v", l'acte de 
témoignage de tlues de Crotoy. 



42 LA COMMUNE DE SOISSONS 

taire I*^*" *, Pâmant et Vailly ^, finirent par s'affranchir 3. Elle 
avait reçu de Louis VI, puis de Louis VII, les droits de haute justice, 
de mainmorte et de formariage sur les hommes demeurant en 
dehors du château royal de Béthisy *. Acy et Venizel dépen- 
daient encore d'elle •'^. L'exercice de cette justice foraine amena 
entre Tabbaye et les vicomtes de Buzancy un certain nombre de 
contestations : vers H76, Guermondde Buzancy renonça à tous 
les droits judiciaires auxquels il pouvait prétendre ^. Autre pro- 
cès, en 1276, à propos de fourches patibulaires, avec Jean de 
Buzancy ^. Nouveau procès, vers 1384, entre l'abbaye et le 
vicomte : on n'a plus le texte du jugement ; mais, au début du 
xv*^ siècle, Jacquemar de Saint-Gilles, qui administrait la vicomte 
sous Gui de Roye, reconnaît que la justice du bourg de Saint- 
Crépin appartient à l'abbaye, et que le vicomte connaît seulement 
des mesures aux foires annuelles du dimanche avant la Pente- 
côte^. Un arrêt rendu en 1663 contre le dernier vicomte confir- 
mait entièrement les droits de justice de Saint-Crépin ^. 

L'abbaye de Saint-Médard, contemporaine sans doute de celle 
de Saint-Crépin *", fut entourée par les princes carolingiens, 
surtout par Louis le Pieux, d'une vive sollicitude ^\ jusqu'au 

1. D*uprès une « sclieda » qui se trouvait dans la châsse de saint Bandry, 
il aurait fait cette donation à Tabbaye en reconnaissance de la guérison de 
sa fille par les saints (D. Élie, op. cit.^ t. II, f" 8 v»). 

2. Bulle de Célestin III [Coll. D. (r renier, t. 294, n»» 41) : « Burgum videli- 
cèt Ipsum sancti Crispini cum liberlato et ceteris suispertinentiis Spamant, 
Vaisniacum, Cellas, (^olumpnas ». 

3. Voy. 3« partie, cha[)ilre I. 

4. A. Luchaire, Ann. de Louis VI, n» 019, p. 277 (enlre 1106 et 1137); 
Id., Et. Hurles actes de Louis VII, Calai., n^ 368, p. 219 (!•"• août 1156- 
30 mars 1157). 

5. Arch. Aisne, II 4*)5, f" 72 : vidimus du bailli du comte de Soissons, 
27 avril 1537, d'une charte de septembre 1365, par lacpielle Louis de 
(^hàtillon, comte de Blois et de Soissons, confirme aux relijçieux de Saint- 
Crépin les droits de justice et de seigneurie à Acy, V^enizel, Soissons, 
reconnus en partie par Hugues de Soissons, en juin 1305. 

6. D. Élie, op. cit., t. II. fo 81 v°. 

7. Voy. p. 41, n. 8. 

8. D. Élie, op. cit., t. II, f» 82. 

9. Ibid. 

10. Grégoire de Tours, Ilist. Franc, IV, 19, éd. Krusch, p. 156. Clotaire I*"* 
et Sigebert, son (ils, y furent enterrés. Sur Saint-Médard, cf. en dernier lieu 
J. Dauverné, L'ahb. de Saint-M<^dard de Soissons, des oritj. au XIV° siècle, 
dans Positions des thèses de l'École des Chartes, 1907, p. 56-69. 

11. Ann. Laurissenses,h 750,dansAf. G. //.,in-f°, >)S., t. l, p.i3S ; Einhardi 



ÉVÊQUES, COMTES ET JLKIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 43 

moment où rétablissement de Garloman, (ils de Charles le 
Chauve, comme abbé, en 866 ', y introduisit, pour cent vingt 
ans, des possesseurs laïques-. Après cette dure exploitation et les 
malheurs pires du x*^ siècle, elle reprit des forces sous Henri I®*" et 
Philippe I* ^, et fut, à partir de 1048, dans la maimbour du roi*. 
Ses propriétés étaient alors très vastes"^ ; sept abbayes dépen- 
daient d'elle dans différentes régions de la France ^ ; des pays les 
plus éloignés se dirigeaient vers Sain t-Médard des convois de mar- 
chandises '. Elle possédait, depuis Louis le Pieux, le monopole de 
la fabrication de la monnaie à Soissons^, et ce monopole lui 
avait certainement permis jusque là d'accumuler des richesses 
nombreuses. Elle avait plusieurs marchés, ceux de Retondes ^ 



Annales, à 750, ibid,, p. 139 ; Chron. de Novalaise, dans Duchesne, -SS., 
t. II. p. 229 (Cf. Lebcuf, Rec, d'écrits hist., Paris, 1730, in-8, t. I, p. 343- 
3t5|; H, F., t. VI, p. 661 (Cf. Odilon, Transi. S, Sehastiani, 26, dans Migne, 
P.L.,t. 132, col. 601, ou M. G, IL, SS., t.XV, p. 385). Pour le règne de Louis 
le Pieux, voy. p. 11, et les textes d'Odilon signalés dans V Introduction (Cf. 
Wandalbert, MartyroL, dans Poetae latini aeci carolini,éd. Traube, M. G. 
//.,in-4û, t. II, p. 579 . 

1. Gall. Christ., t. IX, col. 412. 

2. Charles le Chauve (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 233, f«» 49-50), 
Louis le Bègue (//. F., t. IX, n<* XXI, p. 416-417), Carloman, puis, sous 
Charles le Simple, le comte Aumar (Flodoard, Ilist. eccl. Rem., IV, 20, éd. 
Lejeune, t. II, p. 499-500). enfin la maison de Vermandois (Colliotte, Méni., 
t. I, p. 412 ; Coll. D. Grenier, i. 233, f» 80 ; Gall. Christ., t. IX, col. 413; 
DWrbois de Jubainville, Ilvit. des comtes de Champagne, t. 1, p. 154; 
Marlot, Ilist. metropol. /?c;/i., t. Il, p. 438 ; Hemeraeus, Augusta Viroman- 
duorum, Reg., p. 33) ; un vestige de la possession par cette dernière de 
Tabbaye de Sain t-Médard est le droit de gîle exigé de l'abbaye par les 
comtes de Champagne iD'Arbois de Jubainville, op. cit., t. IV, p. 621). 

3. En 1047, Henri le*" donne raison à l'abbé Renaud contre Robert de 
Choisy {H. F., t. XI, n<» XV, p. 580-582) ; en lOiS, il enlève à Etienne de 
Champagne l'avouerie de Saint-Médard (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 293, 
no 1 ; D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. I, P. J., n<» XLV, p. 483-484). 
En 1065, jugement de Philippe l**" contre le comte de Soissons et contre 
Aubry de Coucy (P. J., n° 11). 

4. V. la n. 3. Date inexacte dans Chron. Sancti Med. (Bib. Nat., lat. 
4998, fo 29 v°, 2« col.). 

5. Mabillon, Ann. ord. S. Bened., t 111, p. 307. 

6. Gall, Christ., t. IX, col. 405 ; cf. II. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, 
p. 311, n. 1. 

7. Je fais allusion particulièrement à ce que rapporte Odilon de l'abbé 
Guarimbert (Sermo I, dans Migne, P. L., t. 132, col. 632-633 ; cf. Vita 
S. Medardi, dans AA. SS., juin, t. II, p. 86). 

8. Voy. p. H, n. 6. 

9. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 233, fo 66 et v«. 



4i LA COMMUNE DE S01S80NS 

et de Cergy ^ ; elle cultivait avec la Flandre des relations 
commerciales assez étendues -, et c*est peut-être afin d'avoir 
dans cette région comme une sorte de succursale, qu'au milieu 
du xn® siècle elle essaya de soumettre à son obédience Tab- 
baye d'Oudenbourg, fondée par son ancien abbé, saint Amoul ^, 
Constituant ainsi un véritable centre économique, il n'est pas éton- 
nantquc l'abbaye de Saint-Médard, dont les bâtiments étaient par 
eux-mêmes assez considérables^, ait donné naissance à un bourg 
important entouré de murailles '^^ et exercé sur la rive droite de 
TAisnedes droits de justice fort étendus^, qui, au xvu*' siècle encore, 
étaientrespectésdanslefaubourg Saint-Médard, le faubourgannexe 
de Saint-Wast, à Crouy et dans quelques autres lieux ". Grâce 
k sa position en dehors de la ville de Soissons, elle put s'abstraire 
des querelles qui s'engagèrent entre la commune et les autres 
abbayes soissonnaises ^ : elle vécut, riche propriétaire, célèbre 
par ses a flans et ses miches ^», et la brutalité des communiers vint 
à peine un instant troubler sa quiétude. 

L'abbaye de femmes de Notre-Dame, dont l'origine est encore 
plus obscure que celle des deux précédentes *'\ n'apparaît en 

1. D'Arbois de Jubainville, op. cit. y t. I, p. 300, et P. J., n° CXXXII, 
p. 455. 

2. Voy. p. 77. 

3. Gesla Hariulphi^ abbatis S. Pétri Aldenburrjensis contra abbateni 
S. Modardi Suessionensis, éd. dans Chron. Aldcnbunjense maius^ éd. Van de 
Putle, Gand, 18i3, p. 5i-64, et Migne, P. L., t. 174, col. 1544-1554. Cf. F. 
Lot, éd. de Ilariiilph, Chron. CeFifulensc, dans Coll. de textes ^ Paris, 1894, 
in-8, p. IX, n. i ; Hist. litt., t. XII, p. 205. 

4. L'abbé Raoul procéda à sa réfection en 1108 (Gall. Christ., t. IX, 
col. 405). On constate dans le couvenl l'existence de deux églises, Sainte- 
Sophie (Odilon, Transi. S. Sebast.^c. 43, dans Migne, /*. L., t. 132, col. 616), 
desservie par 12 chanoines {Gall. Christ., t. IX, col. 406), et la Trinité (Bib. 
Nat., Coll. D. Grenier, t. 233, f^ 19 et v»). 

5. Voy. p. 5-6. 

6. Leroux, op. cit. y t. I, p. 367. 

7. Dormay, op. cit., t. II, p. 10. 

8. Avec les églises de Soissons, en revanche, Saint-Médard eut parfois de 
vives contestations : en 1215 avec le chapitre (Arch. nat., LL1021, p. 269- 
276); en 1190 avec Saint-Léger (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 111, f" 61); 
avec Saint-Crépin (D. Élie, op. cit., t. I, f*"» 215 v^-216; Bib. Nat., Coll. 
D. Grenier, t. 294, n»* 73, 66, 67, 68, 69) ; de même avec le comte, en 
1146 (//. F., t. XV, p. 436 ; Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. Hl,f<> 56). 

9. Gautier de Coincy, Miracles de N.-D., éd. Poquet, Prol., V, 19 sq., 
col. 146. 

10. A cette origine, il faut rapporter deux textes suspects, les Acta Sancti 
Drausii, dans AA. SS., mars, t. I, p. 408, et un prétendu diplôme mérovin- 



ÉVÊQLES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 45 

pleine lumière qu*à Tépoque carolingienne *. Un diplôme de 
Charles le Chauve, qui, dès 840, avait accordé à N.-D. Télection 
régulière de ses abbesses "^^ nous renseigne sur Timportance réelle 
de rabbaye,qui compte 216 nonnes, 40 servantes, 30 femmes tra- 
vaillant à l'atelier, et 130 serviteurs mâles (858) ^. Sans s'affaiblir, 
Tabbaye pouvait constituer de petites colonies : ainsi se fondèrent 
le monastère d'Hériwood, puis Notre-Dame-du-Pré, au Mans, enfin 
le prieuré d'Epargemail en Vermandois '». Dans le dernier tiers du 
IX® siècle, semble-t-il, il lui est adjoint une collégiale de prêtres •'•, 
qui prit le nom de Saint-Pierre-au-Parvis. En dehors de la basi- 
lique, on comptait, dans le monastère, deux autres églises, 
celle de Sainte-Geneviève, réservée aux religieuses malades, aux 
pauvres et aux étrangers ^, et celle delà Sainte-Croix, affectée 
aux sépultures des nonnes ^. Quant à la basilique du vu® siècle, 
il n'en reste absolument rien ; il est possible qu'il y ait eu un 
second édifice bâti entre ce siècle et le temps de la reconstruc- 
tion, en 1128^ ; de cette reconstruction, il subsiste fort peu de 



gien (Arch. Aisne, II 1508, f"* 240-241 v°, pub. par D. Germain, Pr., p. 421). 
Cf. D. Germain, Hisl. de N.-D. de Soissons, p. 3; Regnault, Abréfjâ, p. 46; 
Dovmay y Hisf. de Soissons^ t. I,p. 268; abbé Poquet, dans flii//. de Somo/i», 
185V, t. VIII, p. 194. Dormay, op. cit., p. 271, prétend avoir vu l'original 
du diplôme en question. 

1. Elle figure dans les actes du concile d'Aix-la-Chapelle de 817, parmi 
les quelques abbayes qui doivent fournir à l'empereur des troupes et des 
tributs {Capilul.y éd. Boretius-Krause, M. G. 11.^ in-4°, t. I, p. 350; (7a//. 
Christ, y t. IX, col. 4i3). Cf. aussi Paschase Radbert (Migne, P. L., t. 120, 
col. 1008-1048). 

2. Arch. Aisne, II 1508, f<* 242 v^. Éd. par D. Germain, op. cit., Pr., 
p. 427, et dans //. F., t. Vlll, p. 475. 

3. Texte dans D. Gillesson, Bib. Nal., fr. 18775, f"» 105-107 (cf. f« 104), 
Arch. Aisne, H 1508, ^'' 239-240, et M. Hegnault, Abrégé^ Pr., fo 3, D. Ger- 
main, op. cii., Pr., p. 429. Cf. Gallia Christ., t. IX, col. 442; abbé Po([uet, 
op. cit., p. 198. Dormay, ainsi que D. Gillesson, a vu l'original de 
cette charte, scellée d'un sceau d'or « en plaquart » [op. cit., t. I, p. 346) ; 
Ih date offre certaines difficultés sur lescpielies Dormay donne quelques 
éclaircissements heureux (//>«/., p. 346-347). 

4. Abbé Poquet, loc. cit., p. 204. 

5. Voy. p. 49-50. 

6. Abbé Po({uet, loc. cit., p. 234. On ne sait rien sur sa construction, ni 
sur sa durée. 

7. Id., ibid.y p. 235. 

8. Abbé Poquet, ihid., j). 208, et éd. de Gautier de (>)incy, Miracle» de 
N.-D.,^ p. 141, en n. 



46 LA COMMUNE DE SOISSONS 

chose *, car Ton procéda dans la deuxième moitié du xii® siècle 
à une réfection complète du monastère ^. A une époque indéter- 
minée, le monastère s'enrichit d'une nouvelle annexe : l'hospice 
Saint- Voué, avec écuries, grenier, basse-cour ^. Tous ces bâtiments 
formaient un ensemble imposant, qu'il convenait à un moment 
donné de délimiter par une clôture fortifiée : il est probable que 
ce n'est que peu à peu que des murailles s'élevèrent autour de 
l'abbaye, car nous ne voyons pas dans les textes Térection sou- 
daine de fortifications : en 1318 encore, le roi Philippe V permet- 
tait à l'abbesse de Notre-Dame de faire compléter la clôture des 
murs au moyen d'une tourelle '*. 

Le xn® siècle vit se renouveler la prospérité de Tabbaye 
diminuée par les exactions de la maison de Vermandois '\ 
En 1057, à la demande de Tabbesse Ermengarde, Tévêque de 
Soissons, Heddon, lui donnait les autels de Ghacrise, Grouy, 
Courmelles, Goloisy, Breuil et Nanteuil, et faisait confirmer 
cette concession par le roi Henri 1^*^ ^'. Quatre-vingt-dix ans après, 
l'abbesse \Iathilde rachetait de Gérard de Quierzy Tavouerie 
qu'il exerçait à Aizy, Pargny, Filain et Ghavonnes ". L'abbaye 
faisait même avec des régions assez lointaines un véritable com- 
merce ^. Néanmoins le monastère était loin de sa puissance 
ancienne: en illi), Louis VII dut réduire le nombre des reli- 
gieuses k quatre-vingt *•* ; le pape Alexandre III ^^, puis Philippe- 
Auguste *', confirmèrent cette décision. On vit même en 1201 le 

1. Abbé Poquet, dans Fiull. de Soissons, loc. cit., p. 220-220, et éd. de 
Gautier de (x)incy, p. 139, en n. 

2. Il reste encore une partie de ces édifices, restaurés au xvi* siècle 
(abbé Poquet, loc. cit., p. 237-238). 

3. Abbé Poquet, loc. cit., p. 237. 

4. Arch. Aisne, Il 1508, f^» 29i vo-295 (12 mai i3i8). 

5. Cf. un diplôme d'Hugues Capet et de Hobert le Pieux, de 99i> (D. Ger- 
main, op. cil., Pr., p. 435 430; //. F., t. X, p. 564). 

0. Bibl. Nat., fr. 18775, f» 108 ; D. Germain, op. cil., Pr., p. 436-437; //. 
F., t. XI, p. 503-59 V, n° xxvi. 

7. A. Luchaire, Elude sur les actes de Louis VII, Calai., n" 179, p. 157. 

8. Voy. p. 179-180. 

9. D. Germain, op cit., Pr., p. 441. Cf. Gallia Christ., t. IX, col. 444; 
Luchaire, op. cit., n® 685, p. 315. Je note cette pbrase caractéristique : 
... « cujus [l'abbaye] substantiam pro nimia multitudine monialium il)i 
receptarum pervilitari etindies singulos atlenuari videbamus. » 

10. D. Germain, op. cit., p. 441. 

11. D. Germain, op. cit., p. 442. Cf. L. Delisle, Calai, des actes de Philippe- 
Auguste, n° 9, p. 4. 



ÉVÊQUES, œMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 47 

pape Innocent III autoriser labbaye à ne payer que les dettes 
dont le capital avait été utilement employé *. N'empêche que 
Tabbaye de Notre-Dame, en possession de revenus fort impor- 
tants ^, centre économique autonome, pourvu d'organismes spé- 
ciaux 3, était encore au milieu du xiv® siècle une des plus riches 
de France *. 

Bien entendu, elle possédait à Soissons même des droits de 
justice fort importants, qui feront naître entre la commune et 
elle de graves contestations. Ces droits furent explicitement 
reconnus par Raoul de Soissons au mois d'avril 1233 ^. Malheu- 
reusement l'état des textes ne nous permet pas de délimiter bien 
exactement Tétenduede cette justice ^. La suppression des appels 
au delà de 8 jours, en 1395, devait fortifier ces droits de justice, 
exercés par un ensemble de baillis^ prévôts et sous-prévôts ^, 
et qui furent encore confirmés plus tard ^. 

Sur la colline au pied de laquelle s'étend Soissons, fut fondée, 
en 1076, par Hugues de Château-Thierry, l'abbaye de Saint- 
Jean-du-Mont, bientôt appelée Sain t-Jean-des -Vignes ^. Les 

1. Arch. Aisne, H 1508, f" 254 v". — Les principales confirmations 
pontiûcales des biens de l'abbaye sont d'Eugène IV (//>«>/., f° 244), Adrien II 
(fo 2^5), Nicolas IV (fo 253), Alexandre III (f«> 255), Alexandre IV (f« 256), 
Innocent III (fo259). 

2. Parmi ces revenus, notons ici le besant d'or du par le comte de 
Soissons (Arch. Aisne, H 1508, f° 276 \°) : un arrêt du Parlement du 
17 mai 1282 fixa la valeur de ce besant à 8 sous tournois (Boutaric, Actes, 
n« 2403, t. I, p. 230). 

3. Voy. p. 179-180. 

4. Voy. Bib. Nal., fr. 14444, petit volume de 14 feuillets : « ce sont les 
acquis que je. . . (sic) Ysabel de Chasteillon, abbesse de Nostre-Dame de 
Suessons, ai fais depuis que je fu abbesse, jusques a la Chandeleur de Tan 
de grâce, mil. ccc. quarante et six. >> Voy. particulièrement, f*>* 9-12 v°, l'état 
des joyaux de Tabbaye. 

5. D. Germain, op. cit., Pr., p. 449. 

6. Leroux, Hist. de Soissons^ t. 1, p. 367, prétend que la justice de N.-D. 
et de Saint-Pierre au Parvis s'élendait sur la Grande Rue à l'ouest, les 
rues de Montrevers et de la Bannière au nord, les murs de la ville au sud 
et à l'est. Ce n'est que très [)robable. 

7. Arch. nat., JJ 1V9, n« N^ XIX. 

8. Arrêts du Parlement de Paris, 27 nov. 1607 (Arch. Aisne, II 1508, 
fo» :î75 v«-376) et du Conseil privé, 5 sept. 1608 (Ibid.\ f«« 370-377). 

9. GalL (Christ., t. X, Instr., col. 97-98 ; Mgr Gousset, Acies, t. Il, 
p. 87; Legris, Chron. ahh. S. Joannis, p. 33-35; Bib. Nat., Coll. D. Gre- 
nier, t. 233, f«* 226-227. Cf. Regnnull, Abràgê, p. 91 ; Dormay, Hist. de 
Soissons, t. II, p. 36-43 ; Muldrac, Le Valois rotai, Paris, 1662, in-12, 
p. 68 ; Lefèvre-Pontalis, L'Architecture rel.'i t. I, p. 14. — Confirmation 



48 La commune bfe soisson^ 

hôtes qui vinrent cultiver les vignes de cette colline ne tardèrent 
pas à constituer un véritable faubourg K Les droits de justice de 
Tabbaye reposaient sur des textes bien définis. L'évêque de 
Soissons Hugues notifia en H 00 qu'elle pouvait les faire exercer 
par ses propres officiers, et que ces droits s'étendaient sur toutes 
ses terres et sur les chemins d'un côté depuis Panleu jusqu'à la 
croix qui se trouvait auprès de son pressoir de la route de Vau- 
buin, de lautre d'un saule planté route de Saint-Remi- jusqu'à 
un second pressoir proche la couture Saint- Jean •^. Lisiard de 
Grépy confirma les possessions de labbaye en IHO ^, en même 
temps, vraisemblablement, que Conon, évêque de Préneste et 
légat du Saint-Siège ^. Elle possédait dès lors à Soissons même 
l'église Saint-Remi et un four dit de la Porte de Tévêque, donné 
par le comte de Soissons, ainsi que la moitié d'un autre four situé 
rue de la Chaîne, et cédé à Tabbaye par Tévêque Lisiard ^. Avec 
ses fours, ses pressoirs, ses trois moulins sur la Crise ^, possédant 
la justice des mesures et le droit de rouage**, des terres mises en 
valeur par ses vignerons diligents, l'abbaye de Saint-Jean-des- 
Vignes constituait un organisme assez puissant. Elle fut assez 

royale : Regnault, Abrégé, Pr., f® 70-78 ; Lcgris, op. cit., p. 44-46; Gall. 
Christ. y t. X. Instr., col. 98-99; Bibl. Nat., Coll. D. Grenier, t. 233, f«>* 227 v»- 
229; D. Gillesson, Bib. Nat., fr. 18775, fo 138 et v^ (trad., f" i39. el v»). — 
Sur le nom primitif, cf. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 296, nM ; t. 234, 
fo 98 et vo. 

1. La colline et le faubourg ne furent compris dans le périmètre urbain 
qu'au wi^ siècle, avec les murailles élevées par Henri II en 1552 (Regnault, 
Abrégéy [). 91 ; Leroux, Hiat. de Soissons, t. II, p. 225). 

2. Arbre qu'un accord de 1334 appelle arbre des Saulnes (Bib. Soissons^ 
ms. 5, fo02). 

3. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, L 234, f» 32-35 v^ (Copie par D. Ch. Muley, 
d'après les arch. de la manse conventuelle de Saint-Jean-des-Vignes, 
lay. A). 

4. Ibid., f" 98 et v*» (armoire 1, boîte 1, liasse 1, n** 2). 

5. Ibid., t. 296, n° 1 (orig. sur parch.). 

6. A. Luchaire, A7. sur les actes de Louis VII, CntuL, n® 36, p. 110 111. 
Confirmation des biens par le roi. Cf. l'éd. du texte, ibid., p. 355-356. Le 
pape Innocent II procède à la confirmation la même année (Bib. Nat., Coll, 
D. Grenier, t. 296, n^ 7 [orig.| ; copie, ibid., t. 235, î"^ 126-127). 

7. Ce sont les moulins de Tousac, Gournai et Neuf-Moulin qui figurent 
déjà dans la confirmation de 1100 (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 234» 
f° 33). 

8. Reconnus dans la confirmation des biens de Tabbaye par Tévèque de 
Soissons Nivelon de Chérisy (1201) (Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 296, n» 18, 
orig. sur parch., jadis scellé sur double queue). 



ÉVÊQUES, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES 49 

riche pour posséder à Soissons un si grand nombre de biens- 
fonds, qu'il fut nécessaire, en 1302, de régler la situation juridique 
de ceux qui étaient sis dans le quartier du comte : le comte 
Hugues reconnut aux religieux de Saint-Jean la justice foncière 
des meubles et immeubles, mais se réserva la haute et moyenne 
justice et tous les droits caractéristiques du pouvoir comtal à 
Soissons, sesterage, tonlieu, avenage, criage, etc. K 

C'est la commune de Soissons qui créa le plus de difficultés à 
Texercice de la justice j>ar Tabbaye ^. Mais on voit pourtant, en 
1224 ou 1225, s'élever un procès entre l'abbé de Saint-Jean et 
le comte Raoul à ce sujet, à la suite de l'arrestation d'un crimi- 
nel par les agents du comte ; deux arbitres déclarèrent que les 
chanoines avaient toute justice depuis Panleu jusqu'à la Croix, 
et, de là, au pressoir de Tabbaye, depuis un saule de la rue 
Saint-Remi, jusqu'au saule du chemin de Vaubuin -K Avec les 
vicomtes devaient surgir des contestations touchant la justice 
des chemins : à la suite d'un procès en cour du roi à Pierre- 
fonds, Jean de Buzancy reconnut qu'il n'avait pas la justice sur 
le chemin de la porte de Panleu jusqu'au poncel de Fust-sur- 
Crise, et, en revenant sur Soissons, jusqu'à la porte de Soissons, 
dite de la rue des Moulins, avec les chemins transversaux (sentence 
du 8 octobre 1283) *. Les religieux de Saint-Jean-des- Vignes veil- 
laient ainsi de très près au maintien de leurs droits : en février 
1297, ils avaient obtenu de Gui, évéque de Soissons, la remise 
de trois gîtes qu'ils lui devaient ^. Au milieu du xiv* siècle, un 
long accord avec l'abbaye de Longpont définit à nouveau l'éten- 
due de leur justice, dont les limites n'avaient pas sensiblement 
changé ^. 

En dehors des grandes abbayes et du chapitre cathédral, il 
existe encore à Soissons d'autres juridictions ecclésiastiques, 
auxquelles il convient de consacrer quelques lignes. 

L'une des plus anciennes est celle de Saint-Pierre-au-Parvis. 

1. Bib. Nat.. ColL D. Grenier, t. 230, f* 12-13 v*. Éd. défectueuse de 
M. Regnaull, Abrégé, Fr., fo 23. 

2. Voy. p. 153 en particulier. 

3. Dormay. op. cil,, t. II, p. 203. 

4. CartuL de Sainl-Jean, Bib. Soissons, ras. 5, f* 192 et v<>. 

5. Ibid,, M94 v» 196. 

6. Ibid., £«»• 61 v»-65. Acte de 1334, « le venrredy après feste N.-Dame en 
mars» (rAnnonciation — 25 mars). 

BouRoiif. — Histoire de la commune de Soissons. 4 



50 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Comme pour les abbayes de Chelles, de Jouarre *, de Faremou- 
tiers, il fut nécessaire d'établir auprès de Tabbaye de femmes 
deN.-D. un chapitre de desservants chargés d'exercer le minis- 
tère ecclésiastique. Il est probable que ce furent des moines qui 
y furent placés. En tout cas, dès la fin du ix® siècle, ils furent 
remplacés par des chanoines ; ceux-ci auraient été introduits 
et organisés par Charles le Chauve vers 872 ^ : ils ne devaient 
pas dépasser le nombre de 25 ; on leur accordait pour leur 
subsistance la villa de Choa et toute la dîme de Pargny ; 
leur consommation de vin et de cervoise était réglée en détail. 
Leur cloître devait être tout proche de Tabbaye de N.-D., dont 
les restes sont séparés de la vieille église Saint-Pierre seulement 
par une place. Ce cloître fut incendié au début du x® siècle : les 
chanoines menacèrent d'abandonner Soissons et leur ministère, si 
on ne leur accordait pas en toute propriété le sol sur lequel ils 
devaient réédifier leurs maisons : l'abbesse Berte dut en passer par 
là, et leur accorder 13 aires et les édifices existant; le roi Raoul^ 
en confirmant, en 934, cette concession, accorda au cloître l'im- 
munité -^ Est-ce à ce moment que fut refaite la collégiale, c'est ce 
qu'on ne peut dire, car ce qui en reste actuellement, à savoir la 
façade et une partie de la nef, mal conservée, ne remonte qu'au 
xii^ siècle ^. 

Les chanoines de Saint-Pierre se montrèrent souvent désobéis- 
sants à Tégard des abbesses de N.-D. Au xi*" siècle, éclata un grand 
conflit entre N.-D. et Saint-Pierre, à propos de la création d'une 
nouvelle prébende en faveur du prêtre Ernaud : ils finirent par 
revenir à résipiscence '\ et, quelque temps après même, le pape 
Lucien III défendit aux chanoines de posséder d'autres bénéfices 
que leur prébende (1181) ^ ; puis il interdit à l'abbesse de pro- 
mettre les canonicats avant que leurs possesseurs ne fussent 



\. La tradition veut même que la première abbesse de N.-D. soit venue de 
Jouarre. 

2. D. Germain, Ilist. de N.-D., Pr.. p. 434-435; H. F., t. VIII, p. 641-642. 
Ce diplôme se présente mal diplomatiquement : mais le fond en semble être 
bon. 

3. H. F., t. IX, p. .".67-580, no XIX. 

4. Abbé Poquet, dans Bull, de Soissons, 1854, t. VIII, p. 230-233. 

5. D. Germain, op, cit., Pr., p. 440-441 : bulle d'Alexandre III. 

6. Id., ibid., p. 442. Interdiction semblable d'Urbain IV en 1264 [ibid.y 
p. 462-463). 



fiVÉQUEa, UJIITES ET JimiDICIIONS KCCLÉSIASTIQUEB 51 

décédés '. Toutes ces contestations se trouvèrent réglées, au 
moins pour l'avenir, dans le concordat passé en janvier 1247 
entre l'abbaye et la collégiale, touchant les services que les cha- 
noines devaient rendre dans l'abbaye*. 

Les abbesses de N . -D. ne semblent jamais avoir tenté d'empiéter 
sur la justice de la collégiale, qui fut confirmée en ItS^ par le 
pape Alexandre 111 ", et reconnue par le Parlement en 1203 '. En 
dehors de la commune, c'est avec les comtes que Siiint-Pierre 
eut le plus de difiicultés. A propos de certaines justices foraines, 
le comte Raoul avait cherché noise au chapitre au milieu du 
xiii' siècle -', Mais pour Soissons, c'est un accord de 1301 ^ qui 
régla les droits respectifs du chapitre et du comte ' ; le comte 
Hugues reconnut que le cloître, depuis la porte Saint- Voué jus- 
qu'au marché aux lapins pri>s de l'abbaye, puis, en passant 
derrière la cathédrale jusqu'à la Grande Hue, était exempt de la 
justice comtale: mais il était convenu qu'en cas de condamna- 
tion à mort par les ofliciers du chapitre, le condamné devait être 
livré tout nu au milieu de la chaussée de la Grande Hue, pour 
être exécuté par les gens du comte ; de plus, les chanoines 
devaient laisser s'établir devant leur église un marché aux fro- 
mages et aux volailles, et reconnaître la justice tréfoncière du 
comte sur buit ou neuf maisons procbes l'hAtellerie de Saint- 

1. D. Germain, op, cil-, p. 4i3. C'est une torme de prAce expci'lative. 

a. - He BUDt conBuetudines q| JapiunI canoDÎcisanctt Pétri îii monas- 

terio ïirginis Marie ad maniâtes -, Bib. Nal,, Coll. U. Grenier, l, 295, n" 10. 
Cf. D. Germain, op. cit.. Pc, \>. 453-462. — Néanmoins ÎI y eul entre les 
deux établissements quelques autres difHcultés : en I3TT, Jean l'Huissier, 
doyen de Saint-Pierre, qui prétendait être le curé des religieuses de N.-D,, 
dut faire de ses prétentions une réparation d'honneur (D. Germain, a;», cit., 
Pr., p. 470-474). Et Ton voit encore en 1075 l'official de Reims rendre son 
jugement contre les chanoines de Saint-Pierre en faveur des religieuses de 
N.-D. [Id., ibid., p. 47-7-480|. 

3. Aroh. Aisne, G 1)79, pièce unique, non cotée, sur parcbemin. Cette 
bulle n'est pas signalée dans JalTé, Reg, ponli/icum. 

4. L. Deliste, BfUil. d'un vol. des Olim, n° UOJ, danaBoutBric,.-lcffi, I. I, 
p. 403; cf. n° 667, t. I, p. 410, et Acfn. n° 817. t. I. p. 74. 

ri. Arch.aat..JJ 30*. (<> 193 v°, n" CCCXX. enquiïle. non datée (comprise 
entre deux actes de 12S9 et 1261), de Jean >■ de Ulliaco >, clerc du roi, et 
Mathieu de Beaune, chevalier. 

6. Rousseau-Desfontaines, t. II, 2' partie, p. 22-23 |Bib. Soissons, ms. 
231], donne h tort ta date de 1303. 

7. Charte* concernant Soinont, d'ail. PUit nt. de» litre» de la Trétorerie 
de» Ch. de Hainaiit à Mon»..., dans Bull, de SoUioni, 1898, 3' série, t. MIL 
p. ia6<137. 



52 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Gervais. En dehors du cloître, le chapitre de Saint-Pierre exer- 
çait encore la justice rue de la Fourberie et depuis la Tour de 
Gontreval jusqu'au port des Poissons ; au xvii* siècle, tous ses 
droits juridictionnels subsistaient, et étaient exercés au moyen 
de baillis K 

A Touest de la ville, dans la plaine de Chaie ^ s'élevait Tab- 
baye de Saint-Crépin-en-Chaie, qui remontait peut-être à une 
église ancienne •^. Quoi qu'il en soit, vers 1131 ^, ou un peu plus 
tard '\ un certain Giard donna sa maison pour bâtir le couvent, 
auquel un autre personnage, nommé Jacques, accorda quelques 
terres à Pasly ^; puis ce fut le comte de Soissons, le malheureux 
« mézel », qui dota la nouvelle abbaye de terres à Margival et 
ailleurs ^. L'abbaye, dont la fondation, malgré tout, reste enve- 
loppée d'une certaine obscurité ^, reçut bien vite de la papauté 
des bulles confirmatives en 1142 d'Innocent III, en 1145 d'Eu- 
gène III, en 1181 de Lucius III, en 1177 d'Alexandre III ^. Mais 
la justice de Saint-Crépin-en-Chaie resta forcément extérieure 
à la ville de Soissons : il en dépendait toutefois la porte Bérard. 
Elle siégea d^abord rue Bauton ; au xvu® siècle, l'hôtel sei- 
gneurial, où l'on tenait les plaids ordinaires de l'abbaye et où 
l'on percevait les cens, se trouvait dans la rue des Lombards, 
dite aussi du coq Lombart, « devant la cloche tondue »*^. L'ab- 
baye possédait encore, à la fin du xvm® siècle, les droits de jus- 
tice haute, moyenne etbasse^*. 



1. Dorniay, Illst. de Soissons, t. II, p. 10. 

2. Sur les légendes hagiographiques en rapport avec ce lieu, cf. Regnault, 
Abrégé, p. 13 ; D. Grenier, Introd. à rhist. gén., p. 102-103 ; Rousseau- 
Desfontaines, t. I, 2« partie, p. 84; Cabaret, t. II, p. 15 (Bib. Soissons, 
ms. 225). 

3. Voir l'analyse, obscure, d'un acte de 1073 dans Dormay, op. cit., t. II, 
p. 198. 

4. H. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, p. 509. 

5. Dormay, op. cil., donne les dates de 1135, 1135 et 1138; Rousseau- 
Desfontaines, op. cit., celle de 1139. 

6. Dormay, op. cit., p. 109. 

7. H. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, p. 509. 

8. D. Cafïiaux, Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 64, f» 99 v», parle d'André 
Walet, notaire au bourg de Crise, comme « disant avoir autrefois copié la 
lettre de ladite fondation ». 

9. Bib. Nat., Coll. Decamps, t. 103, f» 192. 

lO.Arch. Aisne, H 1263, f» 106 (anc. p. 173) et 107 v» (196). 
U.Arch. Aisne, H 1265, non coté : relevé de 1776. 



ÉVÊQUE8, COMTES ET JURIDICHONS ECCLÉSIASTIQUES 53 

Plus proche de la ville s'éleva Tabbaye de Saint-Léger. Au 
XI* siècle, existait déjà une ancienne église dédiée à saint Léger, 
évêque d'Autun, dont la mère, Sigrade, mourut au couvent de 
Notre-Dame de Soissons ; elle était en dehors des murs, non loin 
de la Tour des Comtes, et avait donné naissance à un faubourg, 
qui se développa après sa transformation en monastère ^ ; de cet 
édifice, il ne subsiste que certaines parties de la crypte ^. Cette 
église était occupée par un des prêtres cardinaux de Soissons, 
et une collégiale de prêtres séculiers, dont Tun possédait le béné- 
fice de Téglise, aujourd'hui disparue, du village de Chavigny, 
entre Longpont et Montgobert. Les comtes de Soissons la 
tenaient en bénéfice, ils en avaient le revenu, sauf à y entretenir 
le service canonial et paroissial ^. Le pieux Joslein devait voir 
d'un mauvais œil cet état de choses, et il demanda à Renaud le 
Lépreux d'abandonner ses droits sur Saint-Léger*. Joslein, d'ac- 
cord avec le comte, fit venir alors de Tabbaye d'Arrouaise près 
Bapaume, chef d'ordre de vingt-huit monastères, un abbé du 
nom de Pierre et trois religieux. Le jour de Pâques il 39, en pré- 
sence du clergé et du peuple, Renaud se dessaisit de l'autel de 
Saint-Léger, et pria Joslein d'octroyer la paroisse aux clercs 
réguliers de Saint-Augustin, gratifiant la nouvelle communauté 
de dîmes en blé et en vin à Bucy, Saint-Martin, Amblegny, etc., 
d'une vigne et de deux muids de sel k prendre annuellement au 
grenier public du comté '\ Treize ans plus tard, la paroisse de 
Saint-Léger était transportée dans la ville : l'évêque Joslein lui 
avait accordé un terrain que la commune de Soissons avait essayé 
de s'approprier ^ ; ce fut son successeur, Arnoul de Pierrefonds, 
qui procéda à la dédicace de la nouvelle église ", qui, à travers 



1. Abbé Pêcheur, Préf. au Cartulaire de Saint-Lé(/er, p. 4-5. 

2. E. Lefèvre-Ponlalis, L'architecture religieuse, t. II, p. 39. 

3. Abbé Pêcheur, op. cit. y p. T». — Sur l'existence d'un chapitre à Saint- 
Léger, V. Dormay, op. c//., t. II, p. H3. Cf. Rituale^ p. 5. 

4. Décamp, dans Bull, de Soissons^ 1848, t. II, p. 14. 

5. Dormay, op. cit., t. II, p. 111 ; Décamp, loc. cit., p. 14; H. Martin et 
Lacroix, op. cit., t. I, p. 510. — On trouvera le texte de la charte de 
fondation dans Regnault, Abrégé, Pr., f«* 10-11 ; Gallia Christ., t. X, Instr., 
col. U3-114 ; abbé Pêcheur, Cart. de Saint-Léger, n^ 11, p. 17-20. Cf Jac- 
quelin, Annales de Joscelin de Vierzi, n°* CI, p. 63, et CIV, p. 65. 

6. Décamp, loc. cit., p. 15. 

7. Dormay, op. cit., t. II, p. 113. 



54 LA COMMUNE DE SOISSONS 

bien des vicissitudes, devait en partie parvenir jusqu'à nous *. 
L'existence de ce monastère fut fort calme. Il avait les comtes 
de Soissons comme protecteurs. Yves de Nesle confirma sa 
fondation en 1151 ^, Le comte Raoul donna aux augustiniens de 
Saint-Léger la chapelle comtale instituée dans la Tour des 
Comtes, et, jusque-là, desservie par un prêtre ^. La justice de 
Saint-Léger s'étendait seulement sur le faubourg de ce nom, 
aujourd'hui disparu^, et c'est à peine si, dans l'histoire peu mou- 
vementée de l'abbaye, on peut noter un conflit sérieux avec 
l'évêque Hugues de Champfleury, de date indéterminée ^, 

A l'évêque Joslein remonte la création de la collégiale de Saint- 
Wast (H27), sur la rive droite de l'Aisne^, à laquelle, en H77, 
Louis VII fît une donation d'un muid de froment et de deux 
muids de vin par an ". Située tout à côté de l'abbaye de Saint- 
Médard ^, elle ne semble pas avoir exercé de droits de justice ®. 

Saint- Wast, comme Notre-Dame-des- Vignes, faisait partie de 
la communauté des cardinaux de Soissons. Notre-Dame-des - 
Vignes remonte seulement à H 89 *o. Elle a disparu au 
XVI* siècle ^K 

On ne sait à peu près rien sur les autres curés de la commu- 
nauté^^. A propos de Saint-Remi, Cabaret nous apprend que cette 
église fut englobée au xv* siècle dans les fortifications de la ville, 



1. Abbé Pêcheur, CariuL, Préf., p. 6. Cf. la description de Décamp, loc, 
ci7., p. 20 sq., et de E. Lefèvre-Poutalis, op. cil.^ l. I, p. 38-39 (crypte). 

2. Bib. Nat., ColL D. Grenier^ t. 293, n° 5 (chirogr. orig., sceau disparu). 
Non en 1161 comme dit Décamp, loc cit., p. 15 (ne figure pas dans le Car- 
tu taire). 

3. Bib. Nat., Coii. D. Grenier, t. 246, f« 66. 

4. H. Martin et Lacroix, Hist. de Soissons, t. I, p. 510. 

5. H. F., t. XVI, p. 208 B. 

6. E. Lefèvre-Ponlalie, Varchit. retig., t. I, p. 16. 

7. M. Regnault, op. cit., p. 107. 

8. Hituale, p. 154. 

9. Il est vrai que son histoire est mal connue, les textes qui la con- 
cernent, aux Archives de l'Aisne, ne datant que du xvi* siècle. 

10. Michaux, dans Bull, de Soissons, 1892, 3« série, t. II, p. 105 117. 

11. Bull, de Soissons, 1892, 3« série, t. III, p. 70-72, et H. Martinet 
Lacroix, op. cit., t. I, p. 341 et n. 1. 

12. Saint-Pierre-à-la-Chaux a été démoli en 1550, et Saint-Martin en 1567. 
On ne sait rien du tout sur ces paroisses (H. Martin et Lacroix, op. cit., 1. 1, 
p. 349 et 350). 



ÉVÊQUE8, COMTES ET JURIDICTIONS ECCLÉSIASTIQUES OO 

et il dit même qu'en 1755 il y put entrer, et y voir le chœur, 
l'autel et les fonts baptismaux, fort bien conservés K 

Pas plus que ces différentes cures, les Franciscains, qui s'éta- 
blirent en 1235 à Soissons^, n'avaient de droits juridictionnels. 
Au contraire, les Templiers, qui possédaient une maison à Mau- 
pas, avaient dans la ville plusieurs maisons sises rues Saint- 
Nicolas et de rÉchelle du Temple '^ : cette dernière dénomination 
nous fait croire qu'ils avaient érigé une échelle patibulaire, sym- 
bole de leurs droits de justice, sur l'étendue desquels nous ne savons 
rien. Les Templiers étaient fort aimés à Soissons, et, à l'annonce 
de l'échange conclu par eux de leur maison de Maupas avec le 
comte de Mâcon, la commune de Soissons se joignit aux établis- 
sement ecclésiastiques de la ville pour demander au roi d'empê- 
cher l'exécution du contrat ^. 

Enfin, hors de la ville, existait une abbaye de femmes, Saint- 
Etienne. En 634, l'évêque Saint-Anséry y aurait installé des 
chanoines séculiers, qui y restèrent jusqu'en 1200; alors Nive- 
lon de Chérizy y mit des chanoines réguliers de Saint-Augus- 
tin ^, et ce n'est qu'en 1228 que Jacques de Bazoches les remplaça 
par des sœurs augustines ^. L'église, qui se trouvait du côté de 
Cuffies ^, donna naissance à un très petit faubourg, dit tout bonne- 
ment faubourg de Soissons ^. Les Augustines y restèrent jus- 
qu'en 1617, puis échangèrent Saint-Etienné avec le prieuré de 
Saint-Paul-du-Val-des-Ecoliers, à Reims ; elles réintégrèrent 
Saint-Etienne un peu plus tard ^. Il n'apparaît point dans les 
textes que cette abbaye ait exercé des droits de justice. 



♦ ♦ 



Ainsi, à part ces dernières fondajtions religieuses, les établis- 
sements ecclésiastiques de Soissons constituaient autant de sei- 

1. T. I, p. 80 (Bib. Soissons, ms. 2r)5). 

2. Leroux, Hist, de Soissons, t. II, p. 215. 

3. H. Martin et Lacroix, Hist. de Soissons, t. I, p. 494 ; Pêcheur, Ann, du 
dioc. de Soissons, t. II, p. 209. 

4. Arch. Aisne, 11 1508, f" 319. 

5. M. Regnault, op, cit., p. 43. 

6. Mgr Gousset, Actes, t. II, p. 354-355. Cf. Gallia Christ., t. X, Instr. 
col. 58. 

7. H. Martin et Lacroix, Histoire de Soissons, t II, p. 44. 

8. Bib.Nat.,Co//. Z>. Grenier, t. 293, n*» 37 (orig. sur parch.), acte de 1232. 

9. M. Regnault, op, cit., p. 44-45. 



56 LA COMMUNE DE SOISSONS 

gneuries pourvues de droits juridictionnels, autant de petits 
centres économiques autonomes. La création d une commune, 
instituant un droit nouveau et organisant un groupement parti- 
culier d'hommes que leurs intérêts propres opposaient à ces éta- 
blissements, devait singulièrement troubler tout le système judi- 
ciaire ancien. C'est en effet autour de la question des droits de 
justice qu'entre les églises soissonnaises et la commune naîtront 
ces âpres débats, d'où celle-ci sortira ruinée. Les domaines judi- 
ciaires de chacun des grands établissements de Soissons, — S^int- 
Crépin, Notre-Dame, Saint-Médard, Saint-Jean, le chapitre 
surtout, — étaient sans doute délimités, mais avec la seule préci- 
sion que comporte la tradition. Tout un système compliqué de 
bornes déterminait l'étendue des dîmes respectives, comme 
l'espace de circulation réservé aux lépreux ^ ; des bornes n'au- 
raient point arrêté l'ardeur libératrice de la commune soisson- 
naise, mal contenue par les défenses traditionnelles, et que la 
rénovation politique opérée dans les murs de Soissons, comme 
le développement économique de la ville, armaient à la fois contre 
les barrières anciennes des immunités et l'anarchie régressive des 
seigneuries semblables et opposées. 

1. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 281, n^ 31. 



/ 



CHAPITRE II 

CAUSES ET ORIGLNE DE LA COMMUNE DE SOISSONS 

C'est aux ix® et x*' siècles que s'opère la désagrégation des élé- 
ments sociaux dans la France carolingienne. De même que dans 
les campagnes s'organisent de petits états locaux, dominés par 
le chef de guerre de la région, il est loisible de supposer qu'au 
même temps, dans les villes, sortant de la léthargie de l'époque 
précédente, se font des essais de vie proprement municipale. Il 
importe de suppléer dans une certaine mesure au silence des 
textes, si l'on ne veut pas supposer que le mouvement urbain 
jaillisse tout d'un coup : si ce mouvement est révolutionnaire, 
il faut bien admettre que la révolution fût préparée par un 
ensemble de circonstances analysables. Pour Soissons, ce n'est 
pas brutalement ques^installa la commune du xii^ siècle; on peut 
voir que c'est par un processus lent, par l'effet de causes diverses, 
locales et générales, qu'elle devint possible à une époque déter- 
minée. 

Nous n'avons, à proprement parler, aucun renseignement sur 
l'oi^anisation municipale romaine de Soissons, et on ne peut que 
lui appliquer ce que nous savons des autres cités gallo-romaines'. 
Que ce régime ait subsisté dans son ensemble, c'est ce qu'en 
dépit des efforts des romanistes ^ il est impossible d'admettre. 
Et pourtant on a affirmé que, vers la fin du vu® siècle, il exis- 
tait une curie à Soissons -^ et Ton a supposé qu'en Picardie le 
mouvement de liberté urbaine du xu^ siècle n'a été qu'un 

1. E. Glasson, Hisf. du droit et de» instit. de la France j t. I (1887), 
p. 300-307 ; — O. Seeck, Die Selbstverwaltung der Stâdte ini Rôrnerreiche, 
dans la Deutsche Rundschau^ 1901, cah. 11 et 12. 

2. E. Glasson, op. cit., t. Il (1888), p. 381 sqq. — Contra, J. Flach, Les 
origines de Fancienne France, t. II, p. 227 sqq. 

3. Béchard, Droit municipal au moyen âge, t. Il, p. 387 : « Soissons, vers 
la fin du VII"* siècle, au temps d'Ebroïn, maire du palais, conservait sa curie, 
puisque Thagiographe d'un cvèque de ce temps raconte qu'il convoqua les 
anciens et les chefs du peuple [seniores et plebiHcitoH)^ par les conseils et 
la sagesse desquels il avait coutume de traiter toutes les grandes affaires et 
de juger toutes les causes ». 



S8 LA COMMUNE DE S0IS80NS 

(( brusque retour aux droits municipaux institués par les 
Romains ))L Sans doute, dans les Acta sancti Drausii -, on voit 
qu au temps de Tévêque Bettolenus il y a des seniores^ des pie- 
biscili ; mais ce texte n'a été vraisemblablement rédigé qu'au 
x*' siècle ''\ el ne peut valoir pour le vu**, et, de plus, il ne concerne 
qu'une élection épiscopale. 

A vrai dire, on peut admettre, — et on Ta dit, ^ — que toute la 
vie politique s'était concentrée autour de ces élections. Dans la 
deuxième moitié du ix® siècle, le rôle du peuple était assez cer- 
tain pour qu'à la suite de la déposition de Rothade et de l'élection 
par les évêques d'Engelmod ^, il se mutinât en faveur du pre- 
mier, et vînt à grands cris demander, aux portes deSaint-Médard, 
le rétablissement de Rothade : l'évêque de Châlons ne put, ni 
par violence, ni par menaces, étouffer ces cris ^, Aussi bien 
c'était à la fois « ad clerum et plebem » qu'Hincmar adressait 
ses plaidoyers et ses lettres '^. 

Il est à croire que le développement de la puissance politique 
de l'évêque de Soissons au x^ siècle ^ limita de plus en plus ce 
pouvoir du peuple dans les élections, dont la disparition est cons- 
tatée et légitimée au xii® siècle '♦. Les Acta sancti Drausii^ écrits 

1. Lami, Résumé de r histoire de la Picardie, p. 90. 

2. A A. SS., rnai-s, t. I, c. I, p. 407. Bettolenus a acquis Tépiscopat, après 
la mort d'Anséry, à prix d'argent. Il a des remords, el veut quitter ses 
fonctions : ... « convocat ergo seniores et plebiscitos, quorum consilio et 
actu solitus erat de majoribus aliquid agere, vel dijudicare omnimodis 
rébus» (cf. p. 56, n. 3) ; c'est alors qu'est élu Drausin et que Bettolenus se 
retire dans un monastère. 

3. Ilisi. lia, de la France, t. VI ^1732), p. 330-331. 

4. P. Viollet, Hisl. des inslit., t. I, Paris, 1890, in-8, p. 411-412. 

5. Imbart de la Tour, Les élections épiscopales, p. 4. 

6. Libellas proclamationis Bothadi, dans Labbe,Conc., t. VIII, p. 788. Cf. 
Devérité, Essai sur Vhistoire générale de Picardie^ t. I, p. 204; abbé Fleury, 
Hist. ecclés», t. XI, p. 45. 

7. Migne, P, L., t, 126, col. 258,269, 271. Ilincmar a même pour ainsi dire 
donné le programme complet d'une élection, où prennent part clergé, 
nobles et cives (Baluze, CapituL, t. II, p. 595. — Cf. Déy, Étude hist, sur 
V établissement des communes au XII^ siècle dans la province ecclésiastique de 
Reims, Reims, 1873, in-8, p. 25). 

8. Voy. p. 17 sqq. 

9. Fr. V. Schulte, Die Summa des Stephanus Tornacensis ilber das Decre- 
tum Gratiani, p. 89; Ilinschius, Kirchenrecht, t. II, p. 603, n. 3. — Cf. 
R. V. Wretschko, Die electio communis bei den kirchlichen Wahlen im 
Mittelaller, dans Deutsche Qlt.f. Kirchenrecht, t. XI, 3, p. 321-392. Toutefois, 
au xi« siècle encore, on voit encore à Sens, au moins dans les formules, 



CAi:.SES ET OKIGINE DE LA ilOMMUNE DE 8018SON8 OH 

au cours du x* siècle, mentionnent, pour ainsi dire comme une 
exception, la part prise par K- peuple k l'élection de SEiint Drau- 
sin ; et que le fait soJt exact ou non, il est sur que ce passage 
éclaire dans une certaine mesure l'histoire des élections épisco- 
pales à Solssons '. Néanmoins il est possible que, comme à 
Reimsetà Laon -.l'ancien corps électoral populaire formât encore 
à Soissons un groupe puissant. 

D'autre part, malgré l'airaiblissement du pouvoir monarchique 
aux x'-xi'' siècles, la royauté a maintenu son droit de désigna- 
tion pour les sièges de Noyon, Laon, Scnlis, Beauvais, Châlons, 
Térouanne, Amiens et Soi.isons ■', et ce droit se consolidera si 
hien, en dépit des eiïorts de la réfofrme clunisienne et grégo- 
rienne, qa'k partir du xiu' siècle, pour cette province ecclésias- 
tique comme pour les autres, on peut dire que le roi et le pape 
sont devenus H les véritables mailres de l'élection » *. 

La disparition de l'élémenl jmpulaire et le développement de 
la puissance royale ressortent assez de l'histoire de saint Amoul. 
A la mort de l'évéque Tbibaud de Pierrefonds, vers 1077 ^, 
Philippe I" donna le siège, sans élection canonique d'aucune 
sorte, à Ursion, frère de son sénéchal Gervais. Grégoire Vil 
enjoignit alors k son légat Hugues, évêque de Die. d'assembler 
un concile pour juger Ursion ; mais le roi ne voulut pas qu'il se 
réunit sur son domaine ; il eut donc lieu à Meaux, sur les terres 
du comte de Champagne(108l) ''. Ursion fut condamné par con- 

l'avchevêque élu » (.-um coiiseiisu et voluntate illius [un tei] rcg-Js inclyti 
Frnncorum, compi'ovinciallumiftie t^piacoporuni et procerum, nblintum<(ue 
et dericuniiu. necuon utriusque seïus Bdelîum » (Odoraainus, Electîo ffiit- 
eci/Ni/i(, dans nbbé X)\iTM,BibLhi»l.ile ^Konn?, Opuaculum VIII, t. Il, p. 422- 



i. Cap. r, AA. S.S.. 
persévérât) tem Dei acrvum, unanimi 
sibi dari et ordinari {^piscopum sancti 
vol eolummodo Procerum erat nobilîun 
mediocriutn et |>auperum, alque peDe 



407 : " itaque vîdeiitea iu Uli voto 

lis vocibus exclamaut et expetunt 

tum Dei Diiiusium. Noa outem haec 

\c potentum PrJiioipum, sed ctiam 

nnium divers! sexus et actatis. i> 



2. A. Luchaire,/nfl(i7uf(ons monarc/i., t. II, p. 143. Cf. pour Reims, Ricber, 
lliil., IV, 24 ; pour I.aou. Id.. ibid., IV, 48. 

3. Imbarl de 1» Tour, op. cit., p. 242,et Lot. Kiuiles sur le r^yne île Hugues 
Capet, p. 292. 

i. A. Luchaire, Manuel rfe» Instîl., p. 30. 

5. Le 26 janvier 1080, selou H. Marlia et Lacroix. Iliitt. ,h Soi»io„s, l. I. 
p. US. 

e. Nous n'en avons plus les actes : AA. SS.. 15 août, t. III, p. 243, n. e. 
Cl. Loni^evallius, Higl. ecrleg. gallic., t. VII, p, .IBO. 



60 LA COMMUNE DE SOISSONS 

tumace, et Arnoul, déjà célèbre par sa résistance à Philippe I**" 
comme abbé de Saint- Médard *, fut choisi pour le remplacer. Ce 
qui est caractéristique, c'est que Y élection se îaiik Meaux, loin du 
populaire soissonnais, et par le moyen d'un petit nombre de clercs 
et de vassaux ecclésiastiques 2. Arnoul fut consacré à Die. Quand 
Arnoul voulut rentrer dans Soissons, le sénéchal Gervais, avec des 
hommes d'armes, se disposa à l'en empêcher par la force. Arnoul 
finit par se retirer à Oulchy-le-Château, où il exerça les fonctions 
épiscopales sous la protection du comte du Champagne, tandis 
qu'Ursion les exerçait à Soissons sous celle du roi ; c'est que 
Grégoire Vil, empêché par la querelle des investitures, ne pou- 
vait alors remédier aux troubles du diocèse de Soissons 3. Arnoul 
fut d'ailleurs chargé par le pape d'une mission évangélique en 
Flandre ^, d'où il revint une fois à Soissons, pour s'en retourner 
bien vite, navré à la vue du royaume de France perverti par 
Philippe I****, dans sa chère solitude d'Oudenbourg ^, où il mourut 
le 2Ô août 1087 ^. Ursion, d'ailleurs, était mort avant lui, ou, du 
moins, avait enfin abdiqué, car, depuis 1085, il y avait sur le 
siège de Soissons un évêque du nom d'Hilgot '. 

En somme, quelle qu'ait pu être l'importance, au point de vue 
du développement communal, des élections épiscopales à Soissons 
au x*' siècle, ou, plus tard, dans des villes telles que Cambrai, 
Laon, Amiens ou Reims ^, il faut bien reconnaître que, pour la 
ville qui nous occupe, il serait téméraire de voir dans le système 
des élections épiscopales au x*^ siècle une des causes détermi- 
nantes de la révolution urbaine du xii®. Tout au plus, peut-on dire 
que rhabitude des groupements lors de ces élections a pu laisser 

1. Vita Arnulfi, I, m, dans AA, SS., loc. ci7.,p. 236. Arnoul avait aban- 
donné Tabbaliat de Sainl-Médanl parce que le roi lui avait ordonné do se 
mettre à la tôle des troupes qu'il avait réclamées h l'abbaye. 

2. Vita Arnulfi, II, i, dans AA, SS., loc. cit., p. 243. 

3. VitaArnulfi, II, 11. ihid., p. 244-245. 

4. Vita Arnulfi, II, m, ibid,, p. 247-248; iv et v, 249-252. 

5. Claeys, Histoire de saint Arnold y évêque de Soissons^ apôtre de la 
Flandre^ fondateur de Vabbaye d^Oudenhourg^ traduit du flamand, Gand, 
1889, in-8. 

6. Vita Arnulfi, II, v, loc. cit., p. 252. Il futcanonisé33 ans après, au con- 
cile de Beauvais {Vita Arnulfi, III, îi, p. 257. Cf. H. Martin et Lacroix, op. 
cit.., t. I, p. 44)i-448 ; Déy, op. cit., p. 27; Leroux, op. cit., t. I, p. 393-394). 

7. Labbe, Co/ic, t. X, p. 406. 

8. Déy, op. cit., p. 28-.37. 



CAUSES ET ORIGINE DE LA COMMUNE DE SOISSOiNS 61 

quelques'traces dans les générations, qui, en fait, s'en était désha- 
bituées, et qui, en constituant une commune, instituèrent quelque 
chose de fort peu analogue. C*est dans le même sens, et aussi 
vaguement, qu*on peut dire que les groupements paroissiaux ont 
servi à la formation, à l'éducation de Tesprit municipal K 

On a dit que « Téchevinage, ancien tribunal carolingien que 
les barons s'étaient appropriés, devint presque partout le corps 
de ville, conservant souvent l'aspect d'une institution mixte, à 
la fois féodale et communale » '^. Cela est vrai de beaucoup de 
villes 3 : on ne peut pas dire que cela le soit pour Soissons. Au 
milieu du ix" siècle, on voit agir encore la justice carolingienne 
dans le Soissonnais '* : encore ne s'agit-il que d'un comte pala- 
tin. Quant aux scabini, nulle mention d'eux. L'expression s'en 
retrouvera à la fin du xii*^ siècle et au cours du xiii* siècle, à pro- 
pos des localités villageoises ^, Mais il est difficile d'assimiler 



1. A. Luchaire. Manuel des Instit., p. 354-355. Cf. H. K. Schafer, Frûhmit- 
ielallerliche Pfarrkirche und Pfarrensieilung in rômischfrânkischen und 
iUtlienischen Bischofslâdten, dans la Rômische QuartaUchrip^ 1905, t. XIX. 
— Dans le sens des rapports entre la « vie épiscopale » des cités et le 
mouvement urbain, voy. P. Viollet, Les communes françaises au moyen 
âge (Extr. des Mém, de l'Acad, des Inscr. et Belles -Lettres y t. XXXVI), 
Paris, 1900, in-i, p. 23-2i (cf. les exemples de la n. 1, p. 24), et, pour 
TAllcmagne, S. Rictschel. Untersuchungen zur Geschichte der deutschen 
Stadlverfassung, t. I : Das Burggrafenamt und die hohe Gerichtsbarkeit in 
der deutschen Bischofstâdten wàhrend des frûheren Mittelalters, Leipzig, 
1905, in-8. 

2. A. Giry et Réville, dans Lavisse et Rambaud, Histoire générale^ t. II, 
Paris, 1893, gr. in-8, p. 458. Cf. A. Giry, IlisL de S.-Omer, Bib. de TÉcole 
des Hautes-Études, fasc. n*» 31, Paris, 1877, in-8, p. 179. Voy. Texemple, 
d'ailleurs à analyser d'un peu près, de Reims (Brcquigny, préf. au t. XI des 
Ordonnances, p. iv-v ; Déy, op. cit., p. 12. Cf. Pauflîn, De Vorganis. munici- 
pale, Paris, 1886, in-8, p. 81). 

3. A. Giry, Origines de la commune de Saint-Quentin, inlrod. à l'édil. du 
Livre Rouge, Saint-Quentin, 1878, in-4, p. 61. 

4. Flodoard, Hist. eccL Rem,, III, 26 (éd. Lejeune, t. II, p. 343-344), ana- 
lyse d'une lettre d'IIincmar : « Folconi comiti palatii régis, pro quodam 
presbytero parochiae suessonicae, qui relicloecclesiasticoad civile judicium 
proclamaverat super accusatore suo, qui probaturum se promiserat esse, 
quod ad versus cumdem presbyterum proferebat. Mandat autem huic comiti, 
ne in hac se causa commisceat, antequam ab eo tractetur an id rationabi- 
liter fieri debeat, quia de presbyleri et Ëcclesiae causa ad episcopos et ad 
synodum difflnitio pertineat, non ad malli vel civilium judicum dispositio- 
nem. » 

5. Désignées pourtant par l'expression castra dans une bulle de Céles- 
tin III, et dans une charte de Joslein de 1143 (Arch. de l'Aisne, II 455, 



62 LA' COMMUNE DE SOLSSONS 

complètement ces échevins du xiir siècle aux .sca/^im carolingiens : 
nous sommes en présence sinon de la résurrection d'un mot 
dénommant des personnages nouveaux, du moins de la déforma 
tion radicale de fonctions qui, d'ailleurs, ont complètement dis- 
paru dans la ville de Soissons. 






A vrai dire, les échevins dont je viens déparier ont pu cepen- 
dant jouer un rôle dans le mouvement urbain, il est vrai non pas 
comme les représentants d'un gouvernement local disparu et 
apte à reparaître, mais bien comme faisant partie d'un organisme 
d'exploitation économique, où il faut voir, en réalité, la cause 
première de la révolution communale *. Le mouvement d'éman- 
cipation des classes rurales n'est en effet que la manifestation 
particulière du phénomène plus général de Témancipation des 
classes populaires 2. Au xii* siècle, la liberté des villes a précédé 
seulement les efforts des campagnes, comme en 1789 c'est le 
tiers état urbain qui a définitivement émancipé la classe des pro- 

fb8 1 yo et 37), — Pour Pargny (Aisne, arr. Soissons, canton Vailly, com- 
mune), cf. Bib. Nat., Coll, D. Grenier, t. 246, ^• 26-28, 49 v», 131 et v» ; pour 
Morchain (? Somme, arr. Péronne, canton Nesle, commune), ibid., f*»» 83 v°, 
84, etc. A l'abbé de Saint-Médard, les habitants de Sergy (Aisne, arrondis- 
sement de Château-Thierry, canton Fère-en-Tardenois) doivent trois plaids 
annuels, où ils lui paient en tout 80 livres (Melleville, Hist, de V affranchis- 
sement communal dans les anciens diocèses de Laon, Soissons et Noyon, Laon, 
1858, in-8, p. 57-58; Bib. Nat., lat. 9986, f» 29 v°). Autres textes, Bib. Nat., 
lai. 9986, fo 117 v», 136; Arch. nat., LL 1021, p. 68-69; et mes Pièces, 
n°* 6 et 7. Cf. pour la région rémoise, P. Thirion, Les échevinages ruraux du 
dioc. de Reims, dans Mélanges Afonod, p. 317-328, et pour la Flandre, Wau- 
ters. Libertés communales, t. II, p. 732. 

1. Cf., dans ce sens, le travail cité plus haut de Melleville. Melleville n'y 
étudie, et n'y veut étudier, que les conditions générales du mouvement 
communal, c'est-à-dire l'état de la société française au xii" siècle dans cette 
région (p. 7 et 8) : il cite quelques textes, mais beaucoup sont indiqués 
simplement sous le litre de preuves qui devaient être imprimées à la suite 
de ce travail (v. p. 18, n. 2), et qui n'ont pas vu le jour. Il est resté à un 
point de vue trop général et depuis de bien loin dépassé (Voy. H. Sée,Le» 
classes rurales et le régime domanial en France au moyen âge, Paris, 1901, 
in-8) ; certains faits qu'il cite, d'ailleurs intéressants (relatifs, par exemple, 
aux abandons volontaires de la liberté, p. 18-19), n'éclairent que fort indi- 
rectement le mouvement communal. 

2. Sée, op. cit., p. 279 sqq. (je lui ai emprunté l'heureuse formule dont il 
s'est servi) ; É. Levasseur, Hist. des classes ouvrières et de l'industrie en 
France avant 4789, 2" éd., t. I, Paris, 1900, in-8, p. 237. 



;.*LSËS ET OIIIGINI: UK LA 



m 



ducteurs ruraux. C'est que toute l'économie prémédiévalc repose, 
en réaliti', sur le travail a^rricole. Celte vt'ritp explique suffisam- 
ment l'indignation de Guibert de Nogent s'écriant : » Commune I 
nom nouveau, nom détestable ! Par elle les serfs {capite censi) 
sont alfrancliis de tout servage, moyennant une simple redevance 
annuelle ; par elle, ils ne sont condamnés, pour l'infraction aux 
lois, i\ah une amende légalement détermint^e ; par elle, ils 
cessent d'être soumis aux charges pt'cuniaires dont les serfs sont 
accablés ' ", L'abhê de Nogent note ainsi, à sa façon, et tout 
autrement que ne le ferait un économiste moderne, la rupture 
des cadres de l'économie domaniale ', inaugurée par la révolution 
communale. En fait, la révolution communale, débarra.'ssée de son 
extérieur politique, apparaît comme la transformation de l'écono- 
mie domaniale en économie d'échange. " Dans le cours régulier de 
l'économie domaniale, il n'existe ni marchandises, ni prix, ni circu- 
lation de biens, ni répartition du revenu ■' >■ ; le sol seul assure 
la vie précaire des piivsans comme la vie plus large des hommes 
qui les exploitent. Mais il arriva que cette économie ne put satis- 
faire tous les besoins ; il ne se créa pas dès l'abord d'économies 
absolument autonomes, mais simplement des économies meil- 
leures productrices, qui tendaient à tourner une partie de leur 
activité propre à l'élaboration de produits spéciaux dont elles 
échangaient l'excédent '. Cet échange n'aboutit pas tout de suite 
à l'organisation d'un commerce complet, mais il brisa dans une 
certaine mesure le formalisme de l'ancien droit, et créa les mar- 
chés '\ 



\. De vHa xua. III. nr, éil. Uoiirgin, p. ir,li-157. 

2. C'est ce <]iic K, Biichei' appelle l'éconniuic domestique fermée {Elude» 
d'hisl. et d'fcunomie politique, trad, \. Ilansay, BL-uxelles-Paris. I!H)I , În-S, 
p, 73],j:f, IL Flamm, Der wirlichafli. nieder'janjj Fieiburys i/li., Karls- 
ruhe, TboS, in-8, p. 79 s<iq. 

3. K. I^mpreclit, Eluihi tur l'étal fcnnomique île la France peniianl la 
première partie du moyen Age. Irad, Marignna, Paris, 1889, in-H. p, 209; 
Sée, Le» elamet ruralen,,,, p. S2fi-S2T. 

4. Sur le développecnsnt de la vie commerdsle au \i" siècle, cf. l'ireune, 
Ortff. des conxtil. arliaine», loe. cit.. p. ~ri. 

5. Sur les liens généraux qui unissent le mouveinenl municipal à l'exis- 
lence des marchée,ct.P.Huvelio, EMaihisloritiuetur le droit tle» marché» et 
de» foires, Paris, 1897, in-8 ; Rielschel, Markl und Sladt in ihrem rechtli- 
ehen Verli.illni>ae, Leipzig, 1897, in-8 (avec uu compte rendu de M, Prou, 
dans le Moyen âge, 1899, t, XII). Je laisse l>ien enteodu ici (le CÔIé 



64 LA œMMLNE DE SOIS80N8 

La situation géographique de Soissons, — par ailleurs antique 
agglomération urbaine, — au centre d'une fertile région agricole, 
où l'économie moderne n*a fait qu'importer ses procédés d'indus- 
trialisation, devait en faire pour ainsi dire le u spicarium » fortifié 
de toute la région circonvoisine ^L'aspect de la ville même n'était 
que celui d'un gros village ceint de murs : beaucoup de maisons, 
au xii® siècle encore, étaient flanquées de granges et de celliers ^. 
Sans aller jusqu'à supposer qu'il pouvait arriver qu'on fît paître, 
comme dans certaines localités anglaises ^, les bestiaux dans la 
ville, on peut bien admettre que les habitants de Soissons sor- 
taient tous les matins pour cultiver les champs d'où ils rentraient 
à la ville à la tombée de la nuit : les tenures ou propriétés cita- 
dines et rurales étaient loin de s'opposer économiquement les 
unes aux autres ^. A Soissons, au xiii" siècle, c'étaient avant 
tout les biens de la campagne proche qui donnaient lieu au 
plus grand qombre de transactions et d'actes. 11 y a en effet de 



la question de la propriété des marchés et de leur origine juridique 
(Huvelin, op. cit., p. 178 sq.). Mais une idée qu'il faut retenir, à mon avis, 
sur le caractère de ces marchés, c'est celle qu'a émise K. Bticher (Études 
d'hist. et d'économie polit. j trad. Hansay, p. 81, n. 1) : les mercatores qui 
trafiquent dans les marchés ne sont pas forcément des marchands de pro- 
fession. Pircnne est naturellement hostile à ce point de vue, puisque sa 
théorie urbaine repose avant tout sur l'existence d'une classe spéciale de 
marchands, s'implantant, avec un droit nouveau, dans les suburbia ( Villes, 
marchés et marchands au moyen âge, dans Rev. llist., 1898, t. LXVII, 
p. 64). Pirennc est beaucoup trop exclusif, et, comme on le verra, les mer^ 
catoreSy dans la conception de l'historien beljje, n'ont pas joué à Soissons 
le rôle qu'il leur assigne ailleurs. Sur les marchés el les villes, voy. encore 
R. Schrôder, Lehrbuch der deutschen liechtsgeschichte, p. 590, et Ashley, 
op. cit., t. II, p. 10. 

1. Voy. le procès de 1132 (P. J., n** 12) :« Item, si homines qui non erant 
de communia, annonam vel vinum, vel cetera in terris ecclesiarum vel 
liberorum hominum inter civitatcm vel suburbia ponerent, ut ibi salvae 
fierint, aut si ad mercatum afferrent, tallias inde exigebant. » Ce passage 
concorde parfaitement avec l'idée de K. Bûcher émise dans la note précé- 
dente. — Cf. (j. von Below, Territorium und Stadt, Miinchen, 1899, in-8. 

2. Voy. p. 8-9. 

3. Ashley, op. cit., t. I, p. 88 sq. On trouve des pâturages aussi en Flandre 
au xiii" siècle ( Vanderkindere, dans Dull. de PÀcad. royale de Belgique, 
1874, t. XXXVIIl, p. 270'. En Allemagne, à plusieurs reprises, sont identi- 
fiées les expressions de Bûrger et de Bauern (Gengler, Stadtrechlc, p. 202, 
443, i46). 

4. Sur les caractères de cette opposition, voy. Flour de Saint-Genis, La 
propriété rurale en France, Paris, 1902, in-8, p. 10 sqq. 



la ville à la banlieue une action rt'ciproque et constante ' ; elle 
s'exerce particulièrement dans les régions de Laon ^ et de Sois- 
sons : Soissons, devenue commune, aura sur les villages des 
environs une influence libï'ratnce t'norme'; ferment toujours 
présent de dissolution sociale, elle parviendra k diminuer, au 
moyen des mariages mixtes, le nombre des hommes de 
l'évéque ', Mais de même cjue les habitants de lu campagne, en 
apportant à la ville l'excédent de leur activité, en faisant de Sois- 
sons un petit centre économique, ont crétS un élément de trans- 
formation sociale, ils ont pu jouer, au jour du passage del'étatde 
pur servage & l'état de liberté relative, un rôle fécond ^, rôle 
anonyme dédaigné par les chroniqueurs, plus soucieux d'enregis- 
trer les faits d'armes et les scundales des hautes classes. 

Le servage, au moyen Age, a pesé surtout sur les pays riches ^, 
— mis à part la Normandie ' et le Languedoc ", Le Soissonnais 
est dans ce cas °. Mois les archives sont trop insuffisantes pour 
qu'on puisse reconstituer un tableau de la condition des classes 
rurales dans cette région avant l'époque de la commime. A une 
époque toute voisine cependant, on voit Nivelon, seigneur de 



1. Sée, Les claaea r 
avant tout au point de 



2. \. Luchoi 

3. V. 3« part, 



chap. [. 



•I..., p. 28i sqq. — Sur cette action considérée 
économique, cf. K. Bûcher, Eludes, p. 85. 
françaises, p. 76, 99. 



a Entstehung 



il., p, 73. Cf., ibid., p. 68 sqq. 

5. Bnpprocher de ces idées celles de G. von Below, dat 
der deiitschen Stadtgemeinde, Dûsselilorf, 1S89, iii-8, qui, e 
la communauté urbaine de la commuiiauté rurslc, a exagéré un point de 
Tue juste (cf. Fr. Kunck-Brenlano, C. R. de Des Marex, Études... etc., dana 
Reeue vrilique, 1898, t. II, p. ITS). 

6. Les paya pauvres — montagneux — ^ont joui d'une économie beaucoup 
plus" libérale >i; cf., pour les Alpes, J. ltomari,i.ecar(uJai/v de Durbon, dans 
holice et documents pouf l'annirtrtaire de la Soc. d'Uist. de France, Paria, 
1884, in-B, p. 110; — pour le Massif cfiitral, les Cartulaire* de Brhude 
et de SauxîUangei, pub. p. H, Doniol, Clermonl-Feri'and et Paris, 1863-64, 
în-i, Introd., p. 19 sq., 24 sq. 

7. L. Delisle, Étude sur la condition de la claiic agrienle et l'étai de 
Cagriculture en Sonnandie pendant le moyen âge, Paris, 18SI, in-S. 

8. A. Molinier, Notes sur rhisl. du Languedoc, eilr. du l. Vil de Vllist. 
générale du Languedoc, nouv-. éd., p. 93. 

9. Il n'eiisle pas d'étude — en dehors de celle de Melleville llfist. de 
t'a^ranchissemenl, etc.) — sur lu condition économique de celle région, 
comme pour un pays voisin, la Champagne (cf. II. Sêe, Étude sur les 
elatses semiles en Ch.imp.igne du .XI' au XIV' niicle. Paris. 1893. in-S. 
Extr. de la Heoae hisl.. 18!)4eH895, t. LVI et LVII). 



lane de So, 



•É 



66 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Pierrefonds, donner à Saint-Jean-des- Vignes la famille d'Oudard 
de Tranloy (1130)^; au mois d'août 1131, à la requête de 
Geoffroi, abbé de Saint-Médard, Louis VI donne à cette abbaye 
une de . ses serves, avec tous ses enfants 2, et, en octobre, 
il déclare avoir affranchi deux serves, Ha vide et Grosse, et 
leurs enfants et les avoir donnés à l'abbaye de Notre-Dame ^, 
En 1138, Tévéque Joslein affranchit un serf moyennant trois 
muids de vigne et donne au chapitre deux femmes avec sept 
enfants, « septem èapita hominum )> ^. Au moment de partir 
pour la Terre Sainte en 1147, Enguerrand II, sire de Coucy, 
donne en aimiône à Saint-Crépin sa servante Doa avec ses 
enfants pour engager les moines à prier pendant son voyage '. 
En 1171, Yves de Soissons échange Aveline de la Porte, sa 
femme de corps, contre Raisinde, fille de Bérenger, femme de 
corps de Saint-Médard, en gardant pour lui-même les enfants 
que ladite Aveline avait eus d'un certain Guarin ^. On voit des 
échanges de serfs effectués par des abbayes : en 1175, l'abbaye 
de Saint- Crépin-le-Grand échange des femmes serves avec celle 
de Saint-Remi de Reims ^. En 1184, Agathe de Pierrefonds 
autorise le libre mariage de ses hommes et femmes de corps 
avec ceux du chapitre de Soissons ^. I^e xin^ siècle verra à peine 
s'atténuer le servage ^. 

1. Melleville, op. cit,, p. 24, n. 

2. A. Luchaire, Annales de Louis VI, n® 472, p. 219. 

3. Id., ibid,, n» 482, p. 223. 

4. Bib. Nat., ColL D. Grenier y t 281, n*» 4, chirographe original. 

5. Melleville, op. cit., p. 25. 

6. Id., ibid. y'p. 28, n. 

7. Arch. Aisne, H 455, f» 138 v«>-139. 

8. Arch. Aisne, G 253, f*» 1. 

9. En janvier 1214, le comte et la comtesse de Soissons échangent une 
de leurs femmes, Alice, et ses enfants avec une femme de Saint-Médard, 
Marie de Vergny (Bib. Nat., Coll. D. Grenier) ; Simon, seigneur de Chavi- 
gny,donneà l'abbaye de Saint-Médard Emmeline de Launel avec ses quatre 
enfants, du consentement de Dreux, mari d'Emmeline (1128) (Melleville, 
op. cit., p. 24, n.) ; en 1240, Tabbaye de Saint-Crépin-le-Grand échange 
Richolde de Brainc, sa femme de corps, épouse de Gautier d'Audignicourt, 
avec Asceline, femme de corps de Sainl-Médard, mais garde la Glle de 
Richolde, nommée aussi Asceline (Melleville, op. cit., p. 28, n.). Tantôt 
on vend (Arch. nat., LL 1021, p. 331-332), tantôt on donne en aumône 
les serfs (//>«/., p. 333-334) ; et ces transactions n'ont pas pour objet unique- 
ment des cultivateurs, on y voit figurer jusqu'à des filles de « cirurgiens » 
(Arch. Aisne, H 455, f° 140 v®-141) ; il est môme à considérer — et on dis- 



IUUSE3 KT OHir.lNE BK LA COMMLM; DK SOISSUNS 67 

Les charges cai'Hcténstiques du servage ' se retrouvent dans 
le Soisaonnaia : taille arbitraire, mainmorte, formariage ^ et 
obligation d'utiliser les institutions baaaleB ^. Les hôtes \ qui 
s'installaient sur les terres mises à leur disposition ' ou dans 
Valriam des églises "ont une situation légèrement meilleure que 
les serfs '. 

L'exploitation domaniale n'est pas directe : elle s'opère par le 
moj'en d'agents divers ". Dans le Soissonnats, on constate la pré- 
sence de maires : les textes sont trop peu nombreux, pour que 
nous puissions discerner, à leur sujet, l'évolution qui, ailleurs, 
les fit passer de la condition de fermiers à temps h celle de véri- 
tables feudataires ^. L'hérédité dans le mairat a dû, comme ail- 
leurs, s'établir; encore n'esl-elle pas absolue'". Il est diilicile de 
dire parmi quelles gens se recrutent les maires : â Amblegny, à 
la fin du \W siècle, l'un d'eux se dit chevalier "; fi Parnant, au 
milieu du xui", les Hls de l'un d'eux, vendent des vignes, des 
vinages et des rentes à l'abbaye de Sa in t-Jean-des- Vignes '"-. 

Leurs fonctions sont à peu près semblables partout'''. Ce sont 
avant tout des agents administratifs, dont les l'eddîtions de 

tioguc mal les raisons exactes de ce fuit — que et 
qui donnent lieu à res treusactions (Bib. Nat., 
n* 26). 

1. Sée, op. cit., p. 175. 

2. Voy. les textes ciléa préc^-demment. Pour le xiii< siècle, cf. L, Delîsle, 
frajfmenls inédilx du regialre dans lequel Nicotan de Chartreu avait eontinné 
let actes du Par temeni .. .,dana Noiieeaet evir., l. XXIII, p. 138; A. Lucbaire, 
Ann. de Loua VI, n' 619, p. 277 (Cf. M., Catal. dn actet de LouU Vil, 
n»368, p. 219\. 

3. V. p. ITR, lSI-182. — Au xiV siècle, les gens d'Amblcgny doivent 
employer le four du chapitre (Arch. Aisne. G 253, f" 37), 

4. H. Sée, Le» hôlea et U progH-» des (-(asseî riirates. dans Rev. hial. de 
droit fr. et étr., 1898, t. XXII, p. tlO sq. 

5. Arcli. nat., LL 11)21. p. 2S1-253. 

6. Voy. P. J., n° 10, 

7. Arch. nat., LL 1021, p. 2Ô1-252. Pour des contrats floâlog'ues, cf. Bib. 
Nal., Coll. D. Grenier, t. 204, n" 82; Arch. Nat., L 1005, n' 16. 

8. Sée. Les clas»e* rurales, p. 329 sqq. 

9. Id., ibid., p. 331-336. 

10. Wibald, miles (est-ce son nom ou un titra ?), s'empare de la mairie 
d' Amblegny à l'exemple de son père en 1189 |Arcb. Aisne, G SS3. f 4). 
Sur cette mairie, voy. Bib. Nat., lat. 9985, f° 7 et v°. t- 9 et V. 

11. Arch. Aisne, G 353, r> 4. 

12. Arch. nat., L 1007, a" 19 (avril 12471 ei 21 (novembre 1248). 

13. Sée. op. cit., p. 336-337. 



68 LA COMMUNE DE »UI8S0>S 

comptes, malheureusement très fragmentaires, sont intéres- 
santes k analyser ', et aussi des agents judiciaires, thargés en 
particulier de présidera toutes les transmissions de propriété -; 
dans ce cas, ils sont fréquemment secondés par des échevins ''. 
Ils sont même, assez anciennement, chargés de percevoir les 
droits de circulation sur les charrois qui traversent les circons- 
criptions dont ils ont l'administration' : k celles-ci est donné le 
nom de majoria '. Ces circonscriptions n'étaient pas très éten- 
dues: l'intérêt des maires était de les étendre, parce que c'était 
s'assurer ainsi un champ plus large d'exploitation, et aussi 
parce que sur les acquisitions nouvelles faites par le seigneur, 
ils avaient droit à des sortes de commission nommées .< ventes » ^. 

Ces intermédiaires ne pesaient pas seuls sur la classe agricole. , 
Les seigneuries ecclésiastiques ont dû avoir recours à des sei- 
gneurs laïques pour remplir les devoirs et exercer les droits de 
leur existence sociale '. particulièrement les abbayes de femmes, 
moius aptes que les autres à résister aux convoitises laïques : en 
tout cas, à Soissons, dès 959, t'abbaye Notre-Dame, alors tenue 
en fief par la reine Gerberge, possède un avoué du nom d'Ai- 
mon**. C'étaient des soldats énergiques et brutaux, dont l'un. 
Gérard, eut un rdle dans la révolution laudunoise '*. Ils n'étaient 
cependant pas toujours à la hauteur de la tâche : un avoué 



1. De Marsy, Fragment d'an compte de l'abbaye de N.-D. de SoUion* 
(1278). Nogent-le-Botrou, iSm. in-8 (Eitr. de la Bib. de l'Éc. des Charles, 
t. XXXVI!!}. Ce sont les comptes des mairies de Guny, Molincharl, Vau- 
dessoD, Aiiy, Laffaui, Billy. A l'époque où Dom GermaÏD a écrit son His- 
toire de iV.-Ô. de SoUsong, il y avail dans les archives de cette abbaye 
beaucoup de semblables rouleaux de comptes, qui out servi n couvrir des 
lettres (c'est le cas de celui dout il est ici question). 

2. Bib. Nat., iHt, 9986, !• 117 v» (nov. 1273), f" 138 (7 fév. 1257). 

3. ibid. 

4. Justement de Philippe I", de 1065 (Bib. Nnt., Coll. D. Grenier, t. 233, 
f« 202 et V|. Voy. P. J., n" 11. ' 

5. Arch. nal., LL 1021, p. 251-252(1172). 

fl. Voy. Bib. Nat.. lot. 9986, f» 155 v», f 159 et v". 

7. Sée. Lei claMei rurale», p. 47* afjq. ; P. Viollet, tli»l. des imlH. polit. 
el admin. de la France, t. Il, Paris, 1898. in-8, p. 306-397 ; Senn, Les avoue- 
rie» ecclés.. Paria, 1906, in-8. 

6. Il Bgure, ainsi que le prév6l el la << prévote » de rnbbaye, duns les 
souscriptions J'ua dipI6me do Gerberge en faveur du monastère d'Hom- 
blières [If. F., t. IX, p. 665). 

9. Guibcrtde Nogenl, de Vita lua, 111,5, dnns Migiie, 1.156, col.9IS-916; 
éd. Bourgin,p.l44sq.;Guibert l'appelle" monasleriipuellarumcastcllanus". 



IRIGINE DE 1,4 COMMUNE DE SUIS.' 



69 



de Saint-Médard, le comte de Champagne Etienne, laissa 
ainsi dépouiller l'abbaye de son domaine de Vic-Bur-Aisne '. 
Mais ce n'était pas Ip cas ordinaire : le plus souvent, ils 
n'avaient que trup de tendance à exagérer les droits ciu'on leur 
avait concédés ou qu'ils s'étaient arrogés. L'un d'eux, Aubry de 
Coucy '^, dans la seconde moitié du xt' siècle, s'ctait avisé de se 
faire servir h manger partout où il voulait sur les terres de Saint- 
Médard; il rendait la justice dans son chAleau, et, lorsqu'il par- 
tait en expédition, il se faisait amener autant de chevaux qu'il 
désirait des villages voisins, et accompagner par ceux qui 
savaient monter ^. De pareils protecteurs étaient redoutables 

1. Bib. Nal., Coll. D. Grenùr,l. 293, a' I (orig. sur parchcroin ; cf., même 
Coll., t. 233, fo 157-166, une copie de D. Charles Mulcy] ; éd. par Martêne, 
Ampl. coll., t. VTI, p. 58-S9, et par d'Arboisde Jubainvillc, Hâl. des comte» 
de Champagne, t. I (tS59), P. J., n" XI. V. p. 483-484 : Senlis, .< in aacro 

palalio gloriosi régis Heiirici », 1048, 23 moi (Pentecôte) g Postmutt4is 

tirannice dominationis pressuras et pericula, quas per septennium venera- 
bilis locus Abbalie sanctorum Medardi et Sebastiani atque Grcgorii pape 
perpessua fiieral. divisa preveniente gratia, eiusdem gloriosi régis indus- 
tria, ipsam abbaliam de potestale Stephaiii Coinitis in sua muodeburde 
recepïl propria. Ea lempeslale privatur prefatus Sanctorum locus cas- 
lello dicto nomiue Vico, cum beneGciia od ipsum castrum pertinentibus, 
quod malum et venerabilis loci detrimentum prefnti Stcphnnî comitis 
incurie et nugacitnti si$;naturadscrîptum. Dcoiquc domnus rex pro remcdio 
anime sue et pro anima ^nitoris sui, videlicet béate meinoHe Rolhcrti 
régis, compaciens ulilîtatibus locr, et considerans quod idem ipse locus 
jam satb penas luerit, ob reverentiam et mei'itum beati ûrcgorii Pape, cui 
antiquis ïemporibus Bupradtcltnn caslrum cum omnibus appeodiciie suis 
donatum fuerot per liberalitatem béate Sororis Chludovici imperetoris dé- 
mentis, mouasterio reslituit per petilionem Wïllelmi Normannorum princi- 
pis, et industria Rainotdi, abbalis ipsius moDasterii...i> |d'ap. la coprc). — 
Sur les rapports de Vie/Aisne et de Saint- Mddard, v. le Chron. S. Medardi, 
dans Bib. Nat., lat. 4998, f 29 v, i" et 2' col. ; cf. abbé Poquet, PrécU 
hutorique de Vie / A i«n?. dans Bull, de la Soc. arck. de Soinxons, 1853, t. VII, 
p. 97. Le P. Lclong, Hitl. du diocèse de Laon, dit, p. 278 ; " Vic-sur-.^isne est 
un bourg que le roi Eude fortilît l'o 899 contre les Normands. La princesse 
Bertbe, Bile de CharlemaRne donna à Saint-Médard ce Heu qui est si ancien 
qu'on y trouva une pc e m II a t; portant l'inscription de l'empereur 
Marc-Aurèle (cf Ch a S Wed loE cil., F» 29 V, l« col. : • dcccxiiij... 
caatnim Vyc super \ionam cun omnibus ap[)i?ndiliis suis donalnm fuit 
ecclesie beat Medn d Suess o eus s per liberalitatem predicte inclitc 
Berte "1- 

2. D. Cariînu\ \ol e sur la qén^alagie desteigneurs de Couey. dans Coït. 
D, Grenier, t f b Les auteurs des //. F. cousidèrent qu'il s'agit de 
Choisy, plutôt que de C0UC3 (1 \I p 307, n. ic) et t. XI, p. 181 . n. (a)). 

3. Jugement d Pb I ppe I de lOtiQ pub. par Mabillon, De re dîplomatica, 
a' CLVn.p. 595; Ch.-V. I.anglois. Texlet poar lervir i rhUtoire du Par- 



70 LA COMMUNE D£ SOISSONS 

pour les propriétaires; combien davantage devaient-ils Têtre pour 
les malheureux tenanciers, que ne protégeaient pas la hauteur 
des murailles ou le caractère des fonctions ecclésiastiques ^ ! 
Les uns et les autres les virent disparaître sans regret. Parfois, 
on leur racheta leur fonction : en 1146, Tabbesse de Notre-Dame 
de Soissons, Mathilde, racheta de Gérard de Quierzy, avec le 
consentement de la femme et des enfants de celui-ci, Tavouerie 
qu'il exerçait à Aizy, Pargny, Filain et Chavonnes ^. Cette abbaye 
avait encore des avoués au xni^ siècle ; mais leur situation était 
bien amoindrie, puisque Tun d'eux, Jean de Braine, comte de 
Mâcon, frère de Tarchevêque de Reims, après avoir restitué les 
maisons, fossés et étang qu'il avait construits à Billy, jurait de 
ne rien édifier sans le consentement de l'abbesse dans les villages 
dont il gardait l'avouerie ^. L'abbaye de Saint-Médard n'avait 
plus d'avoué depuis 1048 ^. 

Aux exactions des avoués et des maires s'ajoutaient les vio- 
lences des seigneurs locaux ^. On a gardé dans les chartriers 
quelques-uns des aveux de leurs rapines, je veux dire les actes 
de leurs restitutions. Vers 995, le comte Albert de Vermandois, 
avec l'assentiment de son fils Hubert, de son gendre Amoul, des 
chevaliers Lambert et Yves, de Gobert, trésorier de Saint-Quen- 
tin, d'Hugues, doyen du lieu et d'autres chanoines, demanda aux 
rois Hugues Capet et Robert un diplôme constatant sa restitu- 
tion à l'abbaye Notre-Dame de Soissons des églises de Pargny 
(Patriceius) , Morchain (Morcinctus) et Freniches ^. Le roi 
Henri I", vers 1046, fît de même recouvrer par l'abbaye de 
Saint-Médard divers droits usurpés par Robert de Ghpisy ^, et. 



lement, Paris, 1888, in-8, Coll. de textes, n*» 4, p. 6-8(cf.Arch. nat., LL 1021, 
p. 313 ; Bib. Nat., nouv. acq. la t. 2295, f® 22, copie du xvii« siècle). — 
Cf. abbé Poquet, op. cit., p. 145, et le diplôme p. 271. 

1. Sée, op. cit., p. 476-477. 

2. A. Luchaire,Ca/a/. des actes de Louis Vil, n*» 179, p. 157 (1146, l«'août- 
19 avril H 47) ; texte dans Martène, Ampl. Coll., t. I, p. 738; reprod. de 
l'orig. (Bib. Nat., Coll. D, Grenier, t. 295, n*» 2) dans Fac-similés de VÉc. 
des Chartes, n° 47. 

3. Bib. Nat., lat. 17141, n» 27. 

4. Voy. p. 71, n. 1. 

5. Voy. P. J., n" 8 et 11. 

6. D. Germain, Uist. de N.-D. de Soissons, Pr., p. 435-436. 

7. Chron. S. Medardi, dans Bib. Nat., lat. 4998, f» 29 v», 2« col.; voy. le 
plaid d'Henri I*"^ réglant la question, dans H. F., t. XI, p. 580-583, n® XV. 



CAUSES ET OBIGr^E DE I 



; DE SOtSSONS 



71 



en 1017, il souscrivit à la restitution à la même abbaye des vil- 
lages de Violaine (Villanam), Villercis (Villercîsium), Viilecourl 
(Villacurtis), et les Roches (Rochis) par Hugues de Vermandoîa '. 
Les guerres continuelles que se faisaient mutuellement ces petits 
seigneurs oi^eîlleux et féroces ravageaient les campagnes, d'où 
cependant, par l'exploitation des paysans, ils tiraient leur subsis- 
tance 'K Sur les chemins incertains des brigands s'embus- 
quaient *. 

Qu'une n-gion ainsi asservie ait tentt^ de s'alfranchir, ou tout 
au moins de limiter, par un texte précis, l'arbitraire seigneurial, 
c'est ce qui est fort naturel. Au xiii'" siècle, Jacques de Vitry 
dira : » Prenez garde de vous attirer la haine des humbles, car 
ils peuvent vous faire du mal autant que du bien. C'est une 
chose dangereuse que le désespoir. On voit des serfs tuer leurs 
seij<neurs et mettre le feu aux châteaux '. » Au xn*, un arche- 
vêque do Reims, prêchant â Laon, les exhortait : " Serfs, a 
dit l'apôlre, soyez soumis en tous temps à vos maîtres. Et ne 
venez pas prendre comme prétexte li'ur dureté ou leur ava- 
rice. Restez soumis, a dit l'apôtre, non seulement il ceux qui sont 
bons et modérés, mais même à ceux qui ne le sont pas. Les 
canons de l'Église déclarent anathèmes ceux qui poussent les 
serfs & ne pas obéir, à user de subterfuges, à plus forte raison 



1. Gallia ChrUI., l. X,lnalr.. co!. 86-97; //.F., t. XI, p. 582-383, n" XVI; 
cf. D. Caffiaux, dans Coti. D. Grenier, l. 64, f" 233 V ; M. Beffntiull, Abrégé, 
Pr., t"- 6 V.7. 

2._ Cf. ce (|tie note Nicolas, Vila S. Godefridi, I, 13, duns Surius, VtVae 
Sanelorum, I, VI, p. 197 ; ■ En tempestale, roaligiii serpentis agcnte inri- 
dïa, Robertus Peronensis, Odo Namurcensïs oppidi, Clarenbaldus castri 
Vendoilensis dominus, aliiijue Salanae satelliles, strocia cxcitarunt Lolla 
ÎQ Vemmandorum, SueHsionïim cl Laudufiensium regionir ; lia ud non modo 
clericuB sut monachus, sed nBc ipsi quidem ecclesinrum redores itineri 
committere se audcant. Al Godefridus noa soluro vulgo, sed ipsis etiam 
pnacipibus impendio diariis et oplime notua, niliit l'crormidabat, sed bac 
Htque illac ttecurus prollscic?balur. Quod si vel aua, vet aliéna aecessitate 
adactus, itios adiré cogeretur. quod nemo mortalïum ab eis impelrasBet. id 
ei perbenigae atquc etiam IseUssîmis animis largiebantur. lia illecharus 
BUo crestori, eliam a creaturis studiose et examino colebalur et observa- 

3. Même lexle. 

4. On trouvera d'autres reproches de Jacques de Vilry dans les fragments 
publiés par A. Uirv, Dociirnen/Ji turlet relation!) rfc li royauté bupc W ville». 
Coll. de textes, Pa'ris, 1885, in-8, n= 20, p. 58 sq. Cf. A. l^oy de In Marche, 
La chaire fmnçaÛK au moyen lige. Paris, 186S, in-8, p. 374 sq. 



72 LA COMMUNE DE SOISSONS 

ceux qui leur enseignent la résistance ouverte *. » C'était la 
théorie de TÉglise : la pratique devait être tout autre. Pour des 
exploités, la forme normale de résistance, c'est le syndicat * : 
n'est-ce point un syndicat que définit Guibert de Nogent, quand, 
parlant du serment communal, il l'appelle « mutui adjutorii 
conjuratio » ^ ? La ville s'offrait, matériellement, aux intérêts 
disséminés, mais identiques, comme un lieu de concentration : 
au marché où les produits s'échangeaient, s'échangeaient aussi 
les idées, surtout les plaintes, et puis les projets : les mêmes 
pensées animaient les habitants de la ville, appartenant à une 
économie rurale, et les campagnards. Ainsi, dans le Soissonnais, 
s'opéra la révolution communale, œuvre de paysans, que sym- 
bolise l'identité des actes qui libérèrent la cité comme les 
villages. 

Sous quelle forme se fit cet affranchissement, c'est ce qu'on 
verra plus loin.. Mais entre l'état de servage pur et la condition 
de villages communiers, il exista un certain nombre de situations 
intermédiaires, qui sont les indices certains de ce lent accès, ou 
plutôt de l'aspiration naturelle des serfs à la liberté. Rarement 
ils ont amélioré leur sort par la violence : au début du xii® siècle, 
les paysans du Mont-de-Soissons ayant secoué le joug de leiu* 
seigneur, celui-ci réclama le secours de Thomas de Marie, qui 
lui porta aide et tua plusieurs campagnards de sa main ^ ; dans 
le deuxième tiers du xiii*^, les habitants de Chièvres, qui 
appartenaient à l'abbaye de Saint-Médard, après avoir commis 
quelques violences sur les terres du comte de Soissons, furent 
condamnés, par le bailli de Vermandois, à lui payer une amende ; 



1. Guibert de Nogent, De vUa sua, III, 10, dans Migne, P. L., t. 156, 
col. 932-933; éd. Bourgin, p. 177. 

2. A. Luchaire, dans Lavisse, i/w^ deFrance, t. II, 2« partie. Paris, 1901, 
in-4, p. 312-343 : « Il est étrange de penser que, depuis Wilda et Augustin 
Thierry, plusieurs générations d'historiens ont discuté sérieusement pour 
savoir si ces associations de bourgeois qui ont produit les libertés urbaines 
ne dérivaient pas des gildes en usage chez les Scandinaves et les Germains. 
Comme si le syndicat n'était pas, dans tous les temps et dans tous les pays, 
la ressource habituelle et spontanée des classes misérables luttant contre 
les pouvoirs sociaux ! » 

3. Guibert de Nogent, De vita sua, III, 7, dans Migne, P. L., t. 156, 
col. 922; éd. Bourgin, p. 157. 

4. H. Martin et Lacroix, Uist. de Soissons, t. I, p. 488. — En 1148, c'est 
la tentative avortée de Berny-Rivière {H. F,, t. XII, p. 279). 



r origine: dk la cONMt'Nt: de soissuns 



73 



ils faillirent même en paver au roi uiie seoondi' ', Au miUpu du 
XIV* siècle encore, les habitants d'AmMegny voyaient dans l'or- 
ganisation communale la meilleure forme de siiuve^ariie : en \'^\1, 
ils firent des tailles et emprunts au moyen d'assemhliV'S. » n'ayant 
corps ne commune •>, sans le eonnentement du chapitre de Sois- 
sons, " par manière de conspiration », ... u laquelle chose est ou 
grant grief, préjudice, vitupère et dommage pi de la protection 
accordée au chapitre par le roi; celui-ci lit annuler ces opi^ra- 
tions par le prévôt de Pierrefonds ', 

Pourtant même dans cette région où le communalisme rural 
a pris une extension extraordinaire, lorgunisution communale 
resta exceptionnelle. Pour qu'elle ait pu s'éliiblir. il a fallu que 
se créassent des fédérations de villages. Mais dans les village» 
isolés, la communauté tint une place ■". peu bruyante il est vrai, 
car les opérations collectives d'administration et de police de ces 
petits groupes étaient de trop peu d'importance pour que le 
détail en ait été conservé par les textes : avaient-ils même des 
scribes capables de les verbaliser? Fn tout cas, c'est h propos 
des conflits juridiques de ces communautés, nés ordinairement îi 
l'occasion de l'usage des biens communaux, qu'on perçoit l«ur 
existence; dans ce cas, elles se faisaieiil représenter par des pro- 
cureurs villageois qui allaient parfois jusqu'au nombre de six '. 

Le plus souvent, c'est de la volonté des seigneurs, il cul vrai 
déterminée par les réclamations des serfs, que vint le progrès, 
d'ailleurs limité, et apparent seulement au xiii" siècle ''. Mais 



1. Olim, éd. Beagnol, Park-menl île roi-lari.' de In ToumoujuI l'iM5. I. î, 
p. «26, n- XX. 

2. Arch. .\tBne, G 233. f 87. 

3. A. Balieau, Le viHaye luui rancirn régime. 3* éd.. Paris, I8H2. in-12, 
p. 13 sqq : Sée, Let elame» rarateg. p. 603 sqi). Cl. A. 1/Ëleu, Om eamma- 
nanlft dan* /ancienne franee Jasqa'à la fin du XllI' iitrlu. Pari», 18B6, 
io-S, p/asim. 

*, Voj. P. J., n» 6. 

5. Charte pour les habitaiils Je Bcroeuil eoaeiMée par l'sblw de Stinl- 
Médan) ,;Arch. nal.. LMOâl.p. GS-»9.]Cr. aussi Bib. "Shi-Cnll. D.Greitirr. 
(. 414, (• 1 13 »* : ■ Ego Radulfus, cornes Suessioneosia univerailali prararn» 
tiam et fnlumruiii nnliim Iscio. quod Ilclvidem, filiam [fnmini Hok'"'' 
Jlacrî. ateam Nichotao Gcrnon dnCroy aul>ere eontigi'rit.ah timni illa atniiU 
tiooe, i]<u michi tcartur, pcniliis rclaioel imperpt-tuiim inDiiumilt». M 
nujorem trra mi spciiriUlcm, presrns scriptum aigilli moi maa'iaîme vulut 
eommuairi. Acloin aono gratii^ rnillesimo diicenlcsiinn «epliin», menav 
oclobri. > En 1220, Philippe-Aufpiste affrancltit Ûtt la maia-marU! «t du 



74 LA COMMUNE DR SOISSONS 

même au xiv* siècle, malgré le développement des libertés 
communales, le servage subsistait dans le Soissonnais. Le 
chapitre de la cathédrale, les abbayes de Notre-Dame et de 
Saint-Jean possédaient des serfs au début du xv* siècle *. 

Nous voici bien loin du xii* siècle, où la révolution commu- 
nale vint dans une large mesure apporter la liberté aux serfs 
courbés sur la glèbe. Toutefois, cette révolution ne se serait pas 
opérée si, pour ainsi dire, des ferments de dissolution n'avaient 
travaillé la société. Une société qui est dans un état purement 
statique, et dont les membres ne voient pas au-delà de leur 
étroit horizon, est incapable d'effort. Ce ne fut pas le cas de la 
société du xn® siècle, de ce siècle si dur à tant d'égards, mais 
qui est bien tout de même le siècle où se sont créées la 
langue et Tarchitecture française, — où les classes populaires 
enfin se sont organisées 2. Dans quelle mesure le progrès éco- 
nomique a influencé la ville de Soissons, c'est ce qu'il importe 
maintenant de rechercher. 






J'ai indiqué dans les pages précédentes comment Soissons 
avait pu devenir un lieu d'échange, un marché ^. Il importe 



formariage des hommes de Pierrefonds (L. Delisle, Catal., n*» 2012, p. 446). 
En 1255, saint Louis donne la liberté à ses hommes de la châtellenie de 
Pierrefonds (Arch. nal., JJ 3'>a^ fo 474 y®, n® ccxlv). Pour le rachat de la 
mainmorte de l'abbaye de N.-D. par les habitants d'Aizy, cf. Bib. Nat., 
Coll. D. Grenier, t. 244, f® 197 v°. Pour le xiv« siècle, cf. Ordonn, des rois 
de France^ t. XI, p. 411 ; Melleville, op. cit., p. 20-21. Pour le xii* siècle, 
cf. la charte de coutume de Violaine et Villeneuve, de 1138 (Jacquemin, 
Annales de Joscelin de Vierzi, n*» XCIV, p. 59-60). 

1. Arch. Aisne, G 253, f° 61 (mai 1358): f*> 66 (1393); f» 145 (sept. 1424), 
etc. Autres exemples dans Arch. nat., L 1005, n*»» 176 et 177 (1358) et 
L 1008, no 3 (1367). 

2. De Girard, Hist. de fécon. sociale jusqu'à la fin du XVI^ siècle, Paris, 
1900, in-8, p. 98, qui résume sa pensée : « Des besoins plus nombreux et 
en même temps plus intenses poussent à la recherche de nouvelles sources 
de gain. Cette tendance s*affîrme dans le grand mouvement communal du 
XII* siècle qui, par la fondation des villes, marque le commencement d'une 
ère économique nouvelle. >» — Cf. Kovalewsky, Die ôkonomische Entwick- 
lung Europas bis zum Beginn der kapiialistischen Wirlschaftsform, t. I (C. 
R. dans YEnglish Hisi. Review, oct. 1901). Voy. Luchaire, Hisl. des Instit,, 
t. II, p. 168, et Waulers, Les libertés communales, t. I, p. 29. 

3. L'expression même de mercatus se rencontre, pour Soissons, un peu 




ici d'ajouter que les grandes abbayes de ses faubourgs cons- 
tituaient comme tiutast d'oi^anismes, de centres (écono- 
miques. On verra à l'époque de la commune dans quelle 
mesure elles l'ont été '. Mais depuis le ix' siècle, elles 
ont forcément eu leur part dans la renaissance industrielle 
et commerciale '. Protégées par leur caractère sacré, elles 
purent être considérées comme de véritables entrepôts, où 
se concentraient les produits agricoles de la région, et qu'au 
moyeu de la batellerie de l'Aisne et de l'Oise, ou de charrois, il 
leur était facile d'exporter ' : elles seules étaient ainsi capables, 
par l'étendue et aussi par la bonne administration de leurs 
richesses, de vivre autrement qu'au jour le jour, de créer des 
réserves, de diriger le mardié régional naissant, d'organiser 
même des centres d'échange ^ ; elles seules étaient capables de 
résister aux crises qui, provenant de causes naturelles ou 
d'accidents humains ', sévissaient sur la production agricole. 

Les produits du Soissonnaîs sans doute étaient bien peu nom- 
breux. C'étaient avant tout des céréales ''. Mais une culture qui 



après la rondalion de la commune, dnns le procès de 1130 nov. P. J., n"l3: 
Il ... Ilem si ad mereatum alTerrenl... "l. 

1. V. 2' partie, chnp. II. 

2. Sur celte question, cr. Imbartde la Tour, Des immunilH commerciale» 
Accordée» aux églises, dans Mél. Monod, p. 71-87 iBL-produil dans Question 
tthat. soc. et reiig., Paris, 1907, in-IS). Joiadi-c pour ua côté de la ques- 
tion, et pour une région de la France, Génestai, Rûle des monastère» 
comme élablisseinenls de crédit, étudié ea Normandie, du XI' à la fin du 
XIU' tiicle, Paris, 1901, in-8. 

3. Voy. pour Snint-Méilard. en 1005, Bib. Nat.. Coll. D. Grenier, l. 233. 
(• 202 et ¥°. 

4. Encore dans la deuxième moitié du %u' siècle, l'abbé de Saint-Médard, 
Bn^rand, fait-il établir par Henri le Libéral, comte de Champagne, un 
marché à Sergy tous les samedis : le comte y a la moitié du lonlieu et la 
justice, mais les commerçant» sont sous son saur-conduit (111)9-1170). Cf. 
d'Arbois de Jubainvillc, Hisl. des comte* de Champagne, l. I, p. 300 ; Calai, 
de* ncte», a" 162, p. 33:. ; l'acte est publié ibid.. P. J.. n» ,;iiiii, p. 455. 

3. F. Curschmann, Uangennàle im Mittelaller, Leipzig, 190O. in-8, 
p. 18 sqq. Pour les effets de ces crises, voy. ce qui se passe en 1197 ; 
" Vindemia per totam FraDciam in pago scilicet Ilemenai, Laudunensi, 
Suessionensi, Noviomcnsi et Betvacensi, l'ni-a fuit et tard» ; unde accidit, ut 
rustici, qui vineas colebant et pccuniam super vînum futurum mutoverant, 
non vatentes vioum reddere, compulai sunt fugere i> ISigeberti eonttii. 
Aquicinct.. dans Mon. Germ. Uitt., in-^, S.S.. t. VI, p. 4.1*]. — Sur les effets 
d'une sécheresse daus le Soissonnais, cf. Nicolas, Vila S. Godefridi, I, 25, 
dans Surins, Vitue Sanctnrum. l. VI, p. 201-202. 

6. Voy, le procès de 1136, P. J., n' 13. 



76 LA COMMUNE DE S0I8S0NS 

a actuellement à peu près tout à fait disparu de la région, et qui 
y a été fort en honneur pendant tout le moyen âge, était celle 
de la vigne. Les pays de Soissons et de Laon étaient célèbres 
par leurs vignobles * ; le vin de Soissons était cité parmi les 
meilleurs, comme le montre le fabliau « la bataille des vins », 
qui date du règne de Philippe- Auguste 2. On trouvait, de-ci, de- 
là, quelques gisements de sel, qui ont donné naissance à une 
industrie aujourd'hui absolument morte ^, 

Qu'une renaissance économique s'opérât dans les débuts du 
XII* siècle, c'est ce qui est prouvé par l'ardeur avec laquelle fut 
repris le défrichement des forêts circonvoisines ^. Jadis, les 
moines de Saint-Médard de Soissons avaient essarté la forêt de 
Crouy ^. Les défrichements, interrompus par les invasions nor- 
mandes, reprirent à la fin du x® siècle ^. Des hôtes, on l'a vu ^, 
étaient appelés par les possesseurs de terres incultes et consti- 
tuaient des établissements agricoles nouveaux. Dans les villages 
anciens, le progrès économique se matérialisait et se symbolisait 
pour ainsi dire dans l'érection d'églises solides, qui ont été les 
premiers types de la renaissance architecturale ®. 

Dès le milieu du xi* siècle, les produits juridictionnels du 
transit étaient assez importants dans la ville de Soissons, pour 
qu'on se les disputât entre seigneuries : c'est ainsi qu'en 1065 le 
comte Guillaume revendiquait la justice des charrois entrant ou 
sortant que réclamaient d'autre part les officiers de Saint-Médard, 



1. Cf. Ed. Fleury, Les vignobles et les vins du Laonnois, 1873, in-8. 

2. Devisme, Manuel..., p. 50. 

3. V. de Beauvillé, Recueil de documents inédits concernant la Picardie, 
t. I, Paris, 1860, in-4, Introd., p. x. 

4. Sur ces défricliementsen général, voy. Maury, Les forêts de la Gaule et 
de l'ancienne France, Paris, 1867, in-8, p. 127 sqq. 

5. D. Grenier, /fi/ro(/, à Vhist. gén. delà Picardie, p. 72. 

6. Id., ihid., p. 73. On sait que les forets étaient nombreuses dans la 
région (Louis le Pelletier, Etude sur la forêt de Villers-Cotterets {forêt de 
Retz) dans Positions des thèses des élèves de i École des Chartes, 1902, 
p. 85 sq. Cette étude a depuis été publiée en appendice au BulL de Sois^ 
sons, 1901-1902, paru en 1905) : il ne reste (pie celles de Gompiègne, Laigue, 
Villers-Cotterets, Dôle,LaFère, Retz, VassyetEnghien (E. Lefèvre-Pontalis, 
L'Architecture religieuse dans iancien diocèse de Soissons, t. I,p. 10. et, pour 
la forêt de Retz, Michaux, Essai hist sur la forêt de Retz, dans Bull... de Sois- 
sons, 1875, 2« série, t. V, p. 92-136). 

7. Voy. aussi P. J., n" 10. 

8. Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 5. 



(LiLSKS ET OBIGI-NE DE LA COMMUNE DE S018SON8 



77 



et il aurait voulu empêcher les bateaux c|ui remontaient l'Ai&ae 
d'aborder à la terre de l'abbaye '. 

C'est qu'on venait à Soissons des régions avoisinantes, des 
Il ([ualre comtés » de Noyon, de Vemiandois, d'Amiens et de 
Santerre s'approvisioaner de produits ag^ricoles ^. Les gens qui 
commerçaient k Soissons n'éUtient pas constitués en classe pro- 
fessionnelle de négociants en gros ^. En revanche la ville, entre- 
positalre des produits agricoles du pays, était visitée par ces 
caravanes commerciales par qui, du vui* au xii* siècle, se sont 
exercées les quelques relations interlocalea possibles "•. Il y venait 
même, au milieu du xi", des Flamands, particulièrement des 
conducteurs de vin [conductorex vini), proie facile pour les sei- 
gneurs avides du voisinage '', et qui, en exportant de Soissons les 
vins et les céréales, y importaient sans doute les habitudes poli- 
tiques de pays oii l'évolution économique, plus récente ", avait 
abouti h une évolution sociale plus complète". Ces Flamands com- 
merçants montrèrent le chemin aux Flamands pèlerins : il en vint 
méniedu Brabant ^, et les relations qui s'établirent entre le Sois- 



i. " ... De cari'oriibus scilicet, quos hoiierutos (jir) vel eiintcs vel 
redeuntes dicebal cornes non debere abbatem iiec ejus miiiisteriiiles 

aliqueni judicare Dicebal comes Willelmus non debei'e eas [de 

navîbus ascendenlibusj ad lerram »ancli Medai'dl applicare... •• {P. J., 
n» 11). 

2. Ch.-V. LangloJH, Texte» pour unir à l'kitl. du Parlement, n" 4, p. 1 
(1016). 

3. Cf. dans ce sens, g'énèralisé, K. Biicher, Éludes..., trad. llansay, p. SI, 
n. 1. Contra, Pirenac, ViUe$, marchés et marchanda aa moyen ige, dans 
U Rnt. hul., 1898, t. LXVII, p. 6i. U difficulté provient de ce que le mol 
mercatores désigne tanlàt une classe professionneile, parfois même comme 
nn service spécial des abbayes [Imbart de la Tour, Des immunités coinmer- 
eiale»..., dan» Mél. Monod, p. '79-81), et tantôt les personiics tjui viennent 
acheter ou vendre en un lieu déterminé d'échange : il y a un étroit rapport 
de sens — et fort naturel — cotre mercalat et merrator, — au moins dans 
mon interprétation du mercalat. 

4. Pirenne, Les oritfinea des comtUulians urbaines, dans lu Rtv. Ilisl., 
1895, t. LUI, p. 81. 

5. Ch.-V. Lan(,'loia, op. til., p. G (1066). 

6. J. BrissBud, Manuel d'histoire du droit français, Paris, I90S, in-B, 
p. 6B8-U81). 

T. J. von Praet, De Corigine des communes flamandes, Gand, 1829, in'8, 
p.6-7; Wniilers, Le» gildes communales au J/' siée/e, Bruxelles, 18"t.in-8, 
passim (Exlr. du Bull, de FAcad. roy. de Belg., 2* série, t. XXXVII) ; Id., 
Les libertés communales, t. I, p. 28-29. 

8. Vita S. Arnulfl, I, i, dans AA. SS., août, t. III, p. 233. 



A k. 



78 LA COMML'MI-: DE SOISSONB 

Bonnais et la Flandre, à la suite des événements qui marquèrent la 
vie de saint Arnoul, durent resserrer encore les liens religieux 
qu'unissaient les deux pays, en même temps que développer la 
réciprocité de leurs intérêts commerciaux. 

Au reste dans Soissons, ville essentiellement agricole, les arti- 
sans n'apparaissent point; et ce ne doit pas être seulement parce 
que les textes, pour ces époques, sont extrêmement peu nom- 
breux ', mais bien à ciiuse même de la nature de l'économie de 
cette cité. Par suite, les corporations qui ont pu jouer ailleurs, 
dans lu révolution urbaine, un rôle si fécond, en créant, en face 
de l'anarchie féodale, des groupements solidaires -, ne devaient 
avoir aucune part it l'évolution économique et politique de Sois- 
sons ■', Néanmoins, et malgré la rareté du numéraire au début de 
l'époque féodale *, malgré la difliculté de constituer une richesse 
« active n par la seule économie rurale, îl apparaît qu'au x" siècle 
déjà un bourgeois avait pu faire à Soissons une véritable for- 
lune, et remplir même auprès d'Hugues le Grand la fonction 
de chambrier ^ : quelle que soit la valeur des textes sur les- 
quels repose la certitude de l'existence de ce pei-sonnage, il n'en 
est pas moins vrai qu'elle no rien d'impossible, car c'est de la (in 
du X" siècle que datent la plupart des faits par lesquels on a soup- 
çonné le développement silencieux et soudainement appai-ent 
de la classe bourgeoise ". Mais, fi Soissons, ça du être une excep- 
tion. Ce n'est pas de la capitalisation que 1^ mouvement urbain est 
sorti, mais de la lente accession des travailleurs ;> un peu plus 
de bien-ôtre, qu'ils voulurent défendre de l'arbitraire, augmenter 
et transmettre ft leurs successeurs. Dans ce progrès insensible de 
leur condition, ils délièrent peu h peu le lien personnel qui les 
attachait k leurs seigneurs, » ils se mirent h travailler de plus en 
plus pour des tiers, donc â recueillir eux-mêmes les fruits de 
leur labeur ^ », 

t. É. Levasseur, Hist. det KlaxnM ouvrières, t. T, p. (81, 

ï. ,1. F1bcI>. Le) originea de VanciPnne France, t. II, p. 3HO-385. 

3. Voy pour l'époque et le développement des coqtorations industrielles 
el commerciales k Soissons, p. (83 sqq. 

4. Ashicy, HUt. el doclr. icon. de l'Aai/l., Irad. fr., I. I, p. 1K6. 

!), Sur la valeur des textes dans lesquels apparaUseut Ranul, le bourgeois 
eu question, voy. Lauer, Louis IV d'Oatremer, p. 120-133, en note. 

6. J, Flach, op. cit., t. Il, p. 369-370, les notes; p. 354-353. Cf., comme 
type d'étude objective et pénétrante, B. Heynen, Zar Enlsleh, de' Kipi- 
lalismus in Venedig. Stuttgart-Berlin, 190S, in-8. 

7. DeGirard,//is(, de Vécan. sociale jutqu'k Ufindu XVI* titcle, p. t04-l05. 



Telles Hoat les causes économiques qu'une analjyse minutieuse 
nous permel d'assi^rner au mouvement municipal à Soissons; et 
ce sont bien, semble-t-il. les seules causes ', Si le caractère juri- 
dique des villes est bien, comme l'admet von Below ■', de possé- 
der un marché et des fortilica lions, si le droit des marchands, le 
« jus mercaturum », a pu évoluer dans le sens municipal ' à 
Soissons comme dans tant de villes *, si ta condition des agricul- 
teurs, asservis par l'exploita lion domaniale, mais aussi soucieux 
de leur progrès, a pu doublement les conduire à vouloir un état 
de choses meilleur, ne sont-ce point là autant de rdisons pour 
constituer une commune? 



Il n'e«t pas facile, dons ces conditions, de déterminer quand 
est apparue la commune soissonnaise, à laquelle manque le 
retentissement d'une conquête brutale ou l'enregistrement par 
un texte dêlini. 

Qu'il y ait eu iivant la commune une organisation admi- 
nistrative populaire quelconque ii Soissons comme dans plu- 
sieurs villes ■*, c'est ce qu'il est tout à fait impossible de dêter- 

1. On aurait ipu rechei'cher d'nulres causes dans la psychologie mi'mu 
des habitants : mais, eu dchoi's des textes hagîograjiliiques, toujours sujets 
à caution, et particulic'i'enienl dans ce cas, on n'a que des indications 
éparses, fort peu nomlireuses, dfsi|uelles on ne peut rien tirer. A retenir 
seulement l'état de profonde ignorance de 1h population, constaté |iBr 
[OdilonJ, Vila S. Mfdardi. prol., dans AA. SS., juin, t. II, p. 83, au 
i«* si^le.et, au xn*, pnrGuibcrt, G^ifa Dei per Franco», EpUl. arl Lisiardum, 
dans Migne. P. /.., t. 136, col. 680 (cf. HUI. liti., t. X, p. 159 sq; Choron, 
fiecherche* hiil. tur l'intlr. primaire dan» tf Soûtonnaii, dans Bull, de 
SoUionx, 1873, 2' série, t. VI, p. 309 et 313). C'est dire que les raisons 
d'intérêt ont pu exclusivement la déterminer, en dehors des raisons idéa- 
listes qui jouent d'ordinaire leur rôle dans les révolutions pacifiques ou 
viole u tes. 

2. V" JSûrtjer, dans IlandwOrlerbueh der StaaUwituenÉchaften, 2" Aufl., 
lena, 1809, t. II. p. 1181. 

3. Pirenne, loc. cil., p. 86 sqq. 

4. La chnrte de Soissons institue en faveur des marchands des règles de 
droit plus équitables et plus simples qui indiquent l'etistenct? d'un yut 
merealorum ; je ne pense point d'ailleurs que ce ■• droit des marchands » 
soit l'origine dii-ecle du droit communal ; ce sont des droits juxtaposés, 
qui peuvent se pénétrer, mais ne se commandent pas forcémenl : dans toute 
1h charte de Soissons, un seul article concerne \tf jas merealorum. 

5. Voy. ce qui s'est passé h Beauvais (Labande. Uitt. de Beaiwai», p. Îi5). 
Dijon possédait avant la commune quelques libertés ;GBmier, Charte» de 

1. t. I, p. 1}. 



SU LA COMMUNE DE SCIISSONS 

miner. Il est même impossible de dire, dans l'étal des docu- 
ments, à quelle époque précise la commune suissonnatsc fut éri- 
gée. Nous n'avons plus la charte qui lui fut concédée par le roî 
Louis le Gros, connue uniquement par la conlïrmaiion de Philîppe- 
Auguste : nous en ignorons la date, et nous ne savons pas si 
Louis le Gros, en accordant celte charte, a. ou non, confirmé la 
concession de privilèges faite antérieurement aux Soissonnais par 
un des inailres de la ville. Cette concession a-t-elle pu avoir lieu, 
par qui — l'évéque ou le comte — a-t-elle élé faite, à quel 
moment a-l-elle pu l'être? autant de questions que je ne prétends 
pas résoudre, mais à la solution desquelles je voudrais simple- 
ment apjiorter quelques éléments d'information. L'année 1135 
sera le terminus ad qurm, l'année lllo le terminux a quo. Dom 
Grenier a pris comme dates-limites 1109 el 1120, on ne voit 



pas bien [>ourquoi 



. et s 



1 collaborateur dom Cafliaux émet une 



théorie analogue quand il prétend que la commune u fut érigée 
par le Roi du consentement du comte, sçavoir Jean et son frère 
Manassès evesque ■) ^. Quelques auteurs, sans beaucoup plus de 
raison, affirment que la commune date exactement de 111."^. 
Mais qu'elle soit antérieure & 1133, c'est ce qui est prouvé par la 
présence de Nocher, maire de Soissons, parmi les témoins du 
procès de Téoul, abbé de Saint-Crépin-le-Grand *. 

On verra dans un instant que beaucoup de motifs nous portent 
à croire que la commune de Soissons a été fondée entre 1115 
et 1118. La plus granfle difficullé provient de ce que Guibert 
de Nogent ne parle pas de son érection. Il est mort en 112i^, 
sans en dire un mot dans ses Mémoires. Trois solutions se pré- 
sentent : ou bien la commune de Soissons existait avant la fin 
de la rédaction du fie vilu aua, el Guibert n'en a pas parlé parce 
que celte commune, à l'inverse de ce qui s'est passé pour Laon, 
s'est établie pacifiquement ; ou bien elle est postérieure ù la 
conclusion du livre III du De vila sua, d'une date indéterminée. 



1. Bib. Nal., Co/(, D. Grenier, l, 63, f" 37B (Note iiu 
litres de révéché). 

2. IbH., t. M, f» B9 V». 

3. Rousseau-Desfontaiiies, I, 1" partie, |i. 70 (Bib. Soi 
fiquel. II. p. 73 (Bib. Soissons, ma. 22B). 

4. A. Luchaire. Ani,. de LouU VI. n» 662, p. 25.V2S6. 

5. A. Moliniei', Let sourc-.s de rhUtoire dt Franef, P 
p, 186. Cr. éd. Bourgin, l.ilrod.. p. xvi, n. 1. 




CAUSES ET ORIGINE DE LA COMMUNE DE SOISSONS 84 

mais qui ne dépasse pas, étant donné son contenu, 1 année il 46 * ; 
OU bien elle est postérieure à 11 2 i, date de la mort de Guibert. 
Pour la première de ces hypothèses, elle est bien improbable : 
on verra que la commune de Soissons s'est bien établie pacifi- 
quement, mais à une dale qui est dans une certaine mesure préci- 
sable. On doit repousser la troisième pour une semblable raison, 
et tendre à admettre que, si Guibert de Nogent n'a pas parlé de 
la fondation de la commune de Soissons, c'est qu'elle est posté- 
rieure à la conclusion de son livre 111 -. 

En revanche, Guibert nous renseigne parfaitement sur la 
vie du comte de Soissons Jean 1". Or, la date de la mort de 
Jean I" n'est point parfaitement déterminée : elle est peut-être 
de 1116, date de la conclusion du livre 111 de Guibert, où elle 
est narrée -^ peut-être un peu postérieure, et introduite dans ce 
livre, qui n'est pas parfaitement chronologi(|ue, par un procédé 
courant chez les annalistes du moyen âge ^. En tout cas, à sa 
mort, s'ouvrait une minorité, et dans les moins bonnes conditions 
possibles, après que la dignité comtale eût été amoindrie partant 
des scandales. Quelesboui^eoisen aient profité pour demander une 
commune, c'est ce qu'il serait fort légitime de croire •' : ils avaient 
été excités par la vue de l'ignominie du comte Jean, et leur 
indignation se trouvait servie par la faiblesse du pouvoir comtal. 

On a supposé '• que la commune avait été accordée aux Sois- 
sonnais par le comte Renaud, le successeur du comte Jean ; on a 
même dit qu'il avait été probablement influencé par l'exemple 
du comte de Vermandois ", qui a accordé dans la deuxième moi- 

4. UHisl. liU.j t. X, p. 452, note seulement, d'après le texte, (ju'il était 
fort âgé quand il composa ces mémoires. Guibert est mort en 1124 {ibid.y 
p. 438\ Cf. éd. Bourgin, Introd., p. xvi, n. 1. 

2. Que le chap. XX termine exactement le livre III du Df vita sua, c'est 
ce qui est prouvé par Tinvocalion qui le elot (... « libri ponamus clausu- 
lam ») (r.d. Bourgin, p. 233 . 

3. Éd. Bourgin, p. 211. 

4. Les auteurs de VArl de vérifier les dates (t. II, p. 728, col. 1) assignent 
h cet événement l'année 1118. 

5. H. Martin et Lacroix, Ilist. de Soissons, t. ï, p. 471 ; É. de Barthélémy, 
Le» comtes et le comté de Soissons, p. 26. 

6. Leroux, Hist. de Soissons, t. I, p. 406. 

7. Id., ibid. Noter que Leroux attribue celte concession au comte Haoul; 
il s'agit du comte Ilériberl de Vermanrlois, comme Ta prouvé .V. Giry 
(Étude sur la commune de Saint-Quentin, p. 7-9;. qui a vécu de 1045 h 
1080 {Art de vérifier les dates, t. II, p. 704-70"» . 

litfvwiiy, — Histoire de la commune de Soissons. n 



82 LÀ COMMl'NE DE SOISSONS 

tié (lu xi'^ siècle une charte aux habitants de Saint-Quentin ^ 
Mais comment expliquer que le nom même de comte ne soit 
pas mentionné dans le texte que nous avons de la charte de 
commune, et qui, en dépit des transformations et des altérations 
à supposer dans sa teneur, ne doit pas différer absolument du texte 
de la concession primitive ? N'est-ce point \k une preuve indirecte 
et de la faiblesse du pouvoir comtal au moment de la fondation de 
la commune, et du peu de fait que le comte a pris à celle-ci * ? 

Mais une charte de commune, sans être toujours un contrat 
bilatéral, est au moins une concession d'une personne juri- 
dique à une autre. Dans Tétat d'effacement actuel du pouvoir 
comtal. Té vêque seul pouvait accorder aux Soissonnais une charte 
de commune. En 1116, Tévêque régnant, Lisiard de Crépy, était 
un homme de valeur; quelle qu'ait été la forme sous laquelle les 
bourgeois de Soissons réclamèrent des libertés, on peut croire que 
Lisiard, en leur accordant de grands privilèges, a dû réserver, 
dans une certaine mesure, les droits de Tépiscopat: la lecture de 
la charte de 1181 nous en est un garant. Juridiquement, était-il 
en droit d'accorder semblable concession? Sans doute, sa situa- 
tion à Soissons est mal définie: du moins, nous l'apprécions telle, 
sans nous demander si des textes ne sont pas perdus, qui auraient 
pu modifier notre appréciation ; mais elle est assez puissante pour 
qu'il ait pu, à l'exemple des évêques mêmes de la province ecclé- 
siastique de Reims, donner une charte de commune aux Sois- 
sonnais. Qu'on aille maintenant admettre un accord, à cette 
occasion, entre le comte et révê(|ue -^ je le veux bien, encore que 
je sois persuadé que l'évêque seul ait suili k la besogne. 

Une raison de croire que la commune fut fondée avant 1126 
est qu'elle est mentionnée, dans le catalogue des évêques de 
Soissons, sous l'épiscopal de Lisiard de Crépy '•. On sait que 



1. (iiry, Elmie sur la commune de Saint-Quentint p. 08-78. 

2. Bréqiiifj^ny compare Soissons à Amieus, où la commune est accordée 
par le roi, à la demande de l'évêque, et maljjré le comle \ Préface au t. XI 
des Ordonnançai y p. xxvj). On verra plus lard des franchises et immunités 
accordées à divers lieux du Soissonnais par le comte, mais avec la confir- 
mation de l'évêque [Ordonnances^ t. XI, p. 412). 

3. Aug-. Thierry, Lettres sur Vhist. de France, Lettre XIX, ;>*' éd., Paris» 
1836, in-8, p. 297. 

4. Dormay, Hist. de Soissons^ t. II, p. 87; Brécfuigny, Préf. au t. XI des 
Ordonn.j p. xxvj. Cf. le texte dans le RUualn... eccleslae snessionensisy p. 5. 



CAUSES ET OIllIirNK Ï>H LA CU«ML;Nb; DE HUiSSOSS 83 

Lisiartl esl mort en effet le IS octobre 1 126. el dinsi se trouve 
nipprochi? le termina» ad quern '. 

C'est donc entre 1 1 15 et 1 121!. en gros, et ^tlutôt aux environs 
de 1 1 IK, que s'est fondée lu commune de Soîssons, dont il reste 
à rechercher rapidement les causes déterminantes, «près avoir 
étudié, dîins les pages précédentes, les circonstances générales. 



L'une de ces causes. Cl. Dormav. dés le xvu' siècle, l'avait 
bien trouvée - : e'esl la diversité des pouvoirs judiciaires, ce «juc 
M. .1. P'hich a appelé le morcellemenl de l'autorité féodale '. 
Un connait la complication de Iei carte politique de Soissons, 
et nous savons que l'enchevêtrement des droits non déli- 
nÎB dépassait de bien loin la diversité réelle des juridictions. 
L'affaissement du pouvoir comtal au début du xii* siècle, en 
III(> particulièrement, l'imprécision des droits politiques de 
l'évéque diminuaient encore l'autorité, répartie entre tant 
de mains. Qu'en face de ces souverains ennemis ou affaiblis 
se dresse, conscient ou non, ce svndicat de volontés frustes, 
mais bien déterminées par les conditions de lu vie économique, 
dont j'ai parlé, il est victorieux : la commune s'établit. 

A l'esprit ardent, primitif des Soissonnais, leurs maîtres ne se 
présentaient non pas seulement comme des maîtres, mais encore 
comme des maître.s h certains égards indignea : j'ai plus haut noté 
l'impression (|ue pouvait produire en eux la vuedes scandales dont 
le comte Jean était coutumier. La vie ecclésiastique à Soissons, à 

1. \ QOter en outi'c, daii» une charte de Lisiard, de 1119, en faveur de 
Sa inl-Jeen~d es- Vignes, quelques mots dans le protocole, qui sorLent de U 
banalité ordinaire, et peuvent faire allusion à des événements voisins : i- lu 
Domine Patris et Filii et Spirilus sancti, amen. In pace quam reliquîl ecclesie 
sue Christus, qui et îpse sua pax est, in amore Dei et Christi eius, que 
«Bl vore religîo cbristîana. confoveri animus et convalescere comperlum 
habemus, unde et aposlolus, ul quielam et tranquillani vitam nmni snnc- 
tilate agere possimus, orare dos nmmonet pra Datu vite liumane; ad quod 
plurîmura prodessc non incognilum habemus causas bcne dispositas ad 
cognitioneui lam presentium quam posi futurorura eliam scHpIo trsnsmil- 
tere. Sic tnim novilatani pre»amptio, H alienaram injuriosa rerutn invatio 
eonquieecit, rationsbili verilate pi'oductB in lucem. Unde notum fïeri cura- 
vimus.... etc. .. (Bib. Nat., Coll. D. Grenier. I. 23*, f" 168). 

3. Op.eiL. l. II, p. 86. 

3. Le» orig. de Fane. France, t. II, l. III, ch. V, p. 275 sq. 



84 LÀ COMMUNE DE SOISSONS 

la fin du XI®, au début du xn*^ siècles, avait pu leur offrir d^autres 
sujets de colère, colère aux causes multiples, colère rancunière 
de serfs en mal de vengeance, colère aussi de fidèles jugeant 
sévèrement, dans la naïveté et la simplicité de leurs âmes reli- 
gieuses, les fautes de ceux qui, en étant leurs maîtres, étaient 
en même temps leurs éducateurs. Guibert nous montre avec 
quelle ardeur les Soissonnais poursuivaient l'hérésie K Avec 
quelle douleur, ils avaient dû apprendre la condamnation de 
Tabbé de Saint-Médard Renaud, convaincu de simonie au concile 
de Reims de 1049 ^, deux fois excommunié, bravant le légat et 
sa propre communauté, et gardant son abbaye jusqu'à sa 
mort (1076) 1 Au même temps, le simoniaque archidiacre de 
Paris, Josselin, essaie d'arriver, à force d'argent, à Tépisco- 
pat de Soissons (1063) : ce n'est que devant la colère du pape 
Alexandre II, qu'il abandonne la conquête de ce siège ^. Puis, 
quelques années après, c'est le scandale du double épiscopat 
d'Arnoul et d'Ursion qui éclate '*, c'est le pillage par l'abbé Pons 
de l'abbaye de Saint-Médard : il « dévore toute la substance » de 
l'abbaye et dissipe jusqu'aux ornements du culte, de sorte que 
le roi, Philippe I*^*", qui lui avait vendu cet office, n'ose refuser aux 
moines, vivement appuyés par l'évêque Thibaud, l'autorisation 
de se débarrasser de Pons pour élire un autre abbé '^ (1077) ; 
puis c'est la lutte entre l'évêque Hugues et Raoul III, abbé de 
Saint-Médard, qui refuse sa confirmation et méprise ses excommu- 
nications (f après 1119) '\ Les hommes qui brûlaient les mani- 
chéens de village et menaçaient de mort les Roscelin et les Abai- 
lard, devaient mal supporter ces atteintes à leur idéal, étroit, 
mais précis, delà vie religieuse: sans doute, ils pouvaient admi- 

1. De vita «i/a, III, xvii, éd. Bourjçin, p. 212-215. 

2. //. F., t. XI, p. 580, n. (b)\ Gallia Christ., t. IX, col. 413-414. a. Jaffé, 
Reg. pont., u» 4548; Lahbe, Cane, t. IX, coi. 1132. 

3. Jaffé, Reg. pont., n»» 4517 et 4519; texte dans Labbe, Cofic, t. IX, 
col. 1129-1130 et 1152. Cf. Dormay, op. cit., t. II, p. 28. 

4. Voy. p. 59-60. 

5. Vita S. Arnulfi dans AA. SS., août, t. ill, p. 234 : Gallia Christ., t. IX, 
col. 414. 

6. Baluze, Miscell., t. V, p. 301 et 303. Raoul fut excommunié après avoir 
refusé d'obéir aux décisions du concile de Reims. L'évêque Lambert d'Arras 
fmit pourtant par le convaincre : Raoul alla demander grâce au roi, fort 
mécontent de toute cette agitation (Baluze, Miscell., t. V, p. 302, 397, 335), 
et Hugues lui pardonna. Cf. Gallia Christ., t. IX, col. 354 et 415. 



I 



CAUSES ET Onnil.VE DE LA CM>IMl'>E 

rer les NBintes mœurs d'un Lîsiard; mais ils avaient déjà appris 
que la vertu dépend dos individus, et non du caractère dont ils 
sont revêtus; leur désir d'une condition meilleure ne pouvait 
plus se heurtercn eux-mémesà leur respect des personnes sat-rées. 
leurs revendications n't^taient plus incompatibles avec leur piét<^. 

Au même moment, un sauMe de liberté aj^itait la province 
ecclésiastique do Reims '. Soissonsse voyait pour ainsi dire cernée 
par un cercle de villes communales: au nord, h Saint-Quentin, 
commune depuis lOSfl environ ^; à l'ouest, Beauvais, depuis 1099 
sans doute •''. et, plus près, Noyon. depuis U08 ou 1109 *; k l'est, 
Laon en IHI ''. Au sud. la métropole rémoise lui oITmit 
l'exemple d'une organisation municipale qui parait ancienne ''. 
Tout le nord de Franco, ou reprenait la vie économique, allait, 
k la suite de Cambrai ^, essayer de secouer l'antique joug. 

Ces exemptes, qui s'imposaient >> l'esprit des bourgeois de 
Boissons, s'imposaient aussi â l'esprit de leur évèque. Lisiard 
avait vu presque de ses yeux le sort do l'évêque de Laiin, 
Gaudri ", et son ami Guibert de Nogenl avait dû lui faire de la 
mort de ce prélat un lableauelTroyable, dont on peut se faire une 
idée H travers le récit du De vila sua. Au concile de Beauvais de 
Il 14, en même temps qu'il pouvait se rendre compte par lui- 
même de l'exercice du pouvoir par les bourgeois, il y frappait 
d'anathème, avec ses collègues, Thomas de Marie, dont les 
violences avaient été la principale cause de la retraite ù la Char- 
treuse de 1 évoque d'Amiens, saint Geoffroi "; or saint Geoffroi 



1. l.ucbaire, ilana l-avisso. Hhl. de France, I, II, 2' parlie. ji. 'Ml si[ri, 

2. Id., ibid.. |.. 3V9. 

3. Lahande, flial. de Bf»tivni», |). 55 s(]q. Sur les rapporlB de Beauvais 
et lie Soignons è la fin du xi* cl nu ilébul du xtc siècle, cf. Id., ihid.. 
p. QS, 

i. A. Lefriinc, m»t. dr la cammane du Noyon. dans Bib. de t'Éc- des 
Ut" Etudes, rase, a' 73. l'.irii», 1888. in-8, p. 30 Bi|q. 

5. I,. Broche, llitt. de» intlil. communales de Laun, dune Pngilion de* 
Iktte* de» ktèue» de CÉcole de» Charte». i'JOl, p. 26. 

6. Puuriin, Organitalion miinkipale. p. 81, 

7. W. Rpinpcke, Geaeh. lier SladI Cambrai Lis lur Erleîlang der « Lv.r 
Godefridi,. {HH), Marburg n. d/L., 1896, in-K. Cf, Pireniie, C /?,. dans 
Rrv. nui.. 18911. l.LXlX.p. lÛTsqq. 

8. Guibert de Nogenl, D« mia lua. lit, viu.rtl RDiirj-ii". p. 117. 
•^. MgrC.oiissel, .IWm..., l. Il, p. ISO. 



86 LA COMMUNE DK SOISSONS 

a été le principal auteur de la commune amiénoise K Lisiard de 
Crépy était son ami : c'est à Soissons, en lUS, que se tient le 
concile qui charge Henri, abbé du Mont Saint-Quentin, et Hubert, 
moine de Cluny , d'aller chercher le saint évêque dans sa retraite '^ ; 
c'est aux portes de Soissons, en 1 1 16 ^, le 8 novembre, que meurt 
saint Geolîroi ; c'est Lisiard de Crépy qui lui porte le viatique ^, 
Autre victime — cette fois indirecte — des colères populaires, 
Geoffroi donnait à Lisiard une nouvelle leçon. Sans doute l'église 
n'a pas en général été très favorable au mouvement communal ; 
sans doute, Tami de Lisiard, Guibert de Nogent, lui a été extrême- 
ment hostile ; mais pourquoi faire de Lisiard un homme plus auto- 
ritaire, plus entêté, ou plus injuste qu'Ansel à Beauvais, Baudry 
à Noyon, Geoffroi à Amiens •» ? 

Etait-il beaucoup plus faible ? A côté du comte mineur, dont 
le pouvoir se trouvait affaibli par l'indignité de son père, Tévêque 
se dressait comme le seul seigneur dans Soissons : son épiscopat 
est contemporain d'une véritable prospérité religieuse du dio- 
cèse ^. En homme politique, il dut accorder aux Soissonnais la 
charte qu'il prévoyait que ceux-ci lui arracheraient un jour — à 
lui ou à ses successeurs — par violence ; et l'évêque, qui avait 
assisté au concile de 1079, où l'on réglementa la trêve de Dieu '^, 
se souciait de voir la paix chrétienne y moyennant quelques con- 
cessions, qui diminuaient bien peu, somme toute, son autorité, 
régner dans son diocèse. 

On peut donc croire que Lisiard a accordé aux Soissonnais une 
charte de con^mune. Sans doute, il n'y est pas fait allusion dans 
les textes qui se rapportent à l'histoire de la commune. Mais si 

1. De Galonné, Histoire de lu ville (rAmiens, Amiens, 1899, in-8, p. 127 
sqq. 

2. Labbe, Conc.^ t. X, col. 8Gi. 

3. Siirius met cette mort en 1118; mais il existe une charte d'Enguer- 
rand, évêque d'Amiens, successeur de Geoffroi, datée de l'an I de son 
pontificat, 6 des ides de mai 1116 (Le P. Quatremaire, Concilii Remensis 

fahitas démonstration p. 54 sqq.Gf. Bib. Soissons, ms. 247, p. 102). 

4. Cf., dans ce sens, Tabbé Pêcheur, Annales du diocèse de Soissons, t. II, 
p. 202. 

r», II. Martin et Lacroix, Ilist. de Soissons, t. I, p. 489. 

6. L. Delisle, Instructions adressées par le comité des travaux histor,^ 
p. 23 sq. (Bib. Nat., lat. 17527. f°» 206-207). Cf. Labande, LecartuL de Saint- 
Quentin de BeauvaiSy dans Mém. de la Soc. acad. deTOise, t. IV, 1889, P. J., 
n° I, p. 671-673. 



CAtSKS ET ORIOI.NK OE I.A COMMUNE DK SQ1SSn>a «1 

la place de Lisiard dans Soissons est biea celle (]ue Je crois, lui 
seul tétait en état d'établir un texte qui diHennitiflt ses droits et 
ceux de la commune naissante*. Que ce texte fùl un contnit 
synnll.igma tique, c'est ce qu'il est pt'u possible de croire. Ce 
devait être plutôt quelque chose d'assez analogue fi la charte si 
courte concédée par l'évèque Baudry aux Nojonnais. Les bour- 
geois de Soi.ssons devront, au temps de la commune, prêter au 
clergé de Soissons un serment de sûreté {juriirnenliim ansecara- 
tionis) ; mais entre l'évèque et l'administration communale, il 
n'y aura jamais échange d'engagements réciproques, comme <i 
Laon-. C'est là une preuve indirecte, en même temps qu'un 
ccIFet, de l'autorité de l'évoque ft Soissons \ 

Cette cité, d'ailleurs, faisait partie du domaineroyal. (lyavait 
nécessité pour les bourgeois de Soissons de faire confirmer leur 
charte de commune par le i-oî : cette sanction les préservait de 
tout empiétement rétrocessif du concessionnaire. C'était de plus 
une nécessité pour celui-ci, qui, en accordant une commune, 
abrégeait son domaine ', Enfin évèque et bourgeois avaient peut- 

1. A. I.uchnire dil fort bien (Les commune» fraii^aine», p. 113) : ■ I.o 
transforma II un des bourgeois assujettis en bourgeois iinlépundantH Ha'ii lui 
f>ïl anormal, exceptionnel, une il^-rognlion au droit commun ; il fallnît avniil 
tout que celtP dérognlion se justifiât pnr un titre. « Cf. la procédure exigée 
par le Parlement au xiiC Hècle, ibid., p. IIVIIS. On a vu ini\mo d<'« 
exemples de faux isinsi pour Chileau neuf- lès-Tours. Voy. Giry, fjtahlttte- 
mtnUdeRotten, t. I,p. lUl). Il u pu exister antérieurement ï la charte do corn- 
muueune vie niunirîpale quelcoDi|ue [A Ik-auvais parexemplel, ou cerlâiuHH 
libertés (A Dijon. Cf. J. Gai-uier, Charin île commande, a' V, 1. [, p. i) : on 
ne note cepenilaot que l'exception formeUe d'Abbeville, où la charte du 
1184. accordée par Jean de Ponlliieu, dil qu'il y cxiale une commune dnpui* 
une cinquantaine d'années {Moniiinenlt du Tiert Klat, Coll. des Doc. In., 
l.IV, p. 9). 

2. L. Broche, Documenlt relatifs 3U.i rappurti de Céntt/ue ri de U f-om- 
munede Laon au moyen j^e. dans .Voun. Htrv. hlit. de droit fr. H tir., nov.- 
déc. 1901, p. '130-7.11. Cr. Luchaire. Let commune* françaUc». p. «8. 

3. Voy. h ce sujet les observations 1res juHte» de Bréqutgny, dnn» la 
Préface au 1. XI de» Ordonnanre*. p. xxvj. 

i. Bréquigny. Préface au 1. Xll des Ortionnaitret, p. xvii ; « l^n ««Igneur 
ne pouvoil abréger son Gef (c'csl-i-dire «ii diminuer les redevances. If* 
prérogatives) «ans la permission de son suzerain, qui avuit intérêt de coo* 
server dans loule son étendue le fief i-elevanl de lui : ainbi le» Bourgeoisie* 
qni diminuoient les droits du seigneur imiuédiat sur »e» va»uux dévoient 
éire confirmés p«r le suzerain : et la confirmation du wiuverain, envisagée 
s œ point de vue, émauoil plutât île sa suieratneté que de sa souverai- 
• Cf. tjKhaitr, .Inn. de LoitU VI. Inlrud.. p. cxcii-iii. et Le» eommuaet 




88 LA COMMUNE DE SOISSONS 

être déjà k faire préciser leurs droits mutuels dans un acte plus 
explicite que la charte primitive ' : cela expliquerait que dans 
ses lettrtis de 1136 ^, adressées à Tévêque, le roi Louis VI assure 
qu'il a établi une commune à Soissons. 

Louis VI le Gros, qui « a suivi, le plus souvent, une politique 
conforme à l'intérêt des églises » ^^ confirma la commune de 
Soissons à l'époque de son règne où il s est montré favorable à 
l'institution communale *. Ses raisons, il n'est pas très commode 
de les discerner. On a dit qu'il « avait voulu restreindre l'autorité 
des comtes etdesévêques de la ville-' ». Mais était-ce le meilleur 
moyen ? A-t-il pu même avoir cette idée, puisqu'en somme son 
pouvoir s'exerçait fort bien à Soissons ^ ? On a prétendu que, 
comme en d'autres lieux, le roi vendit aux bourgeois sa con- 
firmation "'. On peut admettre plutôt qu en dehors du souci 
pieux du roi de se conformer au vœu de l'église de Soissons, 
il songeait, en confirmant la charte de cette, ville, à s'assu- 
rer des soldats pour ses multiples expéditions, auxquelles ne 
pouvaient suffire ses villageois du domaine embrigadés par les 
curés ^ : la charte de 1181 n'assujettit pas les communiers au 
service militaire, mais la coutume annexe ordonne au maire 
d'envoyer à l'armée tous les hommes disponibles à la première 
réquisition ^. 

Cette idée a frappé d'autres historiens ^^, qui ont même suppo- 
sé que c'est au moment où Louis le Gros avait le plus besoin de 
soldats, — où il allait combattre Thomas de Marie, — qu'il a 
accordé aux Soissonnais la confirmation de leur charte. Ce serait 
en 1115. Cette date est inadmissible : la charte supposée de 



françaises^ p. 119; Delpit, Mon, du Tiers Etat, Bib. Nat., n. a. fr. 63r>9, 
fo» 40-41 . 

1. Ce n'est qu'une hypothèse : mais l'élude de ce qui s'est passé pour 
Noyoïi, où Ton pourra comparer la charte de Baudry et la charte de 1181, 
semble la servir. Cf., dans ce sens, Devisme, Manuel chronoL, p. 41. 

2. V. le chap. III. 

3. A. Luchaire, HisL des Instit.j t. II, p. 179. 
*4. Id., ibid.^ p. 177. 

5. Brayer, notes au chap. IX, sans pagin. (Bib. Soissons, ms. 225). 

6. Brussel, Usage général des fiefs, t. I, p. 178-179. 

7. Dormay, Hist. de SoL^snnSj t. II, p. 85. 

8. Déy, Etudes hisl. sur i établissement des communes, p. 49 scjq. 

9. Id.", ibid., p. 52-53. 

10. Rousscau-Desfontaines, I, 2*' partie, p. 69 (Bib. Soissons, ms. 231). 



CAUSES RT UniGINE DC LA L0MVL1NR DV. 60ISSÛNS »!) 

Lisiard est des anniîes 1116-1118. Sans doute, Louis VI assiste 
bicD au concile de Soissons tenu en janvier MIS' : il s'y 
préoccupe des airaîres d'Amii'ns. et il ne peut y avoir con- 
firmé une charte encore inexistante. Il est à Soissons encore en 
1123 *, en 1126-', Mais il n'est pas croyable que ce soit avant 
1133 qu'il ait conflrmé la commune de Soissons '. 

Le li mai 113i), il se tint îi Soissons une assemblée gcni'rale 
d'archevêques, d'évêques et de grands du royaume ■*. Louis le 
Jeune s'y trouvait. Le roi y conlirrau la fondation de l'abbnye de 
Longpunt, faite deux ans auparavant par le comte Raoul du 
Vermiindois, le seigneur de Chérisy, et l'évéque de Soissons, 
Joslein ". N'esL-il pas tout à fait admissible de croire que ce der^ 
nier, qui n'était pas encore entré dans sa querelle avec la com- 
mune, profita du séjour solennel du roi pour faire conlirmer la 
charte accordée aux Soissonnais par son prédécesseur ? 

A cette date de 1133, ou plus exactement k la date de 1 13<), 
on quitte l'inconnu, on peut abandonner l'hypothèse. L'histoire 
de la commune, érigée par Lisianl de Crépy entre 1H6 et HI8, 
confirmée par Louis le Gros, s'ouvre. 11 ne dépend plus que 
des Soiasonnais de la faire durer le plus longtemps possible '. 



1. A. l.ucliaire, Ann. de Louis VI. n° 188, p. Sl'j. 

2. Id., ibid., n« 36i, ji. iBS-166. 

3. Id., ihid., n" 37(1 et 371, p. 171-17:1. 

4. Un certain nombre d'auteurs admettent, saas aucun motiT, la clule de 
1131 (Leroux, //(»(. de Soinêon», t. I, p. 4(17 ; Roger, .-Irti/itCM liitl. et e<:elàs. 
de la Picardie ri de l'Arlità. l. ll,-p. 337 ; Vinchon. dans Btilt. de ta Sac. 
aead. de Laon, 1856, l, V. p. 42; E. Lefèvre-Pontalis, L'architecture rétif}., 
t. 1, p. â5). — J'ai négligé âe parler d'uoa autre npinion, qui fait remonter 
la concession royale à 1117 (Brayer, notes au chap. IX, non paginées, Bill. 
SoisHona. ms. SZS; Devisme, Afanuel chranoL, p. 41.) 

5. Luchaire, o/i, ci'., n° St4, p. i'M. 

6. Cailia Chriêl., t. X. Inalr., col. H2, en fr.. Cf. al.lié Poquel, ffotire 
tur l'abbai/e de Lonypont, dans Bull, de la Soc. »pad. de Laon, 18fl9, 
t. XVin, p. 2fl4. 

7. ,1e note ici ce plissage du Préaident Doubler {Le» coutume* du duché 
de Bourgogne, Dijon, 1740, in-P, l. 11. p. 31| ; -. Ce droit de commune 
quand il est une fois concédé par les seigneurs, et conOrmé par le roi, est 
perpétuel, et irrévocable ; à moins que les communautés n'ayent mérité 
d'en être privées par quelque mauvaise action. Les exemples en sont rares). 
Mais il y en H quelques-uns, comme il arriva aux habîtans de la villi; de 
Ijou, sous le roi LoUis V[, pour avoir lue leur évèque, el, plus réccrameul, 
sous Lolii-< VIII. Hux Rochellois. h cause de leur rcbctiion.. » 



CHAPITRE III 

ÉVOLUTION DU DROIT L'RRAIN A S01S80NS d' APRÈS LES TEXTES 

COMMUNAUX 

Toute commune forme une sorte de petite république, dont le 
droit à Texistence est légitimé par des textes. C'est donc le cas pour 
Soissons. Il importe, avant de voir comment ont été appliqués 
ces textes constitutionnels, et de quelle façon Texpérience les a 
modifiés, de les connaître, et de se rendre compte, par l'analyse 
de certaines de leurs clauses, comment ont évolué les principes 
juridique du droit communal soissonnais. Certes, tout ce droit 
n'est pas contenu dans ces textes, pas plus que dans les sentences 
judiciaires qui mirent fin à tant de querelles où la commune 
était partie : il reste en dehors la coutume locale, amorphe 
encore pour l'époque dont nous nous occupons, et qui, à travers 
quelques textes ayant trait au droit privé, se laisse seulement 
deviner K 



* 



Pour étudier cette évolution, le point de départ nous fait 
défaut, je veux dire le point de départ juridique, car il est 
important, pour la comprendre, de se souvenir de Tétat écono- 
mique de la population soissonnaise au début du xu® siècle. 
Mais nous n'avons ni la charte de Lisiard de Crépy, ni celle de 
Louis le Gros. On peut cependant se rapprocher d'assez près de 
la promulgation de cette dernière, et inférer Tétat politique et 
social qu'elle créa de la lecture d'un jugement rendu par le roi en 
H36, trois ans donc environ après la confirmation supposée de la 
charte de Lisiard par Louis le Gros '. 

Ce jugement fut rendu par quatre grands officiers '*, à la suite 

1. Dans les clauses d'exception, il est parfois fait allusion au « statuto et 
consuetudini patrie, civitatis et loci » (Bib. Soissons, ms 5, CartuL de 
Saint-Jean'deS'Vignea, f** 156 ; charte d'avril 1269). 

2. Voy. P. J., n° 12. 

3. Sur le caractère de ce jugement, cf. Beugnol, Préf. aux Olim., t. I, 

p. XXXI-XXXII. 



ÉVOLLTION DV DROIT THRAIN A 8(ilS80N8 Ul 

d'un procès intenté parTévêque Joslcin, — (jue soulonaient pro- 
bablement les seigneurs de la région \ — contre les gens de la 
commune, entraînés par un des leurs, nommé Simon. La 
cour siégeait à Saint-Germain-en-Laye, où vinrent Joslein et 
les représentants de la commune ; Téchanson du roi, Guillaume, 
signifia le jugement aux gens de la commune, restés k Soissons, 
qui donnèrent comme pièges de leurs engagements le roi lui- 
même, son fils Louis le Jeune et e comte Raoul de Verman- 
dois ^. 

L'état de choses créé par rétablissement de la commune est 
caractérisé par les mots : « quadam grava mina dimisimus. » 
L'expression est vague, la chose plus encore. Mais ce qui ressort 
du contexte, c'est queT « emunitas >» accordée aux communiers 
soissonnais s'applique à ceux-là seuls qui, au jour de la conces- 
sion de la charte communale, possèdent une maison ou une 
place à bâtir, dans la cité ou dans h^s faubourgs : c'est la seule 
spécification qui apparaisse : nulle cHIFérence entre la cité et les 
faubourgs, nulle différenciation de classes parmi les conmiu- 
niers : il est vrai que seuls les proprirtaires sont appelés à la 
vie communale. 

Propriétaires dans la ville, ils peuvent <Hre considérés comme 
serfs en dehors de ses limites. Les fjravHminn dont il est ques- 
tion au début de l'acte de I \*M\, en réalité ce sont avant tout les 
tailles, les corvées arbitraires que tous les cultivaU^urs de la 
région soissonnaise subissaient et qui ont été abolies au début 
du xu* siècle pour ceux qui habitaient et qui cultivaient à 
rintérieur de la ville. Mais la transformation communale n'a pas 
supprimé pour le S<jisv>nnais le s<T\'age réel, et le communier, 
indemne à l'intérieur de la ville, se retrouve soumis aux charg#-s 
serviles. dès qu'il retourne â la gb>l>»;. Il y avait dans cetU; 
situation une absurdité et une iniquité qui devaient frapf^.T 
l'esprit des communiers : par la violence, ils esviy<-rent d*emj>é- 
cher les s^-igneurs d'exercer leurs droits. 

Les communiers jKjuvaient se m*'jrier entre eux. M?iis la (i^>|ni- 
lation était \t^n nombreuv;. diffieilernent renouvel é<-. et les 
prohibitions c;inon:ques exaspéraient la diffirtjllé des eho;x 



2. Erre«i * v^:. -r - •■: '.<'.' \ât:',.x. //:i* 'U r'/'t*^rf#, *, J. %. Vit. u. m. 



92 LA COMMUNE DE SOIShONS 

conjugaux que limitait par ailleurs l'existence du droit de 
formariage. C'était une nécessité pour les communiers de cher- 
cher en dehors de la ville des femmes, des maris ; mais Sois- 
sons était comme une petite citadelle cernée de toute larmée 
des droits serviles, et la question se posait de savoir si les serfs 
introduits dans la vie communale par le mariage devenaient par là- 
même membres de la commune K La question pouvait se résoudre 
au moyen d'une entente entre communiers et seigneurs ; au 
début du xii® siècle, les communiers de Soissons tentèrent de la 
résoudre par la violence, en gardant parmi eux, — avec leur 
consentement, ajoute lacté de 1136, — les serfs libérés par le 
mariage. 

Ainsi formariage et charges serviles réelles n'ont pas été sup- 
primées par la première charte de commune. 

Les Soissonnais devaient d'autant plus souffrir de ces obliga- 
tions serviles, qu'à ce moment même ils essayaient de faire dis- 
paraître le plus possible l'arbitraire dans l'exercice de la justice. 
La commune ne semble pas en effet posséder des organes juri- 
dictionnels ; mais elle s'efforçait de faire accepter par les sei- 
gneurs dans les domaines de qui, à l'intérieur de la commune, 
des forfaits étaient commis, des amendes qui ne dépassaient pas 
5 sous. Elle tenta même d'aller plus loin, en empêchant les sei- 
gneurs de saisir les biens ^ de ceux de leurs justiciables qui 
refusaient de se soumettre à leurs sentences, et en exigeant de 
ceux qui faisaient tort a la commune des amendes qui purent 
dépasser 60 sous. 

La commune, ne possédant pas complètement la ressource si 
profitable des amendes judiciaires, dépourvue très vraisemblable- 
ment à Torigine de toute propriété communale, devait chercher 
le moyen de s'assurer les fonds nécessaires à son administration : 
nul moyen légal ne lui ayant été reconnu, elle se décida à exiger 
un droit d'octroi de tous ceux qui venaient mettre en dépôt des 
céréales ou du vin dans la ville ou les faubourgs, ou qui appor- 
taient au marché des denrées. Ce droit faisait double emploi avec 

i. La (juestion fut résoluo par l'affirmalive pour Sonlis (Flammermonl, 
Hist. de Sentis, p. 6 et 7 ; cf. Labando, ///s/, de Deauvais, p. 9'>\ 

2. A. Thierry, op. cit.. p. 299, traduit rcs par meubles ; la législation 
comparée permet d'arlmellre cette interprétation (cf. P. VioUet, Hixt. du 
droit civil français^ Paris, 1893, in-8, p. 618 sqq.). 



ÉVOUTIOÎ* OU DROIT l 



y3 



les droits de transit exigés par les seigneurs, et qui, dans l'acte 
de 113t"i, purtent le nom générit[ue de porlat/ia '; la commune, 
par la force, essaya d'abolir les portagia, qui. s'ajoutant au droit 
d'octroi qu'elle voulait établir, devaient finir par retomber sur 
les consommateurs même, en l'oceurrence. les communiei-s. En 
somme, les finances communales n'ont pas i^té organisées par la 
charte communale : îl est vrai que lu commune n'est pas soumise 
au paiement de rentes annuelles au roi ou à l'évèque, repnlsen- 
talives de la concession première '. (juant aux dc))enses admi- 
nistratives, auxquelles J'ai fait allusion îl n'y a qu'un instiiut, 
elles doivent être fort peu Importantes. 

L'administration est aux mains d'un maire et de jurés, dès les 
origines de la commune. Par qui, comment, pour combien de 
temps ils sont élus, quel est le nombre des jurés, les fonctions 
exactes de l'un ut des autres, autant de questions auxquelles il 
est impossible de n-pondre. 11 est ti croire cependant qu'à cette 
époque l'assemblée générale de la commune joue un rôle impor- 
tant : c'est îl elle que Louis le Gros enverra son êclianson Guil- 
laume signifier la sentence de 1136. Ces assemblées, la charte 
primitive n'a désigné aucun lieu pour qu'elles s'y tiennent : la 
commune tenta tout bonnement d'utiliser pour cela la prévôté et la 
maison de l'évèque, et elle alla jusqu'à loger, malgré la défense 
de Joslein, ses prisonniers dans la grande cour épiscopale ''. 

Bien n'apparaît, dans l'acte de 1136. de ce quia pu concernep, 
dans la charte primitive, le service militaire. De même, on ne 
perçoit pas dans cet acte le caractère syndicataire et solidariste 
des liens qui unissent les communiers, caractère souligné A 
tant de reprises dans la conlirmalion de 1181 ; cette lacune 
tient évidemment îi la nature de racle étudié; mais même 
dans l'action incessante des communiers contre les iniquités 



1. II. Martin i-t Uci-uix, IlitL de Soisiont, t. I, p. 'Mh. <!onni-iit deux 
explicHlioiis ;ou c'est une laxesiirles inarchundises portées A dos il'liommt, 
on c'eRt ua droit ex'igé nux portes de la vîlte. 

2. On snit que Dormay suppose, Hi»l. de Somoni, t. Il, p, 85, que cetle 
conceseioo a été achetée h }a royauté par la commune, 

3. Leroux, Uîal. de SoUsoni, t. I, p. 432. explique que celle cause de 
conflit disparaît en 1139, quand est Tondéo l'abbaye de Soint-l.éger, 
b qui Joslein donne uue partie de l'emplacement en question ; le reste 
eal donné au prieuré de Sain t-Pierre-à-la -Chaux pour en (aire un jardin. 



9i LA COMMUNE DE SOISSONS 

dont ils souffrent, s'affirment de fait cette solidarité et cette com- 
munauté d'intérêts. 

En face d'eux, ils n'ont guère que Té vêque, véritable procureur 
des églises soissonnaises et des seigneurs^ à qui est due la plainte 
portée au tribunal du roi. Le comte n'apparaît pas ^ ou bien il 
figure, indistinctement, parmi les liberi homines ^ dont la révo- 
lution communale et surtout les revendications qui y font suite 
troublent la situation. La commune peut donc compter sur soi. 
Soissons, où un marché existe certainement en 1136, est en voie 
de prospérité économique. Le jugement de 1136, dont le but est 
d'anéantir les prétentions de la commune, marque un temps 
d'arrêt dans son évolution progressive ; il n'est pas un retour en 
arrière. 



* 



En effet, si le formariage n'était pas aboli, il fut convenu que 
les hommes et les femmes qui étaient entrés dans la commune 
par union conjugale y resteraient, à condition qu'ils marieraient 
un de leurs enfants hors de la commune avec un des sujets des 
seigneurs au pouvoir desquels ils s'étaient arrachés. Le droit de 
formariage faisait encore trop bien partie du système doma- 
nial, pour que, en vertu d'une simple décision du tribunal royal, 
il fût loisible d'en dépouiller, même moyennant une indemnité, 
les détenteurs. 

La commune paraît avoir acquis de nouveaux droits quant 
à la justice par l'acte de 1136. Dès l'origine, on semble avoir 
reconnu un délit nouveau, Vinfr&ctiocommuniae, la rupture vio- 
lente du pacte communal ; mais nous ignorons par qui ce délit 
était reconnu, la sanction déterminée et exécutée. Il est fort natu- 
rel de croire que la commune, qui subissait le délit, fit tous ses 
efforts pour s'en assurer la répression, et cette répression, arbi- 
traire, fut sans doute assez rude, puisqu'en 1136 c'est le roi lui- 
même qui la réglemente : il fut établi que Tamende, pour le délit de 



1. Bréquigny, Prc^f. au t. XI des Ordonn., p. xxvj ; H. Martin et Lacroix, 
op. cil., t. I, p. 508. 

2. Cetle expression doit avoir ici le sens de c/iey/i/iers. Cf. P. Guilhiermoz, 
Essai sur Vorig. rlf* fa noblesse en France au moyen âge, Paris, 1902, in-8, 
p. 458. 



ËV<>l.i:Tln\ DU DROIT 



95 



V in f radio, ne dépasserait pas 6U sous '. Uest vraii|ue les essais de 
rég^lemen talion d'amende, inaugurés par lu commune, échouèrent 
en 1 136 ; les seigneurs, toutefois, ne purent lever qu'une amende 
équivalente au dommage, et ils eurent le droit de s'assurer le 
paiement de celle-ci par ta saisie des biens (meubles?) du cou- 
pable ; encore est-il à croire, — le texte, fort obscur ici, du juge- 
ment le laisse supposer, — <|ue les saisies n'étaient possibles 
que dan!4 les domaines des seigneurs, et (|u'elles étaient inter- 
ilites dans l'ëtendue de la commune. 

Ainsi l'action révolutionnaire des communiers aboutissait 
encore une fois 6 l'amélioration de leur condition. Leur " me- 
neur >i seul, le bourgeois Simon, dut paver de l'exil son action. 
Ce fut la seule victoire, sans doute sensible à son orgueil, de 
l'évêque Joslein, qui semble avoir gardé de ce premier engage- 
ment avec la commune un mauvais souvenir '■. On a même sup- 
posé que c'est pour diminuer, indirectement, les droits de la 
commune triomphante, qui! {Ktursuivit avec tant de zèle la fon- 
dation de nouveaux établissements religieux '. 



[,ii cliiirte de commune accordée ft Soissons fut c()nlirmée par 
son lils Louis VU. Cetl-^ couiirmation n'existe plus : elle est 
simplement indiquée dans le préambule de la charte de cunlirma- 
tion de Philipjw- Auguste, en 1181 V Mais, en fait, nous n'en 
ignorons que la date, car le texte en est parfaitement 
tuable : Philippe-Auffusle. en confirmant la charte de son père, 
a seulement ajouté un article nouveau, le vingtième, et le texte 
de 1 iSI. sauf quelques variantes qui seront examinées plus 
tard ^, est semblable à celui des filiales de Soissons. concédées 
parle même Louis VU. 

:. (oc. nV., troiiveiil loiil ci" |t«ssH|çe ti"P 
mbic triinspercer dans le préambule de chtirtes aigiiëos 

de lui : l'un porte ' in epiacopili scde ideo a Deo locuttis coguo^ciin 

ut mnlorum perturlMliuiiiliiis ririliter resIstamuH, el bonorum quieti Ipso- 
e ainpliricntiniiibiis diligenliussludeumus » (Bib- Nat., Coll. It. (!rr- 
,. i3S, P"88et i«01. 
3. Décamp, dans flu(/. rfr .S'ownonï, lRi8, I. 11. p. ii. 

*. Voy. P. J.. n° 13. .Cr A, Lucliaii-e. rti.d'- *,ir /« .t-(™ ./-■ louh Vil. 
Catal., n' 787. p. 344. 
S. Voy. le 3* partie. 




96 LA COMMUNE DE SOISSOKS 

Quant à la date de la confirmation de Louis VII, il est possible 
de la serrer d'un peu plus près qu'on ne l'a fait jusqu'ici ^ Il 
paraît bien que certains articles de la charte de Soissons dérivent 
de la charte de commune beauvaisine de 1144 -; d'autre part, la 
charte de Soissons est antérieure non seulement à la charte de 
Compiègne qui en dérive, et qui date de 1153, mais à celle de 
Sens, qui est dans le même cas, et date de 1146 "*. Louis VII a donc 
confirmé la charte de Louis le Gros entre 1144 et 1146, et nous 
possédons, dans la confirmation de 1181, le texte de 1144-1146. 

Un historien de Soissons a dit * : « Il parait incontestable, 
d'après le 20*^ article de la charte de Philippe- Auguste, que les 
dix-neuf autres appartenaient à celle qui fut donnée par Louis le 
Gros, laquelle renfermait probablement d'autres dispositions. » 
Cet historien a à peu près oublié qu'entre Louis VI et Philippe- 
Auguste a régné Louis VII, et nous pouvons établir que la con- 
firmation de ce dernier révèle à Soissons un état de choses diffé- 
rent de celui qui apparaît dans Tacte de 1136, plus différent 
encore de celui que j'ai tenté de reconstituer hypothétiquement 
pour l'époque immédiatement postérieure à la concession pri- 
mitive '*. 

Qu'il y ait eu évolution, c'est ce qu'un détail d'histoire poli- 
tique nous indique. On sait qu'un acte important a consacré en 
1141 la supériorité de l'évèque sur le comte de Soissons: or, dans 
la confirmation de Louis VII, la situation respective de ces deux 
personnages apparaît bien dans la place réservée au premier et 
dans l'absence du second (1 et 10), pour lequel on ne peut pas 
dire qu'il figure parmi les liheri homines, qui ont disparu. 
Sans doute, pas plus que les liberi homines ne figurent, dans la 
charte de Louis VII, les églises soissonnaivses : mais il est à 
croire que, comme en 1136, elles ont pour ainsi dire constitué 
l'évêque comme leur représentant, et la seule juridiction, diffé- 
rente de la juridiction communale, qui apparaîtra dans la confir- 
mation de Louis VII, c'est celle de l'archidiacre (4) : c'est évi- 

1. Liichaire, loc. c/7., donne tout simplement : entre 1 137-1 480. 

2. Il existe de cette charte une confirmation de Philippe-Auguste de 4182. 
Voy. ces deux textes dans Labande, liist. de Beauvais^ P. J,, n°' VIII et 
IX, p. 267-271. 

3. Voy. 3*^ partie, chap. VI. 

4. Leroux, Ilist. de Soissons^ t. I, p. 417-418. 

5. J'indi(|ue entre parenlhèses les articles de la charte signalés dans le 
texte. 




demment du grand archidiacre qu'il est que&liriii, el non pas, 

e OD l'a cru par uo contre-sens bizarre ', d'un fonctio 
municipal analc^^e au maire. Or l'archidiacre est alors le 
mandataire de l'évéque, el il ne semhie pas h Soissous que sa 
juridictiun soit à distinguer de celle de ce dernier^. Du comte, 
nulle mention, et c'est » poino si un le doit faire ligurer parmi les 
Domini du paragraphe linal, qui parait devoir appartenir it 
la contirmation de Louis Vil. Il est par suite diftieile d'ad- 
mettre l'idée de Leroux, qui trouve que la charte soissonnaise 
est » l'œuvre volonlalre >■ du comte, justement parce que la 
charte ne renTerme aucune disposition en sa faveur, tandis qu'on 
V trnuve plusieurs stipulations en celle de l'évêque el de l'archi- 
diacre ^. 

L'étendue de la commune s'est augmentée. Il est vrai que 
les articles qui concernent ce point sont sensiblement contra- 
dictoires. L'article 1 parle en elTet des firmitalea qui délimitent 
la commune, c'est-à-dire des murailles, de l'enceinte de ta ville, 
el. à l'article 8, il esl question de la letica. Or la tetica d'une ville, 
c'est f^a banlieue'. Le droit communal s'étend donc sur la banlieue, 
il dépasse l'enceinte de la ville. D'ailleurs, dés les origines 
de la commune de Soîssons, il cnniprenail déjà les faubourgs ■', 
non englobés dans 1 enceinte. Notez, de plus, que le duc de Bour- 
gogne, en transplantant il Dijon la charte de Soissons, a rem- 
placé les mots infr.i firmitatea par les mots infra banUucam ^. 
11 faut donc admettre que le début de lartiele 1 a été emprunté 
aune cliarle antérieure: la charte de Beauvais de llii offre 
justement semblable rédaction ". Certes, l'article 5 de celle-ci 
parle bien à son lourde la teuca villae: mats la comparaison 
entre cette article et l'article 8 de la charte de Soissons nous 
amène à croire qu'il a y a pas copie de celui-ci sur celui-lii. La 

t. Abbé Ë. Muiel, dans Mém. Je la Soc. aead. df lOûte, 18QS, t. XVll, 
p. M2-W3: Id., Carlul. df S. Cnrneille de Compiègnr, p. iSs. 

2. Gréa, Etiai Mal. sur k» arehidiacm, dans Bib. Bc. dr» Charlet, ISSl, 
I. II, 3* série, p. 214. p. âS7, etc. Voy. ë^lement p. 36. n. 1. 

3. Leroui. op. ril., I. 1, p. 410. 

4. Du Cange. Glomarium. l. I. p, 57G. col. 2 el 3. 

5. « Infra tenninos urbis el suburliioruin •< tacle de 1 1^6]. 

6. Carnier, Charles de commune*, n" V, l. I, p. 'i. 

7. Arl. [. De même itiins la conlirmulion de 1183 (LabaDd«, loc. cit.). — 
Sur les banlieues municipales, cf. A. Luchaire. tes contmuntt françait**. 



-70. 



- Itiil 






(■ de Snim 



98 LA COMMUNK DE SOISSONS 

contradiction reconnue dans la charte de Beauvais pourrait bien 
s'expliquer par ce fait que Tarticle 2 représente Tétat ancien du 
droit communal beauvaisin, TarticleS un droit plus récent, enre- 
gistré par le texte de 1144; quant à la charte de Soissons, elle a 
pu tout simplement copier l'article 2 de Beauvais, qui offrait 
une formule juridique comme stéréotypée *, qu'on retrouve dans 
toutes les filiales de Soissons, et s'inspirer de l'article 5 de Beau- 
vais pour son article 8, qui concerne le droit commercial, d'ordi- 
naire plus souple et plus nécessairement malléable que le droit 
proprement urbain. 

Ces vues semblent être confirmées par l'article 17 de Soissons. 
Cet article exige que tous ceux qui habitent la cité et les fau- 
bourgs jurent la commune : quelque chose d'à peu près semblable 
se retrouve dans la charte de Beauvais, sans qu'il y ait identité 
absolue '^, car, k Beauvais, certaines exceptions sont autorisées 
par les administrateurs de la commune et les jurés ^. L'interpré- 
tation de cet article est des plus difficiles. On se souvient que la 
charte primitive de Soissons avait appelé à la vie communale les 
seuls propriétaires. Or, la charte de Louis VII parle de ceux qui 
demeurent {.,,morentur) à Soissons. Faut-il penser qu'elle fasse 
une distinction entre les propriétaires, qui sont, de ce fait, 
membres de la commune, et les non-propriétaires, de qui elle 
exige un engagement formel d'obéir aux lois communales ? Je ne 
le crois pas. En 1136, cette distinction n'existe pas : il n'est guère 
possible d'admettre en dix ans, — si ia charte de Louis Vil 
est bien de 114i-1146, — une transformation sociale si com- 
plète, qu'il soit nécessaire de séparer les propriétaires des 
non-propriétaires : l'économie soissonnaise est avant tout agri- 
cole, et le régime industriel seul aboutira, dans les cités, à diffé- 
rencier les classes, à opposer aux artisans producteur les déten- 
teurs des matières premières '' : nulle part au milieu du xu* siècle 
l'évolution économique n'est arrivée à ce stade. 

1. Elle (Hait plus extensive, donc meilleure, que telle autre analogue. 
Cf. ch. d'Amiens {)fofi. du Tiers Etat, t. I, p. 39, art. Il, et la cli. d'Abbe- 
ville (Ordonn., t. IV, p. 55, art. \). 

2. Art. 1 des ch. de lli4 et 1182. 

3. Je traduis par cette expression é(|uivo(jue, employée à la fois pour 
les administrateurs et les administrés, l'expression fort vaf^nie : '< qui con- 
silium juraverunt ». 

4. E. Levasseur, ///.s/, des classes ouvrif^res, t. I, p. 272; R. Ebersladt, 



ÊVOLITIOK Hll DROIT IRBAIS i 



9y 



On peut même se demander si, entre le statut primitiT de 
Sois^ons et la charte de I^uîs VII, il existe une contradiction si 
marquée. On a dit. avec beaucoup de finesse : " Les textes qui 
exijjenl simplement le domicile icommorari) poun-aient bien 
avoir dit sensiblement la même chose que ceux qui parlent de 
l'acquisition d'une maison ou d'un emplacement. Et cela pour 
la raison bien simple que notre système île location était nlors 
fort rare ; qui s'établissait à domicile ne louait pas pour 
quelques années, comme on le fait aujourd'hui (ou du moins ce 
procédé était exceptionnel), maïs prenait une maison à cens ou 
à rente perpétuelle : il était ainsi propriétaire ou quasi -proprié- 
taire ' •'. Les destinées de la propriété urbaine et colles des cités 
vont sans cesse en se mêlant : c'est ce que nous a prouvé un 
ouvrage récent '-. La notion de louage à court teinie est inconnue 
au sir siècle ■'. et, comme n ii des hommes libres convenait un 
mode de possession également libre ■<, il se créa dans les villes 
la i< tenure urbaine libre ■) '. C'est une analyse minutieuse qui 
peut faire se révéler la différence juridique existaut entre sem- 
blable possession et la pure propriété foncière. Au point de vue 
de l'elFet positif, des résultats économiques, cette différence 
n'existait pas. Lorsc]u'il est question, dans les chartes commu- 
nales, de cammoranles, c'est d'occupants de biens fonciers — 
propriétaires ou possesseurs — qu'il s'agit. 11 ne peut même 
s'agir que d'eux : les conditions économiques, les nécessités admi- 
nistratives de la vie urbaine l'exigent. Dans les villes, en effet, 
le capital ne peut fructîlier sans lu propriété foncière, sans la 
terre qui répond du service des arrérages : le prêt à intérêt 
n'existe encore qu'extrêmement limité ^. De plus, le communie 

Da» franzùaUrlin Gewerhereckl, (tan» StnaU- u. SociatwÎÉx. Foracli. lie 
G, Schmollor, XVII. 2, Leipzig. ISQU. in-S. p, 3t sqq., et paiaim : H. Ilau- 
éer. Ouvriers da Umpi patié, Paris, 189!), in-^, Introd,, p. xi : Fii|rTiiei. 
DaeamenU, etc.. l. i, Inlrod.. p. xux. 

I. P. Violiet, te» eommunei françaûei^ p. 45. — .loiiidre ce <(iie le niî'miï 
auteur dit dana son Hi»l. du droit civil françai», p. K33 sq. 

î, G lies Marei, Étude sur U propriété foncière dan« ht vUlts du moyen 
âge et spécialement un Flandre, Oaai\-Parïe, 1898. ia-8, Inlrod., p. x Voy. 
aussi l'nuvm^ de Plamm sur Priboorg, cité p. 168, n, 2, 

3. P. Viollel. tf«(. du droit cieil françai*, p. 624-1125. 

4. G. des Marei, op. cit., p. 117-110. 

!i. Id., ibid., Introd., p, x-ii. Notot i|ue dans certaines villes on n admis 
que la posBCSsion pouvait n'être pas forcément Toncière (Cf. Pirenne, Orig, 
dt* eon$tit. urbaine», dans Rev. hi»t.. t. LVII, p. 323). 



100 LA COMMUNE DE SDISSONS 

est soumis h l'impôt : le propriétaire seul peut le payer. De même, 
lu propriété est la [^arantiu éventuelle du paiement de l'amende ', 

Bien des raisons nous iaelinisnl doue à croire que les commu- 
niers soîssonnais sont tous des U'jmines hcredilarii '. Une der- 
nière raison a peut-être moins de valeur, qui doit pourtant être 
mentionnée : en 1183, fut confirmé par Phîlippe-Augusle le 
jugement de M 36 '. Je sais bien que le moyen âge a été cou- 
lumier de ces confirmations formelles, dont l'expérience faisait 
tomber, h l'usage, plusieurs clnuses. Mais est-il possible de 
croii-e qu'à deux années d'intervalle le roi ou son conseil eût 
enregistré pareille contradiction'? et n'est-il pas plus vraisem- 
blable d'iidmetlre qu'en fuit cette contradiction n'existait pas? 

Sur ces communiers pèsent encore en partie les anciennes 
charges de la servitude, La mainmorte ne sera abolie à Sois- 
sons qu'en 11 SI (20). Mais, à celte époque, le formariuge sera 
maintenu : il est vrai que, depuis 1136, un progrès notable s'est 
marqué. Lorsqu'un communier veut épouser une serve, il la 
demande eu mariage à son maître; en cas de refus, et si le 
mariage s'accomplit tout de même, le communier paie au maître 
S suus d'amende (5). La capitatiim servile subsiste en liii- 
46 comme en 1136; mais la peine, eu cas de oon-paiemenl au 
terme lixé, n'est plus que de cinq sous d'amende (6j *. Ainsi la 
charte communale de Saissons se rapproche singulièrement de 
toutes ces chartes de coutumes, dont le but principal est de Gxer 
le taux des amendes et des redevances. C'est une preuve indi- 
recte du caractère rural de l'économie soissnnnaise '■", 

Celle réglementation devait être pour les cultivateurs serviles 
de la région environnant Soissons un véritable attrait. Par les 

1. Pirenne, Orîg. des romlU. urbaines, lac. cil., p. i2i. Remblablement, 
dans la coi-po ration, on voit parfuis l'artisan forcé de porter un lisbit 
d'une valeur au moins égale i celle de l'amende qu'il peut encourir (Cl, 
Hoyllens, Recherches sur les cnrporRlions de métiers, p. 21 4). 

2. Sur le sens el l'emploi de et? mot, cf. Pirenne, loc. cit., p. '.HI. 
a. liib. uiit.. th. cl dipl., (. 87, ^48 iDelisIe, C»l«l.. n° 83, p. ail. 

4. Les exemples camparatiTs donnés par Sée. Les classes rurales, etc.. 
p. 382-284, el les notes, se rapporteni jnslcment à des flliales de Soissons. 

5. La ville de Laoa, qui pfir&îl avoir été soumise b une économie ana- 
logiue, possède un article semblable (voy. A. Giry, Documents, p. 14. — Cf. 
Pirenne, toc. cil., p. 7S-79), J. Flach, Orig. de fane. France, t. Il, p. 358, 
n. I , donne des exemples de condition servile de Lourgi-oia aux xi' et xn" 
siècles : comme souvent chet cet auteur, ses eiemples sont trop particuliers 
pour pouvoir servir à une généralisa lion. 



ÉVOLLTIOS Dl- DBOtT LH8AIN * ! 



101 



mariages av^' cotnmuniers. ils purent pt-ntHrer lUns lu commune. 
Mais, pUi.s d'une fois, ils durent aller à la commune comme on 
va à un lieu d*asîle ', Seulement, lundis qu'à l'ordinaire certaines 
clauses nfglementent d'une rat,-ou ou d'une autre cette entrée 
des paysans dans les communes', on est surpris de constater 
une lacune â ce sujet dans la charte communale de Soissons ^. En 
IIHI, la question n'était pas encore réglée : il est vrai que la 
constitution de communes rurales confédérées devaient répondre 
en partie au besoin de liberté des paysans sotssonnais ; en partie 
seulement, car, en 1183, Phi lippe- Auguste dut s'engajfer à ne 
point garder dans ses villages ou dans ses communes de l'^vé- 
ché de Soissons les serfs ou les hôtes couchants et levants de 
1 église de Soissons, et, réglant la prcicédure à suivre pour le cas 
où des difficultés s'élèveraient 'a cet égard, il promit que, si ces 
serfs de l'église venaient habiter des villages ou des communes 
du roi hors de l'évèché de Soissons, leurs biens seraient ilévolus 
aux chanoines*. 

Le droit urbain n'est pourtant pas exclusivement territorial '' : 
le fait d'habiter la ville communale ne donne point forcément le 
droit de faire |>artie de la commune. Shus doute, il n'y a pas ii 
Soissons tel territoire réservé doû soient bannies les libertés 
communales: l'alTranchissement communal à Soissons [tarait 
.s'être opéré simultanément dans la cité et les faubourgs*', et on ne 
peut dire, comme pour certaines villes, que la paix urbaine soit 
l'extension au faubourg de la paix du burg. ici la civitas '. Encore 
faut-il que les communiera prêtent le serment communal *. ce 
«jue Guiberl de Nogent appelle la « mutui adjutoni conjuratio ». 
Nous ne connaissons pas le texte de ce serment ', qui devait être 



1. Cf. Luchairc, Lfi eommunet françaises, p. 7t-72. 

2. &*e. Les elatits ruraUs. p- 288-287. 

3. Dans In Blinle de Dijon, su oonlruire, le droit r\'aUrait fui reconau A 
la commune (Ganiicf. Chartn dt eommants. a' V, art. 35, t. t. p 12). 

*. L. Delisle, C»l»l. dm acle» de Philippe-Augiitlr, u" 72. p. 18; éd. k 
l'appendice, p. WS-i'Je. 

5. Sur ce caraclère, cf. Pireiiiie. loc. cil., p. 331. 

6. Voy. lacté de 1136, P. J., n' 13. 

7. Pirennc, Ville», inarehèa et marchand» aumayen âgr.iXaa^ Rfr.llistor., 
1898, t. LXVn, p. 67 b<h|. 

8. Pirennc, Orig. de» ciintlU. arbainea, dons R. Hi»t., t. I.VIl, p. 322. 

9 Le pliiB eerUin des serments communaux connus esi celui de Novon 
(Lefrnnc. Mitt. de Noyon, p, 53). 



102 LA COMMUNE DE SOISSONS 

solennel ^ ; mais nous savons quelle pouvait être la force de cet 
engagement, emprunté à la législation canonique. Le serment 
communal a. déplus, revêtu à Soissons un caractère qui semble 
être propre à cette ville '*, et qui étonne quelque peu : il est 
obligatoire, et, en cas de refus, les communiers [illi qui jura- 
verunt) s en prennent à la fortune mobilière et immobilière du 
protestataire (17). Nous sommes en quelque sorte en présence 
d W syndicat obligatoire ; mais ce qui, au début du xx® siècle, 
peut être considéré comme une arme de progrès ^ a pu, à la (in 
du moyen âge, être combattu comme une institution tyran- 
nique et égoïste, aussi pesante que les seigneuries qu'elles vou- 
laient combattre. Au xii*' siècle, toutefois, la commune yuree, 
comme les institutions de paix, les asseurements, les sauvetés, 
opposant Tordre — Tordre obligatoire — à la violence, créait 
le droit ^ ; et, sortie des sentiments de solidarité des bourgeois, 
devenue d'effet une cause, elle allait fortifier à son tour en 
eux ces sentiments, jusqu'au jour où les transformations éco- 
nomiques devaient allumer, au cœur des cités, la lutte des 
classes. On ne soupçonne rien de pareil encore à Soissons à 
Tépoque considérée. La solidarité des membres de la commune 
apparaît dans presque tous les articles, et ainsi peut se recons- 
tituer en partie la teneur du serment communal. Ici, les com- 
muniers s'engagent à s'entr'aider mutuellement, à respecter réci- 
proquement les biens de chacun(l) ^ ; là, ils doivent promettre 
de poursuivre en commun tout homme qui a fait tort à Tun 
d'eux (7^, 9^, 10); plus loin, de ne jamais pactiser avec un 

1. Luchaire, Les communes françaises, p. 47. 

2. Le serment communal à Beauvais esl libre (arl. I). On a si peu voulu 
copier ici la charto beauvaisine que Tarlicle de Soissons correspondant 
est le i7«. 

3. Voy. la Chronique sociale du Mouvement socialiste, n°» des !•*■ janvier, 
15 janvier et !•' février 1901. 

4. J. Flach, Les origines de l'ancienne France, t. II, p. 424; P. Dubois, 
Les assf^urnincnts au XIIl^ siècle dans nos villes du Nord, Paris, 1900, in-8, 
p. 0() : (( Dans toutes les chartes de commune, la restauration d'une justice 
régulière est le but dominant. »> 

5. Article emprunté à la charte de Beauvais de 114i (pareil dans la charte 
de 1182). Cf. l'analogue dans les chartes d'Amiens de 1113 et de 1190 
{Ordonn., t. XI, p. 26t, ou 3/on. du Tiers Étal, t. I, p. 39 et 109). 

6. Articles analogues dans les deux chartes de Beauvais (3 et 4). 

7. Articles analogues dans les chartes de Beauvais (6 et 7). Mais le texte 
de la charte beauvaisine de 1182 est plus près de la charte de Soissons 



ÉVOLITION Dl* DBOn ritDAIN A aoisso>8 103 

«nnemi de la commune (13 ', 14 ^) ; ili^ jurent uniin d'obt^ir au:t 
juges qu'ils se sont donnés (16), et de forcer quiconque d'eux 
à leur obéir (18). Ces engagements ne sont certes pas spé- 
ciau^E absolument à Soissons, et l'on constate en particulier 
un lien étroit entre lo charte de Heauvais et celle de Soissons. 
Le caractf-re de l'obligation néanmoins lui est propre. 

Rien d'étonnant cpie de pareilles clauses n'aient pas été nccep- 
tées partons ceux i[ui vivaient dans les villes. En deliorsde ceu.- 
taiiies catégories de citadins, qui, au moins dans d'autres villes, 
n'ont jamais pu faire partie de la commune, comme les lépreux, 
les bâtards et les endettés '', la commune devait pour ainsi dire 
automatiquement exclure les castes que leurs intérêts oppo- 
saient à ceux des communiers, celles des nobles et des ecclé- 
siastiques ^. La charte de Suissons est muette sur ceux-ci ; mais 
je ne crois pas que. du fait qu'une <te ses filiales, la charte 
de Compiêgne, exclut formellement les censitaires des seigneurs 
de Pierrefonds -*, on puisse inférer du silence de la charte de 
Soissons, que clercs et seigneurs aient pu faire partie de la com- 
mune de cette ville. Si cette charte avait été aussi explicite qufi 
celles de Saint-.losse-sur-Mer, ou de Bray ". ou de Corbie ", 
l'histoire communale de Soissons aurait été h un degré moindre 
remplie de toutes les tentatives répétées des communiers pour 
faire subir le droit urbain aux clercs. J'ai dit tout h l'heure : 
exclusion «utomatique. Il est certain que les engagements 
que prenaient les communiers de Soissons aussi bien que les 
charges auxquelles ils restaient soumis rendaient l'admission 
des clercs et des nobles impossible. Sans doute clercs et 
nobles n'ont pas été, k Soissons, les adversaires irréductibles de 
la commune; n'empêche que, même concédée par eux, la com- 
mune aurait été une conquête de la bourgeoisie. Il y a une autre 



|114i-lli6, ou tl81)i|uete[t 



lie celle-ci n'est de la première clinrle de 



innlogue dar 
.nalo^uc 'laQ« 



9 les chartes de Beauvaîs (10). 
13 chartes de Beniivais iH). 
» françaiseï, p. 4!l-5l. 

4, Pirentie, loc. cil., [i. 321) sqq. ; Des Marex, op. pil.,p. ll>(l-l(ll. 

5. Luchaire, op. cit., p. S8. 
fl. ld..iAirf., p. r.». 

7. Id., ibM., p. 58. — On peut joindre S ces etcmples coui de 
(Id., ibij.. p. G1 sq.l et de Noyon (Lerranc, UUl. de Xoyon, p. 47). 



_k. i_ 



104 



LA COMMI'TiE DE SOISMOnS 



ire ni pas 



raison pour laquelle les clercs ni les seigneurs i 
dans la cliarte communale : c'e-st que celle-ci n'est pas un contrat 
synallagmalique reliant de part et d'aulre des obligations réci- 
proques ; c'est réellement une concession accordée par les privi- 
légiés aux non privilégiée, et l'opposition subsistant entre ceux- 
ci et ceuK-l& apparaît, aemble-t-il, avec suriisamment de clarté, 
dans la clause de l'eschatocole qui réserve les droits de l'évéque, 
des églises et des seigneurs. Aussi, ce n'est qu'au moyen d'arrêts 
réitérés du Parlement de Paris que, pour Buissons, la question 
fut réglée. A Sentis, qui adopta la cliarte communale de Soissons. 
on constate une complication juridique intéressante : il y existe 
des sergents bourgeois et non bourgeois, et ce n'est que par les 
actes de 120i et 1223, qu'on convient que les communiers ne 
pourront contraindre les oflïciers des chanoines h faire partie de 
la commune, â moins qu'ils ne se marient dans la ville, ou qu'ils 
ne soient lils de bourgeois '. 

C'est avec les justices ecclésiastiques que la juridiction muni- 
cipale de Soissons eut à batailler tout le long du moyen âge. La 
seulejustice laïque qui lui ait causé quelques ennuis, — et encore 
bien bénins, — c'est celle du comte. Les chevaliers qui vivaient 
à Soissons' étaient personnes de trop peu d'importance, et leur 
nombre n'était pas assez considérable pour qu'il fût nécessaire 
de régler particulièrement l'état de choses amené par leur pré- 
sence : la France n'a point connu ces miniatcriales qui jouent un 
rûle si considérable dans l'histoire municipale de l'-Mlemagne '. 
A Compiègne, au contraire, où la charte de Soissons fut trans- 
plantée, il est fait mention du serment prêté ^ la commune par 
les seigneurs qui pouvaient être plus ou nioins intéressés par sa 
Condation * ; comme à Noyon, à Nantes, à Roye, ft Laon *, les 
seigneurs semblent intervenir favorablement- En réalité, il n'y 
a Ik qu'une équivoque, dissipée depuis longtemps", et que la 
lecture de la charte de Compiègne aurait du empêcher de se 
constituer, car il y est dit que les boui^eois jurent la com- 

1. J. Flaminermont, IU»I. <h Sr-nlit, p. 5. 

2. Voy. p. 8-9, 20. 

3. Pirenne, /oc. L(7., p. 3211; Gengler, S(a(//rM/i(. 
dons llaniiwGrlerb. il. Sluatiwiu, II, v» Bûrgertam, j 

*, Voy. 3» purtie, chap. II. 
S. Luclmire, op. eil., p. (14 sq. 
0. et. Lerrunc, op. cii., p. 48-49. 



I 



ÉVOLITION DU riHOlT L'RDAITt A SOISSONS 

nrane tnfer jw et s/Ai, tan<)i)i que les seigneurs, comme les clercs, 
jurent, siroplement, de la maintenir, ou tout au moins de ne la 
combattre point: ce nest qu'un enijagemenl néfîalif, A Com- 
piègne, les classes privilégiées nefontpas partiede In commune: 
semblablement, malgré le silence du texte communal, & Sois- 

BOOt. 

Le syndicat que constitue la commune a ses administra leurs 
propres. Dès ses origines, la commune de Soissons a possédé un 
maire <. C'est une raison de plus pour repousser l'Iivpothèse 
qu'à Compiègne. — et dans les communes sur le tvjie de sa 
charte. — le major a d'abord porté le nom d'achidiacoritm ' : 
pourquoi ne pas admettre aloi's que le maire de Dijon s'est d'a- 
bord appelé (/eca/ius ■'. A dire vrai, la charte de Louis VU semble 
extrémtment embarrassée pour désigner les administnileurs de la 
commute : partout se révèle une ^éne. une impropriété curieuses 
des expressions. Du maire, nulle mention '•. Qu'il existe, cela ne 
fait Bucut doute, et, par certains des actes de son adminis- 
tration, oi peut en une certaine mesure caractériser ici ses 
fonctions. Le miiire ne paraît pas être, b Soissons. l'héritier 
des prêsidmts de ces confréries ou associations religieuses 
qui ont par'uis donné naissance aux contmunes, et dont on 
ne voit aucun- trace à Soissons^: il n'est certainement pas, 
comme à SaintQuentin '', ou comme k .\utun ", le reprï^senlaut 
du pouvoir seijneurial, car on a vu quel était le rôle des 
majores seîgneuiiaux dans l'administration domaniale ^ Les 
explications les pbs simples sont parfois les plus vraisemblables. 
Les actes administylifs de la commune de Soissons iiaraissent 
nous révéler une paifaile entente, une homogénéité absolue des 
jurés et du maire : n'fait-il pas fort croyable qu'un corps délibé- 
rant, tel que celui des jirés, ait désigné un de ses membres pour 

1. Voy. racle .le 1136, P. ;., n» 13. 

2. Voy. p, 97 et n. 1. 

3. Art. 4. dans Garnier, Charin de commune», t. \. p. 6, nvec 1* n. 7. 

4. Il apparnit dans l'article 20, tIù ù Philippe- Auguste. 

5. Luchairc, Manuel des ImlU . y 368 sc[. —Pour Vslencicnnes, cf. Collitr, 
Ileeh. tur In imlil. polit, de Valmeiennei, p. 285 sqq, — Pour Aire, voir 
Dubois, Le» atsetremenlx, p. SH-ft,'! 

6. A. Giry. F.l. nur les origines fe U commune de Saint Qwnlin, p. 13 
sqq. 

7. I.ucli8ire.teji communes f'-ançti*,-s, ij. 170. 



106 LA COMMINK DE S01880N8 

présider ses assemblées et exécuter ses décisions? et que ce 
personnage ait été désigné [)ar ce commode nom de major^ qui 
ne faisait que désigner le premier du conseil * ? 

De cela résulte qu'à Soissons le maire était vraisemblablement 
élu par les jurés. Quant au mode de nomination de ceux-ci, 
comme pour les communes jurées '^, il nous échappe complè- 
tement. Je pense, pour ma part, que les jurés étaient som- 
més au suffrage universel. Observons en effet qu'ils sont 
essentiellement les mandataires des communiers, chargés de 
venger les injures qu'on fait à ceux-ci (7), de veiller à ce que les 
marchands qui viennent commercer dans Soissons ne soient pas 
lésés (8) '^ Je crois de plus qu'il faut les identifier a\ec les 
personnages qui sont désignés plus ou moins périphrastiqaement 
aux articles 9, 10, 13 et 14 '• ; à Dijon, ou a remplacé, à l'ar- 
ticle 11 qui correspond à notre 13, cette expression embarrassée 
par le mot jurati •'. Toute cette partie de la charte de Soissons 
témoigne d'ailleurs vivement de la gêne du rédacteur, qui, imi- 
tant pour le texte de son article 15 l'article 16 de Beau^is ^\ oublie 
la périphrase qu'il vient d'employer pour parler d« : <* ad hoc 
statuti homines », bien qu'il rattache par une transition sans 
effort à cet article 15 toute la suite de la charte soissonnaise, 



i. Liichaire, Les communes françaises^ p. 175. Ajoutonf qu'il a pu y avoir, 
dans cette dénomination, une inÛuencc onomastique des fonctionnaires 
domaniaux. 

2. Id., ihid., p. I;i2. 

3. Los articles 7 et 8 de Soissons se retrouvent dars les chartes de Beau- 
vais (3-4. correspondant à 7, et 5 à 8) ; mais, f>ou' les articles 3-4, dans 
celles-ci, il s'afçit de pares, et, de plus, dans la ch»rte de 1182, du major : 
à Beau vais comme à Soissons, le major a élé oublé par Louis Vil. En outre 
Tarlicle 5 de la charte de 1144 parle d'ai/jri^'ore« communias qui ne 
figurent pas dans TarticleS de la charte de 118^ 

4. « Secundum judicium illorum qui commudam servaverint » (9): « qui- 
bus communia servanda incumbit » (10; ; « a4Judicium eorum qui commu- 
niam servabunt »> (13i ; « licentia custodumcpnimunie » (14). 

5. (Jarnier, Chartes de communes^ n» V, 1. 1, p. "7. — Ces articles sont en 
rapport ëtroit, el sans qu'il y ait copie lilltVale, avec les artictes 6-7 (= 9), 
10 (— 13l et 11 (=r 14) des chartes de Beat vais de 11 44-1 182 : on n'a aucun 
motif d'admettre, avec .1. Garnier {op, ci,, t. I, p. 1"), que c'est Philippe- 
Auguste qui les introduit en 1181 dans h charte de Soiss'.)ns. L'insertion, 
en tout cas, est Cfrtaine, et suffisammeit démontrée, en dehors de l'ana- 
logie des textes, par la suite identiqit» des articles dans les chartes de 
Beauvais et celle de Soissons. 

6. De la charte de H 44 : article 19 de celle de 1182. 



\ 



ÉVOLLTIO> IIV DKOU IRBAIN , 



107 



désortnais originale. Or cos hommes clablU préleiil serment de 
faire coascieiicieusemeiil droit à tout le monde, et de n'avoir ni 
haine ni faveur (15) ; on leur oppose les simples cumnmniers 
qui, eux, jurent d'exécuter les sentenecs prononcées, sauf au 
cas où ils ne pourraient paver l'amende (16) ' : ce sont bien des 
jurés. De même l'aclion des gardiens de lu commune analysée 
aux articles 9. 10. 13 et 14 est tout k fait de même espèce que 
celle qui ressort des articlt'.s 7 et 8. Mois, je l'ai dit, cette 
action est celle de mandataires de la commune : rien d'étonnant, 
duns ces conditions, que ce soit celle-ci qui nomme les jurés -. 

C^tte besogne devait ^tre fort peu compliquée) la population 
de Soissons étant alors bien peu nombreuse. C'était vraisembla- 
blement dans les assemblées ^^énéralos de la commune que la 
nomination des jurés était faite. En général, on ne sait rien 
sur ces assemblées avant le déclin du \iii* siècle, où elles 
paraissent d'ailleurs anormales '. Elles existent certainement 
au temps de la n'-daclion de la charte de Louis Vil, Je 
l'ai dit : les cummuniers sont peu nombreux; de plus, l'ab- 
sence d'une industrie importante à Soissons empêche qu'il 
s'y crée des fortunes, c'est-à-dire des éléments d'aristocra- 
tlsalion, c'est-à-diie des ferments de dissociation. L'action en 
corps de la commune est fréquente. Dès que la clocbe commu- 
nale a sonné, les communiers doivent se rassembler, sous peine 
de douze deniers d'amende (19) '. C'est avant tout dans l'exer- 
cice de ses droits judiciaires ([u'on voit ainsi agir la commune 
comme une (lersonne ; elle poursuit en corps ceux qui enfreignent 
la paix de la ville. Mais, en dehors de la nomination des jurés, 
les assemblées générales semblent jouer un n'ile fort peu impor- 
tant à l'intérieur delà commune : elles ne paraissent pas exercer 



1. Nolei ici le sens particulier du mol cen«u», qui parait bien designer 
la fiirluDe iisraonn^lle du commuaier. C'est un élément tro[i intliize pour 
qu'on en puisse inférer quelque chose de très précis sur ta nature de la 
propriété urbaine i, Soissons ù celle époque et y vérifier les liypoltiëses do 
Sombart sur tes origines du capit«lisiae. 

2. Je partage, h ce sujet, lest vues de P. Viollet {Le» communes fi-an- 
(AÛes, p. (41 : " Jcramène, poui-mH p3rl,Ge qu'il ya d'essentiel dans l'idée 
de commune, au droit d'un groupe importenl d'habitants d'avoir àea man- 
dataires ou représentants permanents. >t 

3. Lucbaire, Let commune» /Vançnwi'ï, p. 171-172, 
l. et. Cluii'te de Saint-Quentin. 



L 



108 LA r.OMMl'«E DE SOISSONS 

de contrôle sur l'administration des jurés et du maire; mais, 
comme s'il s'agissait des réunions d'un syndicat autoritaire, elles 
veillent à l'observance par les associés des droits et des devoirs 
de chacun, et exigent le serment communal de tous ceux qui 
sont dans les conditions prescrites pour entrer dans la com- 
mune (17). 

11 n'est pas très commode de synthétiser les renseignements 
que donne la charte de Louis VII sur l'organisation de la justice 
dans la commune de Soissons, et sur les princijjes juridiques dont 
elle s'inspire. En gros, on peut dire que, rarement, le moven 
âge s'est placé h notre point de vue moderne dans ta répression 
des délits : il a le plus souvent considéré le tort fait à la paix 
publique, et s'est peu préoccupé de la correction du délinquant, ni 
de l'influence de l'exemple ', Le classement des délits, tel que le 
fait la charte soissonnaîse, fortilie cette appréciation. Les deux 
principaux délits sont l'infraction dr la villf et la vieille haine. 

La charte comniunale est un contrat : qui rompt le contrat 
se met hors le droit : c'est l'infraction. L'expression reste vague, 
parce que le délit peut prendre bien des formes, et il est pos- 
sible que dans cette expression soit renfermée la notion d'une 
irruption brutale dans le territoire communal. C'est si bien le 
crime par excellence du inonde communal que l'amende de 
5 sous ne lui est pas applicable (2j. Vinfraction peut être subie 
par In commune, en corps, ou par un de ses membres - (7), et 
commise, semble-l-il, par un des communîers. Lorsque plainte 
est déposée entre les mains des jurés, ceux-ci s'emparent dtt 
délinquant et l'emprisonnent'', à moins qu'il ne répare le tort 
infligé au communier lésé ' : la juridiction communale n'inter- 
vient que comme garant de la composition due. Mais le cou- 
pable peut s'enfuir : à ce propos le droit communal innova. 

1. Dubois, Lex anseureinent*, p. 6S 66, 

2. Je crois pouvoir nssimiler h l'arlicle 2 les urliclea 7, 9 ol 10, bien que 
la cLiarlu de Dijon, qui possède les articles 7 l5-6l et 9 A), ae possède pas 
l'article 2. qui vise noinmémenl Vinfraclio urliia. 

3. De corpore suo mntiiplam accfpwnf. 

4. J. Fhich a dit [Oi'iff. de Ta/ic. France, t. Il, p. 193| : • Le délit, au 
point de vue temporel, n'existait que par rnpporl aui personnes directe ment 
lésées ou aux seigneurs justiciers intéressés i en tirer réparalioTi. n — Lés 
princi|ies dilTëi'ents du droit canonique, découlant de la notion de Vinquiti- 
tio fx nffiein, n'apps miss eut qu'avec Innocent III (cf. R, Garraud.PrA'î» de 
droit eriminet. 6* éd., Paris, 1898, in-8, Inlrod., p. 20-21). 



fivnHITlON Di: DBOIT t'RIIAlN , 



109 



Ga efTet, on a dit, avec justesse, que le droit d'a'^ile <' était le 
rÔBultal logique de deux principes. Lo crime appartenait à la 
juridiction du territoire oii il avait été commis, il n'était consi- 
déré que comme une infraction k In paix locale, et n'ouvrait droit 
à la Pehde, c'est-à-dire à la poursuite, qu'au lésé et il sa famille. 
D'un autre côté, le domaine dans lequel le délinquant s'iUuit 
réfugié, L-fail clos h cetle poursuite ; de là Ki Freyyanij. la fran- 
chise, le maître du lieu de refuge, dont la paix n'avait pas été 
enfreinte, n'ayant aucun droit ni :iucun intérêt à participer à la 
Fehih comme ailleurs ' ». A Soisaons comme à Beauvais ^, il fut 
déclaré qu'en cas de fuite du coupuble, la commune irait le récla- 
mer au seigneur du lieu de refuge, ou au suzerain de ce dernier ; 
au cas où le coupable ne serait pas rendu aux communiers, ceux- 
ci se vengeraient sur sa personne et ses biens mobiliers (pecu- 
fi/a;,et aussi sur ceux des hommes qui hahilaienl le lieu d'asile 
(7)- En tout cas, le criminel était désormais oul-lajc, et le séjour 
de la conmiune lui était interdit : néanmoins, il y pouvait péné- 
trer — sinon y demeurer — avec le sauf-conduit du roi ou de 
son sénéchal (9), Ces deux seuls personnagesétaient en posses- 
sion de ce droit, que n'avait point l'évèque de Soissuns. Il fut 
en elfet établi que si, s&ns le savoir, l'évèque amenait le cou- 
pable dans la ville, les jurés lui apprendraient ce qu'il en était ; 
sauf du consentement de ceux-ci, l'évèque ne pourrait l'introduire 
â Soissons ; du moins, pour cette fois, le coupable en sortirait 
indemne •'. 

Je suis fort porté k croire que toute cette procédure s'ap- 
plique à la vieille hnine, qu'on constate qui n'est pas soumise 
non plus il l'amende de ^ sous (2). Le principe primordial du 
droit communal amenait les juridictions municipales ô se préoc- 
cuper des guerres familiales qui metl^iient violemment aux prises 
les habitants des villes du nord '■ : la charte communale devait 



1. Chnuiïoiti'. Qaei<{uet mots mir le» cnars colangèrea, dans Rfv. il'Alsace, 
jauv. 1806, p. :!8. cilé p. Placl). op. cit., t. Il, p. 193. 
a. Arlicles 3-4 (= 7). 

3. Cf. Ui. Goniarl, De ta peine du banniMement appliquée par '•■■ com- 
mune!; fliix XI!' et XIII' iifciei. lUrili. (Iroch. in-H lEilr. des .4rcA, hi»t. 
ri au. du Nord de la France et du Midi de la Belgique, 3' s^rie. l. V). 

4. Cf. G. [^spinae, Len guerre» familiale» dam la commune de Douai nux 
Xlll' et XiV'»ièclex. dans .Vour. Hev. hiU. de droit fr. elélr.. 18'J9. t. XXI, 
p. 415-474; P. DuboÎB, i>eii atteuremenlM aa XUI' xiécle, paisim. — Pour 



I p. »ia-*(4; r. uudoib. 



H 



11(1 t. A COMMIi.VK DtC BOISSON» 

être avant tout ua '< acte de réconciliation » ' ; le» actes indivi- 
duels se résorbaient, pour ainsi dire, dans la vie juridique de la 
famille, encore assez solidement tonslituée pour qu'elle conservât 
pratiquement certaines fonctions primitives du droit public ^. 
Néanmoins, o» ne voit pas pour Soissons qu'il s'y soit 
allumi^ des querelles et des vendeUaR de famille, qu'on y ait 
employé les divers moyens de pacification dont on a usé dans les 
rudes villes de Flandre ■', Cela tient-il k ce que la mentalité de 
la population soissonuaise est plus douce, ou à l'état fragmen- 
taire de nos sources ? il est difficile de répondre à cette question. 

Tous les autres délits iforisfacla) sont punis d'amendes de 5 
sous (2) : sur ce point, la commune est arrivée h ses lins. Quels 
sont ces délits, c'est ce qu'on ne peut g^iêre dire. Ce sont proba- 
blement ceux qui auparavant emportaient une amende de tiOsou.s, 

La charte de Louis Vil ii cependant réglé certaines situation»; 
de droit embarrassantes. L'une de ses clauses est, à ce sujet, 
assez gênante. 11 est admis que toute action personnelle naissant 
des obligations contractées sous la foi du serment est réservée 
aux tribunaux ecclésiastiques "•. Or l'arlicU' 3 de la charte de 
SoissoQS comporte que. si ([ueiqu'un doit prêter un serment h 
une autre personne, et qu'avant la prestation du serment (arra- 
mitio) ■• il déclare ^tre foi-cé de partir en voyage, son voyage, 
pour cela, ne sera pas ajourné, lui-même ne tombera pas sous le 
coup de l'amende, si, à son retour, et dûment invité, il prête ce 
serment. 11 faut compléter cet article, en disant qu'en cas de 
non-prestation celui qui est astreint au serment doit payer 
l'amende. Mais k qui'? Kst-ce à l'official, ou à l'archidiacre, qui 
ligure à l'article immédiatement suivant? Faut-il croire que la 
punition du délit de non-prestation dépend du tribunal munici- 

l'AUcmiag'ne, voy. Fi'nuenHiSHt., Bliitrache und TodUchlagnllhne im ileuUcKen 
Milleiatter, Leipzig. 1S8I, În-S ; llarster, ban SIrafrri-hl lier freien Meirli- 
»lB<ll S/icier in Théorie u. Praxî>, dans Unlersurh. z. dlucheii .S/js/t- u. 
HechUgeteh., hgg. v. O. Gierke, 61 II.. Breslau, 1900, in-B, 

1. J. von Praet. De l'origine de» i-nmmuiies /lamandeii, p. IB. 

î. Brumier, Sippe und Wchrgeld, dans Htl. d. Savigni/ Sliflung, l. tll, 
1882, germ.AbIh., p. 85; Ëapinas, loc. cit., p, US-iis! 

't. Dubois, op. cit., {I. 130 sq<(. 

4. Paul Paurnier, Lea of^ciaUlén au moyen Age, Paris, I8B0. Îii-H, (i. 86; 
P. Viollet, Hist. de* ùulU. pntU.. t. II. p. 310. ' 

^. Sur le sens de celte etpreaaion, cf. Mamaiu, Étude »'ir l'» vnnlralu Jaiu 
U Iréê ancien droit fr»nç*ii, Paris, 1883, in-6, p. 74 aqq. 



J 



Kvni.rriON Dl T'HIin l BIIAIN a 601&S(I>S III 

pal ? ou bien ndim-ltre que ccl article, propre ù Siiissoiis, nu été 
rùdi^ que pour limiter la juridictiun et les pouvoirs répressifs 
de l'ofticialit^, su cas, fort probabk', où elle eût incriminé tout 
délai, même ni^ces.saire, dan» lu prestation d'un serment exi^é? 

L'article, au reste, demeure fort vague, et l'on voit mal k 
quelle occasion le sermciil peut être exi^ë ou s'il s'agit d'une 
formaliti- dans une procêdui-e quelconque. Peut-être faut-il rajv- 
procher l'article 3 de l'article H qui concerne le prêt. Disons tout 
de suite (|u il ne concerne pas le prêt k intérêt : la charte de Sois- 
aons respecte — théoriquement — le dofçme canonique de la sté- 
rilitji de l'aient '. On distingue les préleurs qui ont prèle avant 
de faire partie de la commune, et ceux qui ont prêté après. Les 
premiers, après avoir déposé une plainte, — snnsdoute entre les 
mains de» jurés, — ont le droit demplover tous les moyens pour 
recouvrer la somme engagée : c'est certainement l'état ancien du 
droit, qui <^iirantit ta dette par 1m persomie et la fortune du 
débiteur '• : l'autorité publique n'intervient pas, et il est probable 
que le créancier se nantit lui-mémo d'un gage [pignoratio) '. Il 
■l'est pas question de gage U l'article 11 ; mais il est à supposer, 
de même que, dans la pratique, il dut se créer un sy.stème juri- 
dique délini de prescription : la conlirmation de Philippe-Auguste 
ne parle pas de ce .système, qui, absent de la charte de Beau- 
vais de 1 14i. apparuit constitué dans la conlirmation de 1 182 '. 

Les créanciers de In seconde catégorie ont un l'ecours moins 
étendu; ils semblent avoir seulement la faculté de .saisir la per- 
sonne de leurs débiteurs ou les lidéjusseurs de ceux-ci : c'est ce 
qu'avec raison on a uppelé Ventprisonnemeiil privé '. On voit par 
là la situation spéciale des pièges ou lidéjusseurs dansi ce droit 
prïmitif : ils sont personnellement garants de la dette contrac- 
tée ", et s'obligent ii tenir l'os/aye, c'est-à-dire îi tenir prison sur 
toute réquisition ", 

I. Bi'nnt&, i,p.i ihfùrie* àcon,, p, I3i stUf. — Ji' iliiî lliéuriquoment : on 
oirol, ou voit l'abbaye <le Sainl-Lé^er, en 1290, faire un prêt usuraïre (Bib. 
Nat., Coll. [>. Grenier. I. 283. W 8(1). 

i. P. Viollet, fîiitl. lia ilrnil cicit, p. 731 sqq. 

3. ld,,ibi<l., |i, 58â 5i[q. Ou moins, l'intervention de l'aulorilé cuninitiiiali- 
se borne au fnil que le créancier dépose devant elle une plainte. 

V. Article 17. Cet article légitime la prescriptinn il'iin un el <l'un ]nui: 

5. P. VioIlct. IIUI. du droU cieil, p. r,93. 

«. 1(1., it/rf., p S90-59I. 

7. Etimcin, Etudet »ar le» contrat», p. 129. 



1 12 I.A COMM^NK rJE S0iSSO>3 

C'est tout ce que la charte suîssnnnai.se nous révêle du régime 
des obligations ou milieu du xii'' siècle. Il est doue impossible 
de voir dans ce texte, avec Guizot ', un code cwil. La question 
du mariage est agitée par raccroc, en ce qui concerne les 
rapports des communiei-s et des seigneurs (5/ -, En délinitive, 
comme l'a dit excellemment A. Luchaire, v ces dispositions juri- 
diques, qui semblent avoir été insérées presque au hasard, sont 
probablement ou bien des points contestés et douteux de la 
coutume locale, qu'on a voulu éclaîrcir et lixer; ou bien des 
dispositions empruntées à d'autres coutumes, el qu'on tenait à 
introduire dans l'usage et dans la lot de la localité airranchie; ou 
bien encore des règles nouvelles, fruit de l'expérience et des 
réflexions personnelles (les contractants, par lesquelles seigneurs 
et bourgeois ont essayé de modifier la coutume pour l'améliorei' 
et la mettre en harmonie avec les institutions communales ■'. •> 

L'organisation judiciaire de la commune n'est guère mieux 
connue queses princîpesjui-idiques. On saltque la justice est aux 
mains des jurés : ceux-ci s'engagent simplement à l'aire droit à 
GhBcun(15j, et certaines de leurs décisions sont exécutées par la 
commune en corps (7, 9, 10, 13} ; les amendes qu'ils prononcent 
sont irrémissibles, sauf !tu cas d'insolvabilité absolue(16). Bien 
plus, les jurés constituent le seul tribunal où les querelles entre 
co mmuniers puissent être débattues : en cas de refus par un com- 
munier d'obéir à leur sentence, la commune en fait justice, — il 
est probable sur sa maison et sa fortune (18; cf. 17). Cette sorte 
d'exécution par la collectivité a eu, dans le nord de la France, une 
très grande extension ' ; lorsque le coupable ne faisait pas partie 
de la commune, ou habitait en dehors de Soissons, ces exécutions 
donnaient lieu à de véiitiibles expéditions militaires (13, 14). 
Des liens étroits unissent les communiers h. leurs jui'és; ceux-ci 
sont bien les représentants de la commune. Itien, h Soissons, ne 
les rattache au pouvoir seigneurial : ils sont, en somme, les équi- 
valents des fonctionnaires judiciaires, qui, à l'époque carolin- 



1. Hisl. lie h eivllisation en France, XVII" Leçon, t. IV, p. 47 sqq. 

2. Cf. A, Luchaire. Les communes françaines. p. 126-128. 

3. Luchaire, Ltt communes française», p. 128. 

;. Le Glay, D* fortin el de fabatis demainon, Lille, 184â, in-H, Cf. Vi^xi 
Hitl. de la pitieidure criminelle, p. 16, et n. 4, 



ÉVOLUTION Dr RHOIT IHIIAIN A SOISSIJNS 113 

gienne. représentent le pouvoir souverain ' ; je ne dirai point 
qu'ils ilescendenl de l'échevinage carolingien: comme territoire 
judiciaire. In ville ne correspond pas nécessairement à la cen- 
taine; ils ne proviennent pas non plus d'une justice de miirché, 
qui, exercée par des teloniirii, serait forcément seigneuriale. Ce 
tribilnal a pu exister Eintérieuremcntà l'éi'ection nii^mede la com- 
mune, ou bien n'être créé qu'il l'époque de celle-ci : en tout cas, 
son existence légiile ne date que du jour où la ville obtint sa loi -. 
La compétence du tribunal municipal est, on 1 a vu, extrême- 
ment limitée : elle se borne ii la défense des droits des cnrnnm- 
niers, et, globalement, au maintien de la paix publique. En fnce, 
se sont conservées les juridictions ecclésiastiques; on verra leur 
action. La cliarte de Louis Vil n'en parle pas; elle ne men- 
tionne que la juridiction de l'iirchidiacre (4;. L'article où il en 
est question n'est pas commode à interpréter. L'interprétation 
de Dubois, qui voil dans l'arcbidiacre le chef de l'association 
diocésaine de paix d'où la commune a pu sortir, et explique 
ainsi sa présence dans la charte soissonnaise ■', est inadmis- 
sible. Il est plus vraisemblable de croire que le but de cet 
article est de limiter la juridiction temporelle de l'arcbi- 
diacre. L'évêque étant à Soissons fort puissant, son manda- 
taire l'était aussi. En déclarant que les poursuites exercées par 
l'archidiacre ne seraient légitimes qu'au cas où une plainte aurait 
été déposée entre ses mains, ou que le délit fût flagrant, et qu'elles 
seraient toujours valables cependant, lorsqu'il requerrait sur les 
preuves irrécusables d'un témoin, il paraît bien qu'on restrei- 
gnait sa compétence judiciaire. Peut-être même celle restriction 
n'a-t-elle pas seulement trait i» la procédure archidiaconale, et 
s*applique-t-elle aussi au genre d'affaires débattues devant le tri- 
bunal ecclésinstitpie : notons en effet que l'article 4 suit immédiate- 
ment celui qui traite du serment. On sait que le serment, consi- 
déré comme contrat religieux, a toujours été revendiqué par les 
juridictions d'église, et que celles-ci ont toujours tenté d'étendre 



1. A Amiens, le muire osl appflf par le roi major iii> 


iT ^Mon.ilii Tien 


tiil. t. I, p. 2S2). 




2, Pirenae, Origine des coiiililuliona urb,iines, iliin 


Riv. ni»t., 1893, 


i.vn, p. 3as-3i*. 




.1. p. Dubois, Le* atneiiretnenl». p. 2H4-28'J: iioli-r i[ii 


il n'emploie 'pie le 


Ile lies filiales de Soissons. 





à 



114 LA COMMUNE DE SOISSONS 

et de préciser à ce sujet leur compétence : mais c'était gêner la vie 
sociale, enlever de la souplesse aux relations contractuelles ; que 
les communiers aient cherché au contraire à réduire cette compé- 
tence, il n'y a rien là que de très admissible. 

On a généralisé à tort en disant que la juridiction commerciale 
étant le corollaire nécessaire du tonlieu, est une justice comtale K 
Le même auteur semble se contredire en affirmant ailleurs que 
le droit marchand, le «jus mercatorum », est une législation de 
caractère international et d origine purement économique * : 
comment alors expliquer des variations locales si marquées? On 
est de même bien forcé, à propos de Soissons, d'abandonner 
les généralisations de Sohm •^, de Schrôder *, et d'Huvelin •*, 
non pas qu'elles soient fausses, à proprement parler, mais parce 
qu'elles sont, en ce cas, invérifiables : une analyse aussi précise 
que possible a montré en quelle mesure le droit de marché, 
ou, plus exactement, Texistence d*un marché, pour Soissons, a 
joué un rôle dans la formation du dn)it urbain . Soissons est une 
ville romaine et ne provient pas de l'agglomération créée autour 
d'un marché temporaire ; son marché est agricole avant tout. On ne 
sait pas bien où il se tenait à l'origine, s*il se tenait à l'intérieur 
de la ville, dans ce que les théoriciens ^^ appellent le castrum, ou 
dans le suburbium. L'article 8 de Soissons parle bien de la ban- 
lieue, mais simplement comme limite de la juridiction munici- 
pale : on n'en peut inférer que le marché se tînt en dehors de la ville, 
et surtout qu'il y ait eu transmission d\in droit particulier du 
suburbium axicastrum; rien d'ailleurs ne nous révèle précisément 
la présence de marchés, dans le sens juridique du mot, auprès 
des grandes abbayes soissonnaises. Sans doute, comme partout^, il 
y a analogie entre le droit proprement municipal et le droit dont 
jouissent les marchands : il est dit que tout marchand lésé, ayant 



1. Pircnnt', Origines des consliiuiions urhainos, dans 1{, UisL^ t. LVII, 
p. 79. 

2. 1(1., ihid., |). 86. 

3. Die Enfsfchiifif/ des deufschen Stadiewesens, Leipzitr, 1890, in-8. 

4. Lehrbuch der deiitsrhen Rechfsf/pschickie^ I^<;ipzig, iS87-l889, 2 iQ-8. 

5. Essiii historique sur le droit des m-ircfiâs et des fuirfs^ Paris, 4897^ 
in-8. 

6. Ford. Lot, C. R. de Pironne, dans It* Moyen .«r/e, jaiiv.-fév. 1900. 

7. Iluvelin, op. cit., p. 236 sqq. — Cf. Boajj^lé, Les id*'es p(/nlitnires, Paris, 
1899, in-8, p. 200. 



É\0 



iir. 



porté plainte ountre un communier eiiti-e les mains des jurés, a 
le droit d't?n tirer justice ; les gens de la commune doivent leur 
prêter main-forte : mais si le délinquant gagne un asile, le mnr- 
chand lésé n'a pas le recours tju'en cas semliliible possède le 
communier {!), car si le délinquunt refuse de donner satisfaction 
au marchand, la commune n'en tire pas vengeance comme 
lorsque c'est un communier qui a été lèaâ ; il est simplement 
admis qu'au cas où il rentrerait dans Soissuns, les jurés le con- 
damneront (8). Il n'v a donc pas similitude parfaite entre le 
statut des eommuniers et celui des marchands : bien plus, on 
admet que le marchfmd peut être un des ennemis de la commune, 
auquel cas il n'a plus aucune de ses prérogatives juridiques. Les 
droits des eommuniers, maintenant, sont-ils sortis des droits 
acquis par les marchands, c'est ce qu'on ne saurait guère aftir- 
mer. Peut-on supposer que ces caravanes tlamandes ou fran- 
çaises <pii venaient s'approvisionner k Soissons de produits agri- 
coles, qui séjournaient dans le pays un temps très limité, qui, £i 
la fin de l'époque carolingienne, sont considi^rées comme en 
dehors de la vie normale de la société ', aient eu, dans la forma- 
tion du droit urbain, une influence si grande et si déterminante? 
Aucun indice que le maire de Soissons soit l'ancien judex fort '', 
aucune certitude que les jurés ait remplacé le conseil des scabiiii, 
en possession de certains droits de juridiction sur le marché ', 
On est simplement en face de deux faits : un fait statique et 
local, la ville; un fait d'évolution générale, le marché; il n'y 
a point rapport de cause k etfel entre ces faits. Ce qu'on peut 
dire seulement, k propos de leurs relations, c'est que le marché, 
en tant que forme du progrès social, a exercé sur le dévelopjie- 
ment politique de Soissons une influence déj& reconnue : cette 
influence no pouvait être que générale; et, s'il a existé réelle- 

1. K.-Th. Inama-Sternegg, Deainche Wù-lhschafUgencbickle, t. 1, Leip- 
ïig, 1879, p. 447. — Les negatialare», parmi lesquels on Irouvp des Juifs, 
des Lombards, sont coaM(Ii.^rés comrae des étrangers. Iluvelin, d'outre 
part, Ait et prouve {op. eil., p. 108); •> Le premier commerce |iermeuonL 
conslitue une sorte de contrebande. <i — Sur li's conditions des marchands 
ail xi< siècle, un trouve des exemples intéressants, mais frograentuires, 
dans Pireniie, Ville», mnrchés el marchand* au moyen ige, dans Itec. Hitl., 
1898,1. LXVII, p. 6i-65. Cf. .V. ^i:\ia\st,e. HundfUgesvh. Jer roinaniteh. 
Valker..., Munich- Berlin, 1906, in-S tUanilbiich deG. v. fielow et Meinetke:. 

2. Huvclin, op. cit., p. â32. 

3. Id.. ihid., p. 233. 



116 LÀ COMMUNL DE SOISSONS 

ment des principes définis d'un droit des marchands^ ces prin- 
cipes, par leur caractère même de généralité et leur allure spé- 
cifique, durent avoir un rôle bien mince dans la constitutiim 
d'un droit nouveau *. 

Si le tribunal municipal était sorti de la justice de marché, on 
ne voit pas bien pourquoi les jurés, en possession de la police du 
marché, n'auraient point eu en même temps Texercice des droits 
relatifs à son exploitation. Or, du silence gardé par la charte 
de Soissons sur cette question, je crois devoir conclure qu'ils 
ne l'avaient pas. D'ailleurs, tout ce qui touche à l'organisation 
financière reste singulièrement vague dans la charte commu- 
nale. Les droits du comte de Soissons sur les échanges sont 
connus - ; il ne paraît pas que le tonlieu ait été racheté, comme à 
Saint-Omer '\ au moyen d'une rente annuelle ; il est resté au 
comte. Mais il semble avoir été mis sous la surveillance de la 
juridiction municipale ^ ; du moins il fut imposé par elle au receveur 
[requ'isitor) d'annoncer le jour où le tonlieu serait exigé et les 
objets sur lesquels il serait prélevé, sous peine de n'avoir pas le 
droit de le faire solder ; au cas où, le règlement étant observé, 
on refuserait de payer, sans pouvoir invoquer les protestations de 
personne autre, on serait condamné à cinq sous d'amende (2). Il 
n'est pas à croire que Cv^tte amende de 5 sous soit perçue par la 
commune : comme celle qui est due pour la rupture du forma- 
riage (5), ou celle qu'on paie pour chaque retard dans le solde 
du cens servile (6), — toutes aftiendes domaniales, — l'amende 
du tonlieu est payée à un seigneur: en l'occurrence, c'est le 
comte; la commune se contente de réglementer sa perception, 
de même qu'elle réglemente la jurisprudence du prêt (11 et 13). 

De tout cela résulte que les finances communales sont encore 
embryonnaires. Les dépenses, certes, ne doivent pas être très 
considérables : peut-on croire que les administrateurs de la com- 
mune soient rétribués? La commune n'a pas acheté son existence 
à prix d'argent : du moins l'absence de toute rente ne permet pas 
de le soupçonner. On ne peut en elTet donner ce nom au droit de 

1. Dans ces conditions, ce (jue Pirenne dit de la synonymie de mercator 
et de burgensis est, par la généralisation, inadmissible (/oc. c//., p. 74-75). 

2. Voy. p. 175-178. 

3. Giry, Ilist. de Saint-Omer^ p. 377. 

4. Cî. Pirenne, Orig. des conslit, urb.y loc. ci7., p. 92. 






*v<M-ino> m HHOiT i biui> a soisscins 117 

crédil exprcc par l evëque sur les comniunîprs : ceux-ci doivent lui 
fournir pain, viande et jioissoD pendant trois nioisbcrédit il). Il est 
jjossîMe que celte cliargo jièse iiidividuellemenl — vt f^lcim-nl — 
sur chaque communier : il est plus cruvable que c'est la commune. 
•• seigneurie collective », qui T est soumise en corps, ce qui sup[HHie 
un rudiment d'or^nisatiua finaiicitrre, |>our la répartition «t la 
levée de i'impiM en nature. On voit eu effet, dans le même article, 
que les pêcheurs non communiers doivent faire crédil h l'évêquc 
pendant quinze jours, et que, s'ils ne sont pas payés dans ce laps 
de temps, ils ont le droit de se nanlir d'un gage sur les biens de 
la commune : la commune sert de garant entre l'évéque et les 
pécheurs; rien d'étonnant à ce que, vis-à-vis de l'évêquc, elle 
agisse collectivement. 

Ce qui est certain, c'est que, dès lors, la commune a des 
biens communaux '1) ' : quelle est la nature et l'importance de 
ces biens, c'est ce <|u'il est impossible de dire '-. Ils doivent 
constituer néanmoins — capiljil ou revenus — une bonne part 
du budget communal. Il y faut joindre les amendes (2, T."? 8) : je 
n'v reviendrai pas. La commune, de plus, exerce des confisca- 
tions : nous l'avons vue saisir ^ la maison et la fortune inobilîèi'e ' 
des citadins qui refusent de prêter le serment communal (17/ : de 
même elle saisit le pain et le vin de l'étranger ^ dont le seigneur 
est en guerre avec la commune : toutefois l'étranger a qutnKC 
jours pour vendre k Solssons son pain et son vin ; la commuue 
n'a de droit que sur les denrées invendues, et aucun sur la for- 
tune mobilière de l'expulsé, à moins qu'il n'ait forfait, comme 
acteur principal ou comme complice, contre la comnmne (12). 
Quant à une contribution quelconque en argent des communiers, 
il n'en est nullemonl question; peut-être peul-on dire que l'ar- 
ticle 1, en interdiKanI aux membres de lu commune de se « tail- 
ler 1 mutuellement, laisse entrevoir par là-même, et d'une fa^ou 
négative, que la commune, en tant que corps, possi'-df ce droit. 

i. De rebut communie. 

2. ri'aillcurs. d'une façon gi^néralc, on n'a pas lie textes «ur la i^ucslloii 
avnnl le ht' siMe (LiieliBÎre. Le» communr* frun^ituet, p, 192). 

3. Peul-êli-e " délruiri! --. 

i. Peconia. plus extonsif iiii'ari/enl ; cf. l'arl, i'î : v ileferendi aumrooï 

il certainemenl pas tin marchant) : il vient 
tt un petit cspittttiste. 




118 La commlnf: dk soissons 

En tout cas, il nV a là qu'une hypothèse, il est vrai fort admis- 
sible. Enfin, la charte de 1136 mentionne des impôts indirects 
perçus [tallias) sur les denrées apportées et déposées dans la ville. 

Pour le service militaire, la charte de Louis VII ne Tenvisage 
qu'au point de vue des rapports des communiers avec les privi- 
lèges de la commune. J y ai fait allusion à propos des expé- 
ditions de justice (7;. Ces expéditions ne pouvaient évidem- 
ment avoir Heu que dans un rayon assez limité, ce qui donnait 
aux communiers l'occasion de se trouver en contact avec des 
amis, des parents, alors considérés comme les ennemis de la 
comnmne : de là, ces articles sévères, destinés à garantir à Tex- 
térieur Tintégralilé du pacte communal, et qui interdisent for- 
mellement aux communiers de consentir des prêts aux ennemis 
de la commune, de conclure avec eux aucim arrangement, sous 
peine d'emprisonnement ^ (13), et de leur parler sans le consen- 
tement des jurés (14). * 

Il est curieux que la charte de commune, mise en forme sur 
les ordres du roi, ne contienne rien sur les devoirs militaires que 
celui-ci peut exiger des communiers. On peut admettre, peut- 
être, que ces derniers étaient si normaux qu'il était mutile de les 
mentionner dans une charte dont le but était justement d'enre- 
gistrer des modifications au droit ancien . la grande innovation 
apportée par le régime communal a été que le service militaire 
est exigé d'un groupe, et non plus seulement des individus 2. En 
1119, Louis VI accorda aux hommes (ÏAugere régis de ne plus 
aller à Tosl qu'en communauté ^ : c'est le premier acte formel 
où il soit réellement question de service communal. Mais nous 
savons que le fait, normal, d'exiger le service militaire des habi- 
tants des villes, — et ce devait être le cas pour Soissons, on 
Ta vu, au moment de la contirmation de sa charte par 
Louis VI, — devait créer un précédent utile à la royauté. Bien 
plus, c'est dans une charte iiliale de Soissons que fut, pour la 
première fois, posé le principe général du service militaire pour 
les communes : l'article 32 de la charte de Grépy -en- Valois 

1. • Juslicia de eo fiet. » 

2. Hommes libres ou non. Cf. sur le service mililairo, M. Prou^ Du service 
militaire dû par les roturiers, dans R, Hist,, 1890, t. XLIV, p. 327. Contra 
Guilhiermoz, Essai sur les orig, de la noblesse, p. 388-391. 

3. Ordonn., t. VII, p. 444. 



ÉVOLUTION Dl DROIT l RBAÏN A SOISSONS 119 

expose que la commune doit au roi Tost et la chevauchée ^ I^ 
commune, militairement or<j^anis('e pour les expéditions de jus- 
tice et d*arsin, était toute prête à être incorporée dans Tarmée 
rovale : et ce caractère soldatesque se matérialise et se svm- 
bolise dans le dessin du sceau communal, cpii. comme dans les 
filiales Senlis et Compi^gne, représente un guerrier debout, 
tenant Tépée et le bouclier, et revêtu de la cotte de mailles et du 
casque à nasal ^ 



* « 



La charte de Louis VII fut maintenue pendant une quarantaine 
d'années, jusqu'au jour où elle fut conlirmée et augmentée par 
Philippe- Auguste. Cette confirmation eut lieu entre le 5 avril et 
le 31 octobre M 81 -^ Loccasion de cet acte n'est point connue. 
On a supposé que Tavènement au comté de Soissons de Raoul 
de Nesle avait porté ombrage aux communiers, qui auraient alors 
demandé des lettres de conlirmation au nouveau roi, Philippe- 
Auguste '*, en profitant peut-être d'un voyage de ce dernier auprès 
de son parent Haoul •'*. En réalité, on ignore ce qu'il en est. 
Ce qu'il y a de sûr, c'est que la confirmation de la charte de 
Louis Vil correspond à un moment de vitalité puissante de la 
commune : on la voit élever contre labbave de Saint-Médard 
une forteresse que le roi fit détruire quel([ue temps après 
la confirmation (1181-82) *^, et elle exerce si bien la propagande 
communaliste que Philippe- Auguste doit signer avec l'église de 
Soissons un véritable traité d'entrecours (H83) '. 

1. A. Luchairc, Les communes françaises, p. 179. 

2. 1(1., ibid.^ |). loi-. — Le sceau de la filialo Vaillyest encore plus carac- 
téristique, qui, comme celui de (]hauny, représente un cavalier suivi d'une 
multitude armée de haches, de faux, et de |>iques. 

3. L. Delisle, Cntal, des actes de Philippe-Auguste^ n°31, p. 9. 

4. H. Martin et Lacroix, Ilisf. de Soissons, t. H, p. 47. 

5. Id., ibîd., p. 47. Phitôt son presque parent : le roi avait épousé Isa- 
belle de llainaut, nièce de \i\ veuve du comte Yves de Nesle, et Haoul se 
trouvait marié à Alix de Dreux, fille de Uol)ert de France, oncle du roi ; 
Raoul avait môme assisté au mariai^e de Philippe- Auf^uste, fi Bapaume, en 
H80. 

6. L. Delisle, Calai, des actes de Philippe-Auguste, n*» 40, p. 11. 

7. Id., ibid.., n° 72, p. 18. — Sur les tentatives judiciaires concomitantes, 
cf. Leroux, Ilist. de Soissons, t. II, p. 2. — Sur la politicjue communaliste 
de Philippe-Auguste, lire : L. Delisle, Catalogue des actes de P/ii/ippe- 
i4H/7u.s/p, Introd., p, cxviij-cxxj ; Luchaire, dans Lavisse, //l's/. (/e France, 
t. III, 2« partie, p. 229. 



120 LA COMMUNE DK SOISSONS 

Ces progrès de la commune apparaissent dans rarticle que 
Philippe- Auguste ajouta à la charte de son père et où sont enre- 
gistrées les nouvelles prérogatives acquises par elle (20). D'abord 
la mainmorte est entièrement supprimée : des charges serviles 
anciennes, il ne reste donc plus que la capitation, réglementée (6), 
et leformariage, rachetable(5). Ensuite le droit d'arrestation, dans 
toute la ville de Soissons, est remis aux administrateurs de la 
commune : cela, évidemment, ne voulait pas dire qu'ils avaient 
le droit d'arrêter n'importe qui, en particulier les sujets des 
'autres juridictions ; ils ne pouvaient Texercer que sur les com- 
muniers : mais l'article était vague, donc extensible, et devait 
donner lieu à bien des contestations. Les prérogatives judi- 
ciaires des communiers, considérés individuellement, s'éten- 
daient, par ailleurs, par l'admission d'une sorte d'habeas corpus: 
le roi s'engageait, en effet, au cas où quelque communier aurait 
forfait contre lui, à ne pas le traduire en justice hors de Sois- 
sons *, mais k le faire comparaître devant les jurés de la com- 
mune à la cour de l'évéque 2, et à ne lever d'amende sur lui que 
par l'intermédiaire du maire (20). 



* 



En 1183, Hugues III, duc de Bourgogne, accorda à Dijon une 
commune sur le modèle de celle de Soissons, et Philippe-Auguste 
s'engagea à protéger, contre le duc lui-même, l'existence de cette 
commune ^. Mais la charte dijonnaise est postérieure de quatre 
années à cette première concession (1187) ^: presque tout le 
contenu de la charte soissonnaise de Louis VII et de la coniîrma- 
tion de Philippe- Auguste s'y retrouve ^ ; les dix-neuf autres 
articles, qui constituent, pour le coup, un petit code pénal, et 
portent des clauses intéressant le service militaire (33), l'attrait 
(35) et la vie économique de la nouvelle commune (17, 31, 36), 

1. Le texte porte une expression que je n'ai pas bien comprise ; cariant 
monsirare compellere. Il faut admettre que la charte, matériellement 
considérée, est un objet si précieux aux yeux des communiers, qu'elle ne 
doit pas sortir de leurs mains. 

2. Il s'agit ici seulement du local. Cf. l'acte de H36, P. J., n« 42. 

3. Garnier, Charles de communes, n*» I, t. I, p. 1-2. 

4. Id., ibid,, n» V, t. I, p. 4-15. 

5. Articles 1 à 18. — Noter l'absence de tout article concernant le ser- 
vage (Art. 5 et 6). 



ËVUI.LIION DL tlKOlT LRRVI> A SII{SSO>^ 121 

ont été cousus au bas de la charte deSoissuns; ils concernent 
exclusivement Dijon. 11 n'y nuriiil rien de plus h ajouter, s'il 
n'existait un l«\te difTéreist de In chérie de 1 181 pour Soissons, 
antérieur à la charte de 1 187 pour Dijon, et intéressant l'une et 
Taulre ville. 

Les archives co m mu nale.s de Dijon conservent en efTcl une copie 
dtt xii" siècle d'un texte qui n'est point une charte royale, ni une 
charte ducale, qui est dépourvu de tout protocole < et de tout 
eschatocole et qui s'ouvre par une simple notilication : <■ sachent 
tous présents pt futurs que telles sont les institutions et les cou- 
tumes de la ville de Soissons •>, et conclut par la mention de 
rap])OKilion du sceau de la commune de Soissons -. Du fait, 
d'autre part, que ce texte se trouve dans les archives de Dijon, 
et que, par une sorte d'iuadvertance, ou d'une intention qui ne 
s'est pas souciée d'une contradiction, la personne du duc [de 
Bourgog;ne] se trouve mentionnée dans l'un des articles (28). il 
faut hien conclure qu'il a été envoyé par la commune de Soissons 
à celle de Dijon, atin de compléter les clauses de ta charte de 
Philippe- Auguste par un résumé des couliimes de Soissons, 
rédigé par les ofliciers de cette commune et nécessaîiv ft une 
ville qui venait d'être appelée !i la vie communale. Que ce soit 
un texte rédigé par les administrateurs d'une commune, c'est ce 
qui ressort de l'emploi, h plusieurs reprises, de la première per- 
sonne du pluriel (13, 19, 20, 21) ; que cette commune soil Sois- 
sons, c'est ce <|ui est forme lleme nient dit aux ortick-s 18 et 32. 
Mais lesislence de ce texte soulève quelques diflicultés que je 
vais essayer maintenant de résoudre. 

Labandé, en étudiant subsidiaire ment cette question, en a 
quelque peu. semble-t-il, obscurci la solution ■•. Ce qu'il dit du 
mode de tr.tdition de ce texte, qu'il appelle A — et j'i'mploie- 
rai cette dénomination — par rapport à la charte de 1181, qu'il 
appelle B, est assez juste : » Quand les Dijonnuis demandèrent à 
Soisscms la charte de commune, on leur envoya B, qui est bien 
en elfet la charte demandée, et que les Dijonnais s'empressèrent 



1. Une IcatJiictioa 
texte : « ... anquor liavons noua 
an celé lenour el rlnm^irs l'am de 

2. Voy. P. J., a" ir.. 

3. Hitt. rie Bfauvait, p. 93 aqq. 



(iporle à l'année I18T la réiliictîon de ri- 
unes nutres lettres dou filz dttii dit Hutriu- 
isiusdit " (Bill. Nnl,, Int. 9873 f 50). 



122 LA COMMl'NE DE SOISSONS 

de copier ^ Mais un grand nombre de points de juridiction étaient 
restés dans Tombre; beaucoup de questions intéressant et la 
magistrature et la bourgeoisie, le droit civil comme le droit cri- 
minel, étaient omises dans B. Aussi les magistrats de Soissons 
dressèrent dans A un tableau des principaux articles du droit en 
usage à Soissons, qui pouvaient être utile à connaître dans une 
nouvelle commune voulant calquer sa constitution sur celle de 
Soissons )> -, Mais, en affirmant que A représente la coutume pri- 
mitive de Soissons *^, Labande a émis une idée inexacte et vague. 
C'est ce que l'analyse d'A va, je Tespère, révéler, en même temps 
que sa comparaison avec les autres textes constitutionnels de 
Soissons. 

On voit d'abord que la commune possède la banlieue (20) ; sur 
cette question, B est vague, mais il y apparaît bien que la banlieue 
constitue la limite de la commune (8) ^ : l'étendue de la juridic- 
tion communale, simplement désignée dans B par ambitus (20), 
est définie plus extensivement dans A par infra villam .. vel 
extra (19). Il semble donc que, sur cette première question, la 
rédaction de A, plus précise que celle de B, est aussi plus récente. 

Au contraire, si Ton aborde l'étude du serment communal, on 
dirait qu'on revient en arrière. Deux conditions sont requises 
pour faire partie de la commune, qui, en fait, se confondent, car 
elles se réduisent à l'obligation de ji'être pas un prolétaire: il faut 
posséder une niîiison ou une place à bâtir, et pouvoir contribuer 
aux dépenses communales (32) : nous voici revenus, dirait-on, à 
l'état de choses révélé par le procès de 1136 '•; mais nous savons 
quelle est la réalité vraie (4) **, et qu'il n'y a pas la contradiction 
qu'on a voulu relever ^ entre 32 de \ et l'article 17 de B. Que 
si même Ton juxtapose ces deux articles, on s'apercevra que les 
magistrats ont voulu définir avec plus de précision ce que disait 

1. Il y a là quoique inexactitude, la charte proprement communale étant 
(le deux ans antérieure à la concession royale à Dijon d'une commune (1183. 
— Nous n'avons pas la charte primitive de Dijon). 

2. Op. cit. y p. %. 

3. Op. cit., p. 97. 

4-. Noter dans B l'emploi de lenca, mot plus ancien (jue banleuca 
employé dans A. 

5. Voy. p. 91. 

6. Voy. p. 98-99. 

7. Labande, op. cit., p. 95. 



l'article 17, qui se pri'uccu|>e davantage de l'obligation du serment 
(jue de la condition de ceux ijuî ont îi le jii-êler. Si A ne fait pas 
allusion au caractère ubli^^atoire du serment eonimuaal. il insiste 
du moins sur son indébililé : une fois qu'on a prêté serment entre 
les mains du maire, personne n'a plus de droit sur vous, le serf 
assermenté échappe à son maître. Ce serment, tous les Soisson- 
nais le prêtent, k quelque seigneurie qu'ils appartiennent, cujua- 
ctimque ({oininti »int ; U plusieurs reprises les rédacteurs d'A 
reviennent là-dessus {1, 4, 10, 11, 12, 25) ' : il n'y a là rien qui 
ne soit dans B (i, 1). Il faut supposer avec A lesmémes excep- 
tions qu'avec B. et pour les mêmes raisons : seulement dans 
A, il est dit qu'on peut prendre un chevalier pour maire (4) ; les 
fonctions militiiites du maire pouvaient de cette rai;on être mieux 
remplies; n'enipèche qu'il y a \U quelque chose d'embarrassaot, 
car il faut bien admettre que le maire, charg*- de recevoir le ser- 
ment des conimuniers, doit le prêter k un moment donné, et il 
faut maintenant ajouter que le serment, obligatoire pour ce que 
je me permets d'appeler le tiers, devient facultatif, par suite 
de l'accession, purement individuelle, des nobles à la conmiune. 

C'est que celle-ci n'a pas cessé d'être la société de secours 
mutuels en action débnie plus haut. L'article 1 de B se retrouve 
dans A, concRntré et précisé {1); comme dans B (20;, il est dit 
que nul communier ne peut être arrêté par son seigneur, tant qu'il 
se remet à la justice du maire (11). Tous les communiers ont les 
mêmes droits [1, 4. 13, 25, 27) et les même.s devoirs (6, 8, 10, 11, 
12, 32). Contre ses ennemis, la commune agit en corps (30). même 
s'il s'agit du prévôt du roi (17) ; par contre, la commune n'est 
pas engagée lorsqu'un de ses membres, sans l'aveu des magis- 
trats, lèse quelqu'un : le communier seul doit amender le dom- 
mage '31); en revanche, nul communier ne peut être lésé dans 
ses biens, lorsque son seigneur est en guerre avec un tiers (28). 

Que ce soient les magistrats en personne qui aient i-édigé A, 
c'est ce qui est prouvé par la place qu'ils s'y sont octroyée. Ici, 
plus aucune des hésitations de B. Lu figure du maire apparaît, 
as^ez vivement éclairée : il est élu nu suffrage universel, comme 
les jurés; il n'est plus le premier des Jurés, comme j'ai supposé 
qu'il a pu l'être : en fait d'ailleurs sa situation reste sans égale. 



l. Cf. P. Violbt, Lmci 



a français 



, p. 51-r 



124 l.A CliMML'M': DE SOlSSrjNS 

Comme les jurés, il est aslreiiil h un m^nilfit impératif, en ce sens 
que, qu'il le veuille ou non, il doit accepter la fonction (ju'on lui 
confie (4), J'ai dit déj5 qu'il pouvait être chevalier. 

Ses fonctions sont étendues. Il r%!emente tout, sauf les ques- 
tions de fief (7); il re(;uit le serment des communiers (25). Mais 
c'est avant tout un Juj^e (3, 19. 22, 23, 24) : le fait de se récla- 
mer de lui arrête toute poursuite d'une autre juridiction (19) ; il 
a seul le droit d'autoriser un nantissement de ^a<;e (22); encore 
toutefois a-t-on le droit de le récuser, et alors les jurés seuls sont 
jugea (23). Il a une sorte de surveillance de police sur ses 
administrés, et lexer'ce de concert avec les jurés : sans leur aveu, 
aucun communier n'a le droit de causer avec un banni, ni de lui 
fournir quoi que ce soit ,8j: on retrouve ici, singulièrement adou- 
cies, deux dispositions de B (13. 14). Il veille au paiement de la 
taille communale (6), et commande la milice communale à l'ar- 
mée royale (H). A ces fonctions nombreuses correspondent des 
prérogatives importantes. C'est ainsi qu'il ne contribue pas aux 
amendes iniligées k la commune par le roi (10), ni aux tailles 
et dépenses communales (14) ; personne ne peut prendre de 
gage par force -sur son serviteur, sous peine de 5 sous d'amende 
(15). 

Les jurés, qui sont élus de la même façon que le maire (4), se 
trouvent parfois remplir les mêmes fonctions (8, 31) ; mais ordi- 
nairement, ils ne constituent que le tribunal dont le maire est le 
président. On peut récuser le jugement du maire (23) : on est 
forcé d'accepter le jugement des jurés, et il en coûte, à le blâmer, 
de payer à chaque juré 3 sous d'amende (9). Quand les jurés se 
réunissent en « conseil municipul ", aucun d'eux ne doit révéler 
au dehoi-s les débats qui s'y ouvrent, sous peine d'exclusion (29). 
Comme le maire, ils possèdent certains privilèges : celui de ne 
pas monter de garde, sans payer au maire 12 deniers d'amende 
(14), celui de ne pouvoir être arrêtés par le maire qu'en cas d'ho- 
micîde (16). celui de n'être jugés, en cas de rixe entre eus, que 
par eux (24). 

Dans tout cet ensemble de pouvoirs et de prérogatives, on 
est bien forcé de reconnaître des éléments d'aristocratisation, 
qu'un ne trouve pas dans la confirmation de 1181, où Philippe- 
Auguste a consacré une seule phrase d'un seul article fi la dêlSni- 
tion des fonctions du maire (20). C'est un autre symptôme de 



ÉVilLlîTlDN 1»L' lillOlT IBRAIK I 



123 



celte nristocratisation commençante qu'on constate dans la cons- 
lilulion d'uDe assemblée consultative, iinnexe et lempornire de 
bourgeois, désignes par les jurés, et astreints i) un serment spé- 
cial (S| '. N'est-ce pas une preuve indirecte de l'alTaiblissemont, 
de lu ru réfaction des asseniblées ^énéraleR.â peines réunies seule- 
ment pour l'élection des magistrats municipaux? 

Le tribunal de la commune se tenait dans la cour de l'évèque ' : 
c'est ce que A. comme H, nous apprend (13 et 20) ; A ajoute que 
ce lieu avait été donné tu la commune par le roi (13) ; nous savons 
aussi par A que la cloche commuDale (cf. B 19) était contenue 
dans un belTroi (12y. Ces divers locaux faisaient partie des biens 
de la commune, parmi lesquels 11 faut probablement ranger les 
murs de la ville (12). 

A, pas plus que B, n'est un code judiciaire. Les amendes se 
montent it T> sous (9), ou li 12 deniers (12) ; mais il n'est ques- 
tion dans ces deux articles que de deux délits. Pour certaines 
fautes, le bannissement est prononcé (8). Le duel judiciaire 
existe, et l'on peut combattre soi-même ou employer un cham- 
pion : le vaincu est disqualifié, et son témoignage n'a plus aucune 
valeur-' 11). La saisie privée de gage est interdite *, l'autorité 
municipale intervient, qui. par la vois du maire, uulorise, en 
cas de créance, ou pour toute autre cause, le nantissement (22). 
Dans ces nlTaii-es d'ai'gent, la compétence du maire est assez 
étendue ; lorsque pluinte est portée contre un débiteur, et que la 
juridiction où la plainte est |iorlée ne sévit pas contre lui. du 
moment que le plaignant a deux témoins, il peut invoquer la 
justice du maire {2 et 3). D'une façon générale, le maire et les 
jurés protègent la paix urbaine : ils font amender ou punissent les 
violences exercées entre comn)uniers(l),el lorsque le délit lèse un 
non -communier, ils en revendiquent encore la répression (20). 
Ainsi, depuis l'époque de la cbarte de Louis VII, la justice 
communale s'est singulièrement développée. Sans doute, il sub- 
siste, à l'inti-rieurde Soissons, d'autres juridictions (2. 18. 27). 

I. Sur le râle el lu ik'veloppemool de celle Inslilution, cf. Luchaire, Le* 
•eommiiiifi fraj^aùtn, p. IfiS-ISti. 

â. Il fout vrNisemblablomcnl idi-ntifier la euria e/iiteopi (13) et la curîa 
majarU [9\. 

'A, Ce n'est pus le cas ordinaire que le duel judiciaire oil élé maintenu 
par les clurtes communak-s [cr. Pirenne, loe. cil., p. 05). 

4. Joiudre rarlidc 15. 



i 



126 LA COMMl^NK DE SOlSSOï^lS 

Mais, en cas de litige sur dette, on Ta vu, le tribunal com- 
munal peut parfois remplacer la juridiction primitivement dési- 
gnée (3). Le développement de la puissance royale a introduit à 
Soissons un prévôt ; mais s*il forfait contre la commune, il est 
soumis au jugement du maire (18), etiln^a même pas le droit de 
poursuivre un communier qui frappe un sergent du roi, ou un 
sergent du roi qui frappe un communier : ces cas relèvent du 
maire (20) ; bien plus, — et ceci s'applique à toutes les juridic- 
tions, — du moment qu'on invoque ou que s^exerce d'elle-même 
la justice communale^ la poursuite d'un délit par une quelconque 
justice cesse de soi (19). Quant au tribunal de rarchidiaci^ ', 
toutes les causes possessoires, sauf lorsqu'il s'agit d'une veuve, 
lui sont enlevées (27). La puissance du tribunal de la commune 
s'est, en somme, développée, en même temps que se sont préci- 
sés ses principes juridiques et .sa procédure. On constate peut- 
être même dans ceux-ci un peu plus de justice abstraite : ainsi les 
expéditions judiciaires figurent toujours dans A, mais très aiïai- 
blies, puisqu'il n'est plus permis à la commune de se venger 
sur ceux qui ne lui ont directement rien fait (30). 

B ne nous donnait que des renseignements lacunaires sur l'or- 
ganisation financière de la commune ; A ne nous apprend guère 
plus, et se contente d'insister sur l'obligation des communiers de 
contribuer proportionnellement aux dépenses de la ville (32), au 
paiement des amendes exigées par le roi (10), à l'entretien des 
biens communaux (12) ; en cas de refus du paiement par un 
communier, le maire a le droit de s'emparer d'un gage ou de 
mettre le récalcitrant en prison, jusqu'au paiement de la contribu- 
tion (6). 

A, de plus, insiste quelque peu sur le service militaire de la 
commune. Il est double, royal et communal, mais toujours obli- 
gatoire et universel : les seules exceptions admises le sont par 
les jurés et le maire (11). C'est ce dernier qui conduit les troupes 
communales à l'armée royale (11). Dans la ville, derrière les 
murailles, entretenues par les communiers (12), on fait le guet : 
il en cjdte 12 de liers d'uin3iile di refuser cetteo bligation (14). 

Dans tout cela, il n'est aucunement question du servage. Or 



1. Notez que ses fonctions ju<1iciaireK peuvent être exercées |)ar le doyen 
ribid.). 



ÉVOLUTION DU DROIT URHAIN A SOISSONS 127 

nous observons que ne figure dans la charte dijonnuise de 1187 
aucun des articles de la charte soissonnaise de Louis VII qui con- 
cernent le servage : bien plus, cette charte organise le droit d'at- 
trait K De plus, en 1181, Philippe- Auguste a aboli la mainmorte 
àSoissons^, et, en 1183, il promet de ne pas retenir dans sa 
commune les serfs de révêché de Soissons -^ Il faut donc 
admettre qu'entre la rédaction de la charte de Louis VII et celle 
d*A, il s*est opéré dans la condition juridique des Soissonnais un 
grand progrès, dont le détail n'est pas connu, qui ne s'inscrit 
même pas hypocritement dans les textes, et qui n'en est pas 
moins à peu près sûr : c'est l'abolition du servage. Sans doute 
Philippe- Auguste, en conlirmant la charte de son père, confirme 
aussi les clauses qui ont trait aux charges serviles des Soisson- 
nais ; mais la charte de Philippe-Auguste est un texte consti- 
tutionnel, et Ton sait qu'entre la teneur et Tapplication d'un 
texte juridique, il existe une marge ; or la pratique des insti- 
tutions communales nous est révélée par A, qui ne contient 
rien sur le servage, et qui est antérieur à la charte dijonnaise de 
1187, où l'on observe la même lacune. Ajoutons qu'en 1183 
encore, Philippe- Auguste confirma le jugement de 1136 K Est-il 
vraiment admissible qu'il ait pu songer h donner une valeur obli- 
gatoire à un texte» applicable au début du xii^* siècle, et dont les 
différences avec la charte confirmée en 1181 étaient patentes ? 

C'est pour avoir négligé de retracer l'évolution communale de 
Soissons, c'est surtout pour avoir oublié qu'entre l'acte de 113f) 
et la charte de 1181 il existait la charte de Louis VII, qu'on a 
pu prétendre qu'A représentait la coutume primitive de Sois- 
sons''. (Certes, il existe entre A et l'acte de ll3fi certains rap- 
ports '• ; mais cela s'explique assez par le fait que ces deux 
textes sont deux témoins non contemporains du développement 

1. Art. 35 (Oariiior, (Charles tU' rommunea, l. I, p. 11-12 : « et simoikIuiu 
vcro (juod communia potesl l'olintM'c» homines, ciijiisoum(|ue dominii 
siiil... » 

2. Art. 20 de sa confirmation. 

3. Voy. p. 110, n. 7. 

4. Bib. nat.. Ch, et dipL, t. K7, f» t8 (Delisle, CatuL, n" 83, p. 21 . 

5. Lahandc, llist, de Beauvais^ p. 97. 

0. Id., ibid., p. 9t. Labando insiste sur les articles 18 et 32. De (fuelle 
façon il faut interpréter ce dernier article, c'est ce que j'ai dit p. 186 
sq. 



128 LA COMMUNE DE SOISSONS 

politique de la ville de Soissons. Mais dire, comme le fait 
Labande ^ qu'aucun des articles de A ne se retrouve dans B 
est tout à fait faux : on a vu, au contraire, que, sur beaucoup 
de points, A précisait les dispositions de B, et le caractère 
d'instructions pratiques reconnu à A explique par ailleurs que ce 
qui a été défini dans B ne se retrouve pas forcément dans A. 

Ce qui est plus exact, ce sont les rapports d*A avec les cou- 
tumes de Beauvais-. L'article 1 d'A reproduit, mu/a/w mutandisj 
l'article 3 de la charte de Beau vais de 1182^; Tarticle 4 repro- 
duit, ainsi que l'article 5, l'article 18 de la même charte ; et l'on 
a même remarqué * que les articles 2 et 3 reproduisaient en gros 
un jugement de Louis VII, en 1151, donnant à Tévêque de Beau- 
vais la connaissance des causes des communiers, la reportant aux 
pairs en cas de déni de justice. Tout cela est vrai, encore qu'on 
puisse se demander si un simple jugement a pu avoir, au milieu 
du xn*' siècle, une telle répercussion. Mais comment pouvoir 
soutenir qu'A est la coutume primitive de Soissons, alors qu'elle 
emprunte certaines dispositions importantes à la charte beauvai- 
sine de 1182, et que rien de précis ne la rattache à la charte de 
Louis VII, antérieure de onze ans au jugement de 1151 ? Com- 
ment pouvoir le soutenir, quand, après avoir reconnu le rôle 
exorbitant des officiers municipaux, dans A, on constate qu'il n'y 
eut de maire qu'en 1175 au plus tôt à Beauvais ^, dont la cou- 
tume ancienne serait, dans ce système, l'archétype unique d'A ? 

A a donc pu être influencé par la charte de Beau vais de 1182, 
comme B a pu emprunter à la charte de Beauvais de 114t divçrs 
articles. 11 n'en reste^pas moins que A et B sont des textes qui 
appartiennent à l'histoire communale propre de Soissons. Et 
cela est prouvé justement par les différences des deux textes. A 
plusieurs reprises, en analysant A, j'ai constaté les progrès 
matériels et moraux accomplis par la commune sur l'état 
révélé par la charte de Louis Vil ; adoucissement dans les mesures 
judiciaires, allaiblissement des juridictions ecclésiastiques, aris- 

1. Op. cit., p. 96. 

2. Lab.indo, op. cit., p. 07. 

3. I/article 1 d\V se rapproche même de la charte de 11 82 pins que l'ar- 
ticle 7 de la charte soissonnaise de Louis VII de l'article correspondant de 
la charte de 11 4 i. 

4. Labande, op. cit., p. 97. 

5. Labande, op. cit., p. 79. 



—-j. 



ÉVOLUTION DL' DIIOIT l'HKAIN A SOISSIJNS 129 

tocratisntinn des fonction n ai n>s municipaux, dont Iii pcrsounalilé 
si vague, si peu dëlachée du reste de la commune, dans la charte 
de Louis Vil, se dessine si vivement dans A, progros de la justice 
et des linanccs communales, — autant de faits qui nous montrent 
qu'entre l'époque où la charte de Louis VII fut rédigée et celle où 
l'on écrivit A, les forces de la commune se sont développées, cer- 
taines diirérenciations de classes ont apparu. Par contre, avec la 
continuation de Philippe- Auguste de H Kl, les ressemblances 
sautent aux yeux : deux des clauses qui se trouvent dans l'article 
qu'il a joint à la charte de son père (20) se retrouvent dans deux 
articles d'A (13. 19). J'ai dit que la suppression des charges ser- 
vîtes, à laquelle la conlirmatîon de 1 181 fait timidement allusion, 
semble bien ressortir du silence complet d'.\. comme des disposi- 
tions de la charte dijonnaise de H 87. Il n'est pas jusqu'à la présence 
d'un préviit roval dans A qui n'invite il croire que A n'est point 
du tout la coutume primitive de Soîssons. et que ce texte a été 
rédigé à un moment d'extension du pouvoir royal en France '. 

Ce moment, c'est le règne de Philippe- Auguste. Il est évident 
en elTet que A est postérieur à 1181. date de la conlirmatîon de 
la charte soissonnaise ; à 1182, date de la conlirmatîon de la 
charte beauvaisine -; ù 1183,enliu, date de la concession première 
d'une commune k Uîjon''; il est antérieur fi 1187, date de la 
concession par Hugues IH de Bourgogne de la charte définitive 
de commune à Dijon '•. C'est entn' 1183 et 1187 qu*.\ a été rédigé, 
et si l'on se rappelle qu'en 1183, justement, Philippe-Auguste 
essaya de restreindre la propagande communaliste ■'. dont il 
semble qu'on doive voir une application pratique dansl'article 25 
d'A, on peut admettre que c'est un peu iivant la rédaction de 
cette charte de Philippe-.\uguste pour l'église de Boissons, que 
les magistrats municipaux ont envoyé â la commune de Dijon 
leurs instructions, — exactement en 1183, 

Ainsi A, par les rapporlsqui l'unissent à la charte de Louis VU, 
â la confirmation de Philippe-Auguste et aux chartes dijonnaises, 

1. Biussel, Nouvel u».tge <jénéral de» /iefg. t. 11, p. t3* sqq, Cf. Gravier. 
Esxai sur fej prfvâl» royaux du XI' an XIV' »ifcle, Paris, 1004, iii-8, avec 
une erreur, p. 220. 

2. l.abande, flitt. de Beaavait, p. ÏIS. 

3. Garnier, Charte» de commanea, n« I. t. 1, |>. 1-2. 



i. Id., iiirf., n" V. p. *.15. 

5. L, Delislp, Caùil. des aclea île Phitii^pe-Auijasle, i 

Bornai». — IlUioire Je /,i fominune de Soinoiin 




130 LA COMMUNE DE 80I8S0NS 

devait compter, malgré son caractère pratique, parmi les textes 
« constitutionnels >^ de la commune de Soissons ; il a pu nous 
servir à nous figurer un moment de révolution juridique de ces 
textes. 

Reste maintenant à voir comment ces textes ont été réelle- 
ment appliqués, à Tépoque pour laquelle nous possédons des 
documents plus explicites, au xiii® siècle, et quelles sont les rai- 
sons de labolition du régime communal à Soissons au xiv®. 



DEUXIEME PARTIE 



LA VIE COMMUNALE A SOISSONS 



CHAPITRE I«r 

PRATIQUE ADMIMSTRATIVK. — CONFLITS JURIDICTIONNELS 

Depuis la fin du xii^ siècle, la commune de Soissons comprend 
toute retendue de la ville ^ cité et faubourgs. Je ne vois pas 
d'après quels éléments certains historiens ont pu tracer de sa 
juridiction des limites quelconques et très précises^. En fait, le 
droit urbain, de personnel qu'il a pu être k sa naissance, est 
devenu territorial-^ : néanmoins le centre communal par excel- 
lence, c'est la cité, avec ses murailles, construites au milieu du 
XII* siècle '*. Selon les principes stratégiques du temps, où Ton 
considérait les enceintes urbaines comme des annexes des châ- 
teaux-forts, base de toute résistance, la Tour des Comtes était 
enfermée dans les murailles de la ville, ce qui amena plus tard 
de graves querelles, lorsque les comtes, pour amener les com- 
munications avec le dehors, résolurent de s'emparer du rempart 
qui régnait autour de leur château •'. Cet espace clôturé est véri- 
tablement le cadre de la paix^^ : le droit communal ne peut s'y 
heurter qu aux juridictions de Tévêque, du chapitre et du comte. 
En dehors des murs, dans les faubourgs, les propriétaires des 
juridictions anciennes feront tout leur possible pour écarter l'in- 
vasion du droit urbain : le droit urbain restera avant tout le droit 
de la citéy les communiers sont des cives. 

De la commune dépend la banlieue^. Nous ignorons, comme 
pour la plupart des villes^, quelle était l'étendue de là banlieue, 
dont on ne peut pas rapporter la grandeur à celle de la mesure, 
d'ailleurs fort relative, de la lieue, car on voit au xi*" siècle la 

i. Charles de 1181, art. 17; acte pour Dijon, art. 1, 4, 10, 11, 12, 25, 32, 

2. II. Martin et Lacroix, np, cit., t. I, j). 484-*8î ; abbé Pêcheur, 
AnnalcH, t. II, p. 207. 

3. Pirenne, Orig, des consllt. urb., dans/?. Ilist.j t. LVII, p. 321. 

4. Voy. p. 4. 

5. H. Martinet Lacroix, op. cit., t. I, p. 487. 

6. Pirenne, loc. cit., p. 299. 

7. Charte de 1181, art. 8; acte pour Dijon, art. 21. 

8. A. Luchaire, Les communes françaises^ p. 70. 



134 LA COMMUNE DE S0I8S0NS 

commune de Poitiers avoir une banlieue qui s'étend jusqu'à plus 
de 16 kilomètres aux environs, et au xi® siècle on voit les limites 
de celle-ci coïncider presque avec les murs de la ville ^ Quanta 
la formation juridique de la banlieue, dont le droit est ordinaire- 
ment symbolisé par une croix'*, il est à croire qu'elle est un déve- 
loppement postérieur de la paix urbaine, car le droit qui y règne 
semble un affaiblissement du droit urbain *^. 

Du côté de TAisne, la rivière arrêtait toute extension du droit 
communal : là, les empiétements hypocrites et lents ne pouvaient 
avoir aucun champ, au moins dans les premiers temps. Dès 
1148, un village dépendant de l'abbaye de Saint-Médard, Berny- 
Rivière, s'était érigé en commune, et l'abbé Enguerrand Tavait 
forcé à revenir à son état ancien *. Le bourg d'Aisne resta 
en dehors de la commune soissonnaise; et c'est pour gêner 
Tabbé de Saint-Médard que les communiers, en construisant les 
murs de la cité, non seulement laissèrent le bourg en dehors, 
mais élevèrent les fortifications de façon à le menacer. Louis VII 
et Philippe-Auguste successivement exigèrent la démolition de 
de ces défenses ^. Le bourg d'Aisne continua à être administré 
par les maires de Saint-Médard et par des échevins ®, à la dési- 
gnation desquels les habitants pouvaient prendre une part 
qu'on ignore ^. Son autonomie se maintint au temps même 
où une prévôté remplaçait à Soissons la commune disparue, 
puisqu'en janvier 1368, à la demande des habitants du « bourc 
d'Aisne » et du « Chastel Saint-Mard », « estans des termes de 
la prevosté foraine de Laon », les appeaux volages y furent 
abolis, à condition que les habitants paieraient 3 sols par feu 
rendus à Laon à la Saint-Martin d'hiver; il est question dans 
cet acte de mayeur et d'échevins de la paroisse Saint-Wast, la 

1. A. Giry, Les élablissemenU de Rouen^ t. I, p. 411. 

2. Flach, Les origines de V ancienne France, t. I, p. 183. 

3. Pireimc, loc. cil., p. 401. — Cf. l'art. 8 de la charte de 1181, où l'on 
peut se demander si raftaiblissement du principe judiciaire est imputable à 
la nature du^ws mercatoruni ou à celle du droit de la banlieue. 

4. Chron, S. Medardi, Bib. Nal.. lat. 4998, f^ 30, I" col. ; dans //. F. 
t. XII. p. 2*9. — Cf. H. Martin el Lacroix, o/). ci7., t. II, p. 5. — Sur l'antiquité 
de cette localité, voir Bulletin de Soissons, 1874, 2* série, l. V, p. .372. 

.^>. Voy. P. J., no 10. 

6. Bib. nat., lat. 9986, f« 117 v^. ; .\rch. nat., LL 1021, p. 68-09. 

7. Devisine [Manuel hibliogr.; Additions hisl., p. 457) croit à tort à 
l'existence d'une commune. 



ITIOLt- ADMINISTHATIVE, 



JLBIDICTIONNELS 



i3;î 



seule subsisliinte du boui^ (i'Aîsne ' ; or les ap|)eaux ne fureuL 
abolis tlans la pri'voté de Soissoiis qu'en avril 1372 ■. Néan- 
moinfi la commune de SoÏKsons n'abandunna point û l'égard 
du boui'g d'Aisne les proei^dës de violence, dont Gautier de 
Coincy a éti? le témoin oculaire^; la tradition veut même que 
les funérailles de ce poète aient été ensanglantées par les assauts 
que les Soissonnnis vennient de recommencer contre l'abbaye 
(1236) *. D'ailleurs les Soissonnais n'ont pas négligé les armes 
judiciaireK : un arrêt du Parlement, en 1239, conlirma une sen- 
tence de l'abbéde Saint-Médard, portant que la commune n'avait 
point la Justice du sang dans le bourg d'Aisne -'. 



Comme il est ordinairement arrivé pour toutes les villes épïs- 
copales transformées en communes, les commuDÎers de Suissons 
étaient appelés erres, ce qu'un texte franvais traduit par le mol 
(I eitoïen » ''. On faisait pourtant entre commtiniit et civilas une 
distinction qui s'imposait ^ Il n'y avait pas à Soissons, à pro- 
prement parler, de harg; cependant, par une assimilation natu- 
relle avec ce qui se passa en d'autres communes, les communiera 
furent fréquemment appelés i. bourgeois ■< {hur'jensfs) ; et c'est 
sous ce ternie qu'ils sont désignés dans la cliarte de com- 
mune " et les actes royaux qui concernent Soissons ^. La vieille 
cité romaine, avec ses vestiges de fortifications, pouvait en somme 
jouer le rôle de burg '", et comme le bui^ fut souvent le centre 



t. Ordonn., l. V, p. 93-9S (sur la redevance exigée, le lexle n'est pa! 
sûr et parlededeiix elde trois snla) — Cf. Deviame, jUanne/, p. 68; l.eroiin 
HUt. Je SoiMo/m, l. I, p. 475-47f). 

i. Ordonn., I. V, p. 740-722. 

3. Abbé Poquel, Intrnd,, p. \\\v . 

4. W., Ibid., p. nun. 

5. OUm, I. I, p. 4B3, n° XVII. Ct. Boulark, .!<;(«, ii" .164, t. I, p. 31 . 

6. Carlul.deSaiitt-Jenn-des-Vii/n''t, Bit. Soîuboiis, ms, 5, r*64. 

7. Dans un acte de la c 
t. XI. p. â82, en n.) ; .■ .. 

SUD, in t/uibas iiint cantmanîa'r.H nos iinamnominaredebemiis ii. — Voir h 
ee sujet, A. Luclinire, Le» eammunet fruinjAue», p. 46. 

8. Voy. P. J.,n° 13. 

9. Chartes diverses aux P. J. 

10. Pour l'est de l'Allemagne, l'histoire 
été faite par S. Rletschel, Die > CiPtla» >. 



de Tournei.de I1»6, il est dit [Ordonn., 
civiiaUt in Arcliiepisco|>nlu 



ihi rapport de ces deux mois a 
auf deuUchem Boden, Lit *am 



136 LA COMMUNE DE SOISSO.NS 

de ractivité communale ^, le mot qui désignait ses habitants 
désigna aussi les communiers ^. 

Les protocoles de beaucoup de chartes privées comprennent, 
sous le mot cives, aussi bien les femmes que les hommes ^. Les 
femmes des communiers devaient être soumises au statut juri- 
dique qui régissait les hommes. Quant à la question de savoir si 
elles jouaient dans la commune un rôle politique actif, si la 
règle énoncée au xni® siècle par le pape Innocent IV ^ a pu 
s^appliquer à Soissons, il est impossible de la résoudre, et les 
faits recueillis jusqu'aujourd'hui sur la place occupée par les 
femmes dans la vie politique de Tancienne France ^ ne Téclairent 
que fort indirectement. 

Sur la position tenue par les nobles dans la commune, je 
n'ajouterai rien à mes observations à ce propos sur Tacte pour 
Dijon *'\ et aucun fait ne permet de dire que Tarticle qui les con- 
cerne (4) ait été jamais appliqué : trop de raisons les opposaient 
aux bourgeois. 

Quant aux clercs, ils étaient socialement et intellectuellement 
les adversaires du régime communal ^, — mis à parties illustres 
devanciers à qui la commune de Soissons dut de vivre. Pourtant 
à Compiègne, ils essayèrent de le fausser en s'y introduisant, et 
c'est à cette occasion que le Parlement rendit une ordonnance 

Aitsgange der KaroUngerzeit ^ ein Beitrag zur Geschichlederdeulschen Stadt, 
Leipzig, 1894, in-8. Cf. Blondel, dans R. Hisl,, 1898, t. LXVIII, p. 353- 
354. 

1. Labande, Hisl. de Beauvais, p. 38 et n. 4. 

2. Néanmoins, on voit à Angers, où la commune ne fut établie qu'en 1194, 
le nom de bourgeois donné aux habitants de cette ville dès 1188 (abbé 
Lebeuf, Hisi. d'Auxerre, t. II, Pr., n° 84, p. 31). — Sur les bourgeois au 
xi« siècle, cf. Flach, Les origines de l'ancienne France, t. II, p. 358. 

3. Voy., à titre d'exemple : Arch. .Visno, H 1179, n» 50 (vente à Sainl-Jean- 
des-Vignes par « Hobertus dictus tlmpirevile et Maria uxorsua, cives Sues- 
sionenses», fév. 1243) ; Bib. Nat., lai. 9986, f^ 33 .nov. 1237); Arch. nat. 
L 1006, n« 12 (avril 1281). 

4. In quinque libros Décret. Appar., V, t. XXXIl, c. 2 :« Si sit universitas 
secularis, debent vocari omnes majores XIV aun., sive sint marcs, sive 
mulieros, sive virgines, sive conjugatae, sive viduao cl minorum tu tores. » 
Cité par P. Viollet, Hist. des Inslit, polit., t. II, p. 3, n. 1. 

5. P. Viollet, Hist. des inslit. polit., t. I, p. 208 et n. 2 ; t. II. p. 4 et les 
n. ; Id., Ilist. du droit français, p. 293, n. 4. — Joindre IV. Pauffin, De l'or- 
ganis. munipale, p. 168, n. 1. 

6. Voy. p. 123. 

7. Luchaire, Les communes françaises, p. 222 sqq. 



• Ordinatum fuit quod clcrici non possini 
nut prepDsiti; et hoc specinliler (Iklum 



PBATIULE ADM1M3TBATIVE. — CONFLITS JCRIDICTIONNKLS \'M 

^nérale, interdisant aux prêtres d'être jurés, échevins. maires ou 
prévôts ', et les autorisant h remettre entre les mains laïques les 
justices temporelles qu'ils exerçaient (1288) '-. 

Une ville à municipalité est caractérisée parla posseRsion d'un 
" corps et commune .>, d'une cloche, d'un sceau, d'une 'i fermp » 
ou fortilicatiiin, et de franchises particulières *. Soissons est 
administrée par des jurés et un maire. Les historiens anciens 
affirment que les jurés étaient au nombre de douze ■ ; aucun 
texte ne permet de contrôler cette alTirmation, qui repose peut- 
être sur ce qui s'est réellement passé en d'autres communes. 
Nous ne savons pas même comment ils étaient nommés ■'. et un 
peut seulement avancer qu'ils l'étaient au sulFraj^e universel". 

De même sans doute le maire'. 11 est par excellence le mandataire 
de lu commune, et dans les actes qui sont rédigés pour la ville, il 

i. OUm, t. II. p. 277, n° VII : 
lierî juruli, aut scabiiiî, majores 
uil pro illis île Coupendio. » 

3. L'ordonnance précitée est jointe i celle-ci, qui porte de plus que, dans 
toutes les cours, lea procureurs seront des laïques, & l'exception de ceut 
des chapitres et des couvents {Ordunn.. t. 1, p. 316; cf. p. 317, n. (a)). 

3. B"" Dupin, HUt. de VadminUtralion locale:. Paris, 1829, in-8, p. 79, à 
propos de la confirmation des privilèges de Is ville de Lille en janvicrl3U2. 

i. Berlette, Antiquités, p. 1 18; D. Gilleson, cli. 2*9, Bib. Nal., fr. 1877^, 

^ 21KI. 

3. Bousseau-Desrontoines [Bib. Soissons, ms. 231, f. 15 v°-lG) rcrit ce 
qui suit sur le mode d'élection des gouverneurs-éclieTins, et semble donner 
â ce mode uiieassez grande antiquité ; a L'ordre de procéder à Telection des 
gouverneurs-echevins etaitautrefois que les paroisses, comme aujourd'hui, 
se retiroient séparément avec leurs syndics. Les habitants nommoient deux 
contrôleurs au syndic, el le syndic en leur présence ecrivoit le nom des 
nommés, et h chaque croix lenoit une petite raye pour marquer le nombre 
des croix. Depuis, les maires étant en titre, on a donné des boëtes cache- 
lées, dans lesquelles, en présence dos deux contrôleurs, chaque habitant 
jette pnr une ouverture son billet où sont écrits ceux qu'il nomme. On rap- 
porte ces boëtes â M" le maire et anciens gouverneurs-echcvins, qui sont 
tous d'un cAté. et le procureur du l'ai et la ville de l'autre, aux hauts sièges 
de la salle presidialc, oii on les ouvre et écrit les nommés de chaque 
billet, et ceux qui se trouvent avoir plus de paroisses sont déclarés cche- 
vins. Mais pour le meilleur ordre, on a fait nommer aux paroisses deux 
contrôleurs pour être à l'ouverture des boëtes et A l'inscription des nommés 
dans ces différents billets. " Housseau-Destoutaines conclut : i C'est 
l'élection qu'on remarque la plus authentique de memoired'horame, et il 
esti croire que celte manière exemple de toute atteinte sera observée dans 

fi. Voy. p. i0fi-iO7 

7. Voy. cependant p. 106. Cf, 1231 24. 



138 LA COMMUNE DE SOISSONS 

est ordinairement le seul désigné ^ Il y a eu des maires à 
Soissons dès les origines de la commune, mais Tétat des archives 
interdit de dresser la liste de ces administrateurs : on peut 
à peine glaner quelques noms. En 1135, le maire s'appelle 
Nocher, comme il ressort d'un procès entre Tabbé de Saint- 
Crépin-le-Grand, Téoul, et les héritiers d'Aloud de Soissons, à 
propos du fief de la chambrerie de Bétisi ^ ; ce Nocher figure 
parmi les témoins, et il est à croire qu'il fut cité comme vassal 
personnel de Tabbaye "* : nous sommes loin de Tétat de 
choses indiqué par l'acte pour la commune de Dijon, où est 
envisagée Thypothèse d'un maire noble ^. Dans ces temps 
anciens de la commune, le mairat est à peu près sûrement 
annuel, puisqu'on voit en 1136 un nouveau maire, du nom de 
Loot ^. Par l'exemple de Nocher, on voit que la situation des 
maires était peu indépendante : semblablement, en 1160, on voit 
le maire de Soissons Raoul Ledent ^ souscrire à une charte 
d'Yves de Nesle qui confirme la donation à Saint-Léger de la 
menue dîme d'Epagny par un certain Thomas, à côté du châtelain 
du comte ^, et le même personnage figure, en H 66, parmi les 
prévôts du comte 8; de même, en 1171, le maire Gui souscrit à 
une charte d'Yves de Nesle concernant les dîmes de Cramailles ^. 
On trouve ici et là encore quelques noms de maires : l'un d'eux, 
Evrard de Sorni, à deux reprises dans le cartulaire de Saint-Léger 
de Soissons, en 1183 *^, et en 1190 **, ce qui prouve que la réélec- 

1 . Major et com m u n ia . 

2. A. Luchaire, Annales de Louis VI, n'> 562. p. 255-256. — Cf. D. Élie, 
Ilist. de Saint Crespin, t. II, Bib. iiat., fr. 18777, ï^^ 185-187 v». 

3. Cf. II. Martin et Lacroix, Hist deSoissons^ t. I, p. 503. 

4. Art. 4. 

5. Voy. P. J., n» 12. 

6. Radulfus Dens (abbé Fôclicur, Cirtul. de Saint-Léger, n° 28, p. 76). 
On trouve aussi Radulfus al Dent (Id., ibid., p. ÎK), n° 35, acte d'avril 1178|. 

7. Abho Pochour, Cart. de Saint-Léger, n°14, p. 53. 

P. Id., ibid.y n<> 28, p. 76 (Hoj^H'rus Macer, Radulphus Dens, et Lisiardus de 
Porta, preposili ; II., ihid., n° 29, p. 78. — On voit par un autre acte «ju'il 
était le fils de Hojjer Lemaigre ibid., n^ 47, p. 108) ; il y a là un fait inté- 
ressanl pour l'histoire de la prévôté. 

9. Id., ibid., n» U, p. 82. 

10. Id., ibid., n°47,p. 107-108. Il figure parmi les témoins d'une charte 
par hujuelle Guillaume, abbé de Saint-Léger, notifie la vente d'une pièce 
de vigne h un chanoine de Soissons; l'abbé Poquel a lu à tort : « Lurardusde 
Sorni, tune major ». 

11. Id., i7>ic/.,n« 51, p. 112. Il Ggure parmi les pièges de la confirmation 



I 
I 



PHATIQl'E ADMIMS 

tioa était possible. Semblablemenl \e mcme Eudes apparaît d 
maire dans deux actes de làOli et de I2li '. Il est probable 
que ce renouvellement des pouvoirs administratifs en faveur 
d'uQ même homme correspond k la formation dans Soissons 
d'une aristocratie urbaine, uii le choix populaire, volontairement 
ou non, cherche les magistrats communaux : cet lîudes. en eiîet, 
est un homme riche '^, et la richesse est le fondement réel de 
toutes les aristocraties ^, 

La mairie était renouvelt^e h Soissons annuellement '', et la 
réélection était permise. L'ordonnance de saint Louîs qui ordon- 
nait que les maires de toutes les communes fussent élus le lende- 
main de la fête des saints Sîmnn et Jude, c'est îi-dire le 28 oc- 
tobre '^, et qui parait être sortie de l'article l^des Établissements 
de Rouen '^^, — i^tendu dés 1256 h toute la Normandie^. — eut la 
prétention de régir toutes les mairies de France " ; cette ordon- 



par Nivelou, évÈi|ue île Soissons, de la vente d'une pari du iiioiilin de 
Chevruel a l'iibbaye de Saint-Léger, par Bérard de In Porte, avec rHssculi- 
meatde sa femme, de ses fils et de ses deui Trères. 

1. Voy. la noie suivante. 

2. Dans un arcord d'avril 1206, on croit que la fcmino il'Eudes n fait don 
h l'abbaye de Notre-Dame de Soissons de W sous de cens sur une maison 
sise A l.aon ^Bib. Nat.. lat. 17141, n° 16; charte originale); la fortune 
apparaît donc comme déjà beaucoup plus mobile. — En 1^14, Ëudc» {lasse 
avec l'abbaye deSaînt-Crépin eD Chaye un véritable contrat de fénge (Biti. 
Nat,, lat, 18372, ^ 38 r"). 

3. On trouve encore en lâ.^l un nom de maire, HhouI |D. Germnin, lliiil. 
rfe,V-D., Pr.. p. 4481. En i2(ia, c'est Pierre " ad Pisa .. (voy. P. J., n' 23) ; 
eu 126.1, Gringoire le Hiche (voy. P. J., n°22). 

4. C'est le cas ordinaire. — A Bapnumc, pourtant, la municipalité n'est 
renouvelée ijue tous les quatorze mois /L. Dclîsle, Calai, des atteii de Phi- 
Uppe-Aujiii*te,n°'tM,x,. 115, nctedeligfil. 

5. A. Giry, Documents sur lu» relations des villen acee la royauté, n' 34, 
p. 87-8S, art. I"; Ordonn., t. 1, p. 82. Cf. Thomsssy, dans Monument» du 
Tiers Étal, ms.. Hull. du II) mars 1837, BIb. Nat., n. ur.|. fr. 6359. P> S3; 
Ch.-V. Langlois. dans l.avisse. IIUI. de France, t. lll, 2' partie, p. 78-79. — 
Voy. A. Giry. Manuel de difUimatique, p. 309. 

6. A Giry, Les -flahlUsemenls de Rouen, t. I, p. 35 et n. 3, p. *30-i37. 

7. Ordonn.. t. 1, p. 77 ; Giry. Doeument». il" 33. p. 85-86. 

8. Sur le date, voy. les observations (l'A. Qiry.Dacumenl», p. 87, et du 
o' Boi'retli de Serres, dans Rerherehe» sur divers services publia du XIII' au 
SVIIJ' siècle. Paria, 1893. in-8, p. 9:i-107. L'ordonnince on questionne 
porte|ioiat de dnte, et Laurièrc l'a tout bonnement datée de 12S8, parce 
que dans \e Mémorial (copie r Arch. nat., P 2288, f"* 7*6-7*7), elle préeéde 
l'ordonnanee pour tes communes de Normnndie, qui est très probablement 
de 1256. BorrulU de Serres a pi-ouvé, toe. cit. , qu'elle dntNit de 1262, date 



1 



140 LA COMMUNE DE SOISSONS 

nance, qui était encore appliquée à Amiens au xv^ siècle *, ne 
parait point avoir eu de succès à Soissons, où, en 1262, Tannée 
probable de sa promulgation, l'élection se faisait le jour de la 
Saint Jean-Baptiste 2, — à moins qu'il ne faille justement 
admettre que l'élection de 1262 est la dernière qui ait été faite 
selon Tancien mode, et qu'à partir de cette date le nouveau ait 
été pratiqué aussi à Soissons. 

Il n'y a jamais eu, semble-t-il, qu'un maire à Soissons ^. En 
revanche, en certains cas qu'il est impossible de définir, il 
pouvait se faire remplacer par un lieutenant ^. D'autre part, au 
début du XIV® siècle, le roi put intervenir énergiquement dans la 
vie politique de la commune, en remplaçant le maire par un 
'( gardiens establis a gouverner la commune de Soissons de par le 
Roy» (1321) \ 

Je ne reviendrai pas sur les fonctions et les prérogatives 
du maire et des jurés ^. En tant que conseil politique et admi- 
nistratif, ils constituaient, on l'a vu, un organisme secret ^; cette 
règle fut difRcilement admise par la royauté, dont l'intérêt était 
justement de connaître le détail des délibérations communales; 
on le vit bien en 1264, quand, un bourgeois deSenlis, condamné 
par la municipalité pour avoir révélé les décisions du conseil, 
ayant fait appel à la justice du roi, le Parlement cassa le juge- 
ment ^ et condamna la ville, pour ce mauvais jugement et un 
autre encore, à une amende de 40 livres tournois, et à la sus- 

adoptéo par Gh.-V. Langlois (dans Lavisse, Hist, de France, t. 111,2* partie, 
p. 76). 

1. De Galonné, La vie municipale dans le nord de la France, P. J., p. 208- 
209. Joindre l'exemple de Sens, 3« partie, chap. VI. Cf. Borrelli de Serres, 
op, cit., p. 106. 

2. Voy.P. J., no 23. 

3. A Corbie, en 111)0-1151, on constate la présence de deux maires (A. 
Luchaire, Et. sur les actes de Louis Vil, (^atal., n® 267, p. 185). De ce que, 
dans un acte de 1190, il est question de majores, on ne peut conclure à 
l'existence de deux maires (P. J., n® 19). 

4. Voy. P. J., n° 17, art. 9; Olim, t. I, p. 39-40, n^ XXV (1258); 
Car/, de Sainl-Jean-deS' Vignes, Bib. Soissons. ms. 5, f*» 205 (1321). 

5. Cartul. de Saint-Jean-des- Vignes, Bib. Soissons, ms. 5, f» 204. Sur le 
caractère général de ce fonctionnaire, voy. Philippe de Beaumanoir, Cou- 
tumes de Clermont en Beauvaisis, éd. Salmon,Coll. de textes..., Paris, 1900, 
in-8, p.ir. 1520, t. II, p. 267-268. 

6. Voy. 1»^ partie, chap. III, passim. 

7. Voy. P. J., n» 15, art. 29. 

8. Olim, t I, p. 581, n» I. 



PRATIQUE ADMIM8TRATIVH. CONFLITS JURIDICTIONNELS 141 

pension pour 5 années de la mairie et des autres otlices de la 
ville *. En tant qu'assemblée judiciaire, il fut établi pratique- 
ment que les jugements du maire devaient être rendus en par- 
ticipation avec les jurés, sans quoi on pouvait appeler du maire 
seul pour défaute de droit * (1268). 

Que le maire de Soissons ait dû prendre, vis-à-vis de la 
commune, des obligations par serment, comme à Noyon -^^ qu'il 
se soit engagé synallagmatiquement, comme à Laon '*, à Tégard 
de Tévéque, cela est bien possible, fort probable, mais invéri- 
fiable. En revanche, on sait qu'il prononçait, sans doute le 
jour même de son élection, un « serment de sûreté » [Juramen- 
tum assecuralionis), par lequel il promettait de n*attenter jamais 
en rien aux personnes ni aux droits ecclésiastiques ^. 

Dans Soissons, ville déconomie agricole, il ne s*est pas opéré 
une spécification brutale des classes ; une caractéristique de l'oppo- 
sition sociale et politique des partis, constatée ailleurs, — l'exten- 
sion du système de l'élection à deux degrés ^, — semble manquer 
à l'histoire communale de cette ville. Néanmoins, les transfor- 
mations profondes qui modifiaient alors le monde occidental 
l'atteignirent : la vie commune, unie et solidaire des premiers 
temps de la municipalité disparut peu k peu, et cette extinction 
de la solidarité, si vivace encore dans la charte de Louis VII, 
nous est révélée par le silence gardé par les textes soissonnais 
sur le rôle des assemblées municipales. La primitive solidarité, 
œuvre et pensée de tous les inàtants, s'est pour ainsi dire con- 
centrée dans la désignation des mandataires de la commune ^. 
Pourtant il est à croire que le serment de sûreté était prêté par 
les communiers ^, mais, très vraisemblablement, par la bouche 

1. 0/tm, t. I, p. r>87, n» X. 

2. Olim, t.l, p. 72:;, n» H. 

3. A. Lefranc, Ilisl. de Yoyon.p. 71. Cf. A. Luchaire, Les communeH fran- 
çaises, p. 161. 

4. L. Broche, Documents..., dans A^ R. hist. deàr. fi\ et étranger, 1901, 
t. XXV, p. 730-731. 

5. H. Marlin et Lacroix, llist. de Soissons, t. II, p. 48. Cf. P. J., n° 19; il 
y est dit : « in virlute juramenli quod olim feccrant super eo quod ecclesie 
vol ecclesiaslice persone nullam de celero violenciam inferrent. » Il en est 
question dans des actes de 1224-1225 (P. J., u® 17, art. 18) et dans un pro- 
cès de 1312 {Olim, t. III, 2« partie, p. 797). 

6. Bouta rie, La France sous Philippe le Bel, p. I.*i3. 

7. P. Viollet, Les communes françaises, p. 14. 

8. Voy. p. 101-102, 122. 



142 LA COMMUNE DE SOISSONS 

du maire. Nous ne savons pas si la commune, seigneurie collec- 
tive dans la hiérarchie féodale *, prêtait à Tévêque un serment 
vassalique, comme, par exemple, à Noyon ^. Ce n'est que par 
une analyse du contenu des textes constitutionnels de la com- 
mune que j'ai pu reconstituer la teneur du serment prêté par 
les communiers; on ne voit pas qu'à Soissons aient existé 
des exceptions analogues à celles que l'on constate pour Senlis^ 
où Ton voit, à la fin du xiii® siècle, les hommes mariés aux filles 
des jurés exempts de le prêter ^. 



* 



La vie communale était concentrée autour et à l'intérieur de l'hô- 
tel de ville. C'est un nom bien ambitieux pour désigner le bâtiment 
oblong, couvert de tuiles, percé d'arcades cintrées et en anse 
de panier au rez-de-chaussée, de fenêtres h meneaux perpen- 
diculaires au premier étage, de petites ouvertures oblongues 
dans les deux pignons ^. Cette maison était appelée hoiel du 
Change, peut-être par un souvenir de la monnayerie royale ^, 
ou parce qu'à une époque ancienne le rez-de-chaussée put 
servir de halle au poisson ^ et qu'on y commerçait. Elle 
avait dû être bâtie par les communiers sur un terrain cédé, bon 
gré mal gré ", par l'évéque à la commune, et l'emplacement où 
elle s'élevait a été désigné parfois de Cour l'Evêque [curia Epis- 
copï) ^. La commune payait pour cela une redevance qu'elle 
acquitta au comte, lorsque l'évéque eut cédé en fief à ce dernier 
le lieu en question ^^ ; cette rente s'élevait à 30 livres parisis. Elle 



1. A. Liichoire, Manuel des instit., p. 413. 

2. A. }.elVanc, Ilist. de Xoyon, p. 234, et P. J., n° 58, p. 235-236. Cf. A. 
Lucliaire, Les communes françaises^ p. 98. 

3. J. Flammermonl, Ilisf. de Senlis^ p. 7. 

4. Abl)é Poquel, La boucherie et la chasse des bouchers de Soissons ^ dans 
Bulletin de S(tissons^ 1853, t. VU, p. 104. Cf. de Caumont, Abécédaire, 
Archii. civile et mi lit., p. 270. 

5. H. Martin et Lacroix, Hist de Soissons, t. I, p. 485. 

0. D. Gilleson, Bib. Nat., fr. i7775, f»'^ 240 vo-241. Cf. Leroux, Hist. de 
Soissons, t. I. p. 421-422. 

7. Voy. racle de 1136, P. J., n» 12. 

8. Charte de 1181. art. 20 (P. J., n'> 13) ; acte pour Dijon, art. 13 (P. J., 
n" 15); Bib. Nat., Coll. D, Grenier, t. 293, n» 14. 

9. DAguesscau, Œuvres, t. VI, p. 263: 1279, Jean, comte de Soissons, 



PB.lTHjlK ADlllMSTnATIVI': 



IRimCTIO\SELS 



ti3 



fut plus tard démembrée du patrimoine comtal, on ne sait exac- 
tement à quelle époque, et fut définitivement amortie par la 
ville de Soissons, bien après la disparition de la commune, en 
i469, quand Offroy Moreau, procureur et argentier de Soissons, 
racheta de dame Damrebrusche, femme de Pierre du Puy, conseil- 
ler et chambellan du roi, le « fief de Change •> moyennant la 
somme de 300 livres parisis '. A cette (époque, d'ailleurs, le bâti- 
ment, tout ruineux -, ne servait plus d'hôtel de ville ■*. Le bâti- 
ment n'existe plus aujourd'hui. 

Devant la maison du Change s'étendait une place sur laquelle 
s'élevait le pilori : on y faisait les exécutions, et la commune 
payait aucomte trois oboles de nérels" pour le pied d'eschelle ' ". 
Cette maison était-elle flanquée ou surmontée d'un belTroi, nu lui 
a-t-oii donné justement ce nom, c'est ce cpi'il est difficile de dire ; 
en tout cas, l'ensemble était clos de murs, comme il ressort d'un 
arbitrage avec le chapitre, de 1291 ■'- On a dit, mais sans preuve, 
que sur le belTmi s'élevait Is bannière rouge et blanche de la 
commune " ; il est exact toutefois que ce sont là les couleurs de la 
ville. 

C'était la tpi "était i>endue la cloche communale, qu'on sonnait 
pour ri'uoir les assemblées communales ^, pour .< alarmer .1 



, rente que In co 



I Tii-f de rôvéïiue, entre su 1res choses, 3f) 1. pnr. de 
)uté (Je Soissons lui doit pour In nmisoii du Change de 



D. Gilleson, lue. cit., d'aprèf les rcgialrus de la ville. — Cf. abbé 
I Poquel, ioe. eil., p. 10», n. 1; 11. Mnrtin el Lacroix, op. cil., t. 11. p. 333, 
[, daonenl à tort la ilale de 1430. 

B. C'est nittsi que l'incendie de Hli anéantit la voQte el lu charpente 

' (ahbé Poquel, Ioe. cil., p. lOi); on ne procéda h lu reBlaiiralion du toit 

:]tt'eii IMI (/&((/., p. 105]. 

3. Clioron. La fituste parle Saint-Mariin ri lea i/ïpers tmptaceinenU de 

,' tllâlel de Ville h Soimoas, dans BulUlin de Snitton», 1ST4. 2< série, t. V, 

p. 2S7^S3 (l. à p.. Soissons, 187U, in-8). Cf. RuUflin </■■ SotMOH», 18%, 

, 3- série, t. VI, p. 66. 

*. D. Gilleaon, Ioe. eil.fvvy. p. 142, d. 6|. 

5. Bib. Nal., Coll. D. Grenier,t. 281, a' 69. 

6. II. Marliu et Lacroix, op. cil., t. I. p. 48!^ ; Choron, foc. cit., p. 262. 

7. Bib. Nal., Cuil. D. Grenier, L 293, n" 14: Arbitrage de Guillaume, 
archevêque de Iteims, entre la commune et Saint-Pierre bu Parvis, (192: 
« ...nobis i|j;tlur L-onstitulis, major et jurati celorique ejusdem communie 
cires, ad sunitum majoris campauc, prout ibidem in magnis ncgotiis con- 
sueludo esl lieri, in curia Episuopi, ubi suns more solîlo disceptaliones 
eierceut, el judlcia decemunl, anle nos convenerunt... g 



144 LA COMMUNE Dt) SOlSSOiNS 

les communiers laissant s'enfuir un malfaiteur ', pour annoncer 
les proclamations '• et les bannissements-^, pour faire s'armer 
les communiers ^. C'était là qu'étaient gardés les prisonniers 
de la commune -^ ; là, qu'étaient conservées les archives commu- 
nales, qui, plus complètement que dans beaucoup de villes, ont 
été dispersées ou anéanties ; là seulement, qu'on avait le droit 
de faire revoir le jour à la charte communale, précieusement 
conservée '»; là, enfin, qu'était conservé le sceau communal: sur 
la face, était représenté un personnage debout et de face, 
revêtu d'une cote de mailles et d'un casque ovoïde à nasal, 
armé d'une épée et d'un bouclier, et entouré de 1 4 personnages 
— une preuve indirecte, peut-être, que les jurés étaient au 
nombre de 14 — divisés en deux groupes ; autour, se lisait la 
légende : 

SIGILLVM SVES... NENSIS GOMMVNIE; 

le contre-sceau portait un petit clocher à quatre étages, avec la 
légende : 

BERFRIDI SVESSIONIS". 

Le type de ce sceau, toutefois, n'a pas été parfaitement con- 
stant : il offre au moins une variante ^; mais son caractère mili- 
taire parait s'être conservé. 



1. L. Delisle, HestU. (fun volume des Olirn^ n° 906, dans Bouttiric, Acteit, 
t. I, p. 459. 

2. OUm, t. lil, 2« parlie, p. 719, n« V[I. 

3. Voy. P. J., n» 17, art. 19. 

4. Olim, t. III, •>« parlie, p. 797-799, ii« LXXXII. 

5. Olim, t. III, 2« partie, p. 719, n« VII. 

6. Charledell81,art.20 (Voy. P. J.,n<' 13): acte pour Dijon, art. 13 (P. J., 
n*» 15). — Dans la commune de Beaune, filiale de Soissons, on voit, au 
XIV* siècle, recommandée l'habitude de faire inspecter les privilèges de la 
ville une fois l'an par de» bourgeois notables (Garnier, Chartes de com- 
munes, t. II, p. 2'i4). 

7. Périn, dans Bulletin de Soissons, IH")!, t. V, p. 99-100 (avec repro- 
duction). Cf. Blancard, Iconographie des sceaux, Marseille, 1860, in-4, t. II, 
pi. 34; A. Giry, Manuel de diplomatique, p. 648. — Notez, et ceci s'a- 
joule h ce que j'ai dit sur la civitas, p. 135, (fu'il existe un sceau « urbis sues- 
sionensis » : urbs est ici identifié k civitas ; le sceau en question est 
employé par l'officialité pour des actes purement ecclésiastiques (Bib. Nat., 
lat. 9985, f'>« 188, 216 v«, 232, et, pour la description, f<» 200^ 

8. On lit, dans le (lartulaire de Saint-CrApin-le-Grand , à la suite de la 
copie d'une charte communale de juin 1301, cette description : « Le sceau 
de cire verte sur laqs en parchemin re[>résenle un homme armé de pied en 



PRATIQUE ADMINISTRATIVE. — CONFLITS JURIDICTIONNELS 145 

On a dit que « l'histoire de la commune de Soissons ne fut 
qu*une longue série de conflits entre la magistrature bourgeoise 
et le chapitre » ' : il faut étendre la formule et dire : toutes les 
juridictions ecclésiastiques. Une revue rapide de ces conflits nous 
fera mieux comprendre que d'aucune autre façon l'organisation 
judiciaire de la commune soissonnaise : ils sont postérieurs à la 
confirmation de 1181, et peuvent s'expliquer par l'abondance 
de vie que cette concession même nous permet de discerner 
dans l'histoire de Soissons, à la fin du xii^ siècle. 

Pourtant, dès 1181, les communiers montrent déjà toute leur 
volonté d'unifier, à leur profit, le système judiciaire de la ville. 
Non seulement ils menacent l'abbaye de Saint-Médard (1181) -, 
contre laquelle ils feront encore en 1185 une nouvelle attaque 3, 
mais ils essaient d'empiéter sur la justice de l'irascible chapitre 
de Saint-Pierre-au-Parvis, en s'emparant d'un homme dans un 
logis situé au lieu où étaient autrefois le cloître et la maison des 
chanoines : un arrêt donne raison aux chanoines '' ; mais la 
querelle n'en fut pas pour cela apaisée, à telles enseignes que le 
chapitre demanda justice au Saint-Siège, qui délégua des com- 
missaires pour examiner l'alTaire : finalement, les parties firent 
un compromis entre les mains de Guillaume aux blanches mains, 
archevêque de Reims, et, en sa présence et celle de toute la 
commune, le maire et les jurés remirent les chanoines en pos- 
session de leurs droits (1192)''. 

Les communiers, à cette époque, procèdent par violence •'. On 
le voit bien en 1190, quand, Philippe- Auguste ayant exempté 

cap qui tient en sa main droilo une épée nue et en la gauche un bouclier; 
devant lequel il y a cinq autres jiersonnes en posture de suppliant (sic) , 
l'escriture est galtée. Sur le conlre-seeau, il y a une espèce et façon de 
piramide avec quelques molz qu'il est difficile de deschiffrer »> (Arch. Aisne, 
II 455, f° 256 v«i. 

1. A. Giry et Réville, dans Lavisse el Rainbaud, llist, (/Amorale, t. Il,|). 466. 

2. Voy. p. 119. 

3. Chron. S. Mednrdi, Bib. Nat.. lat. 4998, f. 30, l"^col. 

4. Dormay, Hist. de Soissons, t. II, p. 208 ; H. Martin el Lacroix, 
Ilist. de Soissons, t. II, ]). 101. 

5. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 293, n» 14 (oiigT' *»"i' parch., scellé sur 
lacs de soie, sceau disparu ; sur le repli : « letlera restilucionis terre nostre 
in civitate Suessionis site, a majore et burjensibus inquietate »). Cf. ibid,, 
n°15, la ratification par les juges délégués du Saint-Siège, Etienne, évoque 
de Noyon; Hugues, doyen, et Enguerrand, écolAtre. 

6. Per violenliam ejecerunt, est-il dit dans le texte précédent. 

BouRui?r. — Histoire de la commune de Soissons. 10 



146 



LA COMMU.NK DE SIJISSOSS 



l'abbaye de N.-D. de fournir des gens de guerre, les bourgeois, 
pour se venger de cette faveur, refusèrenlde payer le cens d'uue 
terre de l'abbaj'e, expliquant que leur charte les exeiuptuit île 
toute redevance ; 1 ubbesse, Hëloïse de Cliérisy, nièce de l'évèque 
Nivelon, réclama ce cens et lit snisir ua gage ; alors les bour- 
geois, cernant le monastère, empêchèrent qu'on y portât des 
vivres, et forcèrent les nonnes à senfuir hors de lu ville. L'ab- 
besse se plaignit à la reine mère et régente Adélaïde, par devant 
qui un compromis fut cnnelu : l'amende méritée par la commune 
était remise, mais les communiers durent s'engager, sous la 
menace d'une gr.ive punition, à ne plus désormais attenter aux 
droits et aux personnes ecclésiastiques '. 

La commune de Baissons n'était pas la seule qui agît t^ommc 
elle faisait ; le roi, en 1210, dut prendre des mesures géné- 
rales, où il indiqua aux maires et aux jurés des communes les 
cas dans lesquels ils pouvaient arrêter les clercs et la ma- 
nière dont ils devaient les remettre <i la justice ecclésiastique ' : 
il fallait que les clercs fussent pris eu flagrant délit de meurtre, 
homicide, adultère, rapt, blessure donnée au moyen d'un bâton, 
de pierres, d'armes moulues, ou arrèté-s dans une maison dont 
l'accès leur était interdit ; lorsque le clerc était arrêté de jour, 
on le rendait aussitôt k la juridiction dont il relevait; de nuit, 
on le rendait aussi, s'il était réchimé par la justice compétente 
et si l'heure n'était pas passée ; au cas contraire, on l'incarcérait 
dans un local dilférent de la prison des larrons et autres malfai- 
teurs, et, le lendemain matin, avant toute réquisition des juges 
naturels, on le rendait à ceux-ci. Encore fallait-il que l'homme 
en question fût réellement doué du privilège de clergie. 

Ce règlement général était encore trop vague. Deux querelles 
qu'eut la commune avec le chapitre et avec l'évèque de Soissons 
se conclurent par des actes fort analogues où furent réglés, 
avec une précision relative, les droits respectifs de ces trois juri- 
dictions. A la suite de dilTérents troubles, il fut convenu entre le 
chapitre et la commune défaire régler les droits des deux parties 



1. Voy. P. J., n" IB. Cf. Leroux. Jlist. deSoM 
elUtroii, llinl. de Soisio/is, L. II, p. 62-ti3, 

2. L. Dt;lislË, Calai. Je» actes de PhiL-Aug.. d 
Gir.v, Ùacumenl», a' 14, p. S1-S3. L'eipédïtioa u 
différenle [Ordonn., 1. 1, p. 43). 



. Il, p. -2-3; ll.MarliD 



à 



riUTliJi:^ AIJMI.MsmATlVT:. — CONKLITS jrniIJIClKlNNELS 147 

*l la teneur du serment par un arbitre ; c'est Garin, évèque de 
Senlis. L'huncelier de Fraoci', qui fut choisi. Maïs il mit tellement 
de temps fi examiner la question, que de nouveaux troubles s'éle- 
vèrent. Pendant la nuit, des pens inconnus poussèrent des cris 
outrageants et des menaces contre les chanoines, et lancèrent 
sur leurs maisons des pierres et des Hoches. Le chapitre porta 
plainte au roi et df'clara quil jetterait l'interdit sur la ville, si 
l'on n'accordait pas de nouvelles garanties à ses membres, qui 
avaient pourtant obtenu que le serment de sûreté Mt prêté non 
plus seulement par le maire, mais encore par deux jurés. Philippe- 
Auguste l'assura de son bon vouloir, mais demanda que l'alTaire 
fût renvoyée devant son conseil : le chapitre déclina cette juri- 
diction et s'adressa au pape, qui s'empressa d'écrire ou roi en sa 
faveur, le priant de laisser les choses en l'état, La lettre du 
pape arriva après la mort du roi ; Louis VUl, ravi de l'occasion 
d'être agréable au pape, prescrivit à Garin de prononcer son juffe- 
ment' : c'est la fameuse charte Garine, de la rédaction de 
laquelle les chanoines furent si heureux, qu'ils firent insérer dans 
leur obituaire. une mention fort flatteuse pour l'ancien chancelier 
du royaume -. 

Il n'est pas probable qu'à cette époque ait éclaté entre 
l'évéque et la commune un conflit aussi violent ; néanmoins, en 
mai t2^S, Jacques de Bazoches passa avec la commune un traité 
dont les clauses sont presque mot pour mot celles du contpromis 
de 1224 3, 

Les droits de justice delà commune sont extrêmement limités 
par ces deux actes. L'évêque et le chapitre ont, dans leur quartier, 
la répression des meurtres, homicides, rapts et autres forfaits; ils 
ont le droit de constituer des champions de bataille {diiellum), de 
saisir des fraffes. de s'emparer des épaves, de procéder aux " escH- 
veïnts " et aux " estraires ■■'!, d'arrêter les gens soupçonnés de 



1. Itormay. a/}, i 


^, t. 11, ]., -JUS: 1 


p. iOI-iOa ; Urou 


, op. cU., L 11, i>. 
. Elude ttir qufh/ 


p. 303; A. [.uchair 


Cf. P. J., nMT. 




2. .. XII! kal. m 


aii obiil Guarinus 


cancellarius, qui m 


ullafccil incuria re 


nos eu m communiu 


decenter. " 


3. Voy. P. J., n° 


17. J'iiiJiqui' eniro 


auxquels je renvoie 





II, Martin et Lacroix, op, i-jl., 1. Il, 
5-7; Abbe P&clieiir. AnnaUa, t. III, 
i/es nua. de Home et dt Parii, p. 18. 

Silvanectensis epïscopus, Fraiicioe 
'gis pro ecclesia noBlra.elpadlicavU 

Ire parenthèse les numéros dcf articles 



148 LA COMMUNE DE SOISSONS 

quelque délit (3, 5, 20). Les magistrats de la commune, dans ces 
mêmes quartiers, sont réduits à de simples fonctions de police : ils 
ont le droit d'arrêter qui que ce soit « a présente mellée »> (7) : encore 
est-il bien spécifié qu'ils ne peuvent s'emparer d'aucun clerc dans 
les églises, le cimetière, les cloîtres, les maisons des chanoines, 
chapelains ou clercs de chœur (4). De plus les fonctions de police 
municipale sont différentes selon qu'il s'agit de communiers, d'é- 
trangers et d'hommes de la maisnie des juridictions en question (8, 
9,10, 12, 13 — 17). Une fois l'arrestation des batailleurs faite, l'en- 
quête est organisée par ces juridictions (8, 9) : le maire, toutefois, y 
assiste (9) ; s'il y a homicide, «affolation », — c'est-à-dire blessure 
grave*, — ou mutilation, le coupable est jugé par Tévêque (9), et, 
si Ton prouve qu'il y a eu mort d'homme, sur les biens saisis, 
60 sous reviennent à la commune « por l'enfrainture de la cité » 
(10, 11) ; si aucun de ces trois crimes n'est reconnu, le coupable est 
jugé par la commune, — en présence du maire de l'évêque, si la 
bataille a eu lieu sur la terre de l'évêque, — et la commune donne 
une amende aux juridictions dessaisies. Pour ce qui est des 
étrangers, même réglementation, sauf que, pour les mêmes 
délits, l'évêque ne peut pas garder les délinquants plus de 40 
jours, après quoi il les transmet à la commune pour qu'elle 
lève l'amende de l'infraction de cité (12, 13). Quant aux per- 
sonnes de la maisnie capitulaire ou épiscopale, la commune a 
le droit de les arrêter, et, si les juridictions compétentes n'en 
font pas justice dans les 40 jours, la commune, après avoir 
prouvé par-devant la cour du roi, au moyen de 3 ou 6 témoins, 
la défaute de droit, peut les bannir (17). Aucune des trois 
juridictions n'a le droit de lever d'amende avant que le lésé 
n'ait reçu satisfaction (14) ; de plus, ce dernier a droit au 
recours de bataille, en cas que le sergent communal chargé d'ar- 
rêter le coupable ne l'arrête pas et fausse le jugement qui le 
convainc de sa faute (14, 15) *. 



1. Saint Louis essaya, vers 1200. d'abolir le duel judiciaire (F. Fauœ, 
Ilist de saint Louis, Paris, 1866, t. II, p. 229, 240); ruais celle mesure légis- 
lative fut mal a])pli(juée, puisque, eu 1306, Philip|)e le Bel détermina les 
cas où le duel serait autorisé (P. Viollel, Les établissements de saint Louis 
t. I, p. 268). — En 1234, deux champions qui se réconcilient paient à l'abbé 
de Sainl-Crépin, juge du débat, une forte amende (Martin et Lacroix, op, 
cit., t. 1, p. 123). 



PRATIQUE ADMLMSTRATIVK. — CONFLITS JURIDICTIONNELS 149 

Ladministration communale, chargée de faire respecter la 
paix urbaine, a Tobli^ation d'accorder V « asseurement » aux 
gens de la maisnie de Tévêque ou du chapitre, lorsqu'ils le 
demandent (18) : nous ignorons parfaitement, au reste, la pro- 
cédure de Tasseurement, sans doute analogue à celle qui nous est 
décrite ailleurs * ; nous savons seulement que les bannis étaient 
exclus du droit d asseurement. Le bannissement était Tantithèse 
de Tasseurement ; c'est la commune qui le prononçait : contre 
les hommes et les hôtes du chapitre et de l'évêque, il n'était 
valable que lorsqu'il était publié à son de cloche, entre prime et 
none, en présence du maire et de la majorité des jurés (19) ; 
tout banni pouvait être arrêté dans la banlieue, mais non dans 
le cimetière et les lieux saints (17, 18 . Ainsi sont définis, avec 
plus de précision que dans la charte de commune même, certains 
points des droits juridictionnels de la commune : le droit com- 
munal, le droit urbain, « la loy de la cité», est opposée partout 
à la coutume territoriale, à « la loy dou païs » (art. 9 sqq.). 

Les actes de 1224 et 1225 ne sont pas seulement un compro- 
mis judiciaire ; ils règlent certaines questions, que j'avais 
supposées comme complètement résolues par la confirmation de 
1181. Y a-t-il eu quelque recrudescence de servage entre ces 
deux dates? La confirmation de 1181, — pourtant corroborée par 
le règlement pour Dijon, — est-elle restée, sur ce point, lettre 
morte ? Toujours est-il que l'évêque de Senlis reconnaît à l'évêque 
et au chapitre une amende de 7 sous (6), alors que la charte de 
Louis VII ne parlait que de Ssous (5) : ceci pourrait d'ailleurs s'ex- 
pliquer peut-être par l'abaissement de la valeur intrinsèque des 
monnaies. De plus, l'évêque et le chapitre entrent en possession 
non seulement de l'héritage de leurs hommes ou hôtes qui meurent 
sans enfant (6), mais la commune, autant pour ses droits de police 
municipale que pour « la quitance de mortemain » , paie au chapitre 
40 1. parisis, à Tévêque 65 1. , sous peine de 20 sous parisis d'amende 
par jour de retard (16). Or Philippe-Auguste, en 1181, avait aboli 
la mainmorte (20). Néanmoins, il est impossible d'identifier l'état 
de la commune soissonnaise dans le deuxième quart du xiir siècle 
avec ce qu'il était avant la confirmation de 1181, car le cens ser- 



J. Dubois, Les asseuremenls^ p. iOi S(j([. 



laO LA CO>JMUiNE DE SOISSONS 

vile n'existe certainement plus en 1224-1223 ', et, s'il subsiste 
quelque chose de la mainmorte, c'est la commune qui y est soli- 
dairement astreinte, et non plus ses membres individuellement. 

En revanche, les droits militaires de la commune sont formelle- 
ment reconnus : la commune peut faire des levées sur les hommes 
et les hôtes du chapitre et de l'évêché, sans que les communiers 
puissent être incorporés dans les levées des autres juridictions 
(22). L'article 21, concernant les {i^ardes-vignes, confirme l'ar- 
ticle 26 du règlement pour Dijon. 

Quant au point précis qui avait donné lieu à toute cette 
querelle, le « serment de sûreté », il fut réglé dans le dernier 
article des actes de 1224-1225 (23) : le maire et les jurés furent 
obligés de le prêter tous les ans, dans l'octave de la Sainl-Jean- 
Baptiste (24 juin). Mais cette obligation leur était si lourde, 
qu'ils refusèrent de s'y tenir, et l'évêque les excommunia ^ 
Quant au chapitre, les contestations entre la commune et lui 
devaient bientôt reprendre. 

La commune, en effet, restait désireuse d'étendre ses droits 
juridictionnels : un accord, en 1231, entre Notre-Dame et elle 
avait établi qu elle n'avait aucun droit depuis la vieille porte 
du couvent jusqu'à une nouvelle faite entre l'hôpital et le 
parvis ^. Contre l'abbaye de Saint-Médard, en 1236, les Soisson- 
nais firent une nouvelle incursion ^ : toutes leurs tentatives se 
brisaient contre l'autonomie du bourg d'Aisne ; le pouvoir cen- 
tral les servait mal d'ailleurs, puisque, en 1239, le Parlement 
déclara non recevables le maire et les jurés de Soissons appelant 
d'un jugement porté contre eux dans la cour de l'abbé de Saint- 
Médard, au sujet de la propriété de la justice du sang dans le 
bourg d'Aisne ; lorsque, après la sentence, les bourgeois interje- 
tèrent appel, un des jugeurs, conformément à la coutume du 

1. Voy. rurt. r» (le la diarte de 1181 H. J., n*» 13). Faul-il admettre (ju'on 
1181 Philippe-Aiît^uste n'ait aboli la mainmorte (jiie ])oiir ses propres 
hommes? 

2. Date indéterminée (voy. P. J., n<> 18). On a conservé (Arch. nat., J 
1022, n"43) un rouleaueontenant les témoins de l'évêque et Je la commune, 
daté de 1172, qui se rap])orle peul-être à cette affaire (cf. Boutaric, Actes^ 
n» 1789 B, t. I, p. IfiO). 

3. D. Germain, Hist. de X.-I)., Pr., p. 448. Cf. II. Marlin el Lacroix, op, 
cit., t. II, p. 103. Autre texte, Arch. Aisne, H 1500, f» 288. 

4. Chron.S. Medardi^Bib. Nat.,lat. 4998, f°.30 v^ 2^" col. Cf. II. Mar- 
lin et Lacroix, op. cit., t. II, p. 130. 



I-IIATIIJIK AhHINISTRATIVK, fldSKLITS jrKIlKITriONNF.LS IRI 

pays, où les appels ne sont pas valables, ofTrit son gage, et se 
déclara prêt 'a prouver en duel que le jugement était bon : les 
bourgeois ne i-éiiondirenl rien, et c'est sur ce silence que lalibé 
bnsa son argumentation '. 

Le cbfipiire, cepeudani, est l'adversaire presque constant de 
la commune, et son hostilité contre les Snissonnnis est telle, que 
le chapitre les ayant excommuniés, le pape Grégoire délégua, 
en )22!), tioîs commissaires pour juger de In justice de cette 
sentence d'excommunication, dont les bourgeois avaient appelé 
au Saint-Siège -'. Nous ne savons point ce qu'il en résulta : en 
tout cas les chanoines continuèrent de se servir de l'arme que le 
droit canonique mettait entre leurs mains, puisque, en 1217, 
Innocent IV conlia à l'abbé de Saint-Médard une mission ana- 
logue ^, et qu'en 1236. Alexandre IV recommandait bien à 
l'évêque de Iteauvais, chargé d'une nouvelle enquête, de ne 
point lancer d'excommunication contre >< l'université » de Sois- 
sons, sans sou aveu '*. 

L'autorité pontilicale n'était pas seule à intervenir dans ces inces- 
santes discussions. En 1 238, le Parlement donna raison à la com- 
mune. 11 s'agissait d'un certain Jacques Lemnçon et de son lîls Jean 
qui s'étaientfaitsles hommes du chapitre, mais avaient été misdans 
la maison communale; la commune refusa de les rendre au cha- 
pitre, et Jean Lema^on mourut même en pri.son; le parlement 
jugea:» nihil piobatumest propredicto capitulo Suessionensi •' ^. 
Les pouvoirsjudiciaires des communes étaient, à peu près au même 
moment (t260), étendus par la royauté, qui accorda aux maires 
la juridiction sur les " baptizali n, c'est-à-dire les juifs baptisés, 
non encoro considérés comme chrétiens, et dont le judaïsme ne 
s'elTaçait qu'à la troisième génération <■ : ils relevaient sans doute 
auparavant de la justice ecclésiastique. 

La papauté cependant ne cessait pas de s'occuper, à propos 

I. Olim. t. I, p. t53. Il" XVil Cf. noularic, .If/M, n* 36*. l. 1, |>. 31; 
Beupiiol (Olim, p. 1020, ii. Ifi; el G. DueouÛray [Le» orii/hiei tl'i Purlir- 
ini-ntrie Pari». Paris. I9U2, in 8. p. S30) însisleiil our 11 m pti ri a net- île ce 
jii^emenl pour l'iiis loi l'C di'l'apppl en France. 

1. Bib. Nal., Coil. D. Grtnier. l. 282, n'iS.orig. surparch.!, 

■A Ibid., «• H, 

l Ibid.. n- W. 

:;. Olim. l. (, p. 39-40, n' XXV. Cf. Boularic. Ae-tet. n" 21^8. I. I, p, 21. 

6. Giry, /)oc-um*/i(ï, n" 35, p. B8. Cf. Beugnol, dans OHm, p. 1033, n. 



1S2 LA COMML'NK DE SOISSONS 

du chapitre, des affaires de la commune. Urbain IV, la première 
année de son pontificat, délégua les abbés de Saint-Remi et de 
Saint-Nicaise de Reims avec Tofficial du grand archidiacre de ce 
diocèse pour enquêter sur les droits de justice temporelle de Tune 
et de l'autre (janvier 1261) \ et, quelque temps après, il autori- 
sait le chapitre à employer, en cas de résistance de la part des 
communiers, l'excommunication -. Puis recommençait l'éternelle 
histoire des récriminations communales, des contre-enquêtes 
pontificales ^ : les forces de la commune s'épuisaient dans ces 
luttes procédurières ^ ; la précision toute relative des textes 
invoqués ne lui permettait plus de faire les progrès que, grâce 
k l'indétermination antérieure des droits respectifs, elle avait pu 
accomplir. 

Un traité signé en 1263, et dont Dormay nous a transmis le 
contenu •', semblait devoir mettre pour longtemps d'accord le cha- 
pitre et la conmiune. Il fut admis que les gens de la commune 
pouvaient arrêter celui qui aurait tué ou blessé quelqu'un sur la 
terre du chapitre dans une querelle, mais qu'ils devaient le rendre 
aux officiers du chapitre, lorsque ceux-ci le demanderaient ; le 
chapitre pouvait arrêter les larrons et les brigands dans son 
quartier ; si la commune arrêtait sur la terre du chapitre quel- 
qu'un qui ne fût ps^ de la commune, elle le rendait au chapitre 
pour qu'il pût prendre son amende, puis le reprenait pour la 
sienne propre. 

A vrai dire, toutes les juridictions qui se partageaient la ville 
voyaient d'un fort mauvais œil l'existence de la justice commu- 
nale : en 1284 et en 1289, c'est l'abbaye de Notre-Dame, qui, à 
deux reprises, cherche noise à la commune ^, et, dans la seconde 
affaire, la commune trouve une protection dans le représentant 
du roi, le bailli de Nesle qui remplaçait Philippe de Beauma- 
noir absent. En 1290, labbave de Saint-Médard conclut un 
compromis avec les communiers, confirmé par le roi Philippe le 

1. Bib. Nat., Co//. D. Grenier, t. 282, n« 48. 

2. Ibid., Il" 49. 

3. Ibid., 11° r.O. 

4. Sur les moyens dilatoires employés par le chapitre, cf. Olim^ t. I, 
p. 694-69:i, n">l (1207) 

5. Op. cit., t. II, p. 252. Cf. II. Martin et Lacroix, op. cit.,i. II, p. 147. 

6. Arch*. Aisne, Il 1508, f« 332 et f« 297 yo (Voy. P. .!., n« 20). Cf. l'origi- 
nal (lu premier acte, Arch. nat., L 1005, n° 142. 



PRATIQUE ADMINISTRATIVE. — CONFLITS JURIDICTIONNELS 153 

Bel ' : la commune avait le droit d'arrêter les personnes com- 
promises dans une mêlée faite au bourg d'Aisne, à condition de 
les rendre à la justice de Saint-Médard, qui, à son tour, devait 
les rendre, pour que la commune en tirât l'amende de V « enfrain- 
ture » de la cité ; de la justice de Saint-Médard ressortissaient les 
cas dinfraction, d'asseurement et de trêve, si plainte lui en était 
portée ; les enquêtes sur les blessures ou les morts causées par 
une mêlée étaient faites de concert par les officiers communaux 
et le maire de Saint-Médard accompagné d'un échevin, et avec 
Tavis de « mires »> et de « fisecians » ; le maire s'engageait à 
respecter toutes ces obligations au moyen d'un serment fait dans 
les quinze jours suivant son installation ; en retour, le maire de 
Saint-Médard et un échevin devaient promettre par serment de 
respecter la teneur de cette charte. On retrouve dans ce compro- 
mis le fond des clauses principales de la charte Garine ; cette 
influence se retrouve dans Taccord conclu cinq après (1295) entre 
la commune et l'abbaye de Saint-Jean-des- Vignes ^. 

Il était établi que sur le chemin du mont Saint- Jean, de la 
porte de Panleu jusqu'au pressoir de « Perchis », les religieux 
avaient le droit d'arrêter « a presante mellée » tout délinquant, à 
condition toutefois de rendre à la commune les communiers sai- 
sis, qui, par ailleurs, devaient payer à l'abbaye une amende de 
15 sous, lorsqu'il y avait effusion de sang, de 7 s. 1/2, dans tout 
autre cas ; les officiers communaux avaient le même droit, qui 
était exercé par la justice arrivée la première sur les lieux, et 
touchaient les mêmes amendes. Au cas où les deux justices arri- 
vaient ensemble sur les lieux, c'était la commune qui saisissait 
les communiers, l'abbaye qui arrêtait ses hommes et ses hôtes et 
aussi les étrangers. 

Ainsi les officiers communaux étaient réduits à des fonctions 
de police municipale ; avec cela, ces fonctions ne laissaient pas 
d'être obligatoires. On le vit bien en 1296 que, voulant se venger 
indirectement des entreprises du chapitre, le maire et les jurés 
ne firent point arrêter un homme qui avait blessé l'appariteur de 

i. Arch. Aisne, H 477; Arch. nat., LL 1021, p. 3.-i5-359 ; Bib. Nat., 
Coll. Morcau, t. 210, fo 241. Cf. L. Delisle, Restit. d'un vol. des Olim, 
n° 785, dansBoutaric, ActeSy t. I, p. 438 ; J. Dauverné, L'abb, de Saint- 
Médard, loc. cit., p. 64. 

2. Arch. nat., L 1007, n® 136 (orig. siirparch.); Bib. Soissons, ins. 
5, fo 192 v^-194 (copie). 



154 LA œMMUNE DE BOISSONS 

. l'archidiacre de Soissons. Lechapitre réclama auprès du Parlement, 
qui condamna la commune à payer 40 1. parisis d'amende au roi, 
et 200 de dommages-intérêts à Tarchidiacre *. Nous constatons 
pour la première fois pour Soissons cette forme nouvelle de Tinter- 
vention du pouvoir royal dans les affaires municipales, l'interven- 
tion judiciaire, qui sera une des causes de la ruine des communes. 
L'hostilité du Parlement parait désormais bien acquise à la com- 
mune : et, quatre ans après, dans une affaire dont le détail nous est 
inconnu, sur la perception de la mainmorte et du formariage, il 
donne une nouvelle fois tort à la commune (janvier 1300, n. s.) '*. 
D'ailleurs, pendant le premier quart du xiv® siècle, toutes les 
juridictions soissonnaises semblent s'être donné le mot pour 
accabler la commune de leurs revendications. En 1299, celle-ci 
signe avec Tabbaye de Notre-Dame un important compromis 
qui porte sur un grand nombre de points ; on ne connaît pas 
les termes de Taccord, et on n'a que la liste des griefs de Tab- 
baye ^ : elle reprochait à la commune d'avoir incarcéré de ses 
propres justiciables et d'avoir arrêté un débiteur d'un com- 
munier, bien qu'il fût homme des religieuses; elle prétendait 
que le « Port Sau vieux », près de l'Aisne, faisait partie de son 
tréfonds. La commune s'engageait à payer 100 1. tournois au cas 
où elle ne respecterait pas la sentence des trois arbitres choisis, 
et 40 sous parisis si elle ne comparaissait pas au jour fixé par 
ceux-ci (août 1299). Avec Tabbaye de Saint-Jean, les querelles 
étaient moins âpres, et sur les droits de justice respectifs de la 
commune et de l'abbaye dans la rue des Moulins, on rappela 
tout bonnement ce qui avait été convenu en 1296 (décembre 1300) ^. 
Avec l'abbaye de Saint-Crépin-Ie-Grand, les difficultés duraient 
depuis un an ^, quand elles furent réglées par un accord de 
juin 1301 ^ : elles avaient suivi la prise faite par le maire de 
l'abbaye sur un communier du faubourg Saint-Grépin, qui devait 

1. L. Delislo, Restit. d'un vol. des Olim, n® 906, dans Boutaric, Actes, 
t. I, p. 4r)9 ; Louvet (///«/. de Beauvais, 1. I, ch. 7) ; Dormay (op. cit., 
t. II, p. 253; ; H. Martin el Lacroix {op. cit.^ t. II, p. 148) donnent à tort 
la date de 1271. 

2. Voy. P. J., n» 21. 

3. Arch. Aisne, II 1508, f*» 330 v^ 

4. Bib. Soissons, ms. 5, f* 194 et v*». 

■y. D. Élie, t. II, Bib. Nat., fr. 17777, f»" 292 vo-293 . 
6. Arch. Aisne, H 455, f» 255-256. 



PKATTQL'E AIJMIMSTKATIVE, œ.NFLns Jl'[^l[IICT^II^^ELS 1 3i) 

unu umende aux relifîieuK ; ou déclara que ce fait ne constituait 
pas un précédent, et qu'en tas de dette ou d'amende réclumée 
par les religieux, ce serait le maire de la commune, ou un juré, 
mis en mouvement par l'abbaye, qui délivrerait gage au ni.iirc 
des religieux. 

Le chapitre, cependant, restait tranquille. L'évéque, par 
contre, poursuivit devant le roi la commune, dont l'humilité lui 
valut de n'être pas plus sévèrement frappée ' : il s'agissiiit de 
l'arrestation d'un sergent de l'évéque. qui avait lui-même arrêté 
un voleur sur la chaussée de Soissons, là où les officiers commu- 
naux avaient le droit de prise : îl fut prescrit au bailli de Ver- 
mandois de surseoir à la levée de l'amende méritée par la com- 
mune pour avoir refusé de rendre le sergent après en avoir été 
requise. 

Le comte de Soissons, dont la faiblesse n'avait jamais été hostile 
à lacommune, étendit, quelque temps après, les droits de celle- 
ci. En octobre 1 1JÛ.'J, te comte Hugues signa avec les commuuiers 
un accord analysé par Dorraay ''. Le comte pouvait faire arrêter 
dans les limites de la commune les personnes qui étnient du 
ressort de la justice comtale; les officiers communaux pouvaient 
publier des commandements et des défenses au faubourg Saint- 
Germain et sur le chemin de Villeneuve, et mener les coupables 
de batteries saisis en ces lieux ii la Tour des Comtes : si c'étaient 
les officiers du comte qui les arrêtaient, ils devaient être rendus ft 
la commune, mais l'amende appartenait au comte. Le comte avait 
le droit de fermer de murailles une ruelle sise enlre l'abbaye de 
Saint-Léger et le château, à la charge de l'éf^out, en laissant 
ouvertes deux portes, l'une vers la ville, l'autre vers la rivière, 
dont les comtes et les maires auraient respectivement la clé. 
Le comte cédait à la commune l'Île qui se trouvait derrière le 
château, depuis Saint-Piorre-ft-la -Chaux jusqu'aux maisons des- 
sous l'église Saint-Quentin '. moyennant un cens de il. parisis ; 
le château restait ainsi privé de jardin et de promenade, ce n'é- 

1. Olim, l. m. I" partie, p. 1131, ri" V. Cf. BouUri.', .Ulea, n' ;i3i-2, 
t. [, p. 22. 

a. Op. ci/.,l. [|,p. 297-298; H. Martin el l.ni:roi\, o;.. e((.,t. Il, p. 150; 
Lerouit,op, cil.,\ H. p. 29-31. Cf. D. Coffinux, lîib. Na t., Co/(. U. G re- 
niée, t. 64, f"200v-201. 

3. Actuellement le Mail. Le Mail fut parlé en 1680 jusqu'au rond, et en 
1736 jusqu'au détourde l'Aisne (cf. Brayer, Dib. Soissons, ms. 225, p. 16). 



156 LA COMMUN K DE SOI830NS 

tait plus qu'une habitation fort incommode, et la concession du 
comte Hugues doit s'expliquer par ce fait que, depuis longtemps, 
les comtes de Soissons avaient transféré leur résidence à Chi- 
may *. Dans cette île, la commune pouvait prendre les criminels 
et exécuter les testaments : le comte, néanmoins, se réserva 
quelques droits de justice. 

En décembre 1308, la commune régla avec Tabbaye de Saint- 
Jean la question de la prise de gages d'une façon différente de 
celle qui a été indiquée pour Saint-Grépin ^ : les religieux 
durent instituer un sergent spécial, assermenté à la commune, 
chargé d'opérer les saisies « pour leur cens non paiez, pour 
défaute de jours, pour debtes cogneuez devant elz, pour comman- 
démens trespassez, et pour autres choses qui pourroient touchier 
justice funciere, et moibles et chatex » ; en revanche, les « bru- 
liers », c est-à-dire les gardes champêtres et gardes-vignes, établis 
par la commune, devaient faire serment à l'abbaye de respecter 
les coutumes établies. 

Ces pacifiques compromis, la commune ne pouvait pas les 
introduire dans ses rapports avec les violents clercs séculiers. 
La guerre avait repris avec le chapitre : elle devint extrême- 
ment brutale. Le 30 novembre 1312, jour de la Saintr-André, 
une foule de communiers, armés et non armés, se réunirent au 
son de la cloche frappée par deux fois et, marchant impétueuse- 
ment avec les sergents de ville, le maire et quelques jurés, en 
armes et porteurs de targes, et criant : a Haro aux clercs '^l » 
vinrent à une maison, sise dans le quartier du chapitre, où habi- 
taient des clercs écoliers, y entrèrent de force et se jetèrent sur 
les clercs, malgré les sergents de l'évêque et du chapitre, qui 
requéraient la mise en liberté de ceux-ci et offraient d'en faire 
justice ; mais, sans les écouter, les communiers firent brutale- 
ment sortir les clercs de leur maison, les conduisirent à travers 
tout Soissons jusqu'au beffroi, en les frappant de leurs épées et 
de leurs bâtons, et les * laissèrent, plus ou moins endommagés, 



i. Leroux, op. (•//., t. II, p. 31-32. 

2. Bib. Soissons, ms. 5, f» 203 elv^. 

3. Sui cecri, cf. É. Glasson, Jé/. histor. sur lu clameur de haro, dans 
AT. li. hisL de dr. fr, et étr., 1882, t. VI, p. 397 et 517. — L'autre cri 
communal est /la/ici^ (L. Dclisle, Hestif . d'un vol. des Olim, n" 906, dans 
Boutaric, ActeSj t. 1, p. 459). 



PRATIQUE ADMLMSTRATIVK. — CONFLITS JURIDICTIONNELS 157 

dans la prison communale. L'un des écoliers, Colard de Naves, 
mourut trois jours après. Bien plus, en perpétrant ces violences, 
les communiers attaquaient en parole tout l'ordre des prêtres, 
« in opprobium tocius ordinis clericalis » : il y a là un des 
exemples non d'anticléricalisme, mais de ce refroidissement du 
sentiment religieux, constaté ailleurs, et quia fait dire à Jacques 
de Vitry que les communes encourageaient Thérésie ^ Le cha- 
pitre porta plainte au Parlement, qui, après avoir fait procéder à 
une enquête sérieuse et entendu les deux parties, condamna la 
commune à 1.600 1. tournois d'amende, et 600 1. tournois de 
dommages-intérêts '. 

On ignore les raisons de cette colère subite du peuple de 
Soissons. L'état d'hostilité maintenu entre le chapitre et la com- 
mune depuis si longtemps venait sans doute de se raviver à la 
suite de deux arrêts du Parlement, pendant la session de la 
Saint- Martin d'hiver 1312, dont l'un avait reconnu à l'évêque 
seul le droit d'opérer des saisies dans sa terre -^ dont lautre 
avait fait défense, h la requête de l'évêque et du chapitre, au 
maire et aux jurés de Soissons de faire aucune arrestation dans 
les faubourgs et la ville, jusqu'à décision du procès pendant au 
Parlement au sujet de la juridiction, et condamné le maire et 
les jurés à 100 1. d'amende pour avoir fait une proclamation 
réservant aux officiers communaux le droit d'arrêter les clercs 
et les laïques '♦. 

Malgré ces coups successifs qui la frappaient, la commune 
tâchait de résister et même d'attaquer : par deux fois encore, en 
1318 ^ et en 1319 '», le chapitre la fît condamner par le Parle- 
ment ; mais la commune n'eut point d'amende à payer et dut 
simplement restituer ses prises. Puis elle intentait contre l'abbaye 
de Notre-Dame un procès dont le fond ne nous est pas connu 
(1320) ^. C'est peut-être à la suite de ces événements que le roi 

1. Lucha'ive y Les cununu UPS fran<;aises y p. 259 s(|<j. 

2. O/im, t. III, 2'' partie, p. 797-799, n. LXXXII. Cf. Boularic, Actes, 
n» 41il, t. II, p. 110. Voy. Choron, Hech. sur Vinstr. piih., dans BulL de 
Soissons, 1878, 2'' séiie, t.' IX, p 103. 

3. Boutaric, Actes, n» 4003, t. II, p. 97. 

i. Olini, t. III, 2*^ parlie, p. 718-719, n« VIT. Cf. BonUuic, Actes, n« 4013, 
t. II, p. 97. 

5. Boutaric, Actes, n^ :i<)09, l. II, p. 262. 

6. 1(1., t7>à7., n"o882, t. II. p. 294-295. 

7. M., ibitt., n" 6169, t. II, p. 332. 



1 38 LA COMML NK DK SOISSONS 

saisit la mairie de Soissons * : Tofficier royfil qui tenait la place 
du maire eut à régler avec labbaye une contestation née à propos 
des droits respectifs des deux juridictions rue de Panleu et rue 
des Moulins - : les actes antérieurs étaient tout bomiement con- 
firmés et précisés, et Ton n y ajouta que quelques articles concer- 
nant les bannis de la commune repris et justiciés par la juridic- 
tion abbatiale. 

La saisie de la mairie de Soissons dura au moins un an, puis- 
qu'on voit au Parlement de la Saint-Martin d'hiver 1322 le pro- 
cureur du gardien et des jurés de la commune se désister de 
l'opposition par eux mise à Temprisonnement, dans la prison du 
chapitre, de Jeannette Couilly, arrêtée dans le cloître*^. Quelque 
temps après, le maire était rétabli ^ pour une courte durée, 
puisque la commune, obérée par tant d'amendes pécuniaires qui 
lui étaient réclamées, demanda elle-même sa cassation en 1325. 
Elle n'existait déjà plus, que les conséquences de ses luttes 
judiciaires duraient encore, puisque, le 4 juin 1326, le bailli de 
Vermandois recevait Tordre de saisir les biens de la commune 
de Soissons jusqu'à concurrence de 300 livres, somme que récla- 
mait le sire de Pinon ^. 



* 



Ainsi, malgré ses constants efforts, la commune de Soissons 
n'a pas progressé, surtout au point de vue juridictionnel ^. 
Depuis l'époque où sa charte communale eut été confirmée par 
Philippe-Auguste (H81), jusqu'au moment de sa disparition, 

1. Acte de décembre 13*2t (Bib. Soissons, ms. 5, f® 204). Le préambule 
porte : « A lousceus qui ces présentez lettres verront et orront, 11 gardiens 
cstablis a gouverner la commune de Soissons de par le Roy nos... » 

2. Voy . n . 1 . 

3. Boutaric, Actes, n^ 6956, t. II, p. 480. 

4. Id., ibid., n" 0952, t. II, p. 479 (même Parlement; mais pour les 
raisons exprimées dans le texte, cet arrêt doit être postérieur à Tarrêt 
indiqué dans la note 3). Cet arrêt maintenait en état un procès entre le cha- 
pitre et la commune au sujet des prises faites dans les terres du chapitre. 

5. Bouta rie, ActeH, n© 7878, t. II, p. 621. 

6. Bien entendu, comme toutes les justices au moyen âge, la commune 
exerçait la juridiction gracieuse; on trouvera des exemples des actes qui 
furent ainsi passés devant elle dans: Pêcheur, Cart. de Saint-Làger, i\° XLI, 
p. 99 (1181); Bib. Nat., lat. 18372, f«48rû ,1214); Arch. nat,, L 742, n» 61 
(1242^;Arch. nat., //>ic/., n» lll (1265), etc. 



PRATIQUE ADMINlSTRAtlVK. CONFLITS JURIDICTIONNELS 159 

on constate, non pas sans doute une évolution régressive, mais, 
du moins, un temps de stagnation : or, qui ne progresse pas, 
meurt. La commune de Soissons mourut de n'avoir pas défini- 
tivement détruit les juridictions parasitaires qui renserraient, de 
n'avoir pu échapper à la surveillance âpre et continuelle de la 
royauté plus forte. La maigre économie de ses finances est un 
autre symptôme de sa faiblesse, et une autre cause de sa chute ^ 

1. Le patriotisme local de Dormaylui.a fait bien mal juger les choses 
à ce sujet (op, cit,, t. II, p. 160). 



CHAPITRE II 

ORGANISATION FINANCIÈRE. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS. 

L'organisation des finances de la commune de Soissons est 
bien mal connue, presque tous les comptes ayant disparu. 11 est à 
croire que les finances communales de cette ville passèrent par 
les stades dune évolution qu'un érudit a décrit récemment avec 
précision pour la ville de Douai* : mais ces stades doivent d'au- 
tant moins y être remarqués que la vie économique de Soissons 
a été en somme peu intense. 

Une preuve en est dans Tabsence d'impôts indirects : la plu- 
part des villes picardes, — Beauvais, Noyon, Senlis, Saint-Quen- 
tin, — ont gardé la taille comme revenu principal ou unique, à 
Tin verse de ce qui s'est passé pour les cités industrielles de l'Ar- 
tois et de l'Allemagne ^. Si nous passons en revue les catégories 
des revenus communaux, revenusjudiciaires, impôts directs, pro- 
priétés communales, impôts indirects •^, nous constatons que les 
trois premières seules existent à Soissons. 

Pour ce qui est du produit des amendes perçues par la com- 
mune, nos renseignements se bornent à ce que j'ai dit en 
commentant les actes de 1181, 1182, i22i-1225. Les délits 
étant pour la plupart punis par des amendes, dont la plus forte, 
— celle qu'on acquittait pour V «< infraction de la cité », — était 
de soixante sous », cette ressource devait être assez abondante, 
d'autant plus que l'esprit à la fois batailleur et procédurier des 
hommes du xui® siècle se prêtait assez à l'alimenter. 

Tous les communiers payaient la taille, l'impôt prélevé sur 
l'ensemble de la fortune immobilière et mol)ilière ^ ; seul, le maire 
n'y était pas soumis-'. On ignore et l'assiette, et le système de 

t. G. Espinas, Les finances de la commune de Douai des or'ujines au 
XV*^ siècle, Paris, 1902, in-8, p. li sqcj. 

2. Id., ibid.y p. 111, n. 2. 

3. Luchaire, Les communes françaises, p. 192. 

4. G. Espinas, op. cit., p. 25, ii. 2, p. 117 sqq. j)articuliùreinent p. 199, 
n. 4). Cf. Flammermonl, llisl. de Scnlis, p. 33. 

5. Acte pour Dijon, art 14 ; Voy. V. J., n*» 15). 



ORGANISATION FINA^CIÈRfc:. — LA VIK ÉCONOMIQIE A SOISSONS 161 

répartition, et le système de perception de cet impôt, qui, 
d'après Philippe de Beaumanoir, supposait la déclaration du 
contribuable K Les communiers seuls, toutefois, le payaient, 
et c'est une raison de plus de croire que clercs et nobles 
restaient en dehors de la commune. Pour les nobles, un 
texte de Pierre de Fontaines, qui a assez bien connu les 
usages de Vermandois -, parait prouver qu'ils n'étaient point 
soumis k la taille ^ ; cette exemption indique que, d'ailleurs, la 
taille était une obligation commune k tous les membres de la 
commune *. Au contraire, à Soissons, si les clercs sont exempts 
de la taille, du moins les propriétés sises dans les juridictions 
ecclésiastiques, mais occupées par des communiers, y sont sou- 
mises: laccord de 1263 entre le chapitre et la commune portait 
que les jurés n'ont pas le droit de lever plus de taille sur ceux 
qui demeurent au quartier capitulaire que ce qui leur avait été 
permis par les chartes royales '\ Dans le tréfonds de N.-D., la 
commune levait la Uiille, comme il ressort d'une transaction de 
1284^». Un arrêt du Parlement autorisa, le 13 mai 1285, le 
maire et les jurés de Soissons à tailler les commimiers demeu- 
rant dans le cloître de Saint-Pierre-au-Parvis, bien que la jus- 
tice de ce cloître eût été reconnue comme appartenant au cha- 
pitre '^. Un accord avec Saint-Jean en 1300, touchant la rue des 
Moulins^ ; un accord avec le comte en 1305, touchant le fau- 
bourg Saint-Germain '' précisèrent les limites dans lesquelles 
pouvait être exigée la taille. L'expression de « taillaule», c'est- 
à-dire taillable, était synonyme du mot communier^^. 

Le mot communia, qui adonné naissance au mot commune, a 



1. Coutumes de Clernwnl en Beauvaisisy éd. Salmon, Coll. de textes, 
Paris, 1900, in-8, par. 1520, t. II, p. 271. 

2. Mainier, Le conseil de Pierre de Fontaines, Paris, 18i6, in-8, Introd., 
p. I et m, n. 

3. Ibid., c. XV, par. lxxxv, p. l.'iO-lo" : « [une note por genz de 
commune]. » 

4. Espinas, op. cit., p. 347, n. 2. Rapprocher ce que dit Philippe de 
Bcaumanoir, Coutumes, par. 1529, éd. Salmon, t. II, p. 273. 

5. Dormay, liist. de Soissons, t. II, p. 252. 

6. Arch. Aisne, Il 1508, fo 332: Arch. nat., L 1005, no 142. 

7. Boutaric, Actes, n*» 1231, t. I, p. 241. 

8. Bib. Soissons, ms. 5, f° 194 et v®. 

9. Dormay, op. cit., t. II, p. 297. • 

10. Bib. Soissons, ms. 5, f«> 204 v» (1301). 

BouRGiN. — Histoire de la commune de Soissons. 1 1 



162 LA COMMUNE DE SOISSONS 

eu des sens très variés ^ : en particulier, le droit canonique dési- 
gnaitainsi la propriété commune, telle, par exemple, que la mense 
capitulaire 2. Y a-t-il un lien, comme le suppose, après Bouthors, 
J. Flach ^, entre la propriété commune et l'organisation munici- 
pale, c'est ce qu'il est fort difficile de dire, étant donné sur- 
tout le peu de renseignements que nous avons sur Thistoire des 
communaux urbains en France *. Mais on peut présumer que les 
communaux soissonnais ont été peu nombreux, parce que nous 
avons à faire à un pays de petite propriété et de culture intense : 
les communaux n'avaient guère de raison économique d'être 
que dans les pays boisés et marécageux, tels que ceux qui envi- 
ronnaient la ville de Saint-Omer •^. Néanmoins, comme pour 
Douai'', il est, croyons-nous, légitime de considérer la banlieue 
comme constituant une partie de ces biens communaux " ; mais 
il ne ressort pas des textes que cette propriété soit antérieure 
au plus tôt au milieu du xn« siècle. La constitution secondaire 
de biens communaux s'opère d'ailleurs fort difficilement : à Sois- 
Ions, en 1299, s'élève une contestation entre l'abbaye N.-D. et 
la commune, à propos d'un terrain sis au bord de l'Aisne, que 
les jurés et le maire prétendent « estre commun aisément et 
de ancienneté a nous et au peuple commun ^ ». Il faut la volonté 
précise et déclarée d'un concessionnaire pour les créer : en 1303, 
le comte cède à la commune une île de l'Aisne ; encore n'est-ce 
point pure propriété, puisque les communie rs sont tenus de 
payer au comte une rente de i 1. parisis ^. De cet acte, il ressort 

1. J. Flach, Leaorig. de Vanc. France, t. II, p. 414, n. 2; Guilhiermoz, 
Essai sur Vorig, de la noblesse en France, p. 3H2-387, et les noies. 

2. Flach, op. cil. — P. VioUet remarque [Hist. du droit, p. 557, n. 2), 
d'après un édit de 1607 (Isambert, Ane. Lois, t. XVIII, p. 187), que Tex- 
pression commune est assez souvent employée dans le sens de terrain 
communal. 

3. Op. cit., t. II p. 359-3G1. Cf., dans ce sens, B°° Dupin, Hisl. de Vad- 
min. locale^ Paris, 1829, in-8, p. 196-199 ; V. Bellangé, Le gouvernement 
local en France et l'organis. de canton, Paris, 1900, in-8, p. 94-103. 

4. Cf. Glasson, Communaux et communautés dans Vancien droit français, 
dans N. R. hist. de droit fr. et étr., 1891, t. XV, p. 446-479. 

5. A. Giry, Hist. de Saint-Omer , p. 233 sqq. Pour Douai, cf. Espinas, 
op. cit., p. 197 sqq. 

6. Espinas, op. cit., p. 159 sqq. 

7. Voy. particulièrement l'acte pour Dijon, art. 21 (P. J., n° 15). 

8. Arch. Aisne, H 1508, f*» 330 ><>. 

9. Dormay, op,cit., t. H, p. 297-298. 



ORGANISATION FINANCIÈRE. LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 163 

en outre, semble-t-il, qu'il existait un troupeau communal, à 
moins de penser que le comte parle en général du bétail des 
Soissonnais considérés individuellement. 

Certaines villes, comme Douai \ avaient la propriété des rues 
et des chaussées. A Soissons, il est à croire que cette propriété 
appartenait aux juridictions dans l'étendue desquelles se trou- 
vaient ces chaussées. La commune essava bien, même en assu- 
mant la charge de les entretenir, d'en revendiquer la propriété : 
un arrêt du Parlement de 1268 brisa ses prétentions à propos 
du cloître de Saint-Pierre ^ : elle n'usa jamais, et dans cer- 
tains cas fort peu nombreux, que de droits de propriété indi- 
vise, comme sur la ruelle de l'égout qui ligure dans la trans- 
action de 130;)-* : au xvii^ siècle même, la municipalité 
n'était pas encore propriétaire de toutes les rues de la ville *. 

Au XVII** et surtout au xvni'^' siècles, on s'est beaucoup préoc- 
cupé à Soissons de la propriété des fortifications. En toute jus- 
tice, les communiers, ayant participé à la construction des murs, 
devaient avoir quelques droits sur eux ; mais on ne sait rien 
à ce sujet. Le malheur est que le peu qu'on connaît de la pro- 
priété des fortiHcations dans les autres villes ' nous éclaire bien 
maigrement l'histoire de Soissons à ce point de vue, et on ne 
peut tirer argument des faits que le chanoine Cabaret, cche- 
vin de la ville, a réunis à ce propos pour les xvi*^-xviu^ siècles''. 

1. Espinas, op. cit. y p. 181-182. 

2. 0/mi, t. I, p. 279, n^ X. Cf. Boutaric, Actes, nMail, t. I, p. 118. 

3. Cf. p. 15."). — Brayer, n. 83, au chap. 13 (Bib. Soissons ras. 231), 
nous apprend (juo celle ruelle reçut le nom de Hue de la Paix au xviii® siècle, 
lors du congrès lenu à Soissons en 1728. 

4. Voir la copie d'une transaction entre la ville et N.-D. à propos de l'an- 
cienne rue d'Èbroïn ou de la Brognerie, passée devant M* Gossel, le 
7 sept. 1659, annexée h Pallé, Bib. Soissons, ms. 252, p. 36-37. 

5. Ëspinas, op. cit., p. 182 sqq. 

6. T. I, p. 495 003 (Bib. Soissons, ms. 224). — Il nous apprend qu'en 
1562, Charles IX confirme une donation faite aux confrères de Saint-Sébas- 
tien, par les maires et échevins, de la partie des fossés qui existait entre 
la tour de Saint-Remi ol la tour Massé; qu'en 1600, le corps de ville passe un 
contrat de donation pour un terrain qui renfermait une partie de l'enceinte 
et le cavalier Saint- André à l'ouest et au sud, au duc de Mayenne, pour les 
arquebusiers; que par arrêt du Conseil d'Etat du 16 juillet 1645, la préten- 
tion du lieutenant du roi à Soissons que les herbes des fossés et du rem- 
part lui appartiennent, est considérée comme non avenue, et que la ville 
garde son droit de vendre les herbes à son profil; un arrêt du bureau des 
Gnances, du 27 juillet 171 1, réglant les conditions du travail pour la réfec- 



164 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Nous ne savons pas du tout si la commune a levé des impôts 
directs, ordinaires pu extraordinaires K Une autre ressource qui 
parait lui avoir fait défaut, c'est celle qui provient du mon- 
na;y'age '^. Le corps municipal a des fonctions fort limitées. Son 
action sur la vie économique de la ville est de peu d'impor- 
tance ^ : la vie économique est peu développée, les corpora- 
tions n'existent pas au temps de la commune. Il ne réglemente 
pas les prix de vente comme c'est le cas ordinaire dans les 
villes anglaises * ; il intervient pourtant dans une certaine 
mesure dans la fabrication ou la vente des objets de consom- 
mation. L'accord que conclut la commune avec le chapitre en 
1263 porte que, si les jurés défendent de vendre à Soissons 
du vin d'Auxerre, cette défense n'a pas lieu sur le territoire 
de l'église cathédrale ^ : c'est la seule mention précise de Tinter- 
vention des officiers municipaux dans la vente du vin. Pour 
le pain, les renseignements sont un peu plus nombreux. Le 
même accord de 1263 déclare que le petit pain doit être visité 
par quatre arbitres choisis par moitié par les deux partis, et, au 



lion des murailles, un arrêt du Parlement, du 7 février 1752. ordonnant 
que les maire, gouverneurs et échevins seraient maintenus dans la posses- 
sion des droits que la ville a de tout temps eus de planter ses remparts et 
ses promenades, sont dans ce sens. 11 faut reconnaître, toutefois, que Tin- 
tendant, M. de Méliand, vers 1740, a fait planter par la ville sur les rem- 
parts du mûrier blanc pour concourir à rentreprise d'une manufacture de 
soierie dont il désirait le développement à Soissons (Id., ibid., t. 1, p. 313 
sqq.). — Pourtant, dt's 1752, la Chambre des Domaines menace cette pro- 
priété qui semble séculaire, et, bien que le duc d'Orléans, comte de Sois- 
sons, ait pris des engagements envers la ville par sa lettre du 3 février 
1758, il la force à déclarer, le 10 décembre 1750. qu'elle n'a aucun droit 
sur les fortifications ; néaiimoins, le 17 juin 1762, le corps de ville renou- 
vela les protestations qu'il avait déjà formulées dans sa séance du 9 février 
1758. 

i. Les renseignements que nous donne Patte (Bib. Soissons, ms. 252, 
p. 5) sur le dixième levé sur le vin, la bière, le cidre et autres boissons 
vendues en détail, ne sont pas antérieurs à 1657. 

2. Cf. Luchaire, Les communes françaises^ p. 101-102. Il y a là une limi- 
tation importante à la capacité de seigneurie de la commune. 

3. Dans plusieurs villes du Nord, le corps municipal avait à inspecter les 
corporations. Cf. Taillar, Recueils (Vactes^ Introd., p. cxciv. Sur le hauban 
dans la même région, voy. E. Mayer, Ilansa u. Ilasbannusim nordfranzôs, 
JRechty dans Festfjabe f. II. Dornburg iiberreiçht t\ d. rechts- u. siaatswiss, 
Faknltàt Wiirzburg, Leipzig, 1900," in-8. 

4. Ashley, //«/. et doctr. écon. de VAmjlel.y t. II, p. 16 scj. 

5. Dormay, op. cit.j t. II, p. 253. 



ORGANISATION FINANCIÈRK. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 1 6o 

cas OÙ ils ne s'entendraient pas, qu'un cinquième s'adjoindra à 
eux. En 1272, le Parlement reconnut même aux officiers muni- 
cipaux le droit de saisir le mauvais pain et de justicier 
les boulangers, droit que leur contestaient le chapitre et 
Tévêque ^ L'évêque Milon de Bazoches ne voulut pas s'avouer 
vaincu : mais il finit par conclure avec la commune un accord, 
qui fut signé le io septembre 127S par devant le bailli de 
Vermandois, Gautier Bardin, et qui portait que, dans le quar- 
tier de Tévêque, le pain serait visité par deux agents, l'un de 
l'évéque, l'autre de la commune : ils auraient le jugement du 
poids et de la qualité, pourraient confisquer le mauvais pain 
et le distribuer aux pauvres; au cas où les deux juges ne s'ac- 
corderaient pas, révoque et la ville en nommeraient un troi- 
sième 2. Avec Tabbaye de N.-D., un autre compromis, en 
1299, régla une contestation de la commime toujours sur ce 
point 'K En somme, le droit de la commune resta précaire, et, 
en 1306, Tagent de la commune dut remettre les prises qu'il 
avait faites pour l'amende du pain dans la terre du chapitre *. 






On retrouve à Soissons à peu près les mêmes dépenses que 
dans les autres villes du moyen âge ^. Et tout d'abord il faut dire 
qu'il n'en est faite aucune en faveur de l'instruction ou de l'as- 
sistance publiques : ce sont là choses ecclésiastiques, où la com- 
mune n'intervient pas. Il faut observer ensuite que, tandis que 
des filiales de Soissons, comme Vailly, Meaux, Sens, Crépy- 
en- Valois, Neuville-le-Roi, sont tenues d'acquitter des rentes 
qui représentent le prix d'achat de la concession primitive ^», 
Soissons même ne paraît pas avoir été chargée d'une obliga- 
tion semblable. Toutefois, les actes passés entre la commune, 
le chapitre et l'évéque en 122i-1225, reconnaissent qu'en 

1. Olim, t. I, p. 380 381, n» X. Cf. Boutaric, Actes, n» 100, l. I, p. 377. 

2. Dormay, op. cit., t. II, p. 259-260. Cf. H. Martin et Lacroix, op, cit., 
t. II. p. 158 ; Leroux, op. cit., t. II, p. 26 ; D. Gillesson, Bib. Nat., 
fr. 17775, c. 2'*8, f<» 199-200 v», rapporte le texte de ce compromis, fort mal 
lu et daté, à torl, de 1279. 

3. Arch. Aisne, H 1508, f*> 330 v». 

4. Arch. nat., L 742, n» 201. 

5. Espinas, op. cit., p. 269 ; Luchaire, op. cit., p. 190 sqq. 

6. Luchaire, op. cit., p. 196-197. 



166 LA COMMUNE DE SOISSONS 

retour de certains privilèges, la commune doit payer annuelle- 
ment 65 livres parisis à Tévêque, 40 livres parisis au chapitre, 
sous peine de 20 sous d'astreinte par jour de retard K De 
même l'accord de 1305 avec le comte porte que la commune 
est tenue de lui payer 4 livres parisis comme cens de l'île 
cédée, et une somme annuelle — indéterminée — pour l'occu- 
pation d'im appartement par le maire et les jurés dans la Mai- 
son du Change*'. 

J'ai dit que la propriété des rues n'appartenait pas à 
la commune en général : lorsqu'elle lui était reconnue, la 
réfection de la chaussée était soldée par elle ^. On voit de même 
la commune, en 1265, contribuer à la reconstruction du pont 
d'Aisne en pierre, et elle paraît même centraliser les fonds que 
les différentes juridictions de la ville, engagée à l'accomplisse- 
ment de l'œuvre commune, lui consacrent '. A ces dépenses de 
travaux publics, il faut joindre celles qu'amènent l'entretien et 
la réparation des murs de la ville, s'il est vrai que la commune 
en a été propriétaire dès les origines. 

A cette dernière catégorie de dépenses doivent se rattacher 
celles qu'occasionnait le service militaire, car, s'il est vrai que 
les commuiiiers dussent s'équiper eux-mêmes, il n'est pas moins 
certain qu'ils contribuaient à la prestation des charrois exigés 
par la royauté ^. Mais ce système a, pour ainsi dire, deux faces : 
la commune est un rouage de la monarchie militaire, et, comme 
on Ta dit à propos de Douai ^, si elle possède quelque autono- 
mie à ce point de vue, <( c'est une autonomie de comptabilité ». 

Les officiers municipaux ont rempli à Soissons des fonctions 
gratuites; seuls, les agents subalternes delà commune devaient 
être payés ^. Néanmoins, il est à penser que, comme dans la 

4. Art. 10(Voy. P. .1., n» 17). 

2. Dorinay, op. clt.^ t. Il, p. 297-298. 

3. Olim, t. I, p. 279, noX.Cf. Bouta rie, ^Ic/ps, n° l.'Hl, t. I, j). 118. 

4. Voy. P. J., Il" 22. Cf. H. Martin et Lacroix, op. cit., t. II, p. 147-148. 
Sur la ({ueslion des travaux publics urbains, on trouvera dans Espinas, 
op. cit., p. 273-288, particulièrement p. 287, n. 2, des renseignements 
intéressants. 

5. Voy. le chap. suivant, pasuim. 

6. Espinas, np. cit., p. 296. 

7. Les ofliciers chargés des finances municipales étaient peut-être payés. 
L'ordonnance de 12()2 essaya (art. 5) de réduire leur traitement à un maxi- 
mun de 20 livres (Giry, Documents, n" 34, p. 88). 



ORGANISATION FINANCIÈRE. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 167 

plupart des communes ^ , c'est le corps communal qui a coûté 
le plus cher aux communiers. En effet *, la principale caracté- 
ristique du régime communal, c'est, pour ime « universitas », 
le droit de se faire représenter par des mandataires officiels ; 
les communiers ont mis leur point d'honneur à être bien 
représentés, et il est curieux de constater qu'ils se sont 
moins souciés de satisfaire les intérêts collectifs de leur asso- 
ciation, que de vouloir paraître, aux yeux des juridictions 
adverses, comme ime personnalité vivante dans la personne 
même de leurs officiers intransigeants. 

Mais ceux-ci étaient avant tout des mandataires de justice, de 
véritables « procureurs » : nous avons vu, au chapitre précédent, 
comment le nombre des procès engagés contre la commune 
s'était multiplié et leur importance accrue. Toutes les contesta- 
tions ne se réglaient pas à Tamiable et sur les lieux: il fallait 
aller aux assises du bailliage de Vermandois, à Laon, aux 
sessions du Parlement. Le développement du pouvoir royal, 
sous sa forme judiciaire, aboutissait, indirectement, à obérer les 
communes ; plus directement, — on a même dit, d'après un 
plan concerté, — la cour de justice du roi, en chargeant 
d'amendes les communes, devait amener leur faillite financière, 
et, par suite, leur ruine politique ^ : le mauvais état des finances 
royales, en dehors des visées machiavéliques d'un absolutisme 
qui se cherchait, explique, dans une large mesure, Taccroisse- 
ment du taux des amendes après le règne de saint Louis. En 
1296, la commune doit payer 240 1. parisis d'amende '* ; en 1312, 
2.200 1. ^ ; à plusieurs reprises elle doit abandonner les gages 
qu'elle saisit sur les terres des juridictions ennemies. Or le bud- 
get de la ville n'était pas bien riche : ces amendes, c'étaient 
autant de blessures par où s'écoulait la vitalité communale. 

C'est la royauté qui fit ces blessures. C'est la royauté qui est 



1. Espinas, op. cit., p. 270, n. 5. 

2. Labande, Uist. de Beauvais, p. 236, 244. 

3. Luchaire, op. cit., p. 199. Il cite Texemple de la ville de Beau vais, 
condamnée en 1305 à une amende de 10.000 1., ce qui équivaut peut-être 
à plus d*un million de francs. 

4. L. Delisle, Bestit. d'un vol. des OlinXy n^ 906, dans Boutaric, Acte$^ 
t. I, p. 459. 

5. Olim, t. III, 2« partie, p. 797-799, no LXXXII. Cf. Boutaric, Actes, 
no 4141, t. II, p. liO. 



,168 LA COMMUNE DE SOISSONS 

responsable du mauvais état des finances de beaucoup de com- 
munes, — de celles de Soissons en particulier. On a beaucoup 
parlé de la diminution de lisopolifie dans les communes, à par- 
tir du XIV® siècle ^, du développement de Topposition des classes - ; 
on a constaté dans les villes, à partir de Louis IX, une véritable 
aristocratisation dans les corps communaux ^, et, à la fin du 
XI v*^ siècle, Boutilier, dans la « Somme rural », a puédifier la théorie 
de Toligarchie municipale *, comme Jacques van Maerlant, à la 
fin du siècle précédent, avait jeté le cri des humbles opprimés '\ 
On a fait Thistoire des guerres civiles qui, dès le milieu du 
xiii^ siècle, ensanglantent les cités ^. Mais il serait faux de géné- 
raliser ce qu'on a constaté dans les villes riches de la Flandre et 
du Nord de la France, où le développement de l'industrie et du 
commerce avaient pu opposer la classe des patriciens à celle des 
artisans : l'économie de Soissons est profondément agricole, la 
paix sociale y semble solide, et si la bataille la rompt, cest la 
bataille qu ont engagée contre le chapitre les communiers guidés 
par leurs propres magistrats: TalTaire de 1312 le montre fort 
bien. Sans doute, Philippe de Beaumanoir, qui a été bailli de 
Vermandois '^, et entre les mains de qui plus d une fois ont dû 
passer les affaires de Soissons **, Philippe de Beaumanoir parle 
de l'opposition des «povres » et des « moiens » aux « lignages des 
riches ^ » ; ptiais sa carrière administrative s'est développée dans 
des pays variés, et ses u coutumes » sont peut-être plus un 
exposé de sa philosophie du droit, qu une description des usages 
juridiques d'une province française donnée '^. 

1. Waiilers, Les libortéa communales^ t. I, p. H; Luchaire, Les com- 
munes françaises, p. 285. 

2. Pirenne, Orif/. des conslit. urbaines, dans R. Hist,, 1895, t. LVII, 
p. 325; Flanim, Der wirtschafilichc Niedergang Freiburgs i/B,^ Karlsruhe, 
1905, in-8. 

3. F. Faure, Ifist. de saint Louis, t. II (1860), p. 304-305. 

4. L. II, c. XIX, u De la franchise des bonrgeois et bourgeoises des 
villes », éd. de Lyon, 1621, p. 1371. 

5. Cité par Fierens-Gevaert, /^8yc/io/o^ie d'une ville. Essai sur Bruges, 
Paris, 1901, in- 12 {Bib. de philos, conlempor.), p. 43. 

6. Oiry, Hist, de Saint-Omer, p. 162 sqq. ; H. Pirenne, Ilist. de Belgique, 
t. I, Bruxelles, 1900, in-8, p. 3i2 sqq. ; Cf. Lefranc, ffisf. de A^oyon, 
Introd., p. III. 

7. P. VioUet, Ilist. du droit français, j). 185. 

8. Voy. P. J., n« 20. 

9. Par. 1522, 1524, 1525, éd. Salmon, t. II, p. 269-271. 

10. Cf. P. Viollet, op. cit., p. 186. 



ORGANISATION FINANCIÈRE. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 169 

Certes, si cette lutte de classes s'était produite à Soissons 
aussi violemment qu'ailleurs, la royauté en aurait profité pour 
intervenir avec plus de ténacité encore '. J'ai énuméré déjà 
assez de raisons, et il en reste encore assez d'autres qui 
expliquent l'anémie des forces communales, sans avoir recours / 

à l'explication unilatérale de ce qu'on a appelé le « suicide 
communal * ». 

Le développement de la fiscalité royale, qu'on peut discerner 
déjà à propos des relations judiciaires de la commune et du 
Parlement, est l'une des principales de ces raisons. Les origines 
de Timpôt royal sont fort mal connues : parmi ses éléments de 
formation, il est certain qu'on peut compter le rachat du service 
militaire ^, explicable surtout par la transformation technique de 
l'armée royale ^. Malheureusement, les textes sont fort peu nom- 
breux •' : Soissons n'apparaît que dans le rôle de l'Ascension 
1248 '*, où, pour l'aide de la croisade, la commune est inscrite 
pour un deuxième acompte de 1.000 livres : la somme est impor- 
tante, surtout si l'on y compare les contributions exigées des 
autres villes de la même région ^. Quant aux autres impositions 
qui, avec le règne de Philippe le Bel, ont pesé sur la France ®, 
nous ignorons dans quelle mesure elles ont frappé Soissons. 

La royauté, d'ailleurs, n'a pas employé que ces mesures géné- 
rales et directes, qui limitaient, — peut-être sans qu'elle le 
voulût précisément, — l'autonomie communale. Elle est inler- 
venue directement dans la gestion des finances municipales, et 
cela dès saint Louis, quoique dise Joinville de la générosité et 



1. Voy. la définition de Petrus Jacobi, Practica, rub. 24, n® 23 (citée par 
Esmein, Cours élémentaire d^hist. du droit français^ 2* éd., p. 609, n. 4), 

2. Luchaire, op. cit., p. 289-290. 

3. Ch.-V. Langlois, dans Lavisse, Hisl. de France, t. III, 2* partie, 
p. 230 sqq. 

4. Id., ibid., p. 251 et n. 1. 

5. Colonel Borrelli de Serres, Recherches sur dir>ers services publics du 
XVll'' au XYIH*" siècle, Paris, 1895, in-8, I. Avant-propos, p. 3 sqq. On lira 
avec fruit la critique faite de ce livre par Petit-Dutaillis, dans 7?. Ilist., 
1896, t. LXl, p. 138-146. 

6. //. F., t. XXI, p. 275-276. Cf. Borrelli de Serres, op. cit., p. 24 sqq. 

7. Compiègne: 12501. — Beauvais : 1750 1. — Senlis: 1250 1. 

8. Ch.-V. Langlois, op. ci7., p. 252-256 ; M. Jusselin, L'impôt royal sous 
Philippe le Bel, dans Pos. de thèses de VÉc, des Chartes, 1906, p. 115-128. 



170 LA COMMUNE DE SOISSONS 

du peu d'avidité du roi * : le premier exemple connu de cette 
intervention est de 1257 2. Mais, avant 1260, aucune mesure 
générale n'a été prise. Les clauses financières du traité de Paris ^ 
amenèrent une recrudescence de fiscalité ; selon Thypothèse, 
très vraisemblable, du colonel Borrellide Serres*, « les rapports 
de ces commissaires, condensés dans des états, dont subsiste le 
fragment Montdidier-Roye-Neufville-Gerny ^, ont suggéré Tidée 
de généraliser et de centraliser une semblable enquête. De là, 
des prescriptions en vertu desquelles toutes les villes ont fait 
plus ou moins explicitement connaître leur situation à des gens 
du roi commis pour l'examiner à Paris même. Il leur a fallu plus 
de trois mois pour réunir les éléments d'un exposé d'ensemble ; 
les différences dans la forme des pièces le rendaient presque insi- 
gnifiant ; des irrégularités ont été constatées. Des instructions 
pour 1260-1261 ayant été encore insuffisantes, en 1262, par les 
ordonnances dont nous avons les textes ^, les maires ont été 
astreints à se présenter eux-mêmes ; l'uniformité de rédaction a 
été établie ; le renouvellement des municipalités à une même 
date et un même terme d'exercice ont été imposés ; une révision 
plus solennelle des comptes a été ordonnée ». 

L'ordonnance générale de 1262 organisa, ou tenta d'organiser 
un contrôle régulier des finances municipales : tous les ans, le 
maire, élu à la Saint-Simon, accompagné de l'ancien maire et de 
quatre conseillers, parmi lesquels le ouïes deux argentiers, devait 
venir à Paris, à l'octave de la Saint-Martin, rendre les comptes 
communaux aux gens du roi. Comme c'était là occasionner une 
dépense nouvelle aux communes obérées, il était défendu 
d'envoyer nulle part pour les affaires de la ville personne 
d'autre que le maire, avec deux conseillers, le clerc de la ville, 
un avocat, et dans le plus simple appareil ^'. 

Soissons, ainsi que les autres villes qui, vers 1224, prêtèrent 

1. Borrelli de Serres, op. cit., p. 95, n. 2. Cf. ibid., p. lOi, n. 5. 

2. Id., ibid., p. 104, n. 3. 

3. Cf. (iavrilovitch, Étude sur le traité de Paria de 1259^ Bib. de l'Éc. 
des Ht"-Études, fasc. n» 125, Paris, 1899, in-8, p. 54 sq. 

4. Op. cit., p. 104-105. 

5. Arch. nat., J 385. Cf. Borrellide Serres, op. cit., p. 1)9-102. 

6. Sur rélablissement de cette date, voy. l'ensemble de l'élude, p. 94- 
107. Cf. P.Viollet, Les communes françaises, p. 154-155. 

7. Giry, Documents, n° 34, p. 87-88. 



^k«^^ 



ORGANISATION FINANCIÈRE, 



aiNOMIiJl'E 



, BOISSONS 171 



au roi serment de fidélité ', envoya ses comptes -. 11 en ressort 
quelques renseij^nements intéressants. On voit que la commune 
a des biens propres, puisque ses' revenus consistent en 
1 i setiers de vin, ri^collés vraisemblablement sur les vignes 
communales, et estimés le selier tOsous. — en tout 7 livres ■'; en 
dehors de ce revenu direct, la commune touche, pour la maison 
du Change ^, un Termage de 301ivres, qui, au 24 juin 120)2, n'est 
pas encore acquitté ; elle doit en revanche, pour alTermements 
divers'', I3S livres: le passif devrait donc s'élever à 98 livres, 
et pourtant le maire chargé de rendre les comptes de la commune 
le porte À la somme de 104 livres, lO sous. 

Le mauvais état des finances était assez ancien pour qu'il se 
soit constitué une dette municipale. Dans la deuxième partie du 
xiir siècle, cette dette comprenait trois subdivisions : rentes fi 
vie (ad vilani], emprunts portant intérêts et faits peut-être à des 
banquiers et à des capitalistes (a(/ iiAU/'^m), emprunts sans inté- 
rêt faits k des bourgeois : la première catégorie constitue la 
dette consolidée, les deus autres la dette tlottante ^. En 12t)2, la 
commune de Soissons devait 1.7S0 li%Tes de rentes viagères, 
3.000 livres d'emprunts k intérêt, 2.700 livres d'emprunts sans 
intérêt. Étant données les ressources du budget de la ville, cetle 
dette était formidable, et, lorsque la commune demanda au n>i 
sa cassation, on conçoit qu'elle ait vu dans cette mesure un 
moyen radical et commode pour ne pas remplir des engagements. 

Les créanciers de la commune acceptèrent-ils sans protestations 
sa faillite, c'est ce qu'il est peu possible de croire, surtout pour 
les créanciers qui n étaient pas des oommuniers. L'un d'eux, 
Jean de Coucy, sire de Pinon, porta sa réclamation au Parle- 
ment, en 1327 '. On ignore quelles en furent la sanction. 

1. Lennin de Tillcmont. IIUI. de saint Loiiig, éd. de Gaulle, Soc. de rUitt. 
dd france, t. I, p. S29. 

2. Voy. P. J. n" 23. 

3. Surin valeur des monriRies b cette époque, cr. Natalis de Wnilly, 
Mimoire sur le» variations de la livre toarnoi», dans Mém, de l'Acad. dei 
Inscr. el b. -Lettres. 1897, l.XXl, p. 177 8(|q. 

i. Ce termafje devait être payt^ par les marchands qui y commerçaient. 

5. In fendis et elemosinis. Sur le sens de ce dernier mol, voy. Ducniige, 
Glastariam, l. IIl, p. 2"i. 1 

6. Sur cetle distinclion et sa pratique, cf. Espinas, op. cit., p. .'iOE, n. 3.1 

7. Mantlemcut du roi aux présidents du Parlement, dnna Boutnric, Actes, 
D' 8000, t. II, p. fia. 



172 LA COMMUNE DE SOISSONS 

C'était à la royauté qu'avaient tout de même recours ceux que 
les redditions de comptes exigées par elle avaient pour but de 
protéger. 

Il est vrai que les ordonnances de 1262 furent appliquées 
pendant trop peu de temps, pour que leurs bons effets aient pu 
se développer : l'immixtion du pouvoir central dans les iinanccs 
municipales a dû cesser vers 1281 *. Néanmoins, l'action de la 
royauté continua à s'exercer. En 1321,1e Parlement condamna 
d'anciens administrateurs de Soissons coupables de malversa- 
tions '^ ; c'était une application de l'article 5 de l'ordonnance 
de saint Louis. Le pouvoir central ne négligeait pas les 
démarches les plus précises, pour tâcher de voir clair dans 
les finances municipales. Le 5 mars 1323, le Parlement 
ajourna l'exécution d'un arrêt rendu le 15 mai 1322 contre le 
maire et les argentiers de Soissons, à raison de dépenses indues 
et excessives : on devait attendre la fin des procédures des 
enquêteurs, nommés le 8 décembre 1322, pour rechercher quels 
étaient les jurés qui avaient participé à des actes de mauvaise 
gestion, afin de les faire contribuer à l'amende imposée *. 

Bien plus, et comme préparant de ses mains l'ensevelissement 
de ceux mêmes qu'elle tuait, la royauté réglementa la liquida- 
tion procédant de faillite communale. Philippe de Beaumanoir, 
avant 1283, exposait, dans ses Coutumes, la procédure ordinaire 
en pareil cas • : « rendre les commandes », rembourser les prêts 
sans intérêt, puis les prêts à intérêt, puis les rentes à vie: les 
communiers doivent être contraints de force à rembourser, « s'il 
ont tant vaillant qu'ils puissent tenir toutes leurs convenances ». 
Une ordonnance royale, qui fut adressée en particulier aux 
villes de Ham et de Noyon en 1291, mais dont il se trouve une 
traduction sans mention d'adresse aux archives de Gand '», s'oc- 
cupe de la même question ^. 

1. Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p. 150 sqq. ; Borrelii de 
Serres, op. cil,, p. 105-106. 

•2. Boutaric, Actes, n« 6821, t. II, p. 454-455. 

3. Id., ibid., 11O7109, t. II, p. 509. 

4. Par. 1527, éd. Salmon, t. II, p. 272. 

5. Les deux textes en question ont été publiés par Giry, Documents, 
no49, p. 138-141. 

6. Borrelii de Serres, op. ci7., p. 105, n. 4, refuse d'accorder quelque 
importance g^énérale à ces textes. 



ORGANISATION FINA.NCIÈRK. — LA VIE ÉCONOMIQL'E A SOISSONS 173 

Incapacité et malversations de la part des officiers munici- 
paux, charges trop lourdes pour un budget trop faible, manque 
de tact et de mesure, du côté de la royauté, dans ses rapports 
financiers avec la commune, telles sont les causes principales de 
la ruine de Tautonomie budgétaire h Soissons. Dans l'histoire de 
l'administration iliunicipale, cette période du premiers tiers du 
xiv* siècle est fort importante. A Beauvais ', à Senlis 2, à Sens 3, 
comme à Soissons, la disparition de la commune répondait a 
une nécessité économique : la commune, organisme de groupe- 
ment syndicataire, avait une raison d'être au temps où les 
exploités arrachaient aux privilégiés un peu de liberté ; au 
moment où l'absolutisme niveleur commence à se développer 
dans la France, où le pouvoir central inaugure le concept de 
sujets égaux soumis à des charges analogues, la commune, la 
petite seigneurie collective, avec ses lois propres et ses privi- 
lèges particuliers, disparaît : la nation naît. Le nouvel état 
de choses, au point de vue financier et local, a été caractérisé 
avec assez de justesse par G. Espinas : jusqu'à la guerre de 
Cent ans, « s'établit et se maintint une sorte de compromis 
entre les privilèges nécessaires de l'administration, les droits de 
la communauté, la surveillance prépondérante, mais tutélaire et 
utile, de l'autorité extérieure. L'autonomie urbaine étiiit sufli- 
samment contenue et resta assez développée ; les maux de l'oli- 
garchie locale avaient presque disparu ; ceux d'une centralisation 
abusive ne s'étaient pas encore montrés. A cette apparition d'un 
équilibre juridique entre les divers pouvoirs correspondit une 
transformation complète, une réelle prospérité dans l'état pécu- 
niaire de l'association ^ ». 



* 



Ainsi, à travers ces textes fragmentaires, la prospérité de la 
commune de Soissons nous apparaît comme plus que douteuse. 
La raison profonde en est sans doute dans le manque d'activité 
économique de la ville, qui, conquérant le régime communal 
grâce à une transformation dans l'économie agricole elle- 

i. Lal)ande, Ilist. fie Beauvais, p. 246. 

2. FlammermonL, IfisL de Senlis, 2^ ptLrliej passim, 

3. Voy. 3* partie, chap. VI. 

4. Op. cit., p. 94. 



174 LA COMMUNE DE SOISSONS 

même, comme je Tai montré ^, est restée néanmoins à peu près 
complètement engagée dans cette économie. Les renseignements 
d'ordre social et économique que nous possédons sur Soissons 
semblent bien confirmer cette façon de voir. 

La population soissonnaise, sans être parfaitement homogène, 
n'est pas divisée, comme dans les villes industrielles '^, en classes 
adverses; néanmoins, il existe des catégories sociales qui se diffé- 
rencient des communiers pour des motifs divers, et qui, en tout 
cas, ne font pas partie de la commune. 

Je ne reviendrai pas sur les clercs. Quant aux nobles, nous 
savons déjà (ju'il en existe à Soissons ^ : mais quant à dire quelle 
est leur organisation de vie, cela est tout à fait impossible. On 
voit que les maisons qu'ils occupent s'appellent « manoirs '» ». Ce 
sont, semble-t-il, de minces chevaliers, réduits à épouser des 
bourgeoises •' et à faire de leurs fils des clercs ^'\ 

Les clercs et les nobles, privilégiés formés en un stade de civi- 
lisation antérieur à celui de la révolution municipale, n'ont 
point fait, sauf exception, partie des communes. Les Juifs, 
parias de la société médiévale, n'ont pas été introduits par les 
bourgeois catholiques dans l'organisation urbaine. 

Les Juifs étaient à Soissons les protégés du comte, et cela très 
anciennement, puisque c'est k l'occasion des relations de Jean P' 
avec les Juifs que Guibert écrivit son « De incarnatione contra 
Judseos '' ». C'est évidemment que le comte en tirait un profit 
quelconque ^. Au moment de partir pour la croisade, sans doute 
afin de sanctilier ce profit, Raoul de Nesle accorda au couvent 
de N.-D. i) besans d'or à prendre à la fête de Saint-Remi sur son 
revenu, tant que les Juifs habiteraient Soissons-' : il n'avait donc 
point appliqué l'ordonnance de Philippe-Auguste sur les Juifs ^'\ 

1. Voy. p. 74 sqij. 

2. (^f. comme exemple G. Desmarez, L'oryan/x/i/Zo/i du Iravaii àBruxidles 
au AT»" sii'clc, Bruxelles, 1904, in-8. 

3. Vov. p. 8-0, 20. Cf. P. VioHcl, Les communes françaises, p. 50, n. 1. 

4. Arch. Aisne, Il 1180, n« 8:> (avril 12:i8). 

5. Bib. Nat., Coll. f). Grenier, t. 281, n°o2 (sept. 1268). 

6. Ibid., L. 207, n» 75 {avril 1279). 

7. Hisf. occid. des Croisades, t. V, Préf., p. xvi. Cf. A. Lucliaire, dans 
Lavisso, llisf. de France, l. II, 2« partie, p. 192-193. 

8. Vov. P. .T., n" 5. Devérité, Essai sur lliisl. <jén. delà Picardie, 1. 1, p. 395. 

9. Arch. Aisne, II 1508, f» 287 (M. Reguault, Abrâ(jè, Pr., f^-^ 15 vo-16). 
Cet acte fut confirmé eu 1270 (cf. Id., ibid., Pr., f" 20). 

10. L. \)GY\^\e,CataL des actes de PhiL-Auguste,n^ 1003, p. 230-231. 



ORGANISATION FINANCIÈRE. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 175 

En avril 1230, le comte Jean signait avec le roi de France un 
traité d 'entrecours concernant leurs Juifs respectifs ^ 

Les Juifs se livraient vraisemblablement à Tusure, comme il 
ressort d'une reconnaissance du cellerier de Saint-Léger, d^avril 
1312, s*engageant à rendre la somme prêtée au jour dit, avec les 
intérêts, « cum dampnis et interesse ^ ». D'après une tradition 
enregistrée par l'historien M. Regnault, ils avaient une maison 
commune pour leurs opérations financières, près Téglise Saint- 
Quentin, et appelée, au temps de Tauteur (1633), maison « Vide- 
bourse ^ ». La place de leur synagogue, mentionnée en 1284^, 
n'est guère bien définie '^. Ils avaient un cimetière vraisemblable- 
ment auprès de Tenceinte primitive de la ville, car, dans cette 
région, on a découvert une inscription funéraire en caractères 
de la fin du xii® ou du début du xiii® siècle ^. 

Au commencement du xiv*^ siècle, le cimetière était auprès de 
la porte Saint-Christophe : Philippe le Bel, en mémoire de 
sa femme, le donna au chapitre de Soissons (1307) ^. 

On ne sait point exactement si les Lombards, — auxiliaires 
financiers des Juifs, — s'installèrent à Soissons^. 

Le comte tirait parti des Juifs, qui avaient un rôle fort bien 
défini dans la vie économique du xni*^ siècle ; il influait par eux 
ainsi sur cette vie même. Mais il influait sur elle bien plus directe- 
ment au moyen des droits de toute espèce qu'il exerçait à Soissons 
depuis une époque indéterminée, mais vraisemblablement voisine 
de l'inféodation définitive du comté à l'évêque. En effet, nous 
trouvons dans d'Aguesseau l'analyse d'une charte de 1227 ^, 
dont le texte est tronqué *^, par laquelle Raoul de Soissons 



i. Teulet, Layettes, n» 2049, t. II, p. 174. 

2. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 293, n^ 93 (orig. sur parch.). 

3. Abrégé, p. H2. 

4. Arch. nat., L 742, n« 148. 

5. M. Hegnaull, Ahrégo, p. 112, admet qu'elle était Grande Rue; de 
même H. Martin et Lacroix, op. cit., t. II, p. 59 (ils semblent se contre- 
dire, t. 1, p. 451, n.) ; Lacroix, op. cit., t. I, p. 395, donne un autre emplace- 
ment. 

6. Bull, de SoUsons, 1872-1873, 2'' série, t. IV, p. 328-329. 

7. Arch. nat., JJ 33, f° iiij«»xvi, n° ijcxvij. 

8. Piette (Bull, de Soissons, 1878, 2« série, t. IX, p. 31) nous apprend 
qu'il existait à Soissons une rue Coq-Lombard. 

9. Œuvres, t. VI, p. 256. 

10. M. Regnault, Abrégé,Pr., M9; Bib. Nat., Co//. D. Gremer, 1. 111,^76. 



176 LA COMMUNE DK SOISSONS 

notifie son consentement à l'hommage prêté par son Hls Jean k 
Tévêque, pour la moitié du stellage de Soissons et 100 livres de 
rente sur Tavalage de Soissons, et un acte de mai 1261 nous 
apprend que le comte tenait réellement en fief de Tévéque Fava- 
lage de Soissons ' . L'avalage était vraisemblablement un droit de 
transit -, exigé sans doute des marchandises transportées par eau, 
ce qui amena avec Tabbaye de Saint-Médard une contestation 
terminée en 1264^. La perception de Tavalage se faisait au 
moyen d'un collector, ou receptor ^. Elle devait être assez diffi- 
cile à cause des sous-inféodations nombreuses de ce droit •'. 

A propos de Tavalage, j ai fait allusion au stellage ou 
sextelage, droit perçu sur les denrées mesurables par setiers, 
telles que les céréales et le sel '•. Le stellage du sel avait aussi le 
nom de minage ; la perception s'en faisait en nature, et était si 
considérable que le comte Yves de Nesle put s'engagera faire 
remettre par ses propres percepteurs {reddifuarii) dix muids de 
sel àFévêque', réduits plus tarda quatre muids 1/2^. Les per- 
cepteurs du stellage étaient proprement appelés sesteliers {sestella- 
rUy, L'avenage mentionné en 1250 *o et en 1302 ** était quelque 
chose d analogue qui concernait Tavoine. Le stellage subsistait 
au xvu« siècle, où le Parlement, par un arrêt du 4 juillet 1687, 
régla sa perception'^. 

1. Bib. Nat., C^//. D. Grenier, l. 281, n» 41 (1261). 

2. Du Claiige, Glossarium, t. I, p. 473; GoiMroi, Diction, de Vanc. langue 
fr., l. 1, p. 505. 

3. Arch. Aisne, II 477, f<» 122 vo-i23 v« ; Arch. net., LL 1021, p. 299-303. 

4. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 281, n^ 41 (1201). 

5. En 1201, Raoul de Soissons, frère du comte, endetté, vend pour 
1.000 1. par. au chapitre 100 1. par. de rente sur Tavalage {ibid., n° 41 ; cf. 
n**» 43, 44, 46, 47, les diverses confirmations); en 1266, il vend à Saint- 
Jean-des-Vignes 8 1. par. (Bib. Soissons, ms. 5, f°* 186-187, et les confirma- 
tions, f°* 187-188 v°. Cf. M. Regnauit, op. cit., Pr., f" 17 v», et ColL D. Gre- 
nier, t. 111, f" 91 1. Autres inféodalions signalées par d'Aguesseau, loc. cit., 
p. 250. 

6. V. de Beauvillé, Documents, no Xlll, t. l, p. 13 (122.">.. 

7. Voy. P. J., n« 2. 

8. Voy. P. J., n°4. 

9. Arch. nat., L 742, n^ 131 (1274). 

10. Charles concernant Soissons, dans BulL de Soissons, 1898, 3« série, 
t. VIII, p. 130 (accoi*d avec la commune]. 

11. Bib. Soissons, ms. 5, f°* 190 vo-197 v« (accord avec Tabbaye de Saint- 
Jean-des-Vignes). 

12. Soissons, 1687, in-4 (Bib. Soissons, ColL Périn. n» 4331). Cf. Fiquet. 
t. III, p. 325-326 iBib. Soissons, ms. 228). 



ORGANISATION FINANCIÈRE. LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 177 

Le sel et les céréales n'étaient pas les seuls objets de consom- 
mation atteints par le comte. Sur le vin pesait le droit de timo- 
nage, consistant en trois oboles perçues sur chaque charrette 
chargée de vins. Mais ce ne semble pas avoir été un droit exercé 
parle comte dans tout son comté, et qu'il ait constamment gardé, 
puisqu'on le voit en 1255 remettre le timonage perçu au bourg 
d'Aisne, à Grouy, Bray et Reclusy, qu'il avait acquis du cheva- 
lier Pierre de Boves et du meunier Hugues de Locry ^ 

Le comte percevait d'autres droits, assez obscurs, comme le 
forage, le rouage ^, le criage ^, le rivage^. Le droit de « fouëe » 
se percevait sur les bois et charbons entrant dans la ville depuis 
la Saint-Martin d'hiver jusqu'à la Chandeleur '\ Quant au ton- 
lieu, il paraît bien désigner à Soissons Tensemble des droits qui 
frappent l'achat et la vente •'. Encore peut-on faire une distinc- 
tion entre le tonlieu perçu au marché, et sur lequel je revien- 
drai, et le tonlieu courant perçu sur les ventes journalières; 
cette espèce de tonlieu devait singulièrement déplaire aux juri- 
dictions ecclésiastiques, et le chapitre engagea à son sujet une 
longue lutte avec le comte, qui, après avoir été plusieurs fois 
excommunié ', finit, en 1246, par être reconnu dans son droit ^. 

Certains de ses droits, on l'a vu, sont perçus par les agents 
divers du comte, receptor, collector^ reddituarius, sesfellarius. 
D'autres sont affermés, comme le droit de vinage, perçu sur 
le vin ^. Leur ensemble devait constituer de beaux revenus d'ar- 
gent liquide *^, auxquels s'ajoutaient les produits de certaines 
institutions banales, comme les moulins et fours comtaux. L'un 

1. Bib. Nal., lai. 9986, fo 106. Cf. Coll, D. Grenier, l. 243, f° 66. Le timo- 
nugiuni est identique au tetnonalicum qu'Huvelin a du mal à définir [Essai 
hisl, sur le droit des marchés et des foires^ Paris, 1897, in-8, p. 583). 

2. Bib. Nal., Coll. D. Grenier, t. 244, f^ 186 v°. 

3. Bib. Soissons, ms. îi, f«» 196 vo-197 v^. 

4. Desmazes, Curiosités historiques, p. 34. 

.•). Bib. Xat., Coll. D. Grenier, t. 63, f» 379 (d^ap. les arch. de révêché). 

G. Ihivelin, op. cit., p. 585 et n. 1. Cf. É. Levasseur, llist. des classes 
ouvrif*res, t. I, p. 274. Un acte de 1210, sans désigner nommément le ton- 
lieu, parle du (* redditus de omnibus rébus que. . . vendenlur et ementur » 
(Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 2U, f« 186 v^). 

7. Voy. P. J., n" 26. 

8. Bib*. Nat., Coll. D. Grenier, t. 281, n^ 35. 

9. Voy. P. J., no 28. 

10. Depuis le milieu du moyen âge, les lonlieux sont perçus en argent 
(Ihivelin, op. cit., p. 586). 

BtnrH«;iN. — Ln commune de Soissons. 12 



178 LA COMMUNE DE 801SS0NS 

des moulins se trouvait contre le château : le comte Renaud le 
donna en 1139 à Tabbaye Saint-Léger *; un autre accord avec 
près du pont était « de feodo episcopi - » ; un accord avec 
Tévêqueen 1216 permit au comte Raoul et à ses successeurs d'en 
établir d'autres sur TAisne 'K En juillet 1234, le comte Jean 
déclara qu'ayant acquis, à titre d'échange, un moulin du cha- 
pitre de Saint-Pierre de Soissons, pour lequel il lui avait assigné 
15 muids à prendre sur le stellage, il mettait le moulin dans la 
mouvance de Tévêque, pour le dédommager de la diminution 
qui survenait ainsi dîms le fief mouvant de lui * Au xvui*' siècle, 
le comte possédait encore sur l'Aisne un moulin ^. 

Quant aux fours, l'un de ceux qui se trouvaient au milieu de 
la ville, et qu'en raison de sa situation auprès du cloître on 
appelait le four de l'évêque^', fut donné par la comtesse Adé- 
laïde, pour être repris par son fils Renaud et finalement rétro- 
cédé à l'abbaye de Sain t-Jean-des- Vignes^. Mais, en 1274, le 
comte Jean acquit du chapitre, pour une rente de blé, un nou- 
veau four^. 

Par les droits de circulation qu'il revendique, le comte joue 
dans l'économie soissonnaise le rôle d'un véritable monopoleur. 
Au monopole, les individus ne peuvent se soustraire. Tel n'est 
pas le cas des établissements ecclésiastiques, organismes écono- 
miques puissants, que, d'autre part, leur caractère spécial de 
fondations religieuses recommande a la piété du comte. Ainsi 
dès 1197, le comte Raoul abandonne à Saint-Crépin-le-Grand 



i. Abbé Pêcbeur, Cariul., n° 2, p. 19 icf. les conflrmations, p. 24, 27, 
32, 7;)-76, 77-78, 134-13:i, 1G3). 

2. Bib. Nat., Coll. D, Grenier, t. 245, f» 71 v» (1210). 

3. Ihifl. 

4. D'Aj^^uesseau, Œuvres, t. VI, p. 257. 

5. Cabaivl, t. I, p. 84 (Bib. Soissons, ms. 225) : cmi 1730, on romonle 
les parapets après avoir démonté un moulin dos comtes. 

0. De Banville, Documents, t. II, p. 3 ; Bib. Nat., (^oll. D. (îrenier, 
t. 294, n° 50(1245). 

7. De Banville, />ocum^/ï/.s, t. H, p. 1-3. C(. (a)11 1). drenier, t. 111, 
f°33, elt. 23't, f"'^ 107 v«-H)0. Voy. M. He«»nanlt, o/>. r/7., Pr., f«8; cf. 
p. 94-95 ; II. Martin et Lacroix, op. cit., t. I, p. 489. — C.onlirmation de 
Joslein, Bib. Nat., Coll. D. Grenier, j). 295, n° 4 (ori«i:. sur pardi, non 
daté). Cf. Jac([uemin, Annales de Joscelin de Vierzi, u^ XXXIX. p. 20 et 
CXIII, p. 09-70. 

8. Bib. yni., Coll.!). Grenier, {. 281, n» 50. 



ORGANISATION FINANCIÈRE. LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 179 

son droit de fouée^ Les bienfaits des comtes sV'tendent hors de 
Soissons. En 1137, les frères de Longpont obtiennent l'exemp- 
tion de tout péage, pour toutes les marchandises et denrées 
adressées à leur couvent* ; en 1183, ce sont les moines de Saint- 
Corneille de Compiègne qui sont exemptés de tout droit pour le 
transit dé terre ou d'eau ^. En février 1224, le comte Haoul 
exempte des droits de vinage jusqu'à concurrence de la valeur 
de 60 sous soissonnais les vins qui sont amenés à Prémontré ^; 
et, en avril 1229, le comte Jean accorde que les frères de Pré- 
montré ne paieront rien pour le fer acheté dans le comté et 
destiné à leur église \ En janvier 1300, le comte Raoul ajoute 
20 muids ^^ aux cent muids de vin qu'Yves de Soissons avait 
permis aux moines de Gorbie de faire transporter par eau de 
Vaillv à leur couvent ^. 

A Soissons même, en 1304, le comte abandonne à Tabbave de 
Saint-Médard le droit de rivage ^. Mais c'est l'abbaye de N.-D. 
qui semble la plus favorisée. Dès 1125, par-devant l'évèque de 
Noyon-Tournai, Raoul de Nesle remet à l'abbesse Mathilde le 
marc d'argent qu'il touchait pour le sauf-conduit des hommes 
et des charrois qui amenaient du blé de Vermandois au couvent ^. 
En mai 1219, Enguerrand définit le sauf-conduit qu'il doit: il 
laissera passer, à destination de Soissons, de Pargny k Soissons, 
le blé, l'avoine, les pois, le vin, les canards, les anguilles, le 
sel, les porcs, les vaches, les harengs, les poissons, moyennant 
12 deniers laonnais et une messe du Saint-Esprit '^^ Mais ce règle- * 
ment ne dure pas longtemps, puisque, par une bulle de juillet 

1. Arch. Aisne, II ilia, f" 89. Confirmation par l'évèque Nivelon, ihid,^ 
f« 89 v-o.Cf. Bib. nat., Coll. D. Grenier, t. 03. fo 379 v«; I). Élie, llist. de 
Saint-Crespin, t. H, p. 69 etv°; II. Martin et Lacroix,©/), cit., t. II, p. 61. 

2. Muklrac, Chron. ahh. Loiujipontis, f" 17. 

3. Arch. Oise, II 21i3, f» tl . Cf., î" 42, un acte analogue de Haoul de 
Clermont pour le pays de Gournay. 

4. Bibl. Soissons, (^arlnl. de Préniontré, nis. 7, f<» 1. Cf., ihid.j actes 
analogues du comte de Flandre, du châtelain de Noyon, de l'évèque de 
Laon. 

5. Ihid.. f« 1 v°. 

6. Bib. Nat., lai. illijO (Cnrtul . /^«(/ra*), f« 72 v^. 

7. Bib. Nat., lat. 17758, f« 218 v°. 

8. Desmazes, Curiosités historiques^ p. 34. 

9. Bib. Nat., Cotl. D. Grenier, t. 234, f° 219 et v«. 

10. Ihid., t. 245, f» 134 v\ Cf. vidimus de 1272, Arch. nat., L. 1005, 
no 31. 



180 LA COMMUNE DE SOISSONS 

1263, le pape Urbain IV interdite aucun laïque d'exiger quelque 
droit que ce soit sur les denrées nécessaires au couvent ^ 
Néanmoins, au milieu du xiv^ siècle, l'abbaye avait à lutter 
contre les seigneurs laïques, — telJeande Bohême, sire de Vailly, 
qui exigeait un rouage des vins du pays transportés à N.-D. '*. 

Les abbayes, ainsi déchargées des droits qui pèsent sur la pro- 
duction et la circulation des denrées, peuvent faire de l'excès 
de leur consommation un objet d'échange. A leur tour, 
elles constituent de petits monopoles. On a vu Enguerrand 
de Goucy assurer le sauf-conduit des harengs à destination 
de N.-D. de Soissons Au milieu du xiii** siècle, cette abbaye 
en recevait quatre milliers •'^, deux du comté de Flandre ^, 
deux de la chàtellenie de Saint-Omer '». Depuis Louis Vil, 
le nombre des religieuses était tombé à 80 ^ ; eût-il été plus 
grand, l'arrivée de ces quatre milliers de harengs dès le 
moment de la salaison ou du saurage dépassait les besoins 
admissibles des nonnes : le surplus devait être vendu. 

Au marché de Soissons, les abbayes avaient une place favo- 
risée. En 12(50, le comte de Soissons permet à Tabbé de Saint- 
Crépin-en-Chaie d'exposer au marché 50 muids de céréales par 
an, sans payer aucun droit ^. On sait le rôle des ofEciers de Févê- 
ché chargés de percevoir le sal episcopale accordé par le comte ^. 
C'a d'ailleurs été une forme fréquente d'aumône des comtes que 
d'accorder aux étal>lissements ecclésiastiques la perception au 
marché de tant de muids de sel ''. Notez que l'administration 

1. Arch. Aisne, H i:;08, f« 258. Cf. Bib. Nal., Coll. D. Grenier, t. iil, 
f^ST. 

•2. Aich. Aisno, Il 1508, f« 274. 

3. On compte aujourd'hui mille harengs pour un baril. 

4. Voy. P. J., n«27. 

5. Arch. Aisne» H 1508, f« 287 (acte de janvier 1254, de Mathilde, châ- 
telaine de Saint-Omer. ratifiant la donation faite par son oncle Guillaume). 

6. Kn 1175 (Arch. Aisne, H 1508, f"' 2G2 et 300;-. 

7. Bib. Nat.,Iat. 18372, f <> 4 v». Acte semblable do janvier 1264 (Bib, 
Nat., Coll. D, Grenier, t. lll, f"85; M. He^niault, Ahrét/é, Pr., f" 19 v" et 
20). En 1145, donation analogue de 40 muids à l'abbaye de Longpont (Mul- 
drac, Chron, abb. Lon<jip., p. 21). Cette abbaye possédait d'ailleurs en 
dehors de Soissons deux moulins et trois pressoirs Jacqnemin, Annales 
de Joscelin de Vierzi, n« CCVIII, j). 121-122). 

8. Voy. P. J., n»" 2 et 4. 

9. En 1139, Joslein confirme la donation par le comte Renaud à Saint- 
Léger de deux muids de sel pris sur le tonlieu (Abbé Pêcheur, CarluL, n° 2, 



ORGANISATIOiN FINANCIÈRE. LA VIE ÉGONOMIQL'î: A SOISSONS 181 

communale est forcée, pour des motifs différents de ceux du 
comte, de contribuer à la formation de ces autonomies écono- 
miques: vaincue par le chapitre en 1263, dans l'accord alors 
signé, elle reconnaît que, si les jurés défendent de vendre du vin 
d'Auxerre à Soissons, cette défense n*a pas lieu sur le territoire 
de Téglise cathédrale K En tout cas, le but des administrateurs 
d'abbayes est de faire que les établissement se suffisent écono- 
miquement à eux-mêmes. Une décision de Tabbé de Saint-Médard, 
en octobre 1259, est à ce point de vue caractéristique, qui 
décide que désormais les pâtés, tartes, flans et gâteaux mangés 
à Tabbaye seront faits « infra metas et septa nostri monas- 
terii », et non parles boulangers de la ville '-. 

A cette espèce de protectionnisme s'ajoute le caractère de 
monopole des institutions banales. De l'évêque semblent bien 
dépendre le four d'Erembourg -^ et le moulin de Crèvecœur ^. 
Route de Vaubuin, l'abbaye de Saint-Jean-des- Vignes, dont les 
hôtes cultivent avant tout la vigne, possède un pressoir'^; elle 
possède le four de Tévéque ^, les deux moulins de Tousac et 
Neufmoulin sur la Crise, ainsi que le vieux moulin de Gour- 
nay ^. En octobre 1307, le chapitre abandonne à N.-D. le mou- 
lin Chevreux, sis à Soissons, à la charge d'entretenir le cours 
d'eau pour facilfter l'arrosage des prés du chapitre, et de payer 
différentes rentes de blé ^. L'abbaye de Saint-Léger possède un 
four au marché de Soissons, et elle veut si bien s'assurer son 
monopole, que délibérément elle fait démolir un four possédé 
par Saint-Crépin-en-Chaie qui gène l'exercice de sa banalité : 
elle est forcée de le reconstruire, mais exige qu'on n'y cuira 
point de fouaces ^. Dans le faubourg Saint-Crépin, l'abbaye 
possède un four '^. A Saint-Médard, l'abbé Roger fait établir un 

p. 18). En 1150, Josleiu et Yves de Nesle ratifient une donation analogue 
d'un muid faite par le même Renaud au prieuré de Charme (Regnault, op. 
cit., Pr., fo 11). 

1. Dormay, Hist. de Soissons, t. II, p. 251. 

2. Bib. Nat., lat. 9986, f° 153 v». 

3. Muldrac, Chron. abb. Longip., p. 224(1220). 

4. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 246, fo 136 et v° (1239). 

5. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 234, f° 32-35 v^, et f» 98 et v» (1100). 

6. Voy. p. 48. 

7. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, toc. cit. 

8. Arch. Aisne, II 1508, (« 274 v^. 

9. Arch. nat., S 3214 (pièce non cotée) (134 [?)9). 

10. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 294, n» 82 (1267). 



182 LA COMMUNE DE SOISSONS 

moulin en 1202, et règle avec précision les obligations du meu- 
nier * ; il a fait établir à Crouy un autre moulin '^, et on trouve 
dans le faubourg deux fours '^. 

Ces monopoles atteignent uniquement la seule production 
du pays soissonnais, les objets de consommation venus du sol : 
sel, vin, céréales, bois *. ^Le caractère essentiellement agricole 
de cette production explique assez le peu de développement 
des métiers dans la ville de Soissons, et la nature du marché 
qui s'y tient. 

Si nos sources étaient plus nombreuses, nous pourrions peut- 
être adopter la thèse soutenue par Eberstadt sur les origines 
purement domaniales des métiers par T intermédiaire de magis- 
ieria'^. Malheureusement, nos renseignements sur la confrérie des 
cordonniers ^, la corporation des charrons ^, celle des marchands 
drapiers, merciers, joailliers, quincaillers et. épiciers ^ sont trop 
récents. Un des plus anciens groupements est celui des tailleurs, 
organisé en 1353 ^. Pour la période communale, nous n'avons 
pour ainsi dire rien. Néanmoins, il apparaît bien que le comte 
exerce une autorité singulière sur ses a mestier *^^ ». Mais ces 
métiers sont peu nombreux, et la vie industrielle n'est pas assez 
développée à Soissons pour qu'ils soient revêtus de ce carac- 
tère de protectionnisme outrancier qui les désigtie d'habitude ; 
du moins un fait rapporté pour l'année 1146 semble l'indiquer 
pour le début du xii® siècle *'. 



1. Bib. Nat., lat. 9980, f"^ i49. Cf. f*>« 148 et v», 149 vo-ino r«, ir>0 v» et 
VM v°. 

2. Bil). Nat., lat. 998r>, fM49. 

3. Ibid., ^ 148 cl v-o (1203). 

4. Cf. ce qui est dit du droit de fouée, p. 177. Par l'Aisne, s'opère un 
transit de faj^ots (abbé Pôclieur, Cartnl. rie Saint-Léger^ p. 14). 

5. Matjisterinm und Fralernita», Leipzig, 1897, in-8. Cf. les C. /?. de Des- 
marez dans /î. Critique^ 1898, t. I, p. 14*, et de Pirenne, dans /?. Ilist., 
1899, t. LXX, p. 3();i-368. Les livres d'Ebersladl, Da.t franzôsische Gewer- 
herecht, Leipzig, 1899, in-8, et de Martin Saint-Léon, Ilisl. des corpor. de 
métiers, Paris, 1897, in-8, sont avant lout des ouvrages de descriplion. 

6. .bl. SS.,oct.,l. XI, p. 519. Cf. Huit, de Soissons, 1881. 

7. Choron, dans J^ull. de Soissons, 1882, 2'" série, t. VIT, p. 55. 

8. Collet, en appendice au Bull, de Soissons, 189t>, 3"- série, t. VI, p. 61- 
131. 

9. Ordonn., t. Vil, p. 473. Cf. Devisme, Manuel, p. 452. 

10. Vov. P. J., n« 26. 

11. II. Martin et Lacroix, op. cit., t. Il, p. 40-41. 



ORGANISATION FINANCIÈRE. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 183 

A cette époque, cependant, il existe des métiers (officia) de 
parmentiers, qui sont peut-être des tailleurs ^, de cordonniers et 
de barbiers -, puisque le comte Renaud concède à l'abbaye de 
Saint-Léger les droits qu'il possède sur eux ^^, et cette conces- 
sion est confirmée encore en 1263 ^. Au bourg Saint-Crépin, 
Tabbaye tire un revenu des cordonniers et merciers qui s'y ins- 
tallent au marché du bourg •'. Place du marché, la confrérie des 
fripiers possède au xur siècle un étal, voisin de celui de Drouard, 
minutor ^. Il paraît bien exister à Soissons un corps de tanneurs ". 
Les médecins [phisicus, cirurgicus) apparaissent isolément ^. 
Quant aux boulangers, on a vu à quelle surveillance ils 
étaient soumis de la part de la commune, du chapitre et de 
Tévéque ^ : ils fabriquaient du pain et des gâteaux de toute 
espèce *^. La corporation des bouchers semble avoir été particu- 
lièrement prospère. Leurs étaux étaient en quelque sorte inféodés 
par le comte, qui les avait fait établir dans un terrain proche du 
marché; il avait concédé ce terrain en 1210 à Tabbaye de Saint- 
Léger, en se réservant un droit sur les ventes et les achats ^K 
En 1227, le même Raoul avait donné au chapelain de la tour 
Saint-Prince un étal dont le cens d'inféodation était de 12 deniers ^*. 
Plus tard les bouchers se sont installés dans le bâtiment qu'on 



1. Godefroi, Dictionnaire de ^ancienne langue française, t. V, p. 758. 

2. In barha rasa. Les droits payés par les barbiers s'élèvent à deux 
muids et huit setiers de vin. 

3. Abbé Pécheur, CartuL, p. 14, 24,32, 45, 48, 75-76, 77-78. 

4. Id., ibid., n° i2, p. 45. 

5. « Redditus sutorumet mercatorum in nundinis martirum » (Bib. Nat., 
Coll. D.<irpnier, t. 294, n^" 41 et 73, bulles de 1143 et H55. Cf. Arch. 
Aisne, II 455, f° 37, Bib. Soissons, ms. 247, p. 119-120, et Jacquemin, toc, 
cit., n^ CLV, p. 93-94. — Confirm. de Jacques de Bazoches en nov. 1228, 
Arch. Aisne, II 455, î% 37). 

6. Arch. nat., L 1009^, n» 8(1280). \je minutor est vraisemblablement ce 
que Ducange nomme rninutarius ^^ vendeurs de menus objets à bas prix. 

7. Arch. Aisne, H 1179, n» 43 (1243). 

8. Arch. Aisne, H 1180, n« 80 (1255); Bib. de Soissons, ms. 5, f» 183 
(1282). — Ils peuvent être de condition servile: cf. Arch. Aisne, II 455, 
foH 140 vo-lil (1259). 

9. Cf. p. lG'ir-l05. Dans un acte de 1275, apparaît un certain Hardi, bou- 
langer, homme et hotedu chapitre (Arch. nat., L 742, n® 131). 

iO. Bib. Nat., lai. 9980, f° 153 v». 

11. Abbé Pécheur, Cartul. de Saint-Léger, n° 60, p. 224 (Cf. Bib. Nat. 
Coll. D. Grenier, t. 111, f° 70, et t. 244, f» 180 v«). 

12. Abbé Pécheur, op. cit., n" 71, p. 139-140. 



184 LA COMMUNE DE S0ISS0N8 

a appelé la Boucherie, et qui est la Maison du Change, tenue à 
cens du comte ^ ; à quelle époque exacte, on ne sait, pas plus 
que celle où ils ont acquis le curieux privilège de ce que les 
historiens soissonnais appellent la « chasse aux bouchers ' ». 

Pas plus déterminé, au point de vue de la date, Tusage de 
la réception par le comte des marchands de chair, de cire ou 
de sel ^. Avant d'entrer à l'église pour recevoir la bénédiction 
nuptiale, les époux qui voulaient devenir marchands s'arrêtaient 
sous le porche ou dans le cimetière, et ils étaient admis à la con- 
dition désirée, en reconnaissance de quoi ils encensaient le comte 
dans la personne de son bailli, lui présentaient deux souliers en 
maroquin, une chausse d'écarlate, deux gâteaux, deux lots de 
vin, deux écuelles d'étain remplies de noix, et un muid de char- 
bon. 

Certaines places étaient particulièrement réservées au com- 
merce: entre Saint-Pierre-au-Parvis et l'abbaye N.-D., ily avait 
des étaux et des tavernes dont Luce II fit affecter le produit au 
luminaire de celle-ci ^ ; en 1287, les habitants de Soissons purent 
vendre au parvis de Téglise Saint- Pierre •'. Non loin de là étaient 
l'endroit où l'on vendait des lapins •^, et celui où Ton vendait 
fromages et poulailles '. Une place spéciale était réservée aux 
fûts où l'on entassait le sel **, très proche de celle où l'on vendait 
la toile ^. En somme toute la vie commerciale était concentrée 
autour du marché, situé très près du chflteau comtal. Au début 
du xnr siècle, vraisemblablement, il devint trop petit, car Ton 



1. Cf. p. If2-I4H. Sur la Vieille Houcherie.vî. Patte, Bib. Soissons, ms. 
•230, fo 6, et 231, fo2 v° ; ahhé Poquet, dans Fiull . de Soinsons, 1853, t. VII, 
p. lOi-iOr,; CoUot, ihid., 1872-73, ie série, t. IV, p. 18-20 ; Biscuit, ibid., 
1876, 2*^ série, t. Vil, [). 41 s(|(|. Dessin clans Caumont, Abécédaire, Archi- 
tecture civile et milit.^ Cacn, 1809, in-8, p. 270. La Vieille Boucherie a été 
dérnolieen 1870 (Collet, lue. et/., p. 18). 

2. D. Grenier, //i/ror/. A V histoire r/énérale de lu Picardie^ p. 112; abbé 
Poquet, lue. cit., p. 107 et 1 1 1 ; Biscuit, lue. cit., p. 30-40. 

3. Cabaret, t. I, p. 99-100 Bib. Soissons, ins. 225). Cf. II. Martinet 
Lacroix, op. cit., t. I, [). 486, n. l,et Pattô, Bib. Soissons, ms. 236, f^ 7. 

4. Arch. Aisne, II l">08, f°2r)7. 

5. L. Delisle, liestit. d*u7i volume des Olim., n° 618, dans Boularic, AcleSy 
1. 1, p. 403. 

6. Bull, de Soissons, 1898, 3' série, t. VIII, p. 126. 

7. Ihid., p. 127. 

8. Arch. Aisne, H 1182, n° 142 1 1302). 

9. Ihid. 



ORGANISATION FINANCIÈRE. — LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 183 

parle dès lors du vieux marché ^ et du nouveau 2. Il faut bien 
entendre ici marché dans le sens de lieu d'échange, et non point 
de jour déterminé d'avance pour procéder aux 'ventes et aux 
achats selon des règles particulières. La nature de certaines con- 
cessions du comte le prouve, qui accorde à tel établissement 
religieux de percevoir au marché de Soissons tant de muids de 
sel, omni anno -K Le comte en effet réglementait le marché où 
il levait le tonlieu ^ : Taccord entre la commune et Hugues de 
Soissons, en 1305, porta que les bourgeois allant au marché à 
Braine ou à Vailly feraient serment que leurs marchandises 
avaient déjà été exposées au marché de Soissons •'. C'est le comte, 
vraisemblablement, qui y avait fait ériger une croix •'. 

Au début du xii'' siècle, il y avait encore à Soissons un marché 
dépendant du comte, dit marché de Forme [forum ulne) ^, qui 
est peut-être bien justement le vieux marché. La chaîne de Saint- 
Rémi était un autre lieu où se réunissaient les marchands ^ ; sem- 
blablement le lieu qui était dit à «Testaple » [ad stapulum)^-^. 

En dépit de tous ces menus faits, la vie économique n'est pas 
extrêmement développée : point de corporations puissantes, point 
de marchés ou de foires à date fixe attirant un grand concours de 
peuple ; une petite circulation de biens dans la ville même, ou 
avec la banlieue voisine, et qui apparaît peu dfjins les textes. 

Le comte, qui décidément tient la première place dans Téco- 
nomie soissonnaise, a la justice des mesures: au marché, un 
officier est spécialement chargé de procéder au mesurage des 



1. Arch. Aisne, 111263, f^ 103 (1272). Autre mention dans Tobituaire de 
Saint-Jean-des-Vicrnes(M. Regnault, Abrégé^ Pr., f» 3 v®). 

2. M. Regnault, op. cit., Pi-., f» 10 (1210). Cf. Arch. Aisne, II 1182, 
n» 149(1316). 

3. M. Regnault, op. cit., Pr., f° 11 (1150). Cf. textes analogues : abbé 
Pêcheur, Cart. de Saint-Léger, n» 2, p. 18(1139); Muldrac, Chron. abh. 
Longip., p. 21 (lUIi), et 77-78 (1185). 

4. Voy. p. 180. 

5. Dormay, Hist. de Soissons, t. II, p. 297. 

6. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 293, n» 61 (1266). Cf. lïuvelin, op. cit., 
p. 354, n. 4. 

7. Voy. P. J, n°* 2 et 4. 

8. Cartul. de P remontré, Bibl. Soissons, ms. 7, f° 67. 

9. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 295, n^ 83 (1283); lat. 9986, f« 143 v« 
tlâ54). 



186 LA COMMU^E DK S01SS0N8 

denrées K En HG8, Yves de Nesle eut avec le chapitre un diffé- 
rend relatif aux mesures de vin : le pape Alexandre 111 amena 
une composition entre les deux parties '*. Au faubourg de Saint- 
Crépin, néanmoins, au début du xiv^ siècle, c'est le vicomte de 
Buzancy qui a la justice des poids, mesures et balances 'K C'est 
qu'à cette époque, il s'y tenait, le dimanche d'avant la Pentecôte, 
une sorte de foire '*. Les mesures de Soissons avaient une valeur 
particulière, enregistrée par la Chambre des Comptes de Paris ^. 

Le comte intervenait encore dans la vie économique par son 
monnayage. Je ne reviendrai pas sur ce sujet après les tra- 
vaux de Michaux *' et de Vauvillé '. Disons seulement qu'outre 
les espèces soissonnaises circulaient encore à Soissons la mon- 
naie royale et la monnaie de Provins*. Quant à savoir quel était, 
à une époque donnée, le rapport entre la monnaie et les objets, 
c'est ce qui est, dans l'état des sources, tout à fait impos- 
sible. Pour l'abbaye de Longpont, voisine de Soissons, un 
compte de dépense de 131 i peut donner quelque lumière •^ 

L'usage du prêt à intérêt se développait ; mais nous n'avons 

1. « Illi quisexteragiumcustodit » (1185^ (Muldrac, C/iro/i. abb, Longip., 
p. 77-78). Cf. Bib. nat., Coll. D. Grenier, t. 28^ n» 56 (1274). 

2. y/. F., t. XV, p. 658-659, ou Martène, AmplUs, Coll., t. IK t. 784. Cf. 
H. Marlin et Lacroix, op. cit., t. II, p. 42. 

3. D. Élie, Ifist. de Saint-Crespin, ï. II (Bib. Nat., fr. 17777), t^ 82. 

4. Dormay, op. cit., t. Il, p. 15. 

5. .1. Petit, Gavrilovilch, Maiiry et Testoud, ZiVsa/ de restitution des plus 
anciens mémoriaux de la Chambre des Comptes de Paris , Bib. de la Fac. 
desLollres de rUniv. de Paris, fasc. n«> VII, Paris, 1899, in-8, n» 102, 
p. 32, el P. J., n"Xn, p. 144. 

(i. Essais de numismatiffue suissonnaisc, Soissons, 1886, in-8. 

7. Dans Bull, de Soissons, 1893, 3® série, t. I!I, p. 92 sqq. 

8. Bour(iuelol, Ifist. de Provins, t. I, cli. xvii, p. 420-461. 

9. II. Martin el Lacroix, op. cit., t. Il, p. 179-180 : 

700 liarengs = 16 sols 

47 porcs 28 l. 

10 veaux 30 s. 

60 agneaux ... 22 s. 

1 taureau 50 s. 

3200 fajjTols 13 s. 4 d. 

1 cheval 12 L 

3 ânes 8 1. 

326 aunes de toile 13 1. 17 s. 3 d. 

1800 l. de chanvre 36 1. 2 s. 

3800 1. de fer 22 1. 13 s. 

( mukls d'Oulchv 56 s. 

Avoine ^ i i J . » ,...., 

i muids de La r erte 45 s. .i d . 



ORGANISATION FINANCIÈRK. LA VIE ÉCONOMIQUE A SOISSONS 187 

que des faits intéressant les abbayes, dont quelques débris d'ar- 
chives nous sont parvenus *. Le système de la lettre de 
change est encore dans son enfance *. Les prêts, semble-t-il, 
faits au nom d'un établissement ecclésiastique étaient autorisés 
par une bulle: en 1311, Philippe le Bel notifie une bulle du 
1" septembre 1309 permettant à Tabbé de Saint-Médard d'em- 
prunter 8.000 1. parisis 'K Les ecclésiastiques avaient introduit 
dans ces sortes d'affaires certaines habitudes mystiques ; à un 
prêteur soissonnais, qui meurt, en 130i, avant d'avoir été rem- 
boursé, l'abbé de Saint-Crépin, à qui le testament remet la 
dette, accorde quittance du prêt et de l'intérêt au mort ^. D'ail- 
leurs, en cas de besoin, ils recourent aux Juifs maudits "». Bien 
plus, oublieux des enseignements du Christ et de la papauté, on 
voit certains d'eux consentir à des prêts, dont il n'est pas sûr 
qu'ils ne soient pas usui aires ^\ 

Tels sont les menus renseignements que nos fragments de 
sources nous révèlent sur l'état économique de Soissons au temps 
de la commune. Sans doute nous ne connaissons pas tous les faits 
qui seraient nécessaires pour Tintelligence complète de cet état. 
Néanmoins, daprès ceux que j'ai réunis, on peut bien 
dire qu'il y a entre l'histoire de la commune et l'état économique 
de singuliers rapports. La commune, on l'a dit, est sortie d'un pro- 
grès économique général qui s'est fait sentir surtout en Picardie. 
On ne peut croire que sa ruine, en dehors des causes générales 
et particulières que j'ai énumérées au début de ce chapitre, ne 
provienne pour une large part de la stagnation économique 
constatée. L'époque de la guerre de Cent ans va être pour le 
Soissonnais une période de régression économique considérable, 
à laquelle correspond un véritable état d'équilibre instable 



Ganelle, la 1 4 s. 

Sucre, la 1 • • 3 s. 

Poivre, la 1 4 s. 

Gingembre, la 1 45 s. 

1. D. Germain, Hist. deN.-D.^ Pr., p. 450, donne un exemple pour 1239. 

2. Huvelin, op. cit.^ p. 552 sqq. 

3. J. Petit, etc., Esf^ai de restitution y n^ 682, p. 116. 

4. H. Martin et Lacroix, op. cit. j t. Il, p. 186. 

5. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 293, n» 93. 

0. Prêt consenti, en 1291, par l'abbaye de Saint-Léger à Mathieu d'Espa- 
gny et h sa femme (Ibid., n° 80). 



/ 



188 LA œMMUNE DE SOISSONS 

dans les institutions communales. La municipalité n'est orga- 
nisée définitivement que par Louis XI (1461). Or c'est du 
règpie de Louis XI que date Tessor matériel de la Picardie. 
Soissons, dont le caractère agricole subsistera longtemps, n'aura 
de foires qu*au milieu du xvi® siècle. 



CHAPITRE III 



ORGANISATION MILITAIRE 



Assez anciennement, le mot commune a désigné le contingent 
des vilains dans les armées médiévales*, et Ton sait quels 
rapports on a voulu trouver entre le service militaire et la 
révolution communale-^ : ces rapports n'existent pas-\ ou du 
moins ce ne sont pas rapports de cause à effet. Néanmoins, la 
faveur accordée par les Capétiens aux communes s'explique par 
ce fait cpie les communes devaient directement le service mili- 
taire au roi * : il va là une renaissance de l'ancien droit roval 
qu'il est bon de signaler». 

D'après la charte de commune, Tacte pour Dijon et les accords 
de 1224-1225, le service militaire est obligatoire et universel. 
Ce sont les magistrats municipaux qui sont chargés de con- 
duire le contingent communal à l'armée royale ^ : ce contin- 
gent est trop faible pour qu'il soit besoin de <* connétable », 
comme dans certaines villes du Nord". Cette autonomie devint 
sans doute peu à peu une charge trop lourde pour l'égoïsme de 
l'aristocratie bourgeoise naissante, ou une gène pour la royauté 
en voie d'absolutisme et de centralisation : en 1317, sur les 
réclamations des députés des villes réunis à Paris, les magistrats 
municipaux furent dépouillés de l'autorité militaire^. 

Pour Soissons, nous ne savons rien, au point de vue militaire, 
avant le xiii*^ siècle. Il est à croire qu'en 1124 les Soissonnais 
prirent part à l'espèce de levée nationale qui arrêta l'eiFort de 

1. Guilhiermoz, Essai sur l'orlg . de la noblesse en France, p. 382-383, 
n. 39, 40,41. 

2. Le P. Daniel, Ilist. de la milice, t. I, p. 88. 

3. Boutaric, Les instit. militaires de la France avant les armées perma- 
nentes, Paris, 1868, in-8, p. 156. 

4. Ici., Ibid.y p. 156-158, avec les atténuations de Borrelli, Recherches, 
p. 494 sqq., 510 sqq. 

5. Cf. Borrelli de Serres, Recherches, p. 506. 

6. Ceci est symbolisé, pour ainsi dire, dans le type du sceau communal. 

7. Taiilar, Recueil d'actes, introd., p. clxxix. 

8. Ordonnances, t. I, p. 635. Cf. A. Thierry, dans Monuments du Tiers 
Etat, t. 1, p. 368; Luchaire, Les communes françaises, p. 189. 



190 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Tempereur d'Allemagne*. Un état de prisée, qu'on a attribué au 
début du xiii® siècle -, et qui est de 1194 ou du début de 1 19o \ 
nous donne des renseignements assez précis, mais dont on aurait 
tort de s'exagérer la valeur'*. Après la pénétrante étude du 
colonel Borrelli de Serres "^j il est inutile de revenir en détail sur le 
caractère de cette espèce de document. Rappelons seulement que 
la prisée de 1194 témoigne des premiers résultats de la monarchie 
capétienne dans la substitution de l'obligation directe envers le sou- 
verain à u l'obligation féodale, personnelle et réelle *» », — substi- 
tution qui s'applique aux communiers, considérés dans ce docu- 
ment moins comme les membres de seigneuries collectives, que 
comme des sujets soumis à l'obligation générale du service mili- 
taire. Cette substitution est Toeuvre du xm*^ siècle, comme l'œuvre 
du XIV® sera de remplacer l'obligation militaire par Timpôt '. A la 
fin du xu*', en cas d'invasion subite, tous les hommes devant 
Gdélité au roi sont convoqués, comme en 1124 ^; pour un motif 
analogue, on voit Louis IX, en 1233, réunir les contingents de 
dix-neuf communes pour réprimer l'insurrection de Beauvais *'. 
Mîiis les troupes ainsi levées n'étaient guère solides : le roi avait 
tout avantage « à permettre de remplacer le service d'une multi- 
tude plus embarrassante qu'utile par celui d'un certain nombi^ de 
« sergents » représentant la communauté, qui restait chargée de 
les enrôler, équiper et entretenir au complet ^^>y. Ainsi, en 1194, 



1. Suger, De vila Ludovlci ret/is^éd . A . Molinier, Coll . ile textes. . , , Paris, 
1883, in-8, p. 103 et 143 (cf. //. F., l. XII, p. 51). Notez ({ue Texpression 
sexafjinia milliii n'a aucune valeur mathéniaticjuc : on peut en rapprocher 
l'expression sexcenli xî. Michaux, dans Bail, de Salissons, 2™*^ série, t. XIV, 
p. 3.*), n. 1). 

2. Girv, Documents, w^ U, p. 43 sq. ; //. y*'., t. XXIII, p. 722; Desmazes, 
CurinxUés hisiurûfues, p. 10-11. 

3. Borrelli de Serres, op. cit., p. t7i. Il a prouvé que la prisée dont 
parle Boutaric (Instit. înilil., p. 206-208 n'est pas à en être distinguée. 

4. Borrelli de Serres, op. cif.^ p. i84-48.'i. 
r>. Id., //>iVy., p. 407-527. 

(\. Id., ibid.y p. 507. 

7. La théorie est exposée dans les instructions pour la levée de 1314 
Notices et extraits des mss., t. XX, 2<^ partie, [). 21 ii-. K. Lavisse a dit juste- 
ment : « Le rachat du service militaire a servi, pour ainsi dire, à l'acclima- 
tation de l'impôt» (dans /?. Hist., 1884, t. XXVI, p. 2H) . 

8. Voy. n. l. Cf. Borrelli de S(;rres, op. cit., p. 515. 

9. Labande, Jlist. de Iif*ain\iis, p. 70s([. 

10. Borrelli de Serres, Recherches, p. 513. 



ORGANISATION MILITAIRE 191 

Soissons est tenue de fournir i 60 sergents et quatre charrettes ' . 
De pareilles bandes ne pouvaient valoir des soldats de métier: c'est 
pour cette raison que le roi fut amène à accepter une somme 
égale à ce que la mise sur pied et Tentretien d'un contingent de 
« sergents » auraient coûté : au remplacement des communiers 
par des « sergents » , succédait, par une évolution normale, la 
substitution d'un impôt représentatif à l'obligation militaire ; la 
levée en masse restait en droit exigible \ la prestation exi- 
gée devenait variable, d'où la nécessité de dresser des « pri- 
sées », constatant Tensemble des ressources possibles, et où 
l'équivalence en hommes et en argent était indiquée 'K Ces pri- 
sées étaient dressées d'accord par les agents de la royauté et les 
magistrats municipaux, et c'est dans ce sens que je crois 
devoir interpréter une partie du compte du 4 mai 123i ^ ; 
Perrot Tritan qui reçoit 20 sous du trésor royal « ad milites 
suessionenses » est chargé vraisemblablement de négocier le 
rachat du service avec les magistrats de Soissons '' ; Gros 
Lebreton, le 24 suivant, reçoit 28 sous pour une mission 
plus longue, qui le conduit à Soissons, où il s'occupe du 
charroyage auquel est tenue la commune *'. Le colonel Borrelli 
de Serres montre qu'ainsi en 1212, 1226, 1234, 1237; 1238, 
1272, 1276, 1277, 1283, 1293, 1296, le service militaire n'a 
été fait que sous forme d'imposition *. Semblablement Tad- 
met-il pour 119i ; observons seulement que, pour Soissons et la 
plupart des comnmnes, l'équivalence des hommes et des deniers 
n'est pas imposée ; de ce fait, il serait toutefois téméraire de con- 
clure que, simles, les villes simplement privilégiées ont pu se 
.racheter ^. 

Au contraire, d'après le montant de l'imposition payée à la 

1. u 81 Suessio, .VIII.'"' servientos et .iiij. (juadri^'^as ». 

2. Borrelli de Serres, o/i. cit., p. .'iI3-oH». 
ij. \â., ihid,, p. rH0-.'i!7. 

K //. K. t. XXI, p. 2iO K. 

5. Borrelli de Serres (oy). Ci/., p. V89, n. 7) admet celle interprétation. 
Cf. aussi p. 'ih) et n. 4. 
0. //. y^, t. XXI, p. 241 L. 

7. Borrelli de Serres, op. cit., p. 489-400. 

8. Arras et Beauvais sont les seules villes pour les(juelles la prisée 
semble autoriser le rachat. Mais les autres, observe Borrelli de Serres (o/>. 
cit., p. 493, et n. I), sont comprises dans Févaluatioa finale en deniers, et 
leur traitement ne paraît pas, par suite, bien différent. 



192 LA COMMUNE DR SOlSSOiNS 

Chandeleur 1202 *, Téquivalence, pour toutes les localités qui 
figurent dans la prisée de 1194, est établie. Soissons doit four- 
nir 200 sergents et quatre charrettes ; mais elle paye 654 livres -. 
En 1253, la guerre dans le Hainaut amène une convocation, dont 
nous avons la prisée seulement et incomplètement pour le Ver- 
mandois -^ ; cette prisée, sauf pour Laon et Bruyères, consacre 
Taccroissement constaté dès 1202 du nombre des sergents exigés 
par rapport à celui de la prisée de 1194. Pour Soissons, c'est 
encore 200 sergents ; il n'est pas question de charrettes ; et, 
quant à la quantité d argent représentative, elle n'est point men- 
tionnée : ce n'est pourtant pas une raison absolue de croire que 
les sergents soldés par les communes aient réellement marché 
en 1233 ; le passif constaté dans les finances communales en 
1262 ^ s'explique peut-être par les dépenses occasionnées aux 
communes par la solde des troupes de Hainaut. Les communiers 
étaient enfermés dans un dilemme d*oii ils ne pouvaient sortir 
que par la faillite : servir en personne, et ruiner, par leur absence, 
leurs entreprises individuelles et, par suite, le crédit municipal ; 
payer, au nom du roi, des mercenaires coûteux, et accentuer 
ainsi le déficit des finances communales obérées par ailleurs. 

La convocation du bailli de Vermandois en 1276 ^, jointe aux 
rappels faits par les gens des Comptes à la Chandeleur de la 
même année *' des sommes représentant le service dû par un 
certain nombre de villes, confirme ce qui précède ; mais la com- 
mune de Soissons ne doit plus que 140 scrf^^ents, le bailli, 
et, d'après les gens des Comptes, 4 charrettes équivalant 
à 200 livres. Il y là quelque chose d'assez malaisé à expli- 
quer : on comprend difficilement que ces 200 livres servent 
à solder 1 40 sergents et à entretenir un convoi de 4 charrettes, 
surtout quand on voit la commune voisine de Noyon soumise à 
l'obligation de fournir 150 sergents ou 300 livres ; en 1202, il 

1. Brussel, Uaafje f/ànéral des fiefa^ t. I, p. 41*i-417. 

2. Ce qui, d'après Borrclli de Serres {Tableau à la suite do la p. 527), 
met la solde du sergent à 3 1., et rcntretieii de la charrette de (> l. 1/2 à 
13 1. 10 sous. 

3. //. F., t. XXllI, p. 730. Cf. Roger, Archives histor., t. 1, p. 301. 

4. Voy. p. 171. 

5. Bib.Nat. , Co//. D. Grenier, L 173, TM-m ; t. 262, f" 4 ; Coll. Moreau, 
t. 200, f«> îil. 

(■). Borrelli de Serres, loc, cit., p. 484, n. 1, et le Tahlenu. 



ORGAMSATIO.N MILITAIRE 193 

avait fallu 4oi livres pour entretenir 60 sergents de plus: cette 
différence ne peut se comprendre par le seul changement de la 
valeur des monnaies, et je suis porté à croire que Tétat des 
gens des Comptes est une prisée antérieure à la convocation, 
et que dans la convocation il est question de sergents fournis 
directement par la commune, — qui sait même ? de communiers 
servant personnellement. 

De quelle façon Soissons répondit à la convocation urgente, 
faite pour le 14 juillet 1303, de dix-huit communes du Nord pour 
la guerre de Flandre ^, on ne peut le dire exactement. Certaine- 
ment, en 1302 et en 1304, il n'a pas figuré de communes à Tost 
de Flandre, le Parlement ayant reconnu que les impôts généraux 
du cinquantième et du centième équivalaient à une levée en 
masse ^. En 1303, les événements militaires qui suivirent le 
désastre de Courtrai ^ suffisent à expliquer que le roi ait pu con- 
voquer les communes à remplir ce devoir féodal par excellence : la 
défense de la frontière menacée par Tinvasion flamande *. Au con- 
traire, les expéditions peu importantes de 1312, 1313, 1314 •'* se 
sont faites sans que les communes y aient pris part autrement que 
par leur contribution financière*'. Ainsi, très lentement, sous Tin- 
fluence des faits, se transformait la conception de Tobligation mili- 
taire : à la fin du règne de Philippe le Bel, « Timpôt réel en rem- 
placement du service roturier, ordonné, sinon levé directement 
par le roi dans toute Tétendue du territoire, était devenu de droit 
pour le cas de guerre générale ^ » ; la concession de Louis X aux 
exigences réactionnaires de 1315 ^ n'entama même pas ^e prin- 
cipe ^. 

Mais c'est par les faits que se créa la conception, et en analy- 

1. Giry, Documents, n» 58, p. 158-159; //. F., t. XXIII, p. 789. 

2. Oliniy t. II, p. 435. Cf. BorrelH de Serres, op. cit,, p. 490 et 501, avec 
lan. 4. 

3. Gh.-V. Langlois, dansLavisse, Hist. de France, t. II, 2« partie, p. 304. 

4. BorrelH de Serres, o/). cit., p. 510 et 521, n. 4. 

5. Ch.-V. Langlois, op. cit., p. 308-309. 

6. Cf. la convocation adressée par le roi aux bailliages de Meaux et de 
Provins le 6 août 1314; en cas de non envoi d'hommes, on devra « seur ce 
finer a nos dis commissaires, on manière que Ton peust en lieu de euz 
autres gens d'armes envoyer ?• nostreost » [Ordonn., t. XI, p. 428-429). 

7. BorrelH de Serres, op jf7.,p. 525. 

8. Ordonn , t. I, p. 53r. 

9. BorrelH de Serres, op. cit., p. 525-526. 

BounoiN. — Histoire de la commune de Soissons. n 



191 LA COMMLM-: DK SOISSONS 

sant la formation de celle-ci, on s'aperçoit forcément d'ondoie- 
ments, de propres et de retours en arrière: en H 91, le rachat 
est appliqué, et pourtant les principes de la féodalité sont encore 
puissamment agissants; en 1303, les communes marchent à la 
guerre, et pourtant la monarchie administrative et fiscale a déjà 
développé ses organes. Aussi, si Ton considère Tépoque inter- 
médiaire, certaines questions qui se posent à Toccasion des 
événements militaires restent difticiles à résoudre. 

Ainsi pour Bouvines. Les Soissonnais y jouèrent un rôle impor- 
tant, puisqu'ils engagèrent la bataille (1214) ^ Néanmoins, si l'on 
remarque qu'avec les Soissonnais donnèrent les Laonnais, et 
que le nombre de ces derniers fut de 300, — justement le 
nombre de sergents dus par la commune de Laon pour les con- 
vocations de 1194, 1203 et 1253, — on peut se demander si 
le contingent soissonnais n'était pas formé de «servientes », plu- 
tôt que de communiers proprement dits. On a tellement exagéré 
le rôle des milices communales '*, que cette atténuation serait tout 
à fait acceptable, si, en 1214, on n'avait pas à faire à une crise, 
pour ainsi dire, nationale, analogue à celles de 11 24 et de 1303. 

Un exemple des exagérations dont le rôle militaire des com- 
muniers a été l'occasion est donné par les historiens à propos de 
la restitution par certaines communes — dont Soissons — de 
prisonniers aux mains du prévôt de Paris^. On a dit^ que 
c'étaient là les prisonniers que les communes avaient capturés à 
Bouvines, — honneur très insigne pour chacune d'elles, car on 
voit que les personnages remis par exemple par Soissons 
étaient de noble origine i>. 11 faut renoncera cette interpréttition. 
11 s'agit en fait de prisonniers confiés aux communes pour être 



1. Guillfiume le Breton, De f/estis Philippin dans //. F., t. XVII, p. 96; 
PhilippiSy ihid., p. 258. La chronique de Sainl-Médard, quoique renseignée 
sur la I)aUûllc, ne parle pas du rôle des Soissonnais (Bib. Nal., lat. 4998, 
fo 30, 2« col.). 

2. Voir dans Borrelli de Serres, op. cit., p. 502, le contre-sens absurde 
fait à propos de VElectus de Senlis, dont a voulu faire le chef de la milice 
communale, et qui est tout simplement révè(|ue désigné de cette ville, le 
fameux Garin. 

3. L. Delisle, Calai, des acles de Philippe- Augusle y n<» ir>2i, p. 347. 

4. Michaux, dans Bulletin de Soissons, 1883, 2*^ série, t. XIV, p. 37. 

r». De la Fons de Mélicoc(|, PriciU'ijes et franchises de quelques-unes des 
villes de la Flandre, p. 16-18. 



ORGANISATION MILITAIKK 193 

ensuite enfermés au Louvre ou au Châtelet : « ce ne sont pas 
les milices communales qui ont rendu service au roi, mais les 
communes elles-mêmes, considérées comme places de sûreté *. » 
Dans ces conditions, il faut renoncer aux imaginations roman- 
tiques dont l'histoire militaire des communes, au xin* siècle, est 
restée enveloppée. En somme, la vie militaire des communes 
n'était en quelque sorte qu'un aspect de leur vie financière: 
leur concours à la royauté n'était possible et efficace qu'autant 
que leurs finances étaient en bon état ; inversement, le dévelop- 
pement de la politique extérieure de la royauté, en rendant les 
guerres plus fréquentes, en créant la nécessité de coûteuses 
armées de métier, devait charger les budgets communaux. 
Ainsi, de toutes parts, soit que la royauté songe à rapporter 
au Parlement les causes judiciaires qui divisent les villes, soit 
qu'elle veuille apporter quelque vigilance dans le maniement 
des deniers municipaux, soit que, pour la réalisation de 
desseins déjà nationaux, elle tente de centraliser entre ses 
mains toutes les ressources du pays, — elle tend à anéantir les 
autonomies communales naissantes, enserrées dans le triple étau 
des institutions judiciaires, financières et militaires en voie de 
formation dans le pays. 

1. Luchaire, Les communes françaises^ p. 187. Cf. Id., dans Lavisse» 
Ilisl, de France, t. HI, !•'<' partie, p. 250. 



CHAPITRE IV 

ACTION DE LA COMMUNE DANS LA RÉGION. RAPPORTS AVEC LA 

ROYAUTÉ. — SA CASSATION. AVÈNP:MENT DU RÉGIME MUNICIPAL. 

La vie de la commune n'a pas été une perpétuelle révolte. Elle 
a collaboré avec les corps organisés de la ville au développement 
de celle-ci, et c'est sans doute la faute des textes, où s'enre- 
gistrent plus facilement les conflits que la paix tacite, si nous ne 
discernons pas mieux cetta collaboration. Dès H 41, à peine 
réconciliée avec l'évêque, elle prend part, le lundi de la Pente- 
côte, à la translation des reliques des saints Crépin etCrépinien, 
et Ton voit figurer au procès-verbal de cette translation « le 
maire, les jurés, les gens de la commune et du gouvernement 
de la ville ^ ». De même en 1202, on voit la commune de Sois- 
sons se joindre à Tévêque, au chapitre cathédral, à Tabbesse de 
N.-D., aux abbés de Saint-Médard, Saint-Crépin-le-Grand, 
Saint-Jean-des- Vignes, Saint-Grépin-en-Chaie, Saint-Léger, pour 
adresser au roi une supplique le priant d'empêcher raliénation 
par les Templiers, en faveur du comte de Mâcon, de leur mai- 
son de Maupas, sise dans la ccnsive de Tabbaye N.-D. de Sois- 
sons ^. On se souvient de mémo qu'en 1265 la commune centra- 
lise les fonds accordés par les juridictions de la ville pour recons- 
truire le pont de l'Aisne 'K Si la commune regimbe, ce n'est 
que pressée par la misère, et taquinée trop continûment par 
l'arrogance et les prétentions des justices adverses. 

Le comte n'a jamais eu à se plaindre d'elle: il est trop faible 
pour s'imposer à elle, et a trop à faire avec Tévêque, avec le cha- 
pitre. L'accord de 1305 '* semble prouver qu'ils sont bons amis. 

1. Jacquemin, Annales de Jmcelin de Vierziy n® CXXXI, p. 80-81. 

2. Bib. Xat., Coll, D. Grenier^ t. 293, n° 38 ovï^. en pnrch., mauvais 
état) ; copies, d'ap. l'orig., ibid., t. 216, f^ il v°, et Arch. Aisne, Il l.")08, 
f» 319. 

3. Voy. p. 166. 

4-. Voy. p. 15"»- 156. 



LA COMMUNE DANS LK PAYS ET PANS LE BOYAIME. — SA FIN 197 



* 



Il ne serait pas moins inexact de croire que la commune a vécu 
repliée sur elle-même. Elle a agi en dehors de ses murailles, et 
il est permis de croire qu'elle a opéré contre ses ennemis les 
expéditions dont les raisons et l'organisation nous sont révélées 
par ses textes constitutionnels. Les documents ne nous ont pas 
conservé la trace de cette espèce de guerres régionales : nous ne 
connaissons, dans ce genre, que la lutte dont le Laonnais fut le 
théâtre, en 1177; l'évolution peu avancée de la mentalité com- 
munale permettait alors la naissance de semblables querelles. 

Louis le Gros avait rétabli la commune de Laon en 1128; 
Tévêque de cette ville, Roger de Rosoy, ne pouvant obtenir de 
Louis Vil la suppression de cette commune et des communes 
rurales annexes ^ , résolut de les détruire lui-même. 11 appela 
à son aide ses parents et ses amis ; de leur côté, les gens des 
communes du Laonnais invoquèrent le secours des communes 
soissonnaises : les communiers de Soissons et de Vailly, joints 
aux hommes de Tabbaye de Saint-Médard, qu'avait convoqués le 
roi, arrivèrent à la rescousse. Les communiers s'étaient portés 
sur les bois qui bordent la route de Laon à Soissons, et sur les 
bords des rivières TAilette et TArdon, entre Ghivy et Urcel, 
dans le voisinage du moulin de Comporte, alors à Saint-Martin 
de Laon, de façon à pouvoir se replier sur les terres de Saint- 
Médard-; ils pillèrent le moulin, assure l'anonyme de Laon s, 
mais le mardi suivant le premier dimanche de Carême, Roger 
de Rosoy, son frère Renaud, Gautier de Senlis, prévôt de 
Laon, Jacques d'Avesnes et Hugues de Roucy '', taillèrent en 
pièces les communiers, les jetèrent dans les rivières où beaucoup 
d'entre eux se noyèrent, et en prirent un grand nombre. 
Louis VII, furieux, leva alors une armée et occupa les biens de 
l'évêque, puis se disposa à ravager les possessions d'Hugues et 

1. Le chanoine anonyme de Laon accuse Louis VII d'avoir reçu de Tar- 
gent à cette occasion (//. F., t. XIII, p. 682 A). 

2. Matton, De Vautorité des évèques de Laon au moyen /ige, dans Bull, 
de la Soc. Acad, de Laon, 1861, t. XI, p. 301. 

3. Loc. cit., H. F., t. XIII, p. 682 A. 

4. Gislebert de Mons, Chronicon Ilasnonniae, dans //. F., t. XIII, p. 578 A. 



lys i,A coshiine: ni: soissoxs 

de lîenaud. Renaud était le cousin du comte de Haîniiut, Bau- 
douin V, Hugues de Roucy avait épousé une de ses cousines, et 
Jacques d'Avesnes était son cousin et son homme H^e : ils lui 
demandèrent son aide, avec d'autant plus d'empressement que 
Beaudouin V, ayant fait, vers 1 175, une expédition du côté de 
Braine ', connaissait assez bien le pays. Le comte de Hainaut 
amena 700 chevaliers et (i.OOO hommes d'armes '• jusqu'à Kstrées ; 
le roi de son c<Hé était allé juscp'au château de Nisy, qui appar- 
tenait i Renaud de Rosov ; il n'y eut pas de cliof, l'on conclut la 
paix, & condition que Renaud fit hommage au roi pour son châ- 
teau. Quant ft son frère, l'évêque, il s'était réfugié auprès de 
l'évèque de Langres : le roi lui rendit ses bien.s un peu plus tard ^, 
mais il dut déchirer, sous le sceau du serment, qu'il n'avait tué 
ou hlessé personne d.ins la halaille, où il avait pourtant paru avec 
des armes oil'ensivcs '•. 

Cette forme violente de l'action communalistc a été l'excep- 
tion ; d'ordinaire, elle fut pacitiqui;, et comhien davantage cou- 
ronnée de succès! On verra dans la dernière partie de celte 
étude quelle fut i'inlluence de la commune de Soissons sur le 
développement politique et social des paysans du Soissonnais; 
qu'on sache maintenant que cette influence fut considérable. Mais 
ainsi,la commune sortait déjîi de l'orbite défini de son action locale, 
elle entrait même comme élément actif dans la politique des rois 
de France. Les chapitres précédents nous ont ntontré comment 
la royauté a eu recours h elle, pour la constitution d'une 
armée et de finances permanentes, et de quelle façon la com- 
mune fut introduite dans l'organisation judiciaire du royaume. 
Au xiV siècle, elle entre dans le système des État généraux, qui 
révèlent le commencement d'une vie proprement nationale. 



1 . Gislebert de Mous, ioe. cil. , p. F76, 

2. Malton, loc. cit., p. 304, et II. Martin et Lacroix, IlUl. de Soitxoni, 
t. II, p. 46, donnent ft tort le cbilTre de GO.OOrt. Celui de 6.000 o'a peut-être 
pas plus d'euBcIilude. 

3. Gialebertde Mons, /ne. ct(. , dans H. F., t. XllI, p. b78 A. 

i. Cf. N. LeIonR, Hîst. da dioiténe rie l.noii, p. 272; 11. Martin et Lacroix, 
op. cit., t. Il, p. 46; ttéy. Reeh. tar h r^vnl. eommunale, p. TiO ; Mattoo, 
toe. cit. , dan» lliill.de ùon, t86t, t. .\l, p. 204-303. Luchaire iLci com- 
munes /VancaïKM, p. 9 1-94} raconte tes événements dont le Laonnais fut le 
théâtre en I25B, et dans lesquels intervint le comte de Soissons, Jean de 



Ji w 



I 



LA COMMLNEDA.NS LE l'A\S ET DA>3 LK BOTAIMIE. 



A mesure que la royauté se dégage des contingences féodales 
pour reprendre la tradition monarchique, elle s'eiForce de pro- 
mulguer pour la Fpiince entière des ordonnances générales. Eu 
1210, c'est Philippe-Auguste qui indique aux maires les cas dans 
lesquels ils peuvent arrêter les clercs ' ; en 1202, c'est Louis IX 
qui tente (le rt^glemenler les élections municipales-'; sous Philippe le 
Bel. en 1288, le Pnriement exclut lesclercs deréligibililé '. Mais 
ces ordonnances générales sonipeu nombreuses, la politique com- 
munale des rois de Fnince est fort variable, et, somme toute, elle 
ressort plutôt de l'ensemble des mesures financières et militRires, 
dont, h propos de Soissons, j'ai voulu donner une idée. Toute- 
fois, il est certain que la royauté se préoccupe très activement 
des communes : elle fait dresser leur liste, au début du xin* siècle, 
et dans cette liste, où il n'apparaît aucun classement, Solssons 
tient le onzième rang ^ ; 6 la mort de Louis VIII, la régente fait 
prêter serment au roi par les communes du royaume •'. 

Ce di5veloppement de la puissance royale amenait nécessaire- 
ment l'alTaiblissement des autonomies municipales. Mais on cons- 
tate, en même temps, un progrès du pouvoir politique de la classe 
bourgeoise, di'jà dilTérenciée de la classe des producteurs agri- 
coles. Le mouvement, européen, s'accélère à la fin du xin" siècle. 
En France, il prend la forme de consultattous publiques, dont le 
principe, rivalisé en une certaine mesure par les curiacffenerales '', 
et constaté à l'époque des premiers Capétiens', n'a fait que 
se généraliser. Louis IX a appelé plusieurs fois des Imui- 
geois des bonnes villes pour l'éclairer sur le fait des mon- 

l. L. Delisle, CaUI. ih.tnetM ih Phil.-.\u;/., n- )209. |). 278. 
a. A. Giry, Dacamrnl», n°3i. p. 87-88. 

3. là.,ihid., n"7, p. 37-38; //. F., l. XXirr. p.fi8i. 

4. Le serment de Solssons se Ii-ouve aux Arcli. uni.. J i\î'.. if- 8-19 {et. 
Teulel. LaijHtf*, n' 1979 >, t. Il, p. 653l. Sur les sc-ruicnts des villes, cf. 
Leimin de Tilleinonl. Uitt. ih saint Louis, éd. de Gaule, t. I, p. 529 : Ch.-V. 
Langloîs, <lans Lnvisse, Util, de France, l. 111. -î' parlîe, p. 8. 

5. G. Picot, lliil. fié» Él»l3 Généraux, l, I, Paris, I8R9, in-S, Introd., 
p. 30. 

B. A. Luchaire, Manwi ilr* tnslil., p. 493-502. 

7. Ftciideyavx, De regin eoneilia l'Iiilipiio !l Aii'jii'ihi i-rijuanle lial.iUs. 
Paris, 1891, in^. 




à 



200 LA COMMUNE DE SOISSONS 

naies ^ ; lordonnance de 1263 est établie sur Tavis de bour- 
geois de Paris, Provins, Orléans, Laon et Sens ^; et, en 1314, 
suivant cette tradition, Philippe le Bel convoque, dans un dessein 
analogue, « des plus soufHsantes personnes » de quarante-trois 
villes, dont Soissons ■^. Dans le sens absolutiste, au contraire, 
peut être interprétée Tordonnance sur les monnaies de Phi- 
lippe III, en 128i, où il essaie d'imposer h toutes les villes du 
royaume, — qu'elles possèdent ou non des communes, — un cours 
déterminé des monnaies ^ : c'est un essai de politique économique 
royale fort intéressant, mais exceptionnel, car la plupart des 
mesures de ce genre ont été prises avec l'avis des bonnes villes, 
dont l'autonomie économique était forcément atteinte par la cir- 
culation généralisée des espèces royales. 

En dehors de ces consultations financières, les rois songèrent 
à demander l'avis des délégués urbains en certaines circon 
stances critiques, comme avant la croisade d'Egypte (1248), ou 
avant l'expédition d'Aragon (1284) ^. Le rôle pris par la diplo- 
matie française sous le règne de Philippe le Bel amena celui-ci à 
couvrir ses actes de violence de l'approbation plus ou moins 
explicite d'états généraux, et c'est à lui qu'on a fait remonter 
une institution, dont les origines, en fait, sont complexes et 
variées ^. 

Dès mars 1290, il y a des traces d'une consultation de ce 
genre ^; elle n'a pas laissé de textes. Plus connue est l'assemblée 
de 1302, convoquée pour répondre à l'annonce d'un concile géné- 
ral ^ ; mais nous ignorons si la commune de Soissons y envoya des 

1. Ch.-V. Langlois, dans Lavisse, Ilist, de Frawee, t. III. p. 259. 

2. Ordonn., t. XI, p. 330. Cf. G. Picot, op. cil., t. I, p. 49, n. 9. 

3. Or(/on/i.,t I,p.548. — Semblablement Louis X en 13 16 («/)/(/., p. 61 3-647). 

4. Ch.-V. Langlois, Le rf*gne de Philippe III le Ilurdij Paris, 188S, in-8. 
Appendice, n° 164, p. 41t-41i). 

5. Ch.-V. Langlois, dans Lavisse, //«/. de France, t. III, 2'* partie, p. 259. 

6. Cf. la bibliographie de la question dans Luchaire, Manuel des Inslit,, 
p. 502, en n. ; y joindre Ch.-V. Langlois, dans la Grande Encyclopédie^ 
t. XVI, p. 527. Jean de Saint-Victor a caractérisé avec assez de précision 
la nature de ces assemblées sous Philippe le Bel (//. F., t. XXI, p. 650). 

7. Bouiavic, La France sous Phil. le Bel, p. 21-22, d'ap. Haynaldi, Annales 
ecclesiast., t. IV, p. 85, n° xxxii. Cf. Ch.-V. Langlois, op. cil., p. 260. 

8. Boutaric,op. cil., p. 22-23 ; G. Picot, Ilisl, des Fiais (ithiêraux, Inlrod., 
t. I, p. 21-26; Ch.-V\ Langlois, op. cit., p. 260; M. Jusselin, Letlres de 
Phil. le Bel relatives à la convoc. de Cass. de iSOi, dans la Bibl. de VFc. des 
Chartes, 1906, t. LXVII,p. 468-471. 



LA COMMUNE DANS LE PAYS ET DANS LE ROYAUME. — SA FIN 201 

députés. En 1303, le roi de France voulut appuyer d'un mouve- 
ment de l'opinion publique la convocation d'un concile contre 
Boniface VIII ; il y eut à Paris des réunions de nobles, clercs et bour- 
geois, mais c'est au moyen de commissaires envoyés en province 
et recueillant des adhésions individuelles, plus ou moins forcées ^, 
qu'un mouvement d'opinion fut mis en branle - : la ville de 
Soissons suivit le courant, et Ton a conservé la formule d'adhé- 
sion non seulement de la commune '\ mais encore de toutes 
les juridictions religieuses de la ville ^. 

La procédure des états généraux de 1308, convoqués pour 
appuyer les mesures prises contre les Templiers, est encore 
mieux connue '\ Une circulaire aux communautés, du 2S mars, 
postérieure d'un jour à la circulaire adressée aux personnes ecclé- 
siastiques, fixa le rendez-vous à Tours, trois semaines après 
Pâques ''. Les procurations données à leurs députés par les villes 
montrent fort bien quel était le caractère réel de ces assemblées, 
qui n'avaient de parlementaire qu'un petit nombre de formes 
extérieures ' :* la commune de Soissons, comme la plupart des 
municipalités, et bien que ce ne fût pas obligatoire, délégua 
deux de ses jurés, vraisemblablement élus au suffrage uni- 
versel ^, et à qui elle fournit sans doute une indemnité de 
voyage ^. 



1. Bernard Gui dit qu'on força les clercs à adhérer (//. F., t. XXI, p. 713). 
Six abbayes cisterciennes refusèrent ; quelques-unes adhérèrent avec des 
restrictions (Boutaric, op, cit.^ p. 31). 

2. Ch.-V. Langlois, op. ci7., p. 261. 

3. G. Picot, Documents relatifs aux Etals Généraux^ Paris, 1902, in-4 
{Coll. (les documents inédits)^ n® dcii, p. 458. La commune remplit vrai- 
sembhiblement une formule arrêtée d'avance, car toutes les adhésions, sauf 
quelques variantes sans importance, sont semblables. L'adhésion est datée 
du 26 juillet 1303. 

4. G. Picot, op. cit., n® cccclxxxiii, iv, div, dv, dvii, dviii, dix, p. 415, 
416, 423, 424 (adhésions des 26 et 27 juillet). 

5. Boutaric, op. cit., p. 32-38; Luchaire, Manuel des Inslit., p. 503-504. 

6. Ch.-V. Langlois, op. cit., p. 263. 

7. Id., ibid.y p. 264. 

8. Voy. P. J., n<'24. 

9. Nous n'avons sur ce point aucun renseignement direct, en dehors 
d'une lettre du roi au sénéchal de Beaucaire, du 6 mai 1308, lui ordonnant 
de faire payer par tous les habitants de Bagnols les frais de voyage de 
leurs députés (Boutaric, op. cit., p. 37), 



202 LA COMMl'XE DK SOISSONS 

Le concile de Vienne (1311) n'ayant pas rempli les désirs de 
Philippe le Bel, le roi songea à convoquer à Lyon, pour le 
10 février 1312, de nouveaux états, sur lesquels on n'a aucun 
renseignement, et qui ne se sont peut-être pas réunis K En tout 
cas, ces états, tout en étant un symptôme du développement 
politique de la bourgeoisie, ne servent guère qu'à consolider le 
pouvoir de la royauté, et même, quand, en 1314, le roi convoque 
avec les prélats et les barons des gens du « commun », pour 
préparer de nouvelles mesures fiscales nécessitées par la guerre 
de Flandre, il n'y a aucune délibération, le tiers n'est pas admis 
à fixer la quotité ni à régler la perception de l'impôt - : il 
faudra attendre la grande crise du milieu du xiv^ siècle pour que 
la bourgeoisie trouve dans les embarras financiers du royaume 
une occasion de s'affirmer comme corps politique ^. 

La taille de 1314 est si peu un octroi des états, qu'avant 
même la mort du roi la révolte gronde sur divers points du 
territoire *. C'est le début d'une véritable réaction contré Tabso- 
lutisme de Philippe le Bel qui va durer jusqu'en 1320, et dont 
l'histoire est bien connue •'*. Les nobles se mirent à la tête de 
cette réaction, et constituèrent un certain nombre de ligues ^'. 
Dans le Vermandois, le commun s'unit à eux : il n'est pas nom- 
mément question de communes, quoiqu'on ait dit^; néanmoins, 
on peut supposer que les bourgeoisies urbaines, atteintes direc- 
tement par les mesures fiscales de Philippe le Bel, y prirent 
part : dans ce cas, Soissons aurait fait partie de la ligue *. On sait 
que le résultat immédiat de ce mouvement fut le retrait de son 



4. Boularic, o/j. ci7.,p. 38-39. 

2. Id., ilnd., p. 30-40; Ch.-V. Lan^iflois, op. cit.^ p. 264. 

3. Boullée, llisl. complote des Etals Généraux considérés au point de rue 
de leur influence sur le gouvernement de la France de 1353 à 1644, Paris, 
1872, in-8. 

4. Boularic, op. ci/., p. 40; P. Viollet, Hist. des Instit.j t. Il, p. 241. 

5. Dufayard, La réaction féodale sous les fils de Philippe le Bel^ dans /?. 
Uist., t. LIV, p. 241-272; LV, p. 240-290; P. Viollet, op. cit., t. II, p. 237- 
259; Ch.-V. Langlois, op. cit., p. 265-277. 

0. Boutaric, dans Notices et extraits desmss., t. XX, 2** partie, p. 216 sqq. 

7. Id., ibid., p. 129 : il suppose que si les communes ne scellèrent aucun 
de ces traités, c'est que leur adhésion fut peut-être forcée. Voir les obser- 
vations de Viollet, op. cit., p. 241, n. 4. 

8. Le traité pour la lig^ue du Vermandois a été publié par Boutaric, Docu- 
ments, op. cit., n° XLiii, 225-228. 



A CilMMlNK DANS I.K l'Aï» RT D\.va I.K BOÏAUMi:. — SA MN 



lîU^ 



ordonnance par le roi ', et que le l'ésulUit plus lointain fut la coa- 
cession à certaines provinces de chartes de privilèges: le Ver- 
mandoîs et Suissons par conséquent ne bénéiicièrent point de 
semblables mesures. 

Il n'y n pas eu d'états sous Louis X le [lutin -; à l'assemblée 
qui eut lieu en février i;il7 k Paris pour légitimer le pouvoir de 
son frère, Philippe V, il n'y eut que des bourgeois de Paris ' ; en 
revanche il expédia en province des commissaires pour recueil- 
lir des adhésions ', Puis il convoqua les états d'oïl pour le 
G mars ft Paris, ceux d'oc pour le 27 mars à Bourges, par letlres 
datées du 27 janvier 1317 ■' ; les députés de Soissons prirent 
part aux étatsdVi'l. uù le tiers demanda au roi le bon exercice de 
la justice, et dont les dexiiJera/a furent enregistrés dans l'ordon- 
nance du 12 mnrs ''. Puis les députés du Nord de la France furont 
réunis en avril ii ceux du Midi, pour accorderau roi de» subsides 
afin d'entreprendre le voyage d'outre-mer. en réalité afin de 
lutter contre les rebelles ' ; les délégués de Soissons y lipu- 
rèrenf*, de même qu'k l'assemblée de la quinzaine de la Saint- 
Remi \'MH ^, où les bonnes villes consentirent îi la levée d'un 
certain nombre de sergents pour ia garde des frontières de 
France du coté de la l'iandre et pour l'expédition même '". Les 
états de Pontoîse, convoqués k la Pentecôte ri20, sont beau- 
coup moins bien connus", et donnèrent si peu de résultats, que le 
roi dut réunir une nouvelle assemblée à Poitiers aux octaves de 



\ 



I. F. Funch-BienUno, dnns Bibl. rie fRe. dm Chartes. 1HR8, I. XI IX, 
p. 37, 33. Lotiis X retira fi son tour l'oi-dntinnnce de son p<>re lOrtloiin., 
t. I,p,.'iSO). 

a. H, llervieu, Ilechfrrhe» tur les /irernieri élal» rji'ni'raiij: et les .tuseKi- 
blées reiirétenlaliees itendint la première moitié du .\IV siMe, Paris, IS70, 
in-8. p. HO-li:. 

3. I^hiigeur. Le rhjne de Philippe le Long, t. 1, Paris, 1897, in-8, 
p. 36%; Ch.-V, Unglois, o/i. cit.. p. 27".. 

4. On n'a conservé que des adliésiona des villes ilu Midi i Lehugeiir, op. 
ril., t. I, p, 366), niHÎs les coinmissaircs paivoururent loiil« la France (ller- 
vieu, op. fit., p. 125 Bi|q.j, 

5. Ilcrvien, np cit., p, 127; Lehui^ur, op. cit.. p. 3fi6. 

6. Ordann., l. I, p. 63S. Cf. Ch.-V. Unglois, op. ril.. p. a77-27«. 

7. l.ehiigetir, op. cit., p. 367. 

8. Arch. nat., JJ Sr,, n" xx. 

9. Arch. nal., (■/»■(/., n" ilyh et vniir, f" Ifi. 

10. llervieu. op. cit., p. 147, 

II. Langtois, op. cit., p. 280. 



20i LA COMMUNE DE SOISSONS 

la Pentecôte^, où Ton délibéra sur la question de Tunité de 
monnaies et des poids et mesures, et sur les aliénations du domaine 
royal. Les moyens dilatoires employés par les nobles et le clergé 
amenèrent Tajournemenl des états ^ : les députés dVil, y com- 
pris ceux de Soissons^, se réunirent h Paris le 8 juillet 1321 ^ : ils 
se prononcèrent énergiquement pourTunité des monnaies'. Mais 

ce n'était point là leur réponse définitive, car les villes du bail- 
liage de Vermandois, y compris Soissons, furent convoquées à 
Orléans le 10 octobre 1321, pour énoncer leur volonté aux com- 
missaires du roi : elles ne se montraient pas opposées aux 
réformes discutées, mais les ajournaient en raison de la levée 
annoncée d'une aide pour leur accomplissement ^K la première 
délibération indépendante aboutissait ainsi à une manifestation 
d'égoïsme. 

Tout ce qui précède, c'est de Thistoire générale, mais il était 
nécessaire de montrer, à propos de Soissons, Taccession du 
monde urbain à la vie nationale qui commence à animer le 
pays. Au moment où la commune de Soissons disparait, — et, 
avec elle, beaucoup d'autres, — il existe en France une tradition 
« parlementaire », des précédents d'assemblées délibératives pro- 
vinciales^ ou générales: à la suppression des libertés locales, 
correspond lavènement reconnu par la royauté du pouvoir poli- 
tique de la bourgeoisie. La France, semble-t-il, n'a pas à perdre 
au change. 

1. Hervieu, op. cit. y p. 160-162. 

2. Lehiigeur, op. cil.^ \). 308. 

3. Arch. nat., J 4:i<i, ii« 23. Cf. Ilerviou, op. W/., p. 162-163. 

4. Lehugeur, op. cit., p. 360-309. 

5. Hervieu, op. cit., p. 16t. 
0. Id., ibid., p. 166-172. 

7. A vrai dire, c'est avec le milieu du xiv« siècle que se dévelopj)ent le 
plus les assemblées provinciales. Pour le Vermandois, Devisme cite 
{Manuel, p. 6:)-60' les assemblées de 1350, 13:'.2, 13:i3-5t, 1486; D. Grenier 
{Inlrod. à l'hist. (/é/uh'.itc de la Picardie ^ [). 12) ne donne rien d'antérieur à 
13,')4. D'ailleurs les assemblées auxquelles ont pris parties délé^çnéssoisson- 
nais étaient loin d'être toutes des étals g^énéraux, — expression dont la 
définition précise reste encore à donner. Cf. Ch.-V. Lang^lois, op. cit., 
p. 283, n. 1. 



LA COMMUNE DANS LIC PAYS ET DANS LE UOYAUME. — SA FIN 205 



* 



Le début du xiv*^ siècle est en effet caractérisé par la faillite i 
d'un grand nombre de communes * : Corbie, en 1308 '2, Sens en j 
1317 *', Senlis en 1330 \ Meulan aussi en 1330», et, un peu plus 1 
lard, Pontpoint en 1346*^, Roye en 1373^, la Neuville-le-Roi en i 
1370 ^. La commune de Soissons est de ce nombre. Je ne revien- 
drai pas, après ce que j'ai montré dans les chapitres précédents, 
sur les raisons qui ont acculé cette commune à la faillite, et je vais 
ici noter comment elle disparut et par quoi elle fut remplacée. 

En 1325, les bourgeois de Soissons firent savoir^ au roi 
Charles IV que les affaires de la ville étaient en si mauvaise 
posture qu'ils songeaient à abandonner leur ville « comme' 
pauvres et mendiants ». Le roi fit faire une enquête, écouta le ; 
rapport écrit de quatre commissaires des communiers, Jean \ 
Touchet, André Luisart et Thomas Potage, et, ayant constaté 
que la commune était incapable de payer ses dettes, il autorisa / 
le remplacement de l'administration communale par une pré- / 
voté. Les franchises de la ville étaient maintenues, et il subsista \ 
même comme un rudiment de communauté, puisque les habitants 
conservèrent la possession de la maison du Change, pour laquelle 
ils devaient payer 30 livres au comte de Soissons. L'acte royal 
est daté de Saint-Christophe en Hallate, le 4 novembre 1325 *o. 

i. P. Viollet, Les communes françaises^ p. 42 et n. 3; Hegel, Stâdte und 
Gildeny t. II, p 76. 

2. Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p. 152-153. 

3. Olim, t. II, p. ô'iO. 

4. J. Flammermont, Ifist. de Senlis, p. 53, 209. 

5. Ordonn.y t. VI, p. i37. 

0. AbbéE. Morci, dansMém.dela Soc.Acad.de V0ise,iS9S, t. XVII, p. 499. 

7. Ordonn., t. V, p. 6^2. 

8. Abbé E, Morel, dans Comité des travaux hist. et scient., Bull. hist. 
et philolog.. 1896, p. 463, 468, 470. 

9. De quelle façon, on ne sait guère: peut-être à la suite d*un référendum 
comme à Provins (Arch. nat., J 771, n° 7 ; J 768, n° 36 — actes qu'on peut 
dater d'environ 1319. Cf. Bourquelot, Ilist. de Provins, t. II, 1840, in-8. 
p. 1 sqq.). Sur les formes de dissolution des communes, voir la 3« partie. 

10. Copie de D. Grenier, d'après les archives de l'Hôtel de Ville, Bib. Nat., 
Coll.yforeau, t. 225, fM6, rt confirmation de 1461 (Arch. nat., J 738, no7).— 
Éd. par M. Regnault, Abrégé, Pr., f»" 24 v^-25 ; Ordonn., t. XI, p. 500-501 ; 
Isambert, Ane. lois, t. III, p. 318. — Autre texte (? d'après Toriginal) dansD. 
Gilleson,ch. 252, Bib. Nat., fr. 17775, f« 223 et v», qui se retrouve dans la 
confirmation de Louis XI de 1461 (Ordonn., t. XV, p. 160). — Vidimus du 



206 LA COMMUNt: DE SOISS0N8 

Ainsi ce signe matériel de la commune, le belTroi, la royauté 
ne l'abolit pas comme à Corbie * ou, moins absolument, comme 
à Laon *. On passa très simplement à Soissons de la commune 
à la prévôté. Le roi mandait, le 1®*" mars 1326, au bailli de Ver- 
mandois d'enjoindre à ceux qui seraient nommés prévôts royaux 
de se conduire comme le faisaient les anciens maires -K Bien plus, 
le prévôt de Soissons fut obligé de faire à Tévêque le serment 
que lui faisait jadis le maire '» ; le 27 décembre 1326, Charles le 
Bel ordonna au bailli de Vermandois de s'enquérir des motifs du 
refus de Gobert Craquet, prévôt royal de Soissons, de prêter 
serment devant l'évêque et le chapitre dans l'oclave de la Nati- 
vité de saint Jean-Baptiste ; le prévôt fut condamné, par arrêt du 
PaVlement, à se conformer à Tancien usage, à peine de 65 1. 
d'amende envers Téveque et de 40 1. envers le chapitre •• : au 
XV® siècle, cet usage subsistait '\ II est vraisemblable que le pré- 
vôt eut à liquider la situation financière de la commune, dont cer- 
taines dettes parurent privilégiées : on vit en 13261e bailli de Ver- 
mandois chargé de saisir les biens de la commune jusqu'à con- 
currence de 300 livres, somme réclamée par le sire de Pinon ^. 

Une dilFérence entre les deux régimes réside dans le local des 
juridictions. Les bourgeois de Soissons ont gardé la posses- 
sion de l'Hôtel du Change ^. La prévôté a dû s'installer ailleurs, 
vraisemblablement dans une maison commune, plus tard, aux 



prévôt de Paris, Hugues de (^rusy, de 1325 (Bib. Nat., ColL D, Grenier, 
t. 282, n^ 5, orig. surparch.); collalioii du 3 mars 164r3 (Bib. Soissons, ColL 
Péririj n** 4220). — Trad. dans Leroux, Ilist. de SoisaonH, t. II, p. 39-40. — 
Indic. dans toutes les histoires de Soissons, et dans Dareste, Hist. de fad- 
inin., Paris, 1848, in-8, t. I, p. 18"). 

1. A.Thierry, Mon. inédits du Tiers I'^ tut ^ l. IV, p. .*)05-o06. Cf. Luchairc, 
op. cit., p. 108-109. 

2. Molleville, llist. delà ville de Laon, l. I, p. 7."», t. H, p. 73. 

3. Boutaric, Arles, n<» 7812, t. Il, p. 013. 

4. Juranientuni majoris aeu preposili Suessionenais, Bib. Vaticane, F. I^eg. 
(Christ., ms. 41)0, cité [)ar Luchairc, Etude sur quelques mss. de lionie et de 
Paris, p. 18. 

o. V. i\c Banville, Uecueil de documents, t. IV, p. 71. 

6. Bib. Nat , Coll. D. Grenier, t. 03, f° 379 v» [titres de Vécèvhé) : arrêt 
du conseil, de 1448, enjoignant au bailli de Vermandois de contraindre le 
prévôl de faire entre les mains de l'évcjpie le serment accoutumé, sauf 
meilleures raisons. 

7. Mandement du t juin 1320, Boutaric, Actes, n" 7878, L II, p. 021. 

8. Voy. p. 20r.. 



L* COJIMl SI". DANS IK ["AVS El' DANS l.l! BUVA1 JIK. ~ SA FIN 207 

juridictiniis de la prévoté et de l'életlioii, située rue des Rais, 
impassiMle IKIwlioii '. C'est la (|ue se frouvoicnl les prîsuiis de 
lu ville, et rejiscnible, t^omme iiu teni|m de la comniune, por- 
tait, au moins au début du xyii"" siècle, le nom de belTrui "-. 

En remellant leur commune au roi. lesliourpeois de Boissons 
n'aviiienl pas voulu ahaDdonner toute autonomie: c est nînsî 
qu'ils l'evendiquêrent pour leur prévi'ité la plus complète indê- 
peudame, et le roi, ii deux reprises, eu juillet I32G^ et en 
janvier 1327 ', dut déclarer que la prévôté de Soissons ressor- 
tait bien du bailliage de Vermundois ', mais ne dépendait en 
aucune !ai;on de !» prévôté établie à Laon au début du xii' siècle <>. 
Mais le bailli de \'ermandois résidait ii Laon '. Le développe- 
ment des coutumes provinciales Tut le moyen indirect par quoi 
l'autonomie rêvée fut étroitement limitée : la coutume de Ver- 
mandois ne Tut rédigée qu'en 155(1 ", et, dès 1.Ï23, au \'er- 
mandois déjà démembré était enlevé le Laonnais constitué en 
bailliage ^. C'est ce qui explique que ce soit la coutume de la 

1. Clioron. La fanue porte Sainl-Marlin, iluiis B»U. de SvUsoiin, 1874-, 
2" série, I. V, p. 2fir., 

2. Aeleliré des minutes lie M' Delorme, 8 citt. Ifilfl, cHù [lar Clioion. 
lue. cit., p. HM: <• Dix nna avant ou environ, en l'aiiiHloire ilu beffroi de 
Soissons,... comparatt .. Jehan Cn-Bpin, gt^ollicr des prisons du Jicffroi de 
Soissons ". 

3. Acte latin, pnb. par Tlormay, lliil. di Soisiont, t. II, p. 301, et lus 
Orduan.. l. XI, p. SI3; Iraituil pnr Leroux, op. fit., l. Il, p. *2-W. 

4. Acte français, vidimi^ dans In ciin (Irma lion de UOt [Arcli. nal-, ■' '38, 
u" 7, el Ordonn., l. XV, p. 1605. A noter qu'on trouve aussi dans celte eon- 
firmntiou te vidlnius de l'ocle latin, mais pourvu d une dale de mois ijui 
in:ini|ue dens te leite de Dormay lOrdaiin., 1. XV, p. 101). 

3. Sur ce Ijailliage, cf. D. Grenier. Introd., p. 6 et 8-12; N. Leioug. 
IIM. du dioc.de Laon, Pr., p. 006-607 (liste des l«il lis depuis 121 li; Car- 
tier, flitt. du liuchf de Valoh, t. tl, p. 84 »i\.\ Cullielte, Mémoire», t. II, 
p. W7-t98; Déy, Éluder, p. M. n. 1. l.cs plmnilits de eo bailliage ne com- 
mi-ncenl rju'à 1431 (Combler, dans BalL de ta Sot. Arad. de Laon, 1877-78, 
l. XXXIJI, p. 12fi.|.). 

6. Combler, Étude tur te Luilliage de VmnnndoU. p. B-il; Csiliei, <i;i. 
cif-, t. Il, p. 75 sq. 

T. Leiong, op. cit.. p. 27!i. Cf. P. J,, ii" 20. 

8. Vinulion, L'aiwîen Vermandoi» et na eouliiiite, dans Buit. de Laon, 
1N33, l. lit, p. 112 s'[. ; Id., Det droit» seigneuriaux dans la coul. de Ver- 
intnduis, ibid.. I8j5, l. IV, p. 144 si|.; Desmazes, Curiosité* historit/aei, 
p. 80. Cf. Lelong.op. cit., p. 41U: Carlier, op. cit., l. Il, p. 32S--2:10. Ana- 
lyse <lcque1i|uestiti'cs(lBnsPallô. Hil». Soissons, ms. 2'i2, Annexe, p. 1-13. 

». Meik-ville, llitl. de la ville de Lnnii. l. I, p. 369. — Sur les démembre- 
ments du Vermundois, cf. Vinchou, L'ancien Wnii/rn^/oin et sa roiilume, 
p. 1 10. 



208 LA COMMLNK bE SOtSSONS 

prévôté de Laon qui se soit implantée à Soissons, comme à 
Vailly, Crépy-en- Valois, Marie, La Fère, Vervins K Soissons 
n'avait donc échappé h la tutelle administrative de la prévôté 
de Laon que pour tomber dans le domaine de la coutume lau- 
dunoise. 

Ce n'était pas le seul inconvénient de la disparition de la 
commune. A celle-ci avait correspondu une recrudescence des 
divisions intra-urbaines : Tabbaye de N.-D., sous l'administra- 
tion d'Elisabeth de Châtillon, s'entoura d'une grande enceinte 
fortifiée ^ ; semblablement l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes ^, 

Mais le plus grand consistait en ce que la communauté des 
habitants de Soissons, soumise à des paiements de dettes 
anciennes, forcée d'engager des dépenses communes et de con- 
tinuer la perception de la taille d'autrefois *, n'avait pour ainsi 
dire aucun moyen d'exister comme personne morale définie, 
et de se faire représenter devant ses créanciers, ses débiteurs ou 
ses adversaires juridiques, au moyen de mandataires précis. Le 
prévôt, en effet, n'était qu'un ofRcier de justice à qui avaient 
été transmises les attributions judiciaires du maire. Soissons se 
trouvait dans le premier tiers du xiv® siècle dans une situation 
bien inférieure à celle dont jouissait telle communauté rurale de 
sa banlieue. 

Pourtant, au milieu de l'année 1335, on constate à Soissons 
l'existence d' « hommes establis au gouvernement » de la ville, 
au nombre de sept, dont l'un, André Luisart, avait servi de 
commissaire en 1325 ^. Ont-ils été institués par la royauté, 
quelles sont exactement leurs fonctions? on ne sait. En tout cas, 
au mois d'août 1335 (20 août), Philippe VI de Valois leur per- 
met d'instituer un ou plusieurs procureurs, dont, le 6 mars 1336, 
le prévôt de Soissons, Simon de Saint-Crépin, devant qui les 
gouverneurs les avaient institués, au nombre de trois, définit en 
détail les attributions ^'\ 

1. J.-H. Buridaii, Lca coustumes générales du bailliage de Vermandois, 
Reims. 1030, iii-4, art. cclxxxi, p. 957; cf. VIndice des villes et villages, 
à la suite de la Couslume^ p. 20-29. 

2. D. Germai», Uist. de X.-D., p. 213 s(|. 

3. De Louen, Uist. de Sainl-Jean, p. 108. 

4. Ceci ressort de l'acte de Phili|)pe VI d'août i33"i (voy. n. "»). 

5. Acte de Simon de Saint-Crépin du mars 1336 (n. s.;. Cf. P. J., n° 25. 
0. Voy. P. J., n» 29. 



I 
I 

I 



A dette date .subsistent ces sept ffouverneurs, et pourtant, 
dès le 1" octobre 11)35. le roi, ii la suite des plaintes réitérées 
des Soissômiais , qui, n'ayant ni n coips ni communn », 
ignorent leurs propres alTaires, leur avait accordé une nou- 
velle or^^aniRation municipale qui ne comportait pas en fait 
ces sept gouverneurs '. I^ bailli de Vermandois devait dési- 
gner tous les ans quatre personnes u de bon gouvernement •>, 
k qui toutes les « besognes » delà ville seraient remises; elles 
s'engageaient par serment, et sous peine d'amende, Éi se 
réunir toutes les semaines avec l'argentier et le procureur 
général de la ville, et à eux tous on élirait le " tailleur i>, sous 
réserve de l'approbation du bailli. Du prévôt, pas un mot ; 
mais ses fonctions sont fort bien déterminées; des sept gouver- 
neurs, pas un mol non plus; mais les quatre conseillers muni- 
cipaux additionnés au » tailleur », à l'argentier et au procureur 
général foiil bien le nombre de sept, et on peut admettre que le 
terme de " gouverneurs » désigne globalement ces sept adminis- 
trateurs, (lesquels restent distincts les trois simples procureurs. 
C'est la seule hvpotbésequi nous permette d'élucider la contra- 
diction des deux texte» du 1" octobre I33S et du 6 mars 133G. 

Le régime instauré restait vague, et pour une raison ou 
pour une autre, il est fort croyable qu'il fut un instant suspendu 
parla royauté, car, en réalité, la municipalité non communale fut 
organisée par Philippe Vide Valois, au' moyen d'une ordonnance 
datée du 2o juin 1341, dont Cabaret nous a gardé le contenu ". 
La ville est administrée par quatre « gouverneurs », un maire et 
un argentier, désignés par les habitants : les gouverneurs, ou 
trois d'entre eux, sont chargés de désigner le ou les procureurs 
qui représentent la ville dans ses contestes; ils peuvent régler 
tous les procès pendants entre les bourgeois, sous réserve de 
l'approbation du roi, " oQn », dit-il, « que nous puissions recon- 
naître si elles [les contestations] ne touchent en aucune manière 

i. Texle dans M. iiegnauH, Abrégé, Pr., ^ 3S etv»; Onlonn., l. XII, 
p. '20; Dorinay, op. cii., t. Il, p. 317; Rousaeau-Dcsfontuines, II, 3" partie, 
Bib. SoissoriB, ms. 231, p. i9-5i ; Leroux, Uial. de Soisaans, l. II, p. 44- 
W. — On trouvera udc copie d'après les Arch. de rilôul de Ville dans Bib, 
Xal., Coll. Manau, t. 228. ^ S7. 

2, Bib. Soissons, ms. 224, t. I. ^ 90. Leroux. Hial. de SoiMoiis, t. II, 
p. 4S-46, a publié une partie du leite. U. Martin el Lacroix, op. cit., L II, 
p. i9ri, semblent avoir dL'doublé l'ordonnance analysée par Cabarat, 
BoL'Moiï. — HUloire de tae- 





210 LA COMMUxNE DE SOJSSO^S 

à nos droits ». Us ont, de plus, le droit de déposer au beffroi du 
roi leurs archives, y compris les chartes communales périmées. 

Ce qui parait bien prouver qu'entre 1336 et 1351 la constitution 
municipale de Soissons fut, à un moment donné, suspendue, 
c'est qu'une ordonnance du 25 juin 1342 rendit au maire et aux 
gouverneurs, ici désignés du nom d'échevins, le droit de s'assem- 
bler hebdomadairement ; le beffroi était en même temps restitué 
à la ville ^ 

Cette organisation, où le prévôt est réduit à la juridiction con- 
tenlieuse, offre réellement de grands avantages 2. L'autonomie 
locale s'exprime et agit au moyen du corps municipal composé 
d'un maire, de quatre gouverneurs-échevins, d'un argentier et 
de procureurs. L'autorité centrale, dont la surveillance est néces- 
saire à la bonne gestion des intérêts communaux et à l'atténua- 
tion des brigues locales et des luttes de personnalité, intervient 
discrètement par l'intermédiaire du prévôt. Les deux pouvoirs 
se contrebalancent : l'absolutisme centraliste de Tun est forcé de 
tenir compte des susceptibilités de l'autre. 

Quelques ordonnances finirent de constituer cette organisation, 
qui, somme toute, devait durer jusqu'aux réformes communales 
de la Révolution, sauf quelques modifications. Les habitants de 
Soissons se plaignaient de ce que les élections de leurs gouver- 
neurs, argentier, collecteurs et tailleurs, mises à la saint Jean- 
Baptiste, ne pussent être faites sans l'autorisation du bailli de 
Vermandois, très souvent absent. En octobre 1362, Charles VI 
accorda aux Soissonnais que 1 élection put se faire en présence 
du prévôt royal, sans pour cela exclure le bailli de Vermandois 'K 
Le roi d'ailleurs devait compléter cette mesure par son ordon- 
nance du 18 décembre 1411, portant confiscation et réunion au 
domaine de la couronne de toutes les justices particulières du 
comté de Soissons, à cause de la forfaiture du duc Charles 
d'Orléans, et établissant dans cette ville un siège de lieutenant du 
bailliage de Vermandois ressortissant directement au Parlement ^. 

1. Cabaret, t. I, f^Ol. Cf. H. Martin et I.acroix, op. cit.; Fiquet, t. III, 
p. 291 et 311 (Bih. Soisf,ons, ms. 22r»\ 

2. II. (iravier (Fusai sur les pnh^ùls royaux^ F*aris, lOO'f, p. 220) a dressé 
une liste des prévois de Soissons cpii ne commence (pi'en 13i-2, avec Simon 
Remmériens. 

3. Ordnnn.^ t. III, p. *iî)8-*)99. Cf. Devisme, M.inupl, \). ili2. 

4. Arch. nal., J 73K, n° Ck Cf. Devisme, Mnnuoi, p. 452. 



LA COMMOK DANS LK PAYS ET TANS LK HOYAUME. SA FIN 211 

• 

Les événements tragiques qui ensanglantaient alors la France 
frappèrent douloureusement Soissons, qui avait embrassé la cause 
des Bourguignons. Je n'ai pas à raconter Thistoirede Soissons en 
Hl i et pendant les années qui suivent. Qu'on sache seulement que 
Tassant de la ville, le 21 mai 1414,parrarmée royale, fut le signal 
d'un pillage et d'un massacre général, où disparut, en même 
temps que les archives presque dans leur entier, une bonne 
partie de la bourgeoisie *. La vie municipale fut comme suspen- 
due. Elle reprit avec le règne de Charles VII, qui avait reçu la 
soumission de Soissons en 1429: le roi, le 2 juin 1436, rétablit 
les franchises municipales de la ville ^. Mais la saignée de 1414 
faisait encore sentir ses effets: en 1452, il n'va comme adminis- 
trateurs de la ville que deux gouverneurs, un procureur et un 
argentier '\ 

Peu à peu, pourtant, la ville reprend ses forces, et Louis XI, 
qui a trouvé dans les populations urbaines un soutien dans sa 
politique antiféodale ^ et qui veut les en récompenser, Louis XI, 
vidimant les ordonnances de Charles le Bel, rétablit définitivement 
Soissons dans ses anciens privilèges ^, en même temps qu'il fait 
réparer les fortifications singulièrement démantelées de la ville ^\ 

Puis, par une ordonnance dont Cabaret nous a conservé le 
contenu, il accorde aux Soissonnais la perception d'octrois et 
leur ordonne de procéder tous les trois ans à la nomination de 
leur maire et de leurs gouverneurs (oct. 1461) '. Ce que la 
restitution des chartes de 1 325-1 326 pouvait avoir de factice, 
d'incomplet et d'inapplicable, le roi le supprimait délibérément, 
et ainsi c'est à la date de 1461, exactement, qu'on doit faire 
remonter l'organisation définitive de la municipalité soisson- 
naise. Pendant près d'un siècle et demi la ville, ayant aban- 
donné sa commune, a cherché à se constituer une nouvelle 
organisation, adéquate aux nécessités locales et nationales: 
cette organisation n'est complète qu'à partir de Louis XI **. 

i, Leroux, Histoire de Soissons, t. II, p. 79 sqq. 

2. Id., ibid., p. 116. 

3. Arch. Aisne, II 455, fo« 279-280. 

4. Cf. II. Sée, Louis XI et les villes, Paris, 1892, \n-S, passim, 

5. Ordonn., t. XV, p. 159-161. Cf. une coppie, Arch. nat., J 738, n^ 7. 

6. Leroux, op. cit., p. 128. 

7. T. I, p. 565-566 (Bib. Soissons, ms. 224). 

8. C'est cette organisation qui nous est décrite par Berlette (p. 118 sq.), 
et parD. Gillesson, ch. 249 (Bib. Nat., fr. 17775, f»» 200 sq.). 



TROISIÈME PARTIE 



LE GROUPE COMMUNAL SOISSONNAIS 



CHAPITRE I*^ 

LES FÉDÉRATIONS RURALES DU SÔISSONNAIS 

On trouve dans la France du Nord un certain nombre de com- 
munes rurales ^ Elles ont particulièrement fleuri dans la région de 
Laon et de Soissons, et, ce qui est particulièrement intéressant, 
sous la forme fédérative. En 1184, une charte de commune est 
accordée à Cerny, Chamouille, Cortonne, Baune, Ghevy, Ver- 
neuil, Bourg, Comin ^ ; à cette fédération s'ajoutent Pancy et Coril- 
lon en 1210, Œuilly et Pargnan en 1230^ : la commune de Cerny 
subsiste jusqu'à la fin de l'ancien régime'*. Dix ans avant, en 1174, 
avait été créée la confédération d'Anizy ^. En 1186, c'est la 
charte de Bruyères-Vorges ^, dont l'extension est rapide '. En 
1196, apparaît la commune de Crandelain, Courleron, Malval, . 
Colligis et Lierval ^ ; en 1216, celle de Chaudardes, Cuiry, 
Beaulieu et Graonnelle^. Le développement de ces communes 
rurales s'explique sans doute beaucoup par l'effet de la propa- 
gande communaliste des cités en possession déjà d'une admi- 
nistration autonome. Cela n'aurait certainement pas siiflî^^, et 
il faut y joindre ou plutôt considérer d'abord le fait, qu'entre les 
agglomérations rurales et les populations urbaines de la région 
laudunoise et soissonnaise, il existait des analogies sociales, 

1. Lucbaire, Les communes françaises^ p, 1^ sq,; II. Sée, Les classes 
rurales et le régime domanial en France au moyen âge, Paris, 1901, in-8, 
p. 287 sq. 

2. Ordonn., t. XI, p. 231-234. 

3. Desmazes, Curiosités historiques ^ p. 47, 51-52. 

4. Arch. Aisne, B 2998 (délibérations de la commune de Cerny, Ven- 
dresses et Troyon). 

5. Sée, op. cit., p. 288. Cf. Melleville, dans Bull, de la Soc. acad. de 
Laon, 1854, t. III, p. 170-213. 

6. Ordonn.j t. XI, p. 245. Cf. Ilidé, Vadmin. et lajurid. municipale de 
la commune de Bruyi'res, dans Bull, de la Soc. acad. de Laon, 1861, t. XI, 
p. 4'4-75. 

7. L. Delisle, Catal. des actes de Phil.-Aug., n»» 101, 116, 182; cf. n» 551. 
Cf. Melleville, Ilist, de l'aff ranch, communal, p. 41. 

8. Ordonn , t. XI, p. 277. 

9. Jbid., t. XI, p. 308. 

10. II. Sée, op. cit., p. 289, s'en contente à tort. 



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2 



LES FÉDÉRATIONS RURALES DU SOISSONNAIS 217 

morales et économiques telles, et aussi une telle transmission 
réciproque d'idées et de produits, qu'un semblable progrès 
politique était possible pour les unes comme pour les autres. 
Ceci est vrai des communes rurales du Soissonnais qui ont 
adopté la charte communale de Soissons : Vailly, Condé, Cha- 
vonnes, Celles, Pargny et Filain. 



* 



Vailly * est une localité qui paraît remonter au moins à 
l'époque romaine ^. Au moyen ège, elle relevait du comte de 
Bar-sur-Seine ^ ; néanmoins, à la fin du xiii'^ siècle, le comte 
de Soissons éleva quelques difficultés contre la commune dont 
il se prétendit suzerain direct : en 1281, il y exigea la main- 
morte et le formariage ^. Divers établissements ecclésiastiques 
avaient à Vailly des propriétés importantes En premier 
lieu Tabbaye de Corbie, à qui Charles le Chauve avait jus- 
tement concédé le domaine de Vailly ^. Ce n'était d'ailleurs 
point la seule terre possédée par Corbie dans le Soissonnais : 
elle y avait encore Lui et Paisnières, villages judiciairement 
administrés par le sergent {famulus) du moine qui représen- 
tait Tabbé à V^ailly ^, et économiquement par un maire ^ ; un 
conseil de scabini ^ remplissait à Vailly un rôle que j'ai 
défini ailleurs^. L'avoué qui prétendait faire la loi au paysan nom 
de l'abbaye de Corbie avait abandonné ses prétentions ^^ ; le 

1. Arr. de Soissons, chef-lieu de canton. — On prononce Vély, ce qui 
est indiqué par la graphie ancienne Vesly. 

2. Destrez, dans Bull, de SoissonSj 1849, l. III, p. 21-22, parledes fouilles 
de 1828 et 1838. 

3. II. Martin et Lacroix, Ilist, de SoùisonSy t. I, p. 487. Les historiens 
du comté de Bar-sur-Seine (Rouget, Rech. hist. sur la ville et le comté de 
Bar-sur-Seine^ Dijon, 1772, in-12; L. Coûtant, Hist. de la ville et de 
Vancien comté de Bar-surSeine, Bar, 1854, in-8) n*en parlent pas. 

4. Voy. p. 221 . 

5. Levillain, Examen des chartes de Corbie^ Mém. et doc. pub. par la 
Soc. de l'École des Chartes, Paris, 1902, in-8, P. J., n<> 31, p. 280-282. Cf. 
p. 124-125. Un faux diplôme de Clotaire II a été rédigé d'après cette dona- 
tion (Bib. Nat., lat. 17764, f«» 18-20). 

6. Bib. Nat., lat. 17759, fo» 169 vM70, ou lat. 17758, f» 218, n« 11 (1154). 
Cf. Bib. Nat., lat. 17758, î^ 218 vo(1168). 

7. Bib. Nat., lat. 17759, f»» 171 vo-172. 

8. Ihid,, et fo» 172-173. 

9. Voy. p. 67-68. * 

10. Bib. Nat., lat. 17759, f»» 90-91. 



âd8 LA COMMLNK DK SOISSONS 

pape Gélestin III avait garanti pour toujours la propriété de 
Vailly de toute exaction séculière*. Corbie tirait de Vailly des 
vins auxquels le. comte de Soissons avait accordé l'exemption 
des droits perçus sur TAisne '^ ; elle y possédait des moulins ^. 
L'abbaye de Saint-Crépin-le-Grand de Soissons avait à Vailly 
d'autres droits, depuis qu'en H85 Tévêque Nivelon deChérisy y 
avait fondé en sa faveur le prieuré de N.-D.-et-Saint-Précord ^; 
c'est ainsi qu'elle y possédait un autel ^ et qu'elle avait le droit 
de vendre au marché de Vailly des céréales sans payer l'impôt de 
« vicomte )) exigé par la commune **. Les moines de Vaucelles "^ 
et ceuxd'IIesdin ^ possédaient aussi des terres à Vailly. 

De plus, le roi de France non seulement était suzerain de lab- 
baye de Corbie pour ce qu'elle y possédait ^, mais il avait en 
toute propriété et faisait exploiter par l'intermédiaire d'un maire 
des vignobles importants *'\ Plus tard il affermera à la commune 
les droits de vinage et les produits de ses vignobles**, et la com- 
mune ayant dissout son contrat de ferme, c'est un simple parti- 
culier qui le reprendra pour son compte *2, 

Ainsi donc entre Soissons et Vailly, on constate les plus 
grandes analogies politiques et sociales : économie agricole asser- 
vie aux nécessités du servage, dissémination de l'autorité entre 
plusieurs grands propriétaires. Voisine de Soissons, il n'est pas 
étonnant que la localité en question ait adopté la charte com- 
munale de cette ville. 

Nous ne possédons que la confirmation de Philippe-Auguste, 



1. Bib.Nat., lat. 17:59, fo» 40 vo-41. 

2. Voy. p. 179. 

3. Bib. Nat., lai. 17759, fo« 87 v^-SS (1134), et 177r.8, f« 118 v«> (11G8). 

4. Arch. Aisne, II 4:i5, f« 26i. Cf. Bib. Soissons. ms. 2t7, D*» 139-141. 

5. Jacquemin, Annales de Josse lin de Vierzi, n*»» xx, p. 17, et clv, p. 93-94. 

6. Arch. Aisne, II 455, fo» 343 v«-344 (1288.. Cf. I). Hlie, JJisl. de Saint- 
Crespin, t. II, f"> 289 v«(Bib. Nat., fr. 17777). 

7. L. Delisle, Calai, des aclesde PhiL-Aufj., n»» 117 et 118, p. 29. 

8. Id., ibid.y n» 70, p. 17. 

9. « Et quia quod lencbat ecelesia sancti Polri [Corbeiensis] de rege tene- 
bat... » Bib. Nat., lat. 17759, f«« 172-173 (1221). 

10. lLid.,{^ 170 ;;1221). 

11. Arch. nal., JJ 30 a, fo loOv«, n'' xxxix ^1202> 

12. Arch. nat., JJ 38, f«> xxxv, n» Iviij (1301). 



LES FÉDÉRATIONS RL RALES DU SOlSSONNAIS 219 

de 1185-1186 K II y est dit à deux reprises que Louis VI ^ et 
Louis VII 3 ont accordé à diverses reprises des privilèges à 
Vailly. Quels ils sont, on ne saurait le dire : il est seulement 
possible que la charte de Louis VII pour Vailly soit la même 
que celle de ce roi pour Soissons ; Philippe-Auguste n'y aurait 
donc ajouté que larticle 20, concernant particulièrement Taboli- 
tion de la mainmorte. La seule preuve de Texistonce de la com- 
mune de Vailly avant l'acte de 1185-1186, en dehors du rappel 
même de privilèges antérieurs, consiste en un mandement du 
roi de France au prévôt de Laon et à la commune en question, 
leur ordonnant de ne molester pas les moines de Hesdin ^. Mais 
il ne faut pas oublier que la charte de 1185-1186 concerne aussi 
Condé, Chavonnes, Celles, Pargny, Filain, localités voisines de 
Vailly '\ et Ton peut se demander si elle n'est point à la fois 
une confirmation de la commune de Vailly et une extension de 
cette commune même à ces autres localités. 

Les différences entre le texte de Soissons et celui de Vailly 
sont fort minimes. Il n'est point question naturellement de fir- 
mitâtes et de bunjenses ^. Le seul grand changement est que par- 
tout où il est mentionné dans le premier Tévêque, c'est Tabbé 
de Corbie dans le second ^. De plus, tandis que la charte de 
Soissons ne mentionne nullement le comte, la confirmation pour 
Vailly assimile les héritiers de Miles, comte de Bar-sur-Seine ^, 
au roi et à son connétable en ce qui concerne le droit de sauf- 
conduit (9), et exige le respect de leurs droits (20 In fine). 



i. Dachery, Spicilegium^ t. XIll, p. 233 (sous la date fausse de 1187); 
Ordonn., t. XI, p. 2'37-239. Cf. L. Delisle, op. cit., n» 148, p. 36; A. 
Luchaire, Ilisl. des inslil. mon. y t. II. p. 168, n. 5. 

2. A. Luchaire, Ann. de Louis V/, n° 626, p. 278. 

3. A. Luchaire, Eludes sur les actes de Louis VII, Calai., n° 78."», p. 343. 

4. L. Dolisle, op. cit., n° 70, p. 17. Il y a une conûrmation de Tautel de 
Vailly à Saint-Crépin par révètjue de Soissons, en 1229, qui, selon Jacque- 
min (Annales de Josselin de Vierzi^ n° xx, p. 17), pourrait bien être une 
mesure de défense contre les communiers de Vailly. 

5. Toutes ces localités font en effet partie du canton de Vailly. A Cha- 
vonnes, l'abbaye de Saint-Crépin possédait également un autel (Jacquemin, 
op. cit., no CLV, p. 93-94). 

6. Préam})ule (homines); art. 1 {inler villas superius nominatas). Cf. 
Tart. 16, où il n'est pas question de faubourgs ni de murailles. 

7. Art. 10 et art. 20. Engagements h la suite de cet article. 

8. t 1218 {Art de vérifier les dates, in-f°, t. II, p. 591). 



220 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Enfin il est déclaré qu'aux mêmes héritiers la commune paiera 
100 sous de rente annuelle, de même qu'au roi ^20). 

On a remarqué * l'obscurité de ce texte touchant les rapports 
réciproques des membres de la confédération. L'art. 20 nous 
apprend seulement que la « commune » avait plusieurs maires. 
D'autre part, il est croyable que la magistrature communale 
était renouvelée tous les ans à la saint Jean-Baptiste *. L'indé- 
termination de ces questions essentielles dut amener plus d'im 
conflit juridique, et il fallut attendre, pour qu'elle cessât. Tannée 
1237, *où Louis IX conclut un accord entre Vailly et Condé, 
chefs principaux de la fédération rurale ^. 

La fédération était divisée en deux arrondissements judi- 
ciaires: celui de Vailly, Chavonnes, P'ilain, Pargny ^, — et, de 
plus, Aizy et Jouy, qui adhérèrent postérieurement, — administré 
par Vailly, et celui de Condé et Celles administré par Condé. La 
justice était rendue dans chaque arrondissement par un maire et 
vingt-deux jurés; les rapports judiciaires de ces deux tribunaux 
étaient minutieusement réglés, sur le pied de la plus absolue 
réciprocité. Coucy servait de lieu de réunion pour les délibéra- 
tions nécessitées par les affaires communes : c'est à Coucy 
qu'étaient promulgués les bannissements, et perçues les amendes 
sur les communiers pris en flagrant délit. Dans toutes les 
charges pesant sur la commune, dans l'entretien de la prison 
sise à Vailly ^ et des ponceaux, le premier arrondissement four- 
nissait les 4/S des sommes nécessaires, le deuxième l'autre cin- 
quième. Les délits commis par les communiers sur les hommes 
du roi étaient jugés, après citation du bailli ou du prévôt à la 
cour Saint-Pierre de Corbie à Vailly, soit par les jurés de Vailly, 
soit par ceux de Condé, selon les cas. 

Que Vailly et les hameaux fédérés constituassent comme un 

i. Déy, /?fc/i<îrr/iP8..., p. 4"). 

2. L. Delisle, Oi/a/., n^ 117, p. 20. D'après un autre texte, de 1262 
(Giry, Documents, p. 93), ce renouvellement semble s'opérer le lendemain 
de la Pentecôte. 

3. Voy. P. J., no 29. 

4. Les actes collectifs portaient : « nous li maires et li juré de toute la 
communauté de Vailly et des viles de celé commune » M 205) (Bib. Nat., 
Coll.D. Grenier, t. 295, n«> 62). 

5. l^e beffroi de Vailly est mentionné dans Bib. Nat., lat. 17759, f° 219, 
n" vij, et dans le compte de 1200 (Delaborde, Layettes, t. 111, p. 550). 



LES FÉDÉBATIONS RURALES DU SOISSONNAIS 221 

arrondissement distinct, c'est ce qui est prouvé par un acte de 
1281 , qui règle certaines contestations pendantes entre le comte de 
Soissons et la commune * et qui fut confirmé par Philippe III en 
juin 1281 2. Par cet acte, le maire, les jurés et la communauté de 
Vailly déclarèrent que, pour terminer les difficultés qu'ils avaient 
avec Jean, comte de Soissons, et Marguerite, sa femme, au sujet 
des droits de maimorte et de formariage à Vailly, Chavonnes, 
Filain, Pargny, Aizy et Jouy, ils avaient convemj de racheter, 
moyennant un cens annuel, la justice de tous les poids et 
mesures, la justice du pain, l'exécution du larron dont ils avaient 
jusque-là le jugement et le comte l'exécution, la justice que le 
comte revendiquait dans la rivière d'Aisne, à raison de vicomte; 
les hommes de la maisnie du comte étaient exemptés de la main- 
morte et du formariage, moyennant un droit de commandise ou 
de douzaine, acquitté annuellement, de même que les serviteurs 
du comte à Filain et Pargny ; le comte se réservait la perception 
des vinages pour le transit par terre ou par eau; de plus, il rece- 
vait comptant 300 1. tournois et 14 1. par. de rente payables à la 
Saint-André, à raison de 3 sous d'amende pour chaque jour de 
retard. Dès 1228, la commune voulut exercer ses droits récents 
de vicomte sur l'abbaye de Saint-Grépin, qui résista ^. 

En somme la commune de Vailly devait être assez prospère, à 
additionner les rentes diverses qui la grevaient et qu'elle payait 
au roi, au comte de Bar, au comte de Soissons; joignez que, 
depuis 1234, pour l'établissement d'un pont, elle payait 40 1. 
par. à l'abbaye de Corbie ^, qu'elle acquittait au chapitre de Saint- 
Quentin une rente de 30 muids de vin ^. Ceci prouve qu^elle pos- 
sédait des vignes : ce n'est point les seuls biens communaux 
qu'elle eût ^, et sa situation financière était assez bonne pour 
qu'elle ait pu acheter, en 1321, un fief pour 700 1. tournois '^. 



1. Monuments du Tiers État, mss., t. 52, Bib. Nat., n. acq. fr. 3426, 
^» 272-273. Cf. Bull.de Soissons, 1898, 3« série, t. VIII, p. 132-133. 

2. Bull, de SoissonSf loc, cit, 

3. Arch. Aisne, II 455, f'»- 3t3 vo.3i4. Cf. D. Êlic, Hist. de Saint-Crespiri, 
t. II, fo''289 sqq. 

4. Bib. Nat., lat. 17758, (o 219 v^. 

5. Collielte, Mémoires, i, \\, p. 723. 

6. Bib. Nat., lat. 17758, f» 219 (1257) : il s'agit d'une u pasture »» et d'un 
u wasquié *>. 

7. Ordonn,, t. I, p. 764, n. 



222 LA commlnl: de soissons 

Cet état de prospérité ressort du hudg^et soumis aux commissaires 
royaux et arrêté le 15 novembre 12o0 K 

Ce budget, en français, fort détaillé, est caractérisé par un 
parfait équilibre des recettes et des dépenses (7fi2 1. 2 sols 1/2) '. 
Néanmoins, il existe une dette municipale assez élevée : 350 1. 
de rentes à vie, 1761 1. 6 s. 8 d. de rentes d'autre espèce. La 
science financière des bourgeois de Vailly n'est d'ailleurs pas 
très poussée.: les arrérages des rentes dues sont compris dans 
les sorties de la ville, et ils le sont parce que ce sont les jurés 
qui sont chargés de les verser aux créanciers de la commune : or 
ceux-ci sont à Vailly, à Soissons, mais aussi à Reims età Laon. 

Ce budget de 1200 nous révèle encore qu'il existe entre Sois- 
sons et Vailly un autre lien que celui que constitue l'identité 
des chartes communales. Soissons est en quelque sorte le centre 
d un arrondissement militaire qifi comprend les communes rurales 
des environs, et c'est ainsi qu'en 1260 Vailly contribue à l'impôt 
représentatif du service militaire pour une somme de 12 1. par. 

D'autre part, l'état des recettes nous montre que la fédération 
des cinq villages annexes n'est pas un vain mot, puisqu'ils con- 
tribuent « por bontés )i et aussi afin d'assurer le paiement des 
rentes de leurs dettes propres pour une somme de 23 1. par. 

Pourtant le courant général conduit les finances communales 
de Vailly vers l'abîme. Le budget présenté aux commissaires 
royaux le 29 mai 1262 est-il exact \ ou celui de 1260 est-il 
insincère? en tout cas, en 1262, les revenus sont de 100 1. 23 s., 
les dépenses de 73 1., ce qui c(mstitue un boni de 28 1. 21 s. 
Avec la dette enregistrée en 1262, nous sommes plus près de 
l'état de 1260 : on ne doit plus ii la commune que 390 1. au lieu 
de 425, mais elle doit 2.1 iO au lieu de 2.1 1 1 1. 6 s. 8 d. 

1. Ch. Dufour, Situation /innncif'rc..., dans Màm . do la Soc. drs antif/. de 
la Picardie, I8:J8, l. XV, p. (iOl ; DHalmido, Layeite^, \V> 4r)i:i, t. III, 
p. ;jo5-5.jU. 

2. Parmi les déponses, nolons celles du voyage du maire h la eour du roi 
.et des jurés auprès des créanciers niunicij^aux, le salaire de l'écrivain, du 
clerc-procureur, du semmonneur l'Muiissier , des veilleurs de nuil, des 
gardes-messiers et garde-vigne;>, du marguillier, et des soiukhu's de 
la hanclocpie. — Parmi les recettes, notons : la taille, (jui s'élève à UM)\. 
2 s. 1/2 ; les élaux des bouchers, à C 1. ; les amendes, à 10 1.; la « cliaucie » 
(? droit de vicomte,:, à 18 1. ; on y comprend 100 1. de ,< conmande >•('.' com- 
mandite d'un bourgeois de Soissons. 

3. A. Ciiry, Documents, n" 37, 'i, p. 03. 



U:S FÉDÉRATIONS HUHALES UU SOISSON.NAIS 223 

Les villages de Pargny, Filaiu et Chavonnes, — ainsi qu'Aizy, 
— étaient des domaines dépendant de N.-D. de Soissons ; 
Tabbesse Ht confirmer par Louis VII, en 1147, le rachat de 
l'avouerie exercée dans ces pays car Gérard de Quierzy, pour 
300 1. K Leur histoire, à part ce fait, est parfaitement ignorée. 



* 



J'ai mis à part Aizy, qui ne faisait pas partie de la confédé- 
ration primitive. Ce pays, fort riche en vins ^, avait été donné 
par Charles le Chauve, en 838, h Tabbaye de N.-D. de Sois- 
sons 'K En 1210, l'abbesse Helvide avait accordé aux gens d'Aizy 
la remise du droit de mainmorte, moyennant r.ibandon par eux 
à Tabbaye de- la moitié du four d' Aizy, les rouages, charriages et 
autres droits de transport, montant à 1 denier de monnaie forte 
ou 3 deniers laudunois par muid de vin '*. 

En juin 1232, la communauté d'Aizy fut autorisée, par Tab- 
baye de N.-D. et par le roi de France, à faire partie de la com- 
mune ancienne de Vailly, et, à cette occasion, furent réglés en 
détail les rapports d'Aizy avec N.-D. et avec Vailly •'. On remit à 
Aizy la taille servile et 4 1. nérets de past et de sauvegarde ((le 
conviviis et iensameniis) ; le formariage fut réduit au paiement 
par le marié, le jour ou le lendemain de la cérémonie, de 7 s. 1/2 ; 
la communauté devait payer à la Toussaint 44 l. par. ; les ventes 
étaient maintenues, et à la dîme due par les métayers [terras 
quas.,. tenent de mcsis) et les censitaires s'ajouta un terrage ; 
les vignes en complant ou censive devaient payer un demi-vinage 
et 6 deniers par arpent, les autres vignes devant vinage complet. 
Les vinages devaient être acquittés en bon vin blanc, amenés à 
la cour de Tabbaye à Aizy, jamais plus tard que la mi-mars, 

1. A. Luchaire, Etudes sur les actes de Louis VU, Catalogue , n°787, p. 344 
(n'a point connu la copie de Torig. de Louis Vil, Bib. Nat., Coll. D. Gre- 
nier, t. 2:^5, f»' 202 Y°-203). 

2. Cf. Arch. nal., K 34, n^ 27 (1279). K 37, n« 10 (1307). 

3. E. J^efèvre-Pontalis, dans Bull, de Soissons, 1885, 2* série, t. XVI, 
j). 54. 

4. Arch. nat., L 1005, n" 22 .cliirop^raphe ori^.). Cf. Mellevillo, Dict, 
hist, de r Aisne, t. I, p. 9. (]opie dans Coll. D. (irenier, t. 2ii, f" 197 v". 

5. Copies: Bih. Nat., r^//. I). Grenier, t. 2t6, f"* 3'* v«-37 v« ; Coll. 
JJucItesne, t. 78, f« 142. — Kd. par E. Lefcvre-Pontalis(avec fautes), loc cil.^ 
p. 50-03. — Indiq. dans Melieville, toc. cil. 



224 LA COMMUNE DE SOiSSOS 

SOUS peine d'une amende au taux fixé pour tous les cas de 
défaute, c'est-à-dire 7 s. 1/2. Les mineurs émancipés par mariage 
paieraient deux esseins à la mesure de Vailly ; pour les autres 
émancipés, s'ils tenaient une hostise [hospitium), deux esseins 
aussi ; un seul pour les émancipés vivant de leur propre, mais 
en communauté avec quelqu'un. Pour toutes les terres ne devant 
pas vinages, — jardins, prés, aulnaies, — les occupants paie- 
raient, par arpent, 4 deniers soissonnais ; transformées en 
pâtures ou terres à blé, ces terres seraient soumises au terrage ; la 
transformation analogue des vignes était interdite. Tous ces cens 
de chevage [capitagia) devaient être acquittés à la saint Rémi : 
il s'y joignait les rouages, charriages, corvées, les 31 muids 
de vin d'avouerie et de sauvegarde que la charte n'abolit point. 
Les habitants d'Aizy étaient banniers du four, du pressoir et 
des moulins de l'abbaye, sous peine d'amende : ils acquittaient 
fournage, pressorage et mouture. Les 44 1. parisis étaient appor- 
tés à Soissons avant la Toussaint, et les 31 muids amenés à 
Aizy. L'abbesse se faisait représenter à Aizy par un maire, qui 
ne payait pas la taille communale, à moins qu'il ne fît partie de 
la commune, et qu'il ne posssédât des meubles ou immeubles 
taillables, et par quatre échevins pris parmi les hommes d'Aizy, 
incapables de se récuser, et tenus de prêter serment de fidélité. 
Il existait une sorte de fonctionnaire communal, élu par les 
habitants, chargé, par son serment, de veiller sur les biens de la 
commune et de Tabbaye : Fabbesse pouvait lui donner une gra- 
tification, comme elle pouvait lui substituer pour son compte 
un sergent. L'abbaye, du reste, gardait, dans son manse doma- 
nial, la justice mobilière et immobilière, les arrestations et le 
gage de bataille ; dans le reste du village, dans Tespace délimité 
par les clôtures [sepas), on ne pouvait, sans son aveu, augmenter 
l'étendue des maisons, et l'abbesse avait le droit de mettre des 
bornes et de faire arpenter les jardins, les prés et les aulnaies. 
Outre que la maison abbatiale d'Aizy demeurait exempte de 
toute charge communale, l'abbesse, qui avait abandonné pour 
ime rente son droit de past, avait conservé son droit de gîte : 
quand elle descendait dans une hostise d'Aizy, le possesseur 
lui devait une couverture et un oreiller. En cas de refus, le maire 
de Vailly faisait donner ces objets de force. 

La charte de 1232 détermine en effet les rapports de Vailly et 



I 



t 



d'Aîzy dans ce qu'ils intéresseiil N,-D. de Soissons. C'esl uinsl 
que si les habitants d'Ai/.v, sauf iniapatrltt^ absolue reconnue jiur 
le maire et les êcbevins de l'abbaye, ne pouvaient aequilter 
leurs impôts, ils devaient payer iO sous d*amende par jour de 
retard, jusqu'à ce que l'abbaye eût recouvré de cette Fa^on la 
somme due; s'ils n'aequitlaieiit point l'amende, c'était la com- 
mune de Vailly qui soldait la dette et l'amende. De plus la 
commune de Vailly ne pouvait garder par-devers elle aucun 
habitant d'Aizy sans sou consentement. Nous avons \'u par 
ailleurs de quelle façon le« gens d'Aizy étaient justiciables 
de la municipaliti5 de Vailly et comment ils contribuaient k ses 
dépenses : bien entendu, tout cela en gros; le détail nous échappe. 

Enlin le roi, avec le consentement des hommes d'Aizy, acquit 
dans cette localité l'bost et la chevauchée, la punition des crimes 
de rapt, meurtre et incendie. 

En somme l'acte de 1282 ne modiliait pas essentiellement la 
charte de commune ; il s'y juxtaposait en quelque sorte : à cAté 
la charte de commune, c'était la charte de coutume ; sans doute 
les revenus de N.-D., par le t'ait d'une réglementation précise, se 
trouvaient désormais limités, et par là même en voie de dimi- 
nution ; uu milieu du xiii' siècle, il» étaient encore considérables. 

Dans cet acte, l'abbaye de N.-D. déclarait maintenir ses 
droits sur le village voisin de Jouy, qui, au même moment, était 
annexé à la fédération communale de Vailly. Outre les che- 
vages, les habitants de Jouy durent payer G I. par. par an à 
N.-D. Pourtant ce pays ne faisait pas partie, comme Ai^y, de 
l'ancienne avouerie de Gérard de Quierzy '. Il dépendait princi- 
palement de l'abbaye de Sain t-Crép in -le- Grand. Vers 1232, 
l'abbé Renaud demanda >i R. de Péi-onne, bailli du roi, de s'en- 
tremettre auprès de celui-ci, à qui il écrivait d'ailleurs directe- 
ment ', pour lui faire confirmer la eoncessiou d'une commune aux 
bommes et botes de .louy,incorporésdans la commune de Vailly-'. 



1. ,V. Lucliairi', Kl. aur If» aele» ii<: l.ouix Vil. Calai., n° 179, p. i: 

2. Arch. oat., I.t 000, n°S2 i minute'? non itnlée|. Copie, dnprûslea ai 
de Ssint-Crépin. Bili. Nat-, Coll. D. Grenier, l. 346, r» 2a v". Cf. H. Murliii 
et Lacroix, op. cit., t. Il, [>. t2i. AiiLre eopio, ilaiis D. Ëlii;, Util. île Sainl- 
Cretpin, t. Il, f" 26) el V (Bib. Nul., tr. 17777). 

3. .\i-cli. nat., L 101)0, a" 52 (au-desBOus) ; copie de D. Êlic, o/i. cit., 




226 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Comme le remarque Thistorien de Saint-Crépin *, cette con- 
cession n'était pas très avantageuse aux habitants de Jouy, 
car il fut reconnu, dans un accord que nous n'avons plus, que 
l'abbaye de Saint-Crépin gardait sur eux tous ses droits, sans 
doute analogues à ceux que s'était maintenus à Aizy l'abbaye 
de N.-D. : l'abbaye en effet s'y faisait représenter par des éche- 
vins et un maire 2. 

Les deux villages de Jouy et d'Aizy eurent dès lors une vie 
fort analogue, et entreprirent des luttes semblables, celui-ci 
contre Tabbayc de N.-D., celui-là contre l'abbaye de Saint- 
Crépin, et dont il faut donner ici une idée. 

D'abord tout marcha bien entre Aizy et N.-D. En 1239 -% 
N.-D. acheta au chapitre de Soissons une terre, dont il fallut 
qu'on réglât la situation des manentes vis-à-vis de la nou- 
velle propriétaire ; ils firent partie de la commune d'Aizy, mais 
à certaines conditions et avec le paiement d'un grand nombre 
de redevances déterminées en détail * : en comparant le prix 
d'achat (100 sous) et les revenus de cette terre, on est frappé 
de Ténormité de la rente foncière à cette époque. Le chapitre 
s'était réservé le cimetière et le presbytère ^, ainsi que la dési- 
gnation du curé : ce fait amena entre les chanoines et N.-D. un 
sérieux conflit ^, sans qu'on sache le parti qu'ont pu prendre les 
hommes d'Aizy. 

En l25o, ceux-ci, pour subvenir aux frais de réparation des 
chemins du pays, osèrent exiger un octroi [traversurn) des cha- 
riots, cavaliers et bestiaux qui passaient par le village : l'ab- 
besse de N.-D. s'y opposa d'abord, mais elle consentit à la levée 
de l'octroi depuis la Toussaint jusqu'au terme qu'elle dirait, 
la suite d'un compromis réglé par le chapitre". Dix ans après, 
survint un nouveau conflit entre N.-D. et Aizy, à propos d'une 
terre commune que les habitants d'Aizy, par la voix de la com- 
mune de Vailly, se firent définitivement attribuer, moyennant un 
cens de 12 d. nérets ^. 

i. D. Élio, op. cfV., f° 200. 

2. Dib. Soissons, ms. 247, p. 108-100 (I28:i;. 

3. Bib. Nat., Coll. D. Grenier, l. 20.'i, uo 32 (orig^. sur pareil.). 

4. Ibi(L, qo 38 [original), 
0. Ibid, 

6. Ibid., n» 106. 

T. Ibid., 11** 43. 

H l^il). Nal., Coll. D. Creniery I. 205, ir 02 \ov\^. sur paich.]. 



Ce fut beaucoup plus grave en 1279. Les j^ens d'Aizy refu- 
sèrent de payer les vinsges exig'ës par N.-D. : ils arrachèrent à 
Non bailli les ga^es [nanla] dunt il s'était nanti et se mirent à 
crier : « Commune ! Commune ! », en pri^sence du maire et des 
échevins requis par le bailli pour lui prêter main forte; ceux-ci 
refusèrent de marcher. L'abbaye porta plainte au Parlement, qui 
ordonna une enquête '. Puis le maire, les échevins et la commu- 
nauté durent amender leur méfait ; mais la niunicij>alité de 
Vailly intervint et prétendit que, selon la teneur des chartes 
royales, l'enquête, faite en dehors d'elle, devait être annulée ; 
le procureur de N.-D, exposa au contraire que l'abbaye était 
sous la sauvegarde du roi ; le Parlement jugea que l'enquête 
vau<lrail contre les prétentions de la commune de Vailly '-'. 

On ne sait comment le procès se termina. Se termiua-t-il 



istion des vînages restait 



erle : en 1303 le 



coutlit est de nouveau patent : Aizy constitue des procureurs au 
début de 1 30i ^ et rédige un mémoire justilicatit *. L'affaire n'est 
conclue que par un compromis |>assé un mai I30i ". C'est un 
armistice : en 13il, nouveau prfwés ". 

On voit par tous ces faits que les liens qui unissaient Ai/.y 
et Vailly ue sont pas factice.s, et que les cummuniers ruraux ont 
une susceptibilité pour le moins aussi délicate que les commu- 
niers soissonnais. Ce qui se passe & Jouy en est une autre 
preuve : dans ce village, la municipalité essaie d'étendre ses 
droits de juridiction. L'abbé Guermond, k la fin du xiii' siècle, 
s'y oppose et obtient, en 1293 et 1 2!) i, des arrêts du Parlement le 
maintenant dans ses droits '; autre débat important, etautre règle- 
ment en 1312": le règlement de 132S, par contre, paraît définitif '■'. 



, Le 






; A!'<:h. 



.1 73S, 12 ei l-> bin. 

•2. Olim, I. Il, p. H7fl ; I.. Delisl.;. flesffl. </"o/i ool. tht Ulim, n" 371, 
dniis nmiUiic, .4c;(™, I. I, p. .ir-Mm. Cf. Ch.-V. Unglois, llul. dvPhil.tU, 
p. 231. 

X Dili. Nat., Coll. O. Gnni»r, t. 2113, a' 100 [mig. sur pnrt-li.i. 

i. IhiiJ., a' 98. 

:i. Arcli. nnl., I. 1005, ii* l58(orig. surpatvt].). 

6. Dib. .Val., Coll. D.Cnnier, t. 295, n» 112 (orig. sur paich.;. 

7. Aroii. Aisne, H «5. P» 871 v"*272 et 271. Cf. D. ÉHe, op. cit., t. Il, 
f» 292. 

8. .\rch. Aisne, H 455. P» 2fl8-27ll v". llf. t). Klie, op. eil., f° 297 v", 
U. D. Élie, •>!>. cil., t» 302. 



228 LA COMMUNE DE SOISSONS 

La lutte des communautés d'Aizy et de Jouy contre leurs sei- 
gneuries ecclésiastiques respectives devait cesser à la lin du 
XIV** siècle, nécessairement. En effet, on voit que Vailly, Aizy, 
Jouy, Pargny, Filain et Chavonnes appartiennent au roi en 
1379 *, puisqu'à cette date Charles V échange ces six localités 
contre Mouzon et Beaumont-en-Ai^onne, places frontières, 
appartenant à l'archevêque de Reims * : nous ignorons comment, 
antérieurement, s'est opéré le transport de propriété de ces vil- 
lages des abbayes de N.-D. et de Saint-Crépin au roi ^. La com- 
mune de Vailly, à qui, en 1379, avaient été accordées deux foires, 
dont, il est vrai, les droits étaient perçus par larchevêquede Reims, 
reçut de ce dernier, en mai 1394, la propriété des fortifications. 
Les rentes touchées par Tarchevéque restaient considérables. 
Elles le furent jusqu'en 1407, où Vailly, ruiné par la guerre de 
Cent ans, ne put plus rien payer; il y eut même, à ce moment, 
une véritable dépopulation, compensée en partie par une immigra- 
tion, à ce point que l'archevêque de Reims obtint des lettres 
patentes du roi, par lesquelles tous les détenteurs de biens sei- 
gneuriaux et domaniaux furent tenus de faire dans Tannée la décla- 
ration de leurs titres de jouissance et des rentes qu'ils avaient à 
payer, faute de quoi le seigneur pouvait bailler et louer, comme 
bon lui semblerait, les héritages dont on ne ne lui aurait pas fait 
déclaration ^. 

Cet état de choses subsistait au XYiii*" siècle : l'archevêque de 
Reims possédait à Vailly une demeure ', et il était souverain 
seigneur du pays, puisqu'un arrêt du Conseil d'Etat du 14 février 
1710 défendit d'établir des maires et lieutenants de maires dans 



i. On voit à Vailly, en 1303, un prévôt royal (H. Gravier, Lssni mur les 
prévôts royaux, Paris, 1004, in-8, p. 222). 

2. Cf. vidimus du 13 juillet 140*.» des lettres patentes de Charles V, des 
lettres du léf^at et de la bulle pontificale (Bil). Nat., Co//. I), Grenier, 
t. 247, fo 3-6 v"); Bib. Soissons, Coll. /Vrm, n*> 6114; D«- Destrée, dans 
Monuments du Tiers fs'/a/, mss., t. ">2. Bib. Nat., n. acq. fr. 3426, f°274; 
Stein et Legrand, Lu frontière de VArfjonne, Paris, 1905, in-8, p. 47. 

3. Peut-être par Bonne, femme de Jean II et fille du roi de Bohême, qui, 
avant 131)5, est sire de Vailly (Arch. Aisne, II 1508, f» 274). Ruoul de Presles 
donne de plus, en 1323, toute sa part au roi (Arch. nat., JJ 61, f** 402). 

4. J'ai résumé ici rapidement la communication du docteur Destrée, 
loc, cit., fo^ 274-277. 

5. Elle devint le grenier à sel de Vailly, fut commencée de démolir eu 
1814 et rasée définitivement en 1828 (Destrée, loc. cit., f** 277j. 



i Kl'RALFS i)V SmSSONNAIR 

la ville de Vailly et autres paroisses apparteniint à l'archevêque 
de Reims '. Lu régime politique de Vailly et des Incalîtcs 
annexes était toujours celui de la n charte de Vaislv ", ainsi qu'il 
fut reconnu par le procurt'ur-fiseal général de l'archevêché -duché 
et pairie de Reims, le IS décembre ITîil, j'i la suite d'un conllit 
entre Vailly et l'archevêque Armand-Jules de Rohan '* : régime 
singulièrement modîlié, puîsqu'à la date de 1751 le premier des 
<■ officiers municipaux » de Vailly s'intitule 'i bailli, maire et lieu- 
tenant-général de police de la ville et duché-pairie de Vailly » ■'. 
L'état économique, en revanche, n'était guère différent, car un 
état de dépenses fourni par Vailly à l'intendanl de Soissons, le 
ât mai n.'Jl, nous montre que la commune restait endettée ^ 

L'un des créanciers de Vailly, b cette date, était M. Bellanger, 
seigneur d'Oslel, conseiller d'État. En 1766, l'archevêque de 
Reims lui céda eu bail à rente Vailly et les dépendances de Par- 
gny, Filain, Chavunnes ; les villages d'Aizy et Jouy en furent 
distraits en faveur de M. de Séricourl -\ A cotte dispersion de 
la petite confédération du xiii" siècle correspondait un alfaiblis- 
sement économique de Vailly même, réduit à 400 feux''. Sans 
doute, depuis 1771, il y avait à Vailly un corps municipal auto- 
nome ^ En 1788, on voit même les habitants de Vailly, k l'occa- 
sion de la nouvelle ordonnance, de mai 1787, dont le but était de 
diminuer les degrés de juridiction, adresser ti l'intendant de Sois- 
sons un mémoire tendant k obtenir pour cette ville le chef-lieu 
d'une prévôté royale, avec un tableau des paroisses qui pour- 
raient constituer cette prévôté *. Il est trop tard; la centralisation 
monarchique, jointe â l'assèchement des ressources locales par 
le régime des privilèges, est parvenue à épuiser la vie des indivi- 
dualités régionale» : l'essai cantonal de la révolution française 
sera trop bref pour guérir le mal. La commune de Soissons n 

1. Bibl. Soissons, Coll. Périn. n° 6117. 

2. Placurd imprimé, annexé h la suite de la notice du D' Destrée, loc. vit., 
f°* 279 sq([. D'après uu acte de 1323 (Arch. nal., JJ 61. f" *l)â), la 
aurait dispnru celte année-l!i. 

3. Arch. Aisne, C 96. 

4. Ibid. Parmi ces dépenses ordliiairea. celles qui inléressenl l'admi 
tration concernent le messager (10 I, de suIaEre) et le taml)Our de ville. 

r,. Arch. .Msne, C 652. f° 2 v. 

C. P. Lclong, //»(. di( diocèse th Laon, p, 342. 

7. Arch. Aisne, C 652. 

8. Arch. Aisne, C 652 (deui pièces, dont lu deuxième est une copie). 



230 LA COMMINK DE S01S80N5 

disparu au début du xiv^ siècle ; ce sont des causes analogues, 
mais pour ainsi dire diluées dans le temps, qui ont agi sur la com- 
mune de Vailly, dont les derniers vestiges ne disparaissent qu'au 
xviii** siècle. 



* 



I/histoire de l'autre arrondissement de la fédération de Vaillv 
est moins connue. Condé possédait des biens communaux, parti- 
culièrement des pâturages ^ En novembre 1300, Raoul de Sois- 
sons, sire d'Ostel, père du comte Hugues, vendit à cette com- 
mune la moitié de ses droits de vicomte, moyennant 60 1. de 
petits tournois comptant et une rente de 60 sous, payable au 
lendemain de Noël ^ ; Hugues de Soissons et Philippe le Bel 
confirmèrent cette concession ^. On ne sait pas exactement de 
quelle façon le roi de France arriva à développer ses droits dans 
les petites localités de Condé et de Celles : en tout cas, en mars 
1310, il donne à Raoul de Presles une rente de 24 1. parisis qu'il 
percevait sur leur commune '* ; ces 24 1. furent données par Raoul 
au chapitre de Soissons en 1313 '^, Raoul de Presles possédait 
encore 28 1. sur la commune de Condé-Celles : il les donna, le 
18 décembre 1347, à l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes <"•. 

Mais le seigneur principal de Condé-Celles était Tabbaye de 
Saint-Crépin. Elle en tirait des vinages; c'était matière à con- 
testation, et un règlement intervint en 1331 ". Mais c'est autour 
des droits juridictionnels que la lutte était la plus vive : dès 
1219, il était reconnu quun conflit entre la commune et l'abbaye 
devait être réglé par l'abbé ^. En 1222, l'abbé Renaud prononça 
un jugement refusant aux habitants de Condé le droit d'interve- 
nir dans les alTaires rurales concernant les habitants de Celles et 
de Chiniy, locîilité dont on peut supposer qu'elle faisait partie de 

1. Olim, t. III, 2« partie, p. 418, n« XXX (1309 . 

2. M. He«,ma\ill, Ahrâc/é, Pr.. f« G el v». 

3. Confirmation du v>idinnis d'Hn^ues par le roi on juillet 1301 (Arch. 
nat., JJ 38, f" xi.v-vi, n*» Ixxviij). 

4. Arch. Aisne, G 253, f» 132 ; Arch. nat., JJ 47, f» 66. 

5. Ihid. 

i). Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 297, n» 98 .orip:. sur parch.). Il possé- 
dait en outre 100 livriî^'cs de terre à Vailly, (".onde, Filain et Presles, vendues 
en 1311 au chapitre de Laon (Arch. nat., JJ 40, ^^ 72 el O!)). 

7.' Arch. Aisne, H 455, f°» 266-267 v». Cf. ^ 361 et v». 

8. 7/>iV/., f"271. 



I.1« l'ftDÉHATin\S lll'R^r.FS Ih|- Sm1SS0?<NAIS 2*M 

Iii corumune '. I.e pouvoir de l'iibbé était considérable, puisqu'eii 
1230. par-devant le roî Je Fraoce siégeant k Saint-Germnin-en- 
Lave, Jonn Dubourji; lui abandonna la mairie de Celles et de ses 
dépendances '. Nous ne sommes pas ici en présence d'un maire 
communal, mais d'un agent de l'abhaye ; en tout ces, on voit, par 
ce Fait, (jue celte espèce li'ajrents reste parfaitement dans la 
main de t'abbave. Ceci explique tjue les soulèvements popu- 
laires s'ot^anisent contre le propriétaire tout-puissant : une 
enquête, en \1îTji. nous montre un assaut de la maison de 
Saint-Crépin par les gens de Celles, et une alliance etTeetive des 
liabittints de Vailly, Condé etCelles. qui s'entendent pour ne rien 
avouer '. C'est vraisemblablement h la suite de ces événements 
qu'il fut arri^té que lu Maison-au-boîs, à Celles, ou Court-au-Boîs, 
serait entièrement exempte de la juridiction et de la taille de la 
commune '•. D'autre pari, le H novembre 1262, le Parlement, 
après avoir minufleusemeut examiné lu charte de commune, 
jugea que les gens de Condé n'avaient pas la haute justice dans 
le lieu appelé la Coulure-de- l'abbé *. Les droits de justice ame- 
nèrent d'ailleurs, au début du xiv* siècle, un conflit avec Viiilly ; 
après avoir saisi la commune, Charles le Bel encnniirma les pri- 
lèges. erimnrs I;t2t''. 



A celle fédération de localités rurales du Soissonnais,on pourrait 
rattacher un autre groupe de villages, qui, tout en appartenant à la 
même région, dépendent politiquement du comté de Champagne, 
et dans lesquels fut introduite la charte aoisonnaise : je veux 
dire, Presles, Cys, Saînt-Mard. Ru et les Boves'. Mais comme 
ces pays ont été alTrancbis par le comte de Champagne et qu'ils 
devaient suivre les usages de la commune de Meaux, c'est à 
l'occasion de cette dernière commune que je parlerai d'eux ". 

1. Arch. Aisne, 11 i55. ^ 272 cl V. 

i. Ibid., f 263. Cf. stlesUtion par ré\èc|iie de Soissons, f» 263 v". Vov 
D. Étie, op. cil,, l. Il, f« 256-25B; 11. Mnrli.i, np. ci"(., l. Il, p. 133. 
(Erreur de C. Dormny, op. fil., t. 11, p. 280.) 

3. Arch. liât., LlOOfi, n° -.1. 

\. D. Élic. o;.. cit., t. II, f" 203. 

3. Boutnric..^r/M, n» 707. t. I, p. fl4-'15. 

K. Arcb. oal.,JJ fi2, (" 133 V-1.14. Voy. P. J.n-ifl 

7, Arr, de Soissons, cnntoii de Brnisnr. 

S. Vny. p, Sniî-UO'J. 



232 LA COMMUNE DE SOISSONS 

L'affranchissement de ce dernier groupe de villages est do la 
fin du xn° siècle. A cette date on peut dire qu'un grand souffle 
de liberté a parcouru le pays soissonnais. J ai parlé déjà du 
développement des simples communautés rurales qui, dès le 
xii"^ siècle, se constituent dans les campagnes. Epagny, dans le 
canton de Vic-sur-Aisne, a une existence communautaire dès 1141*, 
et, vers 1160, il semble que cette localité possède une coutume 
écrite - : toutefois, les maires qu'on y trouve paraissent bien être 
des administrateurs abbatiaux ^; encore cependant sont-ils pris 
parmi les « burgenses » d' Epagny ^. A Cuffies, dans le canton de 
Soissons, il semble même, entre 1139-1146, qu'il existe une com- 
mune, puisqu'il est alors question de la « campana communie » '*. 

En tous cas la commune de Cuffîes ne dut avoir qu'une exis- 
tence éphémère : en 1272, avec l'approbation de Milon de 
Bazoches, évêque de Soissons, le comte de cette ville précisait, à 
l'occasion des habitants de Cuffies et de ceux de Bucy, Treny, 
Margival, Crouy, Pommiers, Villeneuve et Aile, certains articles 
des chartes que son père leur avait accordées : cette précision, 
en l'occurrence, était une restriction, puisque Jean de Soissons 
définissait fort sévèrement l'amende des formariages, consistant 
dans la confiscation du tiers des biens des délinquants ; de plus, 
les maires et échevins qui jouent dans ces villages un rôle de 
judicature paraissent n'être, comme dans tous les autres cas ana- 
logues ,que des agents domaniaux ^; enfin, les habitants payaient 
une « censé » représentative de leurs privilèges ". Néanmoins, 
dans la réglementation des droits seigneuriaux, il y a une limi- 
tation de l'arbitraire ancien, un élément de progrès ^. Ce progrès, 
il est dû, pour la plus grande part, à l'effort comnmnal des Sois- 
sonnais. 

\, Abbé PtVhoiir, Ca/7w/. de Saint- Léger ^ p. 12-13. 

2. Pécheur, op, cit., n° 15, p. 54-55 : « Aiidita ville ipsiiis consueludine » 
(V. 1160). 

3. Id., ibid., p. 12-13, 52, 55, 57, 59,62, etc. 

4. Id., ibid., n<> 22, p. 66 (1161). 

5. Id.. ibid., n'>6, p. 29-30. 

6. Ordonn., t. XI, p. 411-413. Cf. Confirmalion d'Hugues, ibid., p. 413- 
415, et de Gui, «évoque de Soissons, p. 415-416 (1308). 

7. Confirmation d'Hugues. Ordonn., t. XI, p. 413-tl5. 

8. Progrès lent, en vérité, puisque ces chartes concernant CuHies, etc., 
sont contenues dans un ridimus royal de mai 1339 {Ordonn., t. XI, p. 416). 




t 



I 



noMPiftr.Ni 

Un sait quelles sottises de toute es[)èce on a débitées sur 
le» origines de la plupart des villes de France : je l'ai dit 
déjh à propos de Soissons ; je le redis à propos de Com- 

I. \,cs livre» et les sources îiiUWssanl en particulier l'histoiri: de In 
l'iimmuue île Ci)m|iiL-gnp sont fori peu iioniLri-ux. A, àe Marsy a 
dressé, t^ti IH75, une Bililiagrnphie compiér/noiie assex complète, mais, 
lUaut donné le sujet, tort limitée (dans Bulhtin de lu SofifiU hitto- 
ri'iw de Campifgnr. ISTIÏ, t. II, p. 166 aq.): il n commencé en 1890 b 
publier des Pièce» rare» relalim A l'hùloire df Compiègnr, Compiègnc, 
1890, in-8 ; la premiËn< est In réimpression d'un ouvrage relativement 
lion d(! Louis Charpentier, Séjour rni/^il dr t'.oinpiigne depuis Clo- 
rhl'' roy chrealirnjutque» /i Loua Dieudanné A prêtent régnant, Paris, \6i~, 
in-8. — Les archives ecclésiastiques anciennes coucci'neat presque i^xclu- 
sivement t'abhaye de Saint-Corneille : je renvoie îi ce sujet à : 1° L. 
D<.<lisle, il In suite du Calai, den actex de Philippe-Aagatte, p. SS6: 
3° A. Gii'y, Nntice» bibtiographii/ue» lur In urckiven de» églûen el des mona»- 
Itre» de l'ipaque carolingienne, Bîbl. de l'École des Hautes-Études, Tasc. 
n» 132, Pni-is, 1901, iu-B, n" 5i. p. Sî-Hi; 3» Abl>é É. Morel, Cartitlaire de 
rabhaijr d» Sainl-CoFneilte de Compiègne. Compîêgne, 1894, 1896, 1S93, 
3 fasc. in-4°, eu cours de publication, Saarce», p. vi-i (d'ailleurs încom- 
plftej. Morel ne dépasse pas l'année 1178 (p. 340l: pour l'époque posté- 
rieure, j'ai consulté, aux nrchives de l'Oise, l'/ncew/aîre général et 
raitonné d<-» lilre» de Fabbaye rni/ale de Saint-Corneille fait en l'année 
MDCCLXXViij ill 2HÎ), contenant des analyses précises d'actes existaul 
el disparus. Morei n"a pas employé le ms. de la Bibl. Nat., nouv. acq. 
lat. 219", sur lequel on consultera la Rer. dffSor. savantes. 6" série, l. IV, 
p. 458-479, — Les archives communales de Compiègne sont assez riches 
K partir du ^v' siècle ; il esislc k I» mairie un Inventaire xommaire m», très 
commode, dressé par II. de L'Épinoia, qui a publié en 1863-1864, dans la 
Bibl. de CÉe. de» Charles, V série, t. IV, p. 471-499. t. V, p. 154-161. des 
Notes extraite» des archives communaie» de Compiègne, qui intéressent sur- 
tout l'histoire de In guerre de Cent ans. Ces archives avaient subi certni- 
nement des désastres duns les nombreuses occupations de lu ville par les 
tiourguignons et les Anglais nu xv' siècle, mais surtout dans la prise qui en 
fut faite par le roi le 18 juin liSS, o(i « fcust In mnison d'icclle ville de 
Compiègn*>, In ou cstoieni les chorlres, pnpiers, registres et cnseignemcns 
des diiiils d'icclle ville loiile pillée, rt mcsmcment les (uipicrs, cliartres rt 
registres, et n'en dcmoura que pou ou nennt que depuis on n rt'couvré •• 
;.\rch. l'um., DD 20j. Au xvii* sit^cle exisluit encore un cnrtuliiii'e munici- 
pal nommé le " Grand Jun- de Compiègne ». en li'te duquel était Irauscrilf 
la cluirte communale dv In vIUp ilAïuis de IJayn, /.en M barons ou fîeffe: de 
l'abbaye royalle Saint-Corneille de Compiègne..., Noyon, 1686. in-lâ, p. 6UJ. 




23i I.A CnMMlKK l)K S0I58ONS 

piègne, dont la primitive histoire reste fort mal connue '. Les 
découvertes de N, de Cayrol, de Saulcy et A. de Roucv semblent 
en tout cas bien prouver qu'il a existé à GompiégBe un établis- 
sement romain ^ : la première mention sérieuse de la n Gompen- 
dium villa " se trouve dans Grégoire de Tours ■*. Mais la ville 

— La Collection D. Grenier t^oatienl, au l. 247, un grand nombre de pièces, 
pour l'histoire i moderne de Coni|iiè|;ne ". Le ms. lut. 13891 de la Bib. 
Nat. renferme les mati'riaux mis en <i?uvre par D. Placide Bertheau, pour 
Bon Histoire île Compiègne, conservée ms. h In BibL de Compîcgne (n° 25; 
copie n" 27 ; copie partielle n" 26. Cf. de Mnray, Caial., dans Calai, de» 
niM. de» bibl. publ. de France, t. XXIV, p. 5Si sqq.). On trouve encore h 
In Bib. Nat. de D. B. Gilleson, bénédictin de Saint- Corneille (cf. De Crouy. 
Solice auf h.GiUinton, dans Bull, de la Suc. des antii/.dc U Picardie, I. 1, 
p, 3041, des Mâmaircsiur Compii'gne, fr. 111841-43, des Antiqailfit de Cam- 
piiffne, fr. £4063-24067, et des rraffment!), fr. I87S2-64. Son écriture est si 
difficile b déchiffrer igue l'auteur d'une copie du iyiti* siècle, conservée à la 
Bib. de Comfnègnc (n» 28-92), s'est plus d'une fois borné à Iranscrire les 
litres de chapitre. On conserve dans cette même Bib., ms. 33, un fragment 
original de D. Gillesson (cf. de Marsy, Cafaf., p. 5S5 ; L. Detisle.op. cit., 
p. ri37; Bnll. de la Soc. de» Anlii/. de la Picardie, t. III, p. 19). I^ ms. 
nouv. ac(j. lat. 1248 de la Bib. Nat, contient des Charles compiégnoiaes (cf. 
L. Dclisle, Mélanges de paléographie, p. 411-416). D. Cafliaui a laissé 
ijuelques pages fort ordinaires sur l'histoire de Compi&gne, Bib. Nat., Col'. 
D. Grenier, t. C3, f" 360-370, — En somme, cette histoire reste h faire : le 
livredePleuryde Prémicourt,Z.'i//o«(re(^o/np(*3ne, Paris, lfi98, in-12(nouï. 
éd. de Pouy, dans La Picardie higl. et lilt., 1870) ; la Description ou abrégé 
hist. de Compiègne, s. 1, n. d. [1765], in-i2 (nouv. éd. corr. et augm., 1760, 
in-12); la Notice historique sa r Campiègae et Pierrefonds, éd. de 1836, 1843 
et 16S0 ; leslivres de Léon Ëwig, Compiègne el ses environs, Paris, lS3â, in-B 
(nese trouve pas à la Bib. Nat.); Lambert de Ballyhier, Compiègne bislor. et 
monunienïnJ, Compiègne, 18V2, 3 in-8i J.Pelassy de l'OusIe. Hist. dupalaitde 
Coinpi^ffne, ..écrite d'après les ordres de l'Empereur, Paris, l8S3,in-4 ;E. Cail- 
lette de rilerviiliers, Compiègne, ses forêt», ses alentours, Paris-Compiègnc, 
1869, in-8; de Bricquilly, Quelques recherches historiques sur les origines de 
Compiègne, Conipiègne, 1875, in-8 ; Lefevbrc Suint-Ogan, Compiègne, Paris, 
1887, in-8 ; L.-A. Renault, Histoire populaire de Compiègne et de son arron- 
dissement, Compiègne, 1892, ïa-10; A. Bn/in, Élades locales pour servir à 
r histoire de Compiègne, Compiègne, 1900, in-8, sont sans valeur. On trouve 
quelques renseignements épars dans le Bulletin de ta Sae. histor. de Com- 
piègne, qui parait depuis 1874. Sur l'histoire communale même de ta ville, en 
dehors de quelques pages de P. Roger, dans sesi4rcAi're» histor. et ecclèê. de 
la Picardie et de r.irtais, t. Il, p. 209-220 (Amiens. 1843. in-8), il n'etiste 
qu'une honnête brochure de l'abbé E. Morcl, La con 
(î Extrait de l'Annuaire), Compiègne, 1901, in-12. 

1. Sur ces origines, sur l'élymologie même du nom, 
de l'Hervilliers, Obsertu sar l'origine de Compiègne 
p. 296-397, 302 sqq. 

2. Caillette de l'HervilLers, op. rit., p. 209-301. 

3. in*t. Franc. V, 21. et VI. .1.';, éd. Kruscb. Won. 
rer. meroe., t. I, p. tM et 275, 



p de Compiègnt 



3u peut lire Caillette 

dans Compiègne..., 



ne s'est constituée que sous les Cnroliu^ieus, particulièpemenl 
au temps de Charles le (Jtauve, qui voulait en faire la rivale 
d'Aix-la-Chapelle, et dont on n dit qu'il l'avait appelée « Carlo- 
polis ■>, nom qui, en fait, n'apparaît qu'au temps de Philippe- 
Auguste '.Charles le Chauve, en elTel. fonda en 877 à Cumpiègne 
un chapitre de 100 clercs, auquel il accorda l'immunité, un {^rand 
nombre de biens dans le Tardenois, le Beauvaisis, l'Amiénois. 
le lioulonois, le Soissonnais, le Laudunois. le Vermandois, etc., 
et, dans Compiègne même, la u Coulure " (Cullura) avec la 
pêcherie (piscRtura) de l'Oise et le tonlieu du marché annuel; 
telle fut l'origine de Saint-Corneille de Compiégne : c'est là une 
des causes déterminantes de l'agglomération urbaine qui se cons- 
titua dès lors '-. 

La présence dans le nouvel établissement de reliques de 
valeur, et qui devinrent célèbres, le Saint-Suaire ■' et le Voile de 
la Vierge *, servit au développement de ta cité naissante, où les 
pèlerins affluèrent. Le pèlerinage au Sainl-Suoire fut l'occasion 
d'un vaste marché qui durait trois jours, à la fin du si" siècle, et 
dont les droits furent alors concédés pur le roi Philippe l" k 
Sainl-Corneilie ^, 

A cette double raison, l'existence d'une abbaye et d'un pèle- 
rinage, — déj.'i suffisante pour expli([Uer le rapide développement 
urbain de Compîègne. — s'ajoute celle que Compiégne n'a pas 



1. CBÎIIellR de l'IIervilliers, o/i. lil.. p. Mi. 

i. Aiin. Berlin., a' H77, éd. Wnilï, p. 135. U- dipliime a été publié par 
É. Morel, Carlul.. n' I, p. fl 9 Icf. II. F., l. VIII, p. 660-662). Dos observa, 
tioas inlérpBsantes sur l'oi-i^inBl aonl cnnienues, Arch. Oise, II 3143, r° 49; 
voy. II. Omonl, IMlrr grcequf mr papi/rin, dans li. de» Bihlinlh., 1892, 
3- série, l. 1, p. 392. Il y ti eu un vidimus'de Philippe VI, du 29 sept. 1342, 
et de la mimii^ipaHlé de Compiégne et de l'nbbaye du 6 juillet 1408 (.\rcli. 
Oise, H 2M3, P> 27). Voir le enpitulaire de Quierïy-siir-Oise, dans Borclius- 
KrauBse, Capital., n" 3G. p. 360. 

3. D. Jacques Langellé, tlhl. du Smnl-Sasire de Coniptèi/n-, Paiis. i6R4, 
ip-12; Caillette do rilcrvjllicra, dans Bail, dr tu Commitulon arclifnl. du 
dioc. de Beaurai», 1847, I. Il, p. 116; Id.. dans La Picardie, IB52, l. VIII, 
p. 20, et Ifi63, t. IX, p. 17; Id., dans Compidgne,p. 147-148; chanoine U. 
Chevalier, Étude rrit. sur l'orig. du Sainl-Suairr de Hirei/, Bibl. tituru-. '• 
V, 2' liv., Paris, !900, in-8, p. 18-19; Baiin, Êludrs locale».... p. 15-16. 

4. Caillette do l'Hervilliers, Campidgne, p. IS0-1S2; Baïin. op. rit., p. 
15. —Joindre, pour les deux, /ncenf. dn tri's-rrl,- l'ull,. n'ijnli'de S:iiiil l'.nr- 
neillede Compiégne, Soissons, 1730, iii-18. 

5. É. Morel, Carlul., n» XXII, p. 51-53. 



236 LA COMMUNE DE 80ISS0NS 

cessé d'être un séjour royal ^ Au début du x*" siècle, d'ailleurs, 
le « palatium » parait une exploitation agricole '*. Au xi** siècle, 
on y voit séjourner volontiers Robert le Pieux, qui y perd son 
fils aîné, Hugues (17 sept. 1025) ^. Jusqu'à 1120, ce palais pos- 
sède un atelier de monnayage fort important*. 

La situation politique à Compiègne est donc originairement 
très simple : les rois, sans doute, y exercent, — ou plutôt 
peuvent y exercer, — des prérogatives importantes. Mais le réel 
souverain de la ville, c'est Saint-Corneille, abbaye très puissante ; 
il faut maintenant se rendre compte de quelle façon se sont déve- 
loppés les droits et constituée l'indépendance presque absolue 
de cette abbaye. 

A la suite d'un incendie qui détruisit en partie les titres 
du chapitre, Charles le Simple renouvela les concessions 
anciennes, et, sur la proposition de son fidèle Haganon, il ajouta, 
pour les clercs, la faculté d'user à leur guise de tous bénéfices 
et revenus et de remplir comme ils le jugeraient convenable les 
services dus, et, de plus, la pleine liberté des ventes et échanges 
tant pour leurs maisons que pour les terres qu'ils avaient a infra 
castellum et extra » ; ce casiellum, ils y commandaient souverai- 
nement, et pouvaient, comme pour la Couture, en chasser qui 
viendrait sV établir ; le castellum ne constituait pas à lui seul 
la ville, puisqu'à l'intérieur et au dehors de ses limites les cha- 
noines possédaient le tonlieu des brasseries [cumbis] et des 
tavernes [tahernis vinariis) ; ils avaient, de plus, le cours de 



1. Louis (-linrpentior, SAjour royal, p. :26-31 ; Hoger, ArchiveSy etc. 
p. 12-14. 

2. Cf. les diplômes de Charles le Simple de 91;) et 917 (Morel, Cartul., 
n° III et V, p. 11 et 16). 

3. Louis Charpentier, Séjour royal, p. 32; Caillette deTHervilliers, Com- 
piègne, j). 111. 

4. Z. Rendu, Essai sur lea anciennes monnaies frappées à Compiègne, dans 
La Picardie, 1856, t. II, p. 320 ; J. du Lac, Note rédigée pour Morel, 
Cartul., p. 88. Charpentier (Séjour royal, p. 34) prétend que la fabrication 
commença sous Clolaire I*"", bien que les premières espèces connues soient 
de Charles le Chauve, et dit que l'atelier était à la Tour des Forges. On 
connaît même, frappé à Compiègne, un denier de Louis VI (De Longpérier, 
dans Mém,de la Soc. des Anliq. de Picardie, t. IX. p. 81). C'est jmurtant ce 
roi qui supprima l'atelier (Morel, CariuL, n" XLIII, p. 87-80; cf. Charpen- 
tier, op. cil., p. 3'fi. On frappa à nouveau des monnaies h Compiègne au 
temi)s de la Ligue (J. du Lac, loccit,). 




» 



I 



l'Oise, avec ses deux rivages, depuis le confluent de Glairoix 
jusqu'au pont de Venelle, avec la p^che et la navigation ', 

La fondation de la chapelle de Saint-Clément par Charles le 
Simple et Frédérune, en 913-, fut complétée, en 918, parune 
série de concessions qui nous montrent qu'ù ce moment Com- 
piègne est uu centre économique assez important ■'. Cette cha- 
pelle a une existence autonome, du moins pour le moment, car, 
avec hi disparition des Caroliag'iens. Saint-Corneille prend une 
importance d'autant plus grande que la vie locale partout se 
développe. 

Pourtant, au début du xr' .siècle, vers 1048, la collégiale est 
dans un étal de crise : ses prévôts dilapident ses biens, particu- 
lièrement un certain .\lbert, imposé aux chanoines par Henri I", 
et excommunié par eux : le roi, à la suite de cette affaire, leur 
abandonne pour toujours le droit de choisir un prévôt parmi 
eux ''. A ce nouveau privilège reconnu !i Saint-Corneille, 
s'ajoutent ceux que Philippe l'', qui venait de confirmer les con- 
cessions de Charles le Simple ', lui concède en 1093 ''. En 
mémoire de la translation du Saint-Suaire d'un vaisseau d'or 
dans une châsse d'or, offerte par Mathilde. reine d'.Augleterre, 
Philippe I" établit une foire qui durera la veille, le jour et le 
lendemain de la commémoration : c'étaient les trois jours du 
prévôt, ainsi nommés de ce que, pendant la foire, le prévôt avait 
la justice dans toute la ville et pour tous les délits ; de plus, le 
trésorier touchait le tonlieude toute vente [negolialionh]^ même 
de la vente du pain. La foire pouvait n'avoir pas lieu sur le ter- 
ritoire de Saint-Corneille, mais se tenir sur ceux des collégiales 
Saint -Maurice ~ ou Saint-Clément ; dans ce eus, Saint-Corneille 
devait payer ftluneouà l'autre 10 sous. Ce diplôme suppose qu'en 



1. Morel, Carlul, a- Vlil. p. 20-2:t. CoaUrmation de la cession de l'Oise 
en 1)22 (ii« XTE, p. 32-33), et de l'ensemble par Louis d'Oalremer en li30 
(n» XIII. p. 33-37). 

2. ld.,(i/rf., n' III, p. 11. 

3. Id., ibid., a" X, p. 2tî-30 droits sur letonlieit du iiinrché . 

i. ld„ ihid., n» XV. p. 38-40. ConfirniBlion en 1098 jwr Pliili|>|)e l-', non 
indiquée parMorel (Ai-cli. Oise. 11 2143, r°33j. 

3. \A.,ibid., Il" XXI, p. 49-51 (i092). 

G. ld.,iAirf., n» XXII, p. 51-53. Cf. le procts-verbat d'ouverture delà 
chasse par l'évèqnc de Soissona Foucauld de tkmneval, le ii octobre 1516 
(Ai-ch. Oiac, H2168. n°l). 

7. Je n'ni rien trouvé concernant celte collégiale. 



238 LA COMMUNE DE SOISSONS 

temps ordinaire les trois collégiales compiégnoises avaient, à la 
fin du XI® siècle, des droits de justice analogues sur leurs terri- 
toires respectifs : en dehors de ces territoires, il n'y avait point 
d'autre juridiction, et on ne sait de quelle façon le roi de France 
faisait exercer ses droits de souverain et de suzerain, bien qu'il 
se fît représenter à Compiègne par un prévôt ou un voyer *. 

Au reste, les chanoines de Saint-Corneille veillent avec le 
plus grand soin au maintien de leurs droits. Vers 1106, le futur 
Louis VI juge à Senlis un procès élevé entre eux et Nivelon II, sei- 
gneur de Pierrefonds, au sujet de la taille que le chapitre pré- 
tendait avoir le droit de lever dans la Couture, où Nivelon pos- 
sédait des serviteurs : le droit fut reconnu aux chanoines 2, et 
la sentence confirmée par Philippe P****. En 1112, Louis VI 
expose qu'anciennement un prévôt royal avait fait détruire un 
pont que Téglise Saint-Corneille possédait depuis sa fondation, 
et en avait fait reconstruire un autre au grand préjudice de 
l'abbaye, puis que Philippe I®*", son père, avait fait rétablir le 
premier et que lui-même en avait à nouveau ordonné la démoli- 
tion : sur la représentation des chanoines, il leur accorde le 
droit de le faire rebâtir et de le posséder en toute propriété *. 

La papauté, de son côté, précise les privilèges de la collégiale. 
En 1119, Calixte II confirme tous les biens de Saint-Corneille, 
son droit d'excommunication, sa faculté de non-comparution aux 
tribunaux civils et ecclésiastiques et l'exemption de la juridic- 
tion métropolitaine ou épiscopale •'. 

A cette époque, Saint-Corneille possède un grand nombre de 
vassaux militaires '• : dans Compiègne même, de la collégiale 
relèvent les huit barons ou fieffés à verge, dont Louis de Gaya 
suppose qu'ils ont été créés vers 1092, au temps où elle fut 

1. Actes de Louis VI de 1112 tLuchaire, Ann, de Louis VI, n'* 139, p. 74), 
et 1121 (ïd., ihid., n» 297, p. 638). 

2. Morel, Cartul., n» XXVIII, p. 01-62. Cf. A. Luchaire, Ann. de Louis V7, 
no 39*, p. 23. 

3. MorcI, Carlul., n» XXVII, p. ,H8-(>(). Cf. Ch.-V. Lauglois, Textes pour 
servira Vhistoire du Parlement, Coll. de textes, Paris, 1889, in-8, n» V, 
p. 8-10. 

4. Moral, CarluL, n° XXX, p. 64-66. Cf. A. Luchaire, .4^/1. de Louis VI, 
n° 139*, p. 74. 

5. Morel, CarfuL,i\^ XLl,p. 83-8V. Confirmation par lùigène III, de 1147 
(Id., ibid., n*^ LXI, p. 115:. 

6. Louis de Gaya, Les huit /ie/fez. . . , ch. V, p. 'M) stp}. 



COUPIËGNK 239 

menticéc par une révolte des Compié^nuis ', et ces feudalaires 
lui donnent de l'éclat et de la puissance. Elle est riche de biens et 
de droits, fameuse par son histoire et ses reliques, et telle est 
sa situation au moyen âge, qu'elle traversera, pour ainsi dire, 
sans se diminuer, les temps modernes •. 

Vis-à-vis de l'C-véque diocésiiin de Soissons, elle est à peu près 
indépendante. C'est nvant tout une situation de fait, solennel- 
lement reconnue, d'fiitleurs, par un concile pi-ovincial, réuni, 
en 1085, à Compiègoe, par Philippe l" ■'; Galixte 11, d'autre 
part, en 111'J, exempte Saînt-Corneille de toute juridiction 
épiscopale et archiépiscopale ' ; de même, en 1 1 17, Eugène III ■'. 
Mais les évèques de Soissons, s'appuyant sur l'absence de textes 
formels, protestent : le 9 mai 1191, le pape Célestîa III accorde 
il Saint-Corneille la liberté de ne pas répondre aux lettres aposto- 
liques que l'évéque de Soissons pourrait impêtrer contre elle, avec 



i. 1,. Je Uaya, op. cil., \i. 4S-49. Ces iieSa sonl (p. 1») ceux de la Porte 
Rouge (maison), îles Pilliers (mnlson), de la Ctoi|uet(B (tnaisnu), du criage 
(service raunicipali, de l'exemption (maiaoni. de l.ihu (terroj, de Jean 
Héi'on (maison), de Jean le Boucher ( indéterminé). 

2. ].'ahhéiloal\\erécvil{Hliiliiudiorèiie de Soingons, p. H-V5|: " L'abbaye 
(le Saint- Corneille u sa justice particulière, leiiuclte s'élcnd sur une partie 
de la ville de Compiêgne et la Culture de Chnrleinngue, et sur lo rivière 
d'Oise, depuis la cloche du village de Clairoi<t, jusqu'il tn cloche du village 
de Jaux. Cette Justice est exercée par les orûciers de IWbbaye. Elle est 
haute, moyenne et basse. Outre la Justice ci-dessous que cette Abbaye 
exerce eu tous lems, elle en exerce une autre, sur toute la ville, pendant les 
trois jours du Prévôt, c'est-ii-dire depuis le vendredi, à 4 heures du soir, 
de la troisième semaine de cai'ême, jusqu'au lundi suivant, ii paivillcbeure... 
L'exercice de ce droit s'ouvre par une cérémonie vulgairement appelée la 
Cohue. Les OfGciers de la Justice ordinaire des Religieux de Saint-Coi*- 
neille, accompagnés do tous les Domestiques de la Maison achevai, sont 
conduits dans un cari-osse par toute la ville, au son des fifres cl des tam- 
hours. Tous ces droits de Justice appartenans A l'Abbaye de Saînl-Comeille 
viennent d'être conQrmés à ladite Abbaye par arrêt déGnilif du Parlement 
de Paris, du 21 février 1781, scellé le 17 mars. " — Sur l'importance de 
l'abbaye au xvui' siècle, voy. un dessin contre la p. 160 de Morel, d'après un 
dessin de 1733, conservé au Musée Vivenel, â Compiêgne. — Ace moment, 
elle était possédée par des l'eligieuses du Val-de-Urâcc {cf. Arch. itat., Lt. 
Ir>l9-163l, llUt. deVunion de l'abaie de S. Corneil..., par M* Jean Broutel, 
chanoine de Verdun, ms. 3 ia-f°, fin ivii' siècle]. 

3. Morel, Cariai., a- XVII, p. 41-42. Cf. A. Pécoul, Le» assemhiôes Mclè- 
fUitiqae» de ConifiUgne, dans Bull, de la Soc. hUt. de Compiêgne, 1875, 
t. II. p. llil. 

i. Id., iJbiJ.,n" XI. I, p. 83-81. 
3. id., ./»«/., n° LXI, p. 11j. 



240 I.A I^MMl'Nt; DR 80ISSII^S 

pouvoir d'en appeleraii Saint-Siège, el déclare nulles el non ave- 
nues les excomniunicatiuiis que cet évê que pourrait lancer <»nlre 
les clercs de la juridiction de cette abbaye relativement aux procu- 
rations qu'il pouvait exiger et qui ne lui étaient pas dues'. Au 
xin" siècle, l'évêque deSoissons et l'abbé de Saint-Corneille sont 
presque des égaux qui traitentensemble : en novembre 1220, une 
sentence arbitrale entre eux stipule que, lorsque l'évêque ordonnera 
aux paroisses de sa juridiction de cesser l'office divin, les cha- 
pelles qui sont de la juridiction de l'abbaye seront tenues de s'v 
conformer, et réciproquement, et que les huit iieffés et les per- 
sonnes qui sont ou pain et au sel de l'abbaye sont totalement 
exemples de la juridiction des évéques -. 

La lutte continue, avec diverses alternatives pendant tout 
le xin' siècle •', jusqu'au jour oii l'évêque d'Amiens fait signer 
par les belligérants un traité de paix qui semble définitif ( I2âi, 
déc.) '. Sur cet accord furent établis les rapports de i'évéchéde 
Soissons et de l'abbaye de Saint -Corneille jusqu'au xvii'* siècle -', 
où la question se rouvrit '■- 

Encore ne retracé-je ici, fort sommairement, que l'iiisloire de la 
partie négative des rapports de ces deux institutions : toufes les 
relations pacifiques, vraisemblablement fort nombreuses, n'ont 
pas donné lieu à des procès -verbaux historiques, et ces rela- 
tions sont si naturelles, qu'au xV siècle on songe h faire con- 
tribuer Compiègne aux dépenses entamées pour la réfection des 
fortifications de Soissons ", comme, en 161)2, on voit l'oflicial de 
Soissons lancer l'excommunication contre ceux des Compiégnois 
qui empêchent, dans leur ville, la juste répartition des tailles >*. 

Palais royal et abbaye, voici les deux éléments constitutifs de 
la ville de Compiègne. Elle s'est peu à peu accrue : vers la fin 

1. Arch. Oise, H -2143. f IW. 

2. Ibid., M14 v". 

3. Arch. Oise, H 2I«, I* 105 V (12*5 et lâifij, lOfi v° (1243). 107 v» 
(1249, 12501. i08 (1252), 110 et v« (1274), liOV (1277), 111 (1279). 

4. Bib. Nat., Coll. V. Grtiiw, l. 281. f"* 65-67 {orig, sur |Mirch. jadis 
scellé de trois sceaux). Cf. Arch. Oiso, Il 2143, P 115 et v». 

5. Cf. les nominu lions du vicnire par l'évêque, .Vrcb. Oise. Il 'iltS, 
MIS. 

6. Bibliogr. par de Maray, UuU. hUi. rfe f.'om/H^r/nc, 187S, l. Il, | 
198. 

7. Bull, de fiomiuts, 1878, 2° sério. l. IX, p. 17 aig. 

8. Arch. Compiègne. CC 132, n" 85. 



[U6- 






COMPlÈGiNK 2il 

du xir siècle, une partie de la population s'est portée au nord- 
est; à ce moment, — probablement sous Tinfluence de l'adminis- 
tration communale, — les Compié^nois élèvent des fortifica- 
tions K Ces fortifications mettent l'église de Saint-Germain, qui 
dépend comme les autres de Saint-Corneille, en dehors de la 
ville : il est dès lors nécessaire de créer dans Compiègne de nou- 
velles paroisses 2. 

L'agglomération formée, au sud-ouest, autour de Saint-Ger- 
main, devint alors un faubourg, nommé aussi faubourg de Laneu- 
ville ou de Franqueville, depuis qu'Adélaïde, veuve de Louis le 
Gros, et usufruitière du domaine de Compiègne, eut fait bâtir, 
vers ii.'îS, un palais près de l'église ^. I^e hameau de Royallieu * 
en fut une dépendance \ En dehors du faubourg Saint-Germain, 
on voyait, autour de Compiègne, le faubourg Saint-Lazare ^, 
formé auprès d'une chapelle dépendant de la léproserie de Saint- 
Corneille^, et le faubourg du petit Margny^, qui fut juridique- 
ment incorporé à la commune en 1208 •'. 



* 



De quelle nature était la population vivant dans ces limites^ 
c'est ce qu'il est fort difficile de dire. 11 est à croire que les mar- 

1. Aubrclicque, dans fiw//. de la Soc. hiai. de Compif^gne^ 1874, t. I, p. 281 
sq. Elles durèrent jusqu'au milieu du xviii® siècle (plans de 1734 et 1750). 

2. Ce furent celles de Saint-Jacques et de Saint-Antoine, créées en 1199 
par deux commissaires d'Innocent III. La collation en fut réservée à l'abbé 
(Bib. Nat., lat. 9171, n° ,'i09. Cf. de Marsy, Sainf-Jacr/ues de Compiègne^ 
dans Bull, de Compiègne, 1884, t. VI, p. 263-264; Abbé E. Morel, La 
division de la ville de Compiègne en trois paroisses^ ibid.^ 1899, t. IX, 
p. 2:)3-255). 

3. Mabillon, De re diplomafica^ p. 602. Confirmation par Louis Vil en 
1177-1178 de la création de cette ville neuve, située entre le bour^ ('.'fau- 
bourg) de Compiègne et la forêt de Cuise (A. Luchaire, Études sur les actes 
de Louis Vll^ Calai., n° 733, p. 328. Cf. Cliarpentier, Séjour royal, p. 35 ; 
Aubrelicque, /oc. cit., p. 290). Voir aux archives de Compiègne, DD 21, la 
copie des actes concernant Saint-Germain. 

4. Ce nom apparaît en 1308, date delà fondation du prieuré. 

H. Aubrelicque, lac. cit., p. 294. Voy. un accord de 1311 entre l'abbaye 
et la commune, Arch. nat., JJ 46, f^* 63 v°-65 v'*. 

6. Id., ihid., p. 295. 

7. Morel, Ca/*/u/., n<* XXXII, p. 67-69. 
H. Aubreliccfue, /oc. ci7., p. 297. 

9. L. Delisle, datai, des actes de Philippe- Auguste, n° 1079, p. 250. 

BoLiuiiN. — Hisloirede la commune de Soissons. 16 



212 LA COMMUNE DB SOISSONS 

chés, existant depuis les Carolingiens *, et les foires créées par 
Philippe I" '^ avaient à la fois enrichi le pays, et donné à ses 
habitants le désir d'une amélioration juridique de leur sort. Sur 
des hommes que la possession d'un bien-être matériel élevait 
moralement et excitait politicjuement, la puissance de Saint- 
Corneille devait peser bien lourdement, et Ton peut voir dans 
un diplôme de Philippe P*", de 1092, un essai de révolution 
urbaine, puisque, à cette date, le roi «ordonne la démolition de la 
tour que des mec/ia/i ^5 avaient élevée contre l'église, et que, pour 
prévenir de nouvelles entreprises, il accorde aux chanoines le 
droit que personne, sans leur permission, ne puisse construire 
dans Compiègne tour, ou forteresse, ou « domus defensabilis » ^. 
L'essai des bourgeois a échoué contre la puissance de Saint- 
Corneille ^ ; contre le roi, en H 20, au contraire, ils réussissent, 
car c'est sur leurs réclamations, peut-être sur leurs menaces ou 
devant leurs émeutes, que Louis VI supprime le monnayage de 
Compiègne et s'engage à laisser en circulation dans cette ville 
autant de monnaie qu'il y en avait au temps passé •'. 

Je crois devoir de très près rattacher à cet acte celui que Tan- 
née suivante (1121) le même Louis VI fit en faveur des gens de 
Compiègne ♦» : les. personnes qui demeuraient dans la ville et 
dans un rayon de cinq lieues autour ne pouvaient être arrêtées 
par le roi et ses officiers qu'en cas de flagrant délit ; les cas où 
le roi et ses officiers auraient à se plaindre d'un habitant étaient 
réglés, ainsi que les saisies de bestiaux ; le roi pardonnait les 
défrichements faits dans la forêt, mais les interdisait pour l'ave- 
nir ; il accordait, de plus, sa sauvegarde à ceux qui se ren- 
draient au marché de Compiègne. Le voyer du roi juni d'observer 

1. Morol, Ca/7w/., noIII, p. 11. 

2. 1(1., /7>k/., n<> XXll, |). .jl-r>3. 

3. Morel, Carlul.^ n*» XIX, p. 40. Cf. J. Flach, Origines de l'ancienne 
France, t. II, p. 3l.">, on n. 

4. Encore au xvi« siècle, l'abbaye de Saint-Corneille se serl de cet acle : 
en marge de la copie dans le (Inrlul. hlanc (Arch. nal., LL 1022, f*» 10 , on 
lit : M ce privilège sert contre les gouverneurs atlournés et échevins de la 
ville (jui veulent faire baslir sur le pont dudict Compiègne •>. 

ry. Morel, CnrIuL, n"XLIlI, p. S7-SÎ).Cf. Luchaire, op. cit., n« 2%, p. 438. 

0. Peigné-Delacourl, Fac-similé de qualre cJiurtes du XII'' s/'V/e, Paris, 
18Gt, in-t, f. s., texte et trad. ; Tardif, Monuments hisf., n'^ 308, }>. 222. 
Cf. Luchaire, o/). r/7., n" 2'J7, p. 138; Morel, op. cit. y n^XLIl,!). 8;»-87. Voy. 
Flach, op. cit.^ l. II, p. 302, n. 1. 



COMPIÈGNE 243 

Tacte, dont Lisiard, évéque de Soissons, et le doyen de Saint- 
Corneille garantirent les clauses par une menace d'excommu- 
nication. 

Ainsi donc, en face de la puissante abbaye, la bourgeoisie com- 
piégnoise commençait à se remuer, à s'organiser. Qu'un moment 
vienne où, pour une cause ou une autre, le pouvoir de Saint- 
Corneille fléchisse, la bourgeoisie, nécessairement, en profitera. 
— Le fait se présenta au milieu du xn*^ siècle, et la commune 
fut créée. 

A Compiègne, la cause déterminante du mouvement com- 
munal a été strictement morale, ou d'ordre ecclésiastique. Les 
chanoines de Saint-Corneille, recrutés en partie dans la classe 
servile ^ avaient, au début du xn*" siècle, de telles mœurs, que, 
vers H12, Louis VI ordonna que les prêtres, diacres et .sous- 
diacres de cette église ne pussent plus épouser de femmes ni 
avoir de concubines, et que les autres clercs, pour éviter le scan- 
dale de la fornication, pussent embrasser l'état de mariage*. 
Cette mesure était insuffisante, et c'est Louis Vil qui employa 
les grands et les bons moyens. En eifet, en 1150, sur le 
conseil du pape Eugène III, et avec l'avis de Suger, légat du 
Saint-Siège pour cette affaire, et de ses barons, il expulsa tout 
bonnement les chanoines de Saint-Corneille et les remplaça par 
des moines, à qui il confirma tous les droits de l'ancienne collé- 
giale ^, L'expulsion ne se fit pas toute seule, les chanoines refu- 
sant de sortir du « camp du diable », selon le mot de Suger '* : 
le nouvel abbé, Eudes de Deuil ^, était persécuté en particulier 
par la reine-mère, Adélaïde, qui prétendait avoir été insultée, 
ainsi que son fils, Philippe de France, archidiacre de Paris et 
trésorier de Saint-Corneille ^. Bien plus, sous la conduite de ce 
Philippe, et accompagnés d'un certain nombre de laïques, les 

1. Mord, (^artul., n° XL, p. 8183. Cf. Lucliaire, .4/i/i. de Louis V7, 
n^240, p. 110-117. 

2. Morol, op. cit.^ n° XXXI, p. 60-67. Cf. Luchaire, op. cit., n° 130*, 
p. 74. 

3. Morel, op. cit. y n^ LXV, p. 120-122. (^f. Luchairo, Etudes.. .^ Catal.^ 
no 257, p. 181-182. 

4. Lettre à l'éveque de Novon, d'août U50 iMorcI, op. cit., n° LXIII, 
p. 118-119). 

5. Élu le 14 sept. ('f. la lettre de Super et la réponse de réveijue de 
Noyon, dans Morel, op. cit., n*» LXIV, p. 119-120. 

6. Lettre à Suger (Morel, op. cit., n« LXVllI, p. 125-126) 



24i LA COMMUNE \)E SOJSSONS 

chanoines pénétrèrent de force dans le couvent, prirent et 
emportèrent une châsse, puis revinrent et essayèrent d'enlever 
le Voile et le Saint-Suaire, coupant les cordes des cloches afin 
qu'on ne sonnât pas Talarme. Les bourgeois de Compiègne 
avaient pourtant été prévenus ; prenant les armes, ils accourent, 
mais comme ils trouvent les portes barricadées du dedans, ils 
pénètrent dans le couvent malgré les chanoines menaçants, et 
délivrent les bénédictins, arrêtés seulement dans leur vengeance 
par la crainte de vei'ser le sang royal de Philippe ^ . La saisie des 
biens des chanoines fut ordonnée 2. Mais quoique le pape 
Eugène III eut ratifié Télection d'Eudes de Deuil, recommandé 
par Pierre le Vénérable et saint Bernard ^^ et pris sous sa protec- 
tion la nouvelle abbaye ^, Tentêté Philippe de France garda par- 
devers lui le trésor de Saint-Corneille : en H58, il ne lavait 
pas encore rendu '\ 

La paix se fit peu à peu entre moines et chanoines. En 1156-58. 
Adrien IV prescrit aux chanoines de se montrer respectueux et 
obéissants envers Tabbé Ansout comme envers leur doven; il 
leur déclare qu'il considérera comme faits à lui-même les ennuis 
causés par eux aux moines, et exige que les serviteurs et tenanciers 
des chanoines prêtent à Tabbé serment de fidélité, afin d'assurer 
la conservation des biens de l'abbaye ^. Il y avait eu de ceux-ci, 
d'ailleurs, partage entre chanoines et moines, partage qui amena 
des contestations réglées par Alexandre III en 1163 " ; les cha- 
noines, peu scrupuleux, se servaient du sceau commun pour sceller 
des actes capables de nuire aux religieux ^, et soustrayaient des 
titres aux archives de l'abbaye -^ Le combat cessa faute de com- 
battants. En 1175, Alexandre 111 déclara que les religieux de 

1. Lettre (le Sujjjer à Raoul de Vonnandois (n° LXVI, p. 122-123), de 
l'évèque de Noyon au pape (u" LXX,p. 127-128), deSuger au pape (11° LXXI, 
p. 129-131). 

2. Lellre de Suj^er h Haoul de Vermandois (n*» LXVI, p. 123), et réponse 
(n« LXVII, p. 124). 

3. Lettres de Suj^er à ces personnages (n" LXIX, p. 12<r. 

4. MoreLop. cit., n" LXXll, p. 131-133 (13 décembre lioO). 

5. Id., ihid., n" LXXX, p. 150-151. 
0. Id., ihicl., n° LXXI, p. i:)l-i:i2. 

7. Id., iljhl., n" XCII, p. 107-lOS. 

8. Id., ihid.. n« CXVIII, p. 211-212 (Rulle d'Alexandie III à llenii de 
France, archevêque de Heims, 28 avril 1 173 ou 74), et CXXII, p. 2H»-217. 

9. Arch. Oise, Il 215-3, f'^ 103 ^Bulle d'Innocent III, du 2V janvier 1212 . 



r 



I 



Saiiit-Cnrneille devaient entrer sans conleste en possession des 
prébendes canoniales vacantes par dt'cès, entrée en relifîion ou 
élt^valionàlY'pi.scopat du Lilulaire', et défeudit fi l'abbé de con- 
férer k personne le titre de chanoine ou la prébende y afférant ^. 
En prêtant main-forte aux moines, lea bourgeois de (^om- 
piègne avaient rendu service à la royaulf; tjue le triomphe, ou, 
tout au moins, 1» résistance prolongée des chanoines aurait pu 
humilier. Kn retour de cette aide, Louis VII leur accorda une com- 
mune •' : le préambule de la charte qui leur fut concédée le porte 
exprRssémeut ''. Ce fut sur les conseils de Samson, archevêque 
de Reims •■, Kudes, abbé de Saint-Denis '', Guillaume de Flogny ', 
abbédeSaint-Corneille, et même de la reine-mère Adélaïde*, que 
Louis Vil, entre le l--- août 1133 et le 3 avril lITii, introduisit à 
<lompiè^ne le texte communal qu'il avait accordé à Soïssons entre 
IllietllilJ. 



Il n'est certes point dit que la charte de Compiègne soit 
copiée sur celle de Soissons : ce n'est pas la coutume, à ce 
stade de l'histoire communale, d'indiquer la lîliatïon des textes 

i. Morei, o/,. cil.. 11" cxxviii, p. ns--m. 

a. l(i., il>id.. n«CXXXIV. p. 221). 

3. C'est liieii la peiisoe de Louis de Gaya, Le* hinl /îe/f'-z, p. 2V-25. 

4. Oriif. : Arch. Compiëgiie, AAl n° i (ff. CaillilU- de rilcrvilU-rs, Com- 
pifgnf. p. lit, n. 3; de l'Épinois, dans Bib. Ée. Charln. t. XXIV. p. 497; 
Horel, Cariai., p. 137). = Copies : et. Luclmire. Éludes..., Latal., n' 303, 
p. 197 [Jointlro un frogment de copie au ilernier f", coté 160, du De Sacra- 

t d'Hugues de Saint- Vie toi-, Dib. nnt., lut. 10881). = Éditinn : Baluxe, 
Mixcelt., l. VII, p. 309 ; Ordonn., I. XI. p. 210-2*2 idap. le vidiiniis de 
Philippe- Auguste) : Caillette de l"Hervillicr», dnns La Picardiir, 18(16, 
t. XII, p. i9, et dans Compi^gw, p. 329-339; Peigné-Dclncourl, Fac- 
timilé.., n-â.p. 3-10; Morel, f.'flrfu/., n'I.XXIH.p. I33-U2. = Tr^iduclion: 
Caillette de l'ilervilliers. Compi*gne, p. I34-U1 el 329-339; Pcigné- 
Delacourt, op. cit., a" 2, p. 3-10; Desmaies, Lfi cuiitmunet el h royaaté, 
p. 21-29 : Journal le ProgrH de TOiV, du 2r. janvier 1860. = Ana- 

; Arch. Oise, H 2U3, f» 39 et V (<l"np. copie de IfitS) ; Ordonn., 
t. XI, Taitte, p. Ivj ; Invenl. xommaire, p. 151 ; Morel, op. cit. ; Luchaîre, 

5. Arclievf que depuis HM au 11 noût 1160[f;aH<a C/iWs/., t. IX, col. 88). 
Déy (Bee.herelw» iiar lea conimuneii..., p. 3S) le considèi* tout à fait comme 
un évèque conimuuBliste. 

fl. i 23 fcv. i 163 {Gallia ChrUt.. l. IX. col. 291). 

7. Abbé de 1152 h 1158 {Gallia ChriH., t. IX, col. «8). 

8. Elle nvAitCompiôgiie dans son duunire, ell'oii sait le r'Me solif (|u'elle 
joua dans les événements de 1150. 




i 



240 LA COMMUNE DE SOISSONS 

municipaux. Mais la simple comparaison des deux chartes nous 
montre leur évidente parenté, que des relations anciennes et 
nécessaires entre les deux villes expliquent par ailleurs. 
Joignez que, en dépit de Texistence à Compiègne d'un marché et 
d'une foire importante, il existe, entre la condition économique 
des Compiégnois et celle des habitants de Soissons, de singulières 
analogies. Nous savons que l'économie soissonnaise est avant 
tout agricole. Or que sont ces « bourgeois » de Compiègne qui 
possèdent des troupeaux de bœufs, vaches, porcs, brebis, bètes 
de somme, et se mettent avec ardeur k défricher la forêt voi- 
sine *, — sinon des agriculteurs, même s'ils habitent des « domus 
defensabiles ^ » ? Rien^ donc d'étonnant qu'on ait emprunté à 
Soissons un texte adaptable à leur ville. On peut même suppo- 
ser qu'ils ont sérieusement réfléchi à l'importance de l'emprunt, 
puisqu 'entre les événements de 1150 et la concession de la charte 
' trois années se sont écoulées. Mais surtout le passage de la 
charte de Soissons à Compiègne est une question de voisinage. 
Ressemblance n'est pas identité. Tandis que la charte de 
Soissons s'applique à tous les habitants de la ville, le préam- 
bule de la charte de Compiègne en excepte les serfs [homines 
capitales) de Dreux de Pierrefonds. De plus, il y a dans la charte 
compiégnoise un caractère d'autonomie communale plus marqué 
que dans hi charte soissonnaise : les bourgeois se font garantir 
l'observance do leurs privilèges par les serments de Guy, le Bou- 
tciller, Thierry Galeran et Anseaude Lille, pour le roi, de Louis 
de Choisy et Payen de Béthisy, pour la reine-mère, de Clair, 
fils de Hosard, pour l'abbé de Saint-Corneille, après quoi ils 
jurent entre eux d'observer le pacte communal. De même, il 
y a dans hi langue de la charte compiégnoise plus de précision : 
les administrateurs communaux, désignés périphrastiquement 
dans la charte de Soissons, sont ici exactement nommés « jurati ». 
Mais, dans ce sens, les modifications sont minces. 

11 va de soi que partout, dans la charte de Compiègne, l'abbé 
de Saint-Corneille est substitué à Tévêque de Soissons. Le pri- 
vilège exorbitant du crédit (2), en particulier, prend une impor- 
tance particulière dans une ville où les échanges paraissent 



i. Acte (lo Louis VI, (le 1121 (Morol. CartiiL, n" XLIII, p. S.VSTi. 
2. Voy. p. 2i2. 



COMPIÈGNE 247 

assez nombreux, et c'est avec ténacité que les abbés de Saint- 
Corneille le revendiquent : en 1287, on voit le roi Philippe 
le Bel interpréter un arrêt du parlement et ordonner que les 
marchands de détail fassent crédit à Tabbaye, sous peine d'y 
être forcés par le maire et les jurés ou par le bailli de Sentis ; 
en retour, il est convenu que, si les religieux manquaient de 
payer au ternie fixé, on pourrait les obliger au paiement par la 
saisie de leurs biens K 

Moins précis sont les articles qui concernent l'étendue de la 
commune : Farticle 4 parle de burgi '^ qui ne figurent pas dans 
l'article correspondant à l'article 47 de Soissons '^, où il est 
question de suburbia. Néanmoins, il est fort à penser que la 
commune s'étend sur la ville et sur les faubourgs, et Ton peut 
croire même que le diplôme de Louis VI, de H21, fixa pour 
l'avenir à 5 lieues l'espace compris dans la banlieue de Com- 
piègne *. En tout cas, dans une partie déterminée de celle-ci, à 
Margny, les droits de la commune furent précisés ou étendus, 
en 1208, par Philippe-Auguste, qui abandonna au maire, moyen- 
nant 120 1. de rente, tout ce qu'il y possédait ^. Malgré cette 
charte, les droits de la commune à Margny restèrent précaires : 
en 1269, le maire ayant protesté, devant le Parlement, contre 
une violation de sa juridiction à Margny, il fut débouté de sa 
réclamation ^. 

Même imprécision en ce qui concerne la mainmorte. On sait 
qu'à Soissons elle n'avait pas été supprimée par Louis Yll, et 
qu'elle le fut par Philippe- Auguste en 1181 ^. Les Compiégnois 
ne pouvaient par suite trouver dans la charte soissonnaise de 
llii-1146 aucun élément juridique à ce sujet. Sachant vraisem- 
blablement que la commune de Soissons avait emprunté beaucoup 
de ses principes à la commune de Beauvais^, c'est à celle-ci 

i. Arch. Oise, H 2143, 1°* 55 et 56. 

'1. Il n'en est pas question dans l'art. 1 de Soissons, qui parle seulement 
do firmilates. 

3. C'est l'art. 19 de la confirmation de 1186, texte des Ordonnances. 

4. Morel, Carlul., n» XLIII, p. 85-87. 

5. L. Delisle, Calai, des acles de Philippe-Auguste^ n** 1079, p. 250. 

6. Oliniy l. I, p. 519, n° 1 (Il s'agit de la pendaison parle bailli de Senlis 
d*un meunier assassin). 

7. Voy. p. 120. 

8. Tout ce que dit l'abbé É. Morel sur les rapports des chartes de Sois- 
sons, Compiègne, Beauvais reste vague (Le mouvement communal..., dans 



248 LA COMMUNE DE SOISSONS 

qu'ils recoururent, par rintermédiaire du roi. Interrogés par 
Louis VII, les communiers beauvaisins répondirent que, depuis 
qu'ils avaient une commune, ils n'avaient vu exercer les 
droits de mainmorte par personne : le roi inséra tout bonnement 
le résultat de sa sommaire enquête dans la charte compiégnoise K 
Ce n'était pas reconnaître formellement l'abolition de la main- 
morte à Gompiègne. Aussi les religieux de Saint-Crépin-le- 
Grand de Soissons étaient-ils dans leur droit strict, quand, en 
12G1, ils réclamèrent la mainmorte d'un bourgeois de Gom- 
piègne : le Parlement, malgré les protestations de la commune, 
leur donna raison 2. 

Pour ce qui concerne l'organisation du corps municipal, la 
charte de Gompiègne laisse les choses dans une fâcheuse obcu- 
rité. A Soissons, la justice du maire, on l'a vu, est, jus- 
qu'à la fin du xii** siècle, singulièrement limitée par la justice du 
grand archidiacre (archidiaconus) '^ L'introduction de la charte 
soissonnaise à Gompiègne nV introduisait pas du même coup 
un archidiacre : la présence à Soissons du grand archidiacre, juge 
d'un grand nombre d'affaires contentieuses municipales, devait 
rendre difficile, pour ne pas dire impossible, la solution des pro- 
cès qui s'élevaient à Gompiègne ; d'ailleurs, la susceptibilité des 
abbés de Saint-Gorneille à l'égard de l'autorité diocésaine devait 
mal supporter l'exercice de la juridiction archidiaconale à Gom- 
piègne. Et pourtant on ne peut nier que non seulement la charte 
de 1133, mais aussi la confirmation de 1186, ne parle de Varchi- 
diaconus. On a résolu la difficulté en disant que ï archidiaconus 
étiût tout simplement le nom ancien du maire '♦. (^est pure 
illusion, car comment expliquer que, en 1183, c'est-à-dire vingt- 
six avant le moment où, à la place de ï archidiaconus^ il n'est 
plus question que du maire'', il existe un maire du nom de 
Pierre ^, et, en 1201 , un maire du nom de Jean d'Estrée ^ ? Il faut 

M(hn. (le la Soc. ncad.,. de TO/.sp, t. XVII, p. 483, el La Commune de Corn- 
pit*(/ne^ p. 12). 

i. Art. 22 du texte des Ordonnances. 

2. Olim, t. I, p. :i3(), n» X. 

3. Voy. p. 113-114. 

4. Morol. dans Carfiil., p. 138 ; dans Mém. de la Soc. acad. de TOfse, 
1808, t. XVII, p. Vl)2; dans L/i commune de dompif'fjne, p. 11. 

."». (Confirmation de 1209 (Voy. j). 2."»0). 
0. Morel, dans Mém., ihid., p. 493. 
7. Id., ibid. 



I 



donc supposer que, de 1153 à 1209, a existé k Compiègne la 
double Juridiction de la mairie el de l'archidiacoiit^ mais qu'en 
fait, seule, la justice coiuniunale a exerei^ un pouvoir rirectiï 
dans la ville de (Zoinpiègne ; ce pouvoir, Philippe-Auguste, qui 
avait oublié de le reconnaître dans sa confirmation de 1 186, le 
reconnut dans sa confirmation de 1209. (Vest il la lin du 
xn' siècle que j'ai rapporté l'afraiblissement des pouvoirs judi- 
ciaires de l'archidiacre h Soissons ; à la même date peut-on 
rapporter la disparition di' son autorité k Compiègne, — dispa- 
rition si complète qu'en I28i l'évèque créera dans cette ville, 
pour s'y faire représenter, un grand vicaire '. 

En 1179-1180, Louis Vil ajouta de nouveaux privilèges à 
ceux qu'il avait concédés à Compiégne en llo3". Il abandonna 
aux bourgeois de Conipiègne sa prévôté royale, moyennant un 
cens de 114 1. 9 s. parisis, payables ^ raison de 12 1.9 d. par 
mois, le minage, ou droit sur le mesurage des crains, moyen- 
nant 30 muids de froment, mesure de Seulis, ti livrer annuelle- 
ment à l'aris, ses droits et cens à Laueuville, — ainsi englobée, 
comme Margny plus tard, dans le périmètre de la commune, — 
moyennant 20 muids d'avoine et 320 chapons h fournir annuelle- 
ment à Paris, les foresteries de Compiègne et de Gîromesnil ou 
Saint-Sauveur, c'est-à-dire la surveillance et la perception des 
droits sur les usagers de ces deux localités, moyennant 260 I. de 
cire et 260 poules. Le roi gardait sa grange et les dépendances 
de celle-ci, ses cens et ses droits de capitation à Compiègne, avec 
le fermage et le chaulîage, ses droits sur Venelle, ses avoines de la 
circonscription censuelle [marescalda) de Venette, et, pour des 
concessions en forêt, ses droits de literie et de bilcher, ses char- 
riages de Venette, sa volière pour les perdrix ou autre gibier, 

j fours des verriers, et, d'une façon générale, tous tes autres 
droits non donnes à cens d'une manière déterminée''. 

Compiègne n'avait, en somme, qu'à se louer de Louis VIL 
Elle vit ses privdèges confirmés, mais aussi ses charges augmen- 
tées par Philippe-Auguste. D'abord il vidime la charte de son 

1. Voy. |j. 240. 

2. Lucliaire, llint. de» InalU. monareh.,\.. If, A|ipe[if!., n= 2i, p. 3t" (Texte 
mal publié) ; cf. t. Il, p. 191, et Ètadc* sur le» urln de Louis Vil, Calai., 
n' 754, p. 335. Voir 3 copies, Areh. Compii''gnf, AA, n" S et S, 

3. Cr. l'art. 6 de la charte. 




250 LA COMMUNE DE SOISSONS 

père en 1186, sans y rien ajouter '. La même année, et peut-être 
au même instant, il confirme le diplôme de 1179, en y joignant 
la cession du tonlieu, le change, le four et la brasserie (biehriam) 
de Venette, plus deux aires à moulin sises au pont de Compiègne, 
toutes choses que la commune tenait jusque-là à cens du roi ; 
on ne pourra poursuivre les bourgeois de Compiègne en justice 
en dehors de la place où ils se réunissent pour cela ; ils pourront 
faire une halle, dont ils percevront les revenus, et ne seront pas 
forcés de sortir de Compiègne pour rendre leurs comptes au roi ; 
le roi réduit à nouveau la foire de Saint-Corneille à trois jours ^, 
et, pour tous ces avantages, il exige de la commune une rente 
de 160 1. (au lieu de 144), payables par arrérages mensuels de 
131. 6 s. 8 d. ^, A cette charge s'ajouta la rente de six muids et 
demi de blé qu'en juin 1196 Philippe- Auguste déclara que la 
commune paierait, — on ne sait pas pour quelle raison, — aux 
religieux de la Bonne-Maison, près de Choisy ^. 

Mais à cet accroissement de charges correspondait un accrois- 
sement de forces. La commune s'incorporait la prévôté dès 1179^, 
les droits de la prévôté de Pierrefonds en 1208, et, à la même 
date, le faubourg de Margny ^ ; Venette et Laneuville, comme 
Margny, faisaient partie de sa banlieue. A cette date, l'admi- 
nistra tion communale semble parfaitement constituée, puisqu'à 
la fin de 1209 ou au début de 1210 Philippe-Auguste confirme 
une nouvelle fois la charte, mais de façon à reconnaître légale- 
ment l'existence, déjà constatée, de la justice du maire ^. Mais 
les concessions de ce roi pratique sont toujours politiques, et il 

1. L. Dolisle, CntHUiijue des actes de Philippe-Atic/iistc, n° l'»8, p. 39 
(Texte dans Ordonn., t. XI, p. 2fO-242, et Baluze, MiscelL, t. VII, p. 309). 
Cf. Morel, durtul.^ p. 137. 

2. En i 1X5 il l'avait éteiuluo à une (piinzaiiie (Delislc, op. cii.y n» 147, 
p. 36). 

3. Delisle, op. cit., n° 157, p. 38 (Texte dans Ordonn., t. XI, p. 3i-3, et 
Baluze, Miscell., t. VII, p. 344). 

4. Delisle, op. cit., n^ 490, p. 118. 

5. En décembre 1279, Roger de Coiidun est à la fois prévôt et maire 
(Hib. Nat., lat. 9172, f° 3a. (^f. II. Gravier, Essai sur les prévôts royaux, 
Paris, 1904, in-S, p. 104). 

6. Delisle, o/). cit., n» 1079, p. 250. 

7. Id., ihid.,i\" 4170, p. 209. 11 n'existe pas de texte complet édité : cf. 
fragments dans Galland, Du franc alcu, Paris, 1037, in-4, p. 82-83 ; (iarlier, 
Ilist. de Valois, t. II, p. 45-40. Voy. Morel, Cartul., [). 137. Bonne analyse 
dans Vinrent, sommaire de rOise, p. 153. 



COMPIÉGNE 251 



profite de ce que les Compiégnois sont séduits par ses faveurs, 
pour oi^aniser dans leur ville un bailliage royal *. 






Nous sommes donc assez loin de Soissons, et, tandis que la 
charte de Soissons est bien le produit de Tétat politique et social 
de cette ville dans la première moitié du xii* siècle, elle prend à 
Compiègne un aspect factice de texte non autochtone. L'histoire 
de Soissons nous a donné Timpression d'une commune faible, à 
peine distincte des communautés rurales voisines, par les carac- 
tères essentiels des principes et de révolution. Si nous entrions 
dans le détail de l'histoire de la commune de Compiègne, nous 
verrions que Texistence urbaine y est bien plus vivace, et, de ce 
fait, je crois trouver la cause principale dans la situation écono- 
mique de la ville à ce moment du moyen âge. 

L'abbaye de Saint-Corneille tient une place prépondérante dans 
cette économie. Non seulement aucun des objets qui servent 
à son entretien ne paie de droit quelconque de transit, péage, 
vinage ou rouage -^ niais elle réglemente toute une partie de 
l'activité commerciale de la ville, où elle exerce les droits de 
rivage*^. C'est autour de l'abbaye, célèbre par ses reliques, et 
dont la visite assure aux pèlerins des indulgences *, que s'est 
créée peu à peu la foire, reconnue par Philippe P^ ^. On y vient 
d'assez loin, puisqu'en mars 1185 Philippe-Auguste annonce 
spécialement aux marchands de Flandre, de Ponthieu et de 

1. Abbé Houllier, Etat du diocèse de Soissons^ p. 40-44. 

2. Arch. Oise, 11.2143, f» 70 v», bulle d'exemption crinnocent IV, de 1247, 
pour les droits perçus sur les blés, vins, laines, pierres, bois, etc. ; 
fo 98 yo^ lettre de Tabbé Pierre d'Estrées, se plaignant qu'on exige des 
péages d'objets achetés pour l'abbaye, 1281 ; ibid,, Godefroi de Louvain, 
légat du Saint-Siège, ordonne d'excommunier quiconque violera les privi- 
lèges de Saint-Corneille, 1287; ibid.^ vidimus par le grand vicaire com- 
mun, 1288, des bulles d'exemption d'Innocent IV, Nicolas III, Célestin III 
et Eugène III. 

3. Arch. Oise, H 2143, f® 45 et v°: confirmalion par Louis IX d'un accord 
entre Saint-Corneille et les habitants de Verberie concernant le rivage, 
1257. 

4. Arch. Oise, H 2143, f° 94 : bulle de Célestin III accordant 20 jours 
d'indulgence à tous les fidèles de l'un et l'autre sexe qui visitent Saint-Cor- 
neille le dimanche de la mi-carême (Rappel en 1237, f° 94 v", et 1245, 
fo 95). 

5. Voy. p. 237. 



252 LA COMMITNE DK SOTSSONS 

Vermandois qu'il prend sous sa protection tous les marchands 
qui viendront à Gompiègne, à la foire de carême, soit pendant 
la paix, soit pendant la guerre K L'excellent roi songe avant 
tout à ses intérêts : il a été admis par les religieux h partager 
le produit de leur foire ; aussi décide-t-il que cette foire durera 
quinze jours **. Mais Compiègne n'est pas géographiquement 
assez bien située, pour que quinze jours durant des mar- 
chands puissent alimenter une foire ; d'autre part, il devait être 
entendu qu'on étendait à ce laps de temps les prérogatives judi- 
ciaires de Saint-Corneille, — ce qui devait beaucoup gêner les 
bourgeois. Ces deux raisons expliquent que l'ancienne durée de 
la foire ait été rétablie par Philippe- Auguste dès H86 ^, 

Les bourgeois ne retiraient directement rien de la foire, dont 
les droits étaient perçus par l'abbaye. Mais sur les échanges quo- 
tidiens et sur le marché, indépendant de la foire *, la commune 
perçoit une série de droits importants : le minage, depuis 1179, 
le tonlieu •'» et le change depuis H 86 ; elle possède une halle 
depuis cette date, ainsi qu'un four, une brasserie, et, sur les 
aires des moulins qui lui sont alors concédées, elle établit, en 
1218, deux moulins à vent ^^ ; elle a des droits usagers impor- 
tants dans la forêt de Compiègne ' ; à Compiègne même, je 
note quelques propriétés communales ^, quelques accense- 
ments ^. Entre les deux puissances économiques de la ville, 
Saint-Corneille et la commune, le conflit est latent. Il est vrai 
qu'il existe à Compiègne un curieux fief, relevant de Saint-Cor- 

1. L. Delislo, (]atul. des actra do Philippc-Atiguate, n^ 123, p. 30. 

2. Id., ilmi., nM47, p. 36. 

3. Dclisle, op. cit., n^ l;i7, p. 38. Au xv*' siècle, la foire» dure encore (voir 
Bib. Nat., n. acq. lai. 124H, n© 9, un mandement de Charles VI à son sujet, 
du 2avr. 1400). 

4. Voy. p. 242. 

5. Droit exercé encore en 1350 (Bib. Nat., n. ac({. lat. 1248, n" 5). 

6. Delisle, o/). o<7., n» 1832, p. 403 (juillet 1218) Texte dans Baluze, 
iV/xce//., t. VII, p. 3:)0;. 

7. Caillette de rHervilliers,Z)c.s(/roi7s d'image dans la forèi de Comj}u^gne, 
dans Compiègne j p. 49-50. Dans (juelle mesure ces droits subsistent, c'est 
ce que nous montre le même auteur, ihid., p. 81-82. 

8. Delisle, op. cit., n<» 2074, p. 459-4C0 (juillet 4221 : Philippe-Au^niste 
autorise la commune à acheter des biens »^ Compiègne). Autre accjuisition, 
signalée pour 1215, par Morel, La coFnmttne de Compiègne. p. 18. 

9. Id., ibid.^ n" 1381, p. 313 (juin 1212 : accensement d'un pré, sis devant 
le pont, aux Templiers, moyennant 20 1. parisis de rente). 



» 



COMPIÈGNE 

neille, dont le titulaire est charf^éde veiller à ce cju'on ne publie 
rien dans la ville qui porte prt^judice aux religieux et mette le 
désaccord entre eux et la commune, mo^'ennant quoi la com- 
mune paie au lielT(S 21 s. |jarisis par an '. N'empêche que les 
conflits d'ordre économique sont relativement nombreux. 

Avant l'établissement d'une halle, les bourgeois étaient bien 
embarrassés pour établir des êtaux. Eu 1200 ou 1201, ils s'em- 
parèrent tout simplement de la Cour du Roi, située devant 
l'abbaye, qui protesta. Philippe-.'Vuguste signa, en août 1201, 
un accord d'après loque! les bourgeois gard^reut les étaux mon- 
tés sur kl place, mais n'eurent plus le droit d'y en étnblii- de nou- 
veaux ; pour les foires et maichés, il fut décidé qu'on organiserait 
des installations mobiles; l'abbé renonçait k ses droits de jus- 
tice sur lu place, sauf pendant les trois jours de prévôté ; pour 
le tout, la commune payait 100 sous |)arisis*'. En 1207, lu 
balle, dont l'établissement avait été autorisé par le r^ri onie ans 
avant ■', n'était pas encore construite ; les bourgeois se mirent 
tout d'un coup (i la b;llif sur un terrain dépendant du monastère ; 
l'abbé dut accepter le fait accompli et abandonner son terrain 
moyennant 20 sous pai-isis de surceiis annuel, non compris le 
premier cens, de 4 sous et 3 deniers, et k la réserve du forage, 
du rouage et de la justice '. Sur ces deus questions, la commune 
triomphait. En mars 1310, Philippe le Bel lui accorda définitive- 
ment les étanx de la boucherie '. 

D'autre part, le droit de rivage exigé par l'abbaye pesait 
lourdement sur les Cnrapiéguois, qui prétendirent ne le payer 
que pour le vin. En 1200, un compromis fut signé, d'après 
lequel on convint que, si un non communier entrait en relations 
de commerce avec un communier, ce dernier demeurerait exempt 
du rivage, sauf pour le vin, quand il pourrait démontrer à l'abbé 
que les marchandises introduites étaieut sa propriété exclusive ". 



1. Louis de Ga^a. Le» hait fieffé:, p. 139 si.i(|. Il suppose c|iie le premier 
Tcudataire llu rriaije fut ce Clair i|UÎ llf^iirc pnrmi li-s (^Hrutits de la charte 
do il!i3 ;voy. p. i\f<] ; un de ses dcsecndflnls i-ii fui i-u tout i'bs infôodë en 
!2a0 [IbUI., p. H2-143(, 

2. Delislf.ft/). r;7., n» r.7i, p. Ij7. 

3. M., liiW., 11" (."û, p. 3R. 

4. More!, La commanedf Cuiniiièijnf, p. I :.. 

5. .\roh. nnt., JJ M, ft.x\. 

B. Morel, o/», cii., p. 15. Cf. l'arrêt de 1311 \IHim, t. Il, p. V,W). 



254 LA COMMINE DE SOISSONS 

Les bourgeois conquirent donc peu à peu un assez grand 
nombre de prérogatives d'ordre économique, et même, après avoir 
été gênés dans lexpansion de leur activité commerciale par 
Tabbaye, ils essayèrent à leur tour de la gêner d'une façon ana- 
logue, en lui interdisant, par exemple, en 1285, d'établir des 
étaux entre les piliers de Saint-Corneille, que la commune reven- 
diquait K 

Il faut noter d'ailleurs que l'économie compiégnoise est avant 
toutd'échange et portantsur la production agricole; Compiègne ne 
fabrique rien, il n'y a pas d'industrie à Compiègne ^. C'est avant 
tout une étape dans les transits par eau des marchandises qui 
voyagent sur TOise. La région fait principalement le commerce 
du vin; que pour une raison ou une autre les vignes dispa- 
raissent, le commerce disparait par là-même, — et c'est le cas pour 
la région. Il y a bien les foires : mais le phénomène de la foire 
a été fort transitoire, parce qu'il correspondait à un état des choses 
périmé. Concurrencée par les foires de Champagne et de Flandre ^, 
la foire de Compiègne devait d'autant plus vite perdre d'impor- 
tance, que les motifs religieux qui attiraient les pèlerins à la 
basilique de Saint-Corneille perdaient davantage de force. 



* 



Au xui*' siècle, la situation financière de Compiègne, — en 
rapport étroit avec sa situation économique, — est bonne '*, En 
1262, les recettes s'élèvent au moins ù 1.100 1., les dépenses 
à 495 ; es prêts engagés par la ville se montent à 3.990 1., dont 
1.460 c(mstituent toutefois des placements désavantageux, l'en- 
semble de sa dette à 3.796 1. ^, Mais à la lin du siècle, aux 

1. Bib. Nat., Coll. .\foreau, l. 208, f° 31. 

2. Cf. Alex. Sorel, Les corporations (Fnrls et métiers avant /7tV,9, dans 
Bull, delà Soc. hist. de Compiègne, 1899, t. IX, p. 188-205, el A. de Roucy, 
La police et le commerce de Compiàf/ne au X VI 11'^ siècle , ihi(L, 1809-1872, 
t. I, p. 71 sq. 

3. Iluveliii, Essai hist. sur le droit des marchés et des foires, Paris, 1897, 
in-8, p. 2:)8, 278, etc. 

4. On constate mémo i\ Conipiè«j^nc l'existence d'une riche hoiir^^eoisie : 
en 1260 on voit un J)our^^eois marié à une fcnnue (|ui lui a apporte au moins 
20.000 1. de dot Olim, t. I. p. 658-r):i9, n» XXl . 

r». A. ijiry. Documents, n^ XXXWl, I, p. 91-92. Notez que dans les recettes 
aucun chilTre ne correspond à la rubri<jue: De cj'plelis et ialia. 



COMPIÈGNE 25S 

ressources existantes de la ville, s'ajoutent des impôts indirects : 
en 1283 ^ en 1307 2. C'est qu'à cette époque la décadence de la 
foire est déjà patente, et que la commune, dans sa lutte pour les 
droits de justice contre Saint-Corneille, se voit accablée par la 
royauté de fortes amendes. Ainsi la commune de Compiègne, partie 
du même point constitutionnel que la commune de Soissons, 
évolue, par un processus différent, et pour des causes pour une 
petite part seulement analogues, vers une déchéance sem- 
blable. 

Dans cette lutte, la commune va épuiser son énergie et ses 
ressources. Sur son territoire propre, l'abbaye de Saint-Corneille 
a tous les droits de justice '*, puisqu'elle a la faculté de faire des 
règlements de police et de poursuivre les crimes '*. Mais la juri- 
diction communale, créée par la charte de 1133, augmentée par 
l'incorporation de la prévôté de Compiègne et des droits de la 
prévôté de Pierre fonds dans cette ville, est vraiment ])uissante : 
depuis 1208, la commune perçoit les amendes royales jusqu'à 
concurrence de 60 sous '\ et le parlement lui confirme ce droit 
en 1262 ^. D'ailleurs, sous saint Louis, le parlement pour- 
rait être presque considéré comme l'allié de la commune : 
en 1270, deux arrêts reconnaissent à celle-ci, malgré les efforts 
du bailli de Vermandois, la justice de mort en chaude mêlée "^ et 



1. Arch. Oise, II 2143, f*» 55 : Le roi déclare que Toclroi qu'il accorde à 
la commune à percevoir sur le pont pendant un an ne portera pas préju- 
dice à l'abbaye, qui recevra la somme nécessaire à l'entretien du pont pen- 
dant cette année. L'octroi semble s'être continué pendant plus d'un an 
(cf. lettres de non-préjudice accordées à la commune par Philippe le Bel, 
40 mars 1297 : Bib. Nat., n. ac(f. lat. 1248, 0° 3). 

2. Arch. Oise, H 2143, f^ 47 : Le roi déclare que l'accise accordée à la com- 
mune pour deux ans et consistant en une obole par pot de vin vendu en gros 
ne portera pas préjudice à l'abbaye. En 1311, l'accise est toujours perçue 
[ibid., fo 47 v*» ; nouvelles lettres de non-préjudice, après information). 
Sur les perceptions de la ville au xiv® siècle, voir un acte de 1373, n. acq. 
lat. 1248, n» 7, et un de 1385, n° 9; voir aussi une lettre de non-préjudice à 
la ville de Compiègne de 1471 {n° 12). 

3. Voy. p. 235 sq. 

4. Cf. un acte de 1100, dans Peigné-Delacourt, Cartulaire d^Oiinicamp^ 
p. 59. Cf. Morel, Carlul., noCVIII, p. 101. 

5. L. Delisle, datai. ^ n" 157, p. 38. 

6. Olini, t. I, p. 537-538, n« III. 

7. Ib'uL, t. I, p. 8i7, n» XXII (1271, n. s.). 



256 LA COMMUNE DE SOISSONS 

la justice des voleurs K En 1282, Philippe le Hardi lui accorde 
le droit de « tenir cour de champions '^ ». 

La lutte commença dès 1270, où les bourgeois essayèrent 
d'empiéter sur la justice abbatiale •^. Puis, c'est toute une série 
d'arrestations de clercs par les communiers, suivies de l'excom- 
munication des audacieux par l'abbé de Saint-Corneille ^. Pen- 
dant la querelle aiguë née entre Tévêque de Soissons et l'abbé 
de Saint-Corneille, celui-ci tente de se faire des communiers des 
alliés, bien qu'ils aient toujours en leur pouvoir des clercs pri- 
sonniers, et il fait tous ses efforts pour que l'évêque de Soissons 
retire les excommunications lancées contre la commune (1283) •"». 
Dès que la paix entre l'abbé et l'évêque est signée (1284), la 
lutte reprend. Les communiers parviennent à faire déclarer par 
le parlement, en 1288, que les clercs ne peuvent faire partie de 
leur commune ^\ Puis les arrestations reprennent, ainsi que les 
excommunications (1289) '. 

Dès lors, l'abbaye porte au parlement ses plaintes, et l'on 
constate que le parlement, — influencé peut-être parla politique 
centralisatrice de Philippe le Bel, — montre pour la commune la 
plus grande mauvaise volonté. La décadence de la commune 
se précipite. Je n'entrerai pas dans le détail des arrêts par 



1. O/mi, t. I, p. 804, 11» XVI. 

2. Charpentier, Séjour royal, p. 39. 

3. Morol, CarluL, n» CXI, p. 199-200. 

4. Hescrit (lliinocent IV du 31 mai 1252 (Arch. Oise, H 2143, f° 108); 
bulle d'Alexandre IV du 18 octobre 1259 (//>eV/., f» 110); mandement, du 
5 avril 1280, de l'abbé de Saint-Corneille, aux curés de (^ompièpne, les 
[)riant de publier rexcommunicalion (i/>/f/., f*^ 122 v" et 123 1 ; d*», du 
19 avril 1281 (/7>/(/., f« 123). 

5. Mandement de Philippe III, du 25 mars 1282, ordonnant au maire et 
aux jurés de Compiègne, tant que durera le procès entre Saint-Corneille 
et révè([ue de Soissons, de rendre à Tabbaye tous les clercs coupables, à 
condition (jue l'abbé les soutiendra en justice contre toute réclamation de 
révè<pie Arch. Oise, II 2H3, l» 123 v"). Cf. iTxV/., les mandements de l'abbé 
prolestant contre les sentences d'excommunication de révècjue, et excom- 
muniant l'évêque et les (^ompiéf^nois qui communiqueraient avec lui. 

0. Olini, t. H, p. 277. Cf. P. Viollet, Les communes françaises, p. 49. 

7. Ordonnance du prieur de Saint-Corneille, enjoi«,^nanl aux curés de 
Saint-Jacques, Saint-Antoine, Saint-Germain et du Crucifix, d'excommunier 
le maire et les jurés s'ils ne rendent pas les personnes arrêtées dans le 
cimetière (Arch. Oise, Il 2143, f'' 12 1. Cf. ihid.^ la sentence arbitrale de 
l'évêque de Paris déclarant juste la sentence. 



I 



COMPIËGKE 237 

desquels ses droite sont limités : en 1291 ', en 1292 -, le débat 
se suide encore sans trop de pertes; en 1294, c'est Philippe de 
Beaumanoir qui fait conclure un compromis par les deux parties '; 
en 1 3(10, l'arrêt du Parlement restreint décidément les droits de la 
commune '' ; de même en 1309 '. Avec cela, le fermier auquel lu 
commune a affermé la prévi^lé commet de sérieuses indélicatesses, 
qui lèsent à la fois la commune et le roi ''. Le mi, déjà prévenu, 
a îi se plaindre plus directement du maire et des jurés qui 
sévissent contre un sergent royal : une amende de 2.200 livres 
tournois est un fîage de sa sévéritû ". Elle se manifeste claire- 
ment en 1312, où l'abbaye de Saint-Corneille communique au 
Parlement plus de dix sujets de plaintes, et la conmiune au 
moins quatorze ". Ces plaintes sont de toute espèce, mais elles 
reposent avant tout sur la prétendue violation des droits de 
justice de Saint-Corneille par la commune : il peu près sur toutes 
les questions, le Parlement donne tort û la commune ou ordonne 
un supplément d'enquête. 

En 1303, le maire Foucard Harel avait fait fondre la cloche 
du belTroi, où s'inscrivait la foi communaliste des vieux âges ''. 
En 1317, Philippe le Long suspendait, ou peu s'en faut, l'admi- 
nistration communale et établissait àCompiègne un gouverneur, 
chargé, comme les commissaires royaux k Soissons, de 
gérer les finances obérées de la ville'", Trois ans après, devant 
l'hostilité combinée de la royauté et de l'église, la commune 
demandait au roi la résiliation du contrat communal. Le 2 sep- 
tembre 1319, le maire Pierre l'Orfèvre, dit d'Auxerre", liansmit 

1. .\rch. CompiÈgne, KK 2, n" 1. IGr. orig. sur pareil., joiiil fi ,ii(ie copLc 
ancienne coiitenaol lu (lescrlptian du sceau). 

2. Olim. l. Il, 1..3W, II» XX.XVIll. 

3. .\i-ch. Conipicgne. DD l", n* I. Cf. <le l.'Kpinwis, dans Bibl. ilr l'Éc. 
</™ Charte», I. XXIV, p. 47*. 

i. Olim, t. 111, 1" parlie. p. i9-i\, a- XXXVIII. 

.1. Boutanc,.yli-(«, n' 37an, l. Il, p. OS. 

11. Olii», l. 111, I" partie, p. *65, n» LXXIII\13I0); cf. p. 40;i,ii" Xl.VllI. 

'.. /i(</„ p. S*0.5i2.ii" XXXVIII (1311). 

8. Ihid., I. Il, p. Sa5-539, n" VI l'I VII. 

!). Voy, Anatojp de MoDiaiglon, Sur l'inscriplion of ia cloche, dans Bull. 
•If Compitgne. 1882, t. V, p. W. Morel, Laeomiiiam Je CampUyut, p. 19- 
•Z», «loune aussi le texte do l'insciiption de la cloche, qui euti-c aulrea 
|"irluil : A : uot* : sos : i.a : ïiixh: s'aUnk : polb : la : seuesbit* : rouMunB. 

10. Sur le beffroi, cf. Caillelle de l'Hervillier», ComiiîPijne, p. 1*3 sq, 
.\idi. nnt.. JJ r>6, 1^58 et v. 

11. C'est lu oom du dt^riiiei' uiuir<' d'apti's D. GîIIl'HSuu ;Cf. Mui-cl, up. 
cil., p. 20), 



i 



2S8 LA COMMUNE DE SOISSONS 

les services communaux à Richard de Piloy, prévôt du roi ', et, au 
mois de décembre suivant, le roi organisa la nouvelle administra- 
tion de Compiègne par l'intermédiaire de son prévôt et du bailli de 
Senlis -, L'ancien corps communal fut remplacé par un conseil de 
gouverneurs-attournés^, et des anciens privilèges de la commune 
subsistèrent au moins les plus apparents, puisqu'en juin 1327 
Charles IV permit à la ville que, pour les cas de feu, meurtre et 
guet, les bourgeois pussent sonner la petite et la grosse cloches, 
«sans oiFence, et sans ce qu'ils soient en riens tenu/ a amende '* ». 
Les privilèges de la ville de Compiègne, augmentés en 1430 '\ 
en 1461 ^', en 1463 ', en 1483 ^, assurèrent à cette ville une exis- 
tence calmement heureuse, dont il serait facile de retracer l'his- 
toire avec les riches documents conservés dans ses archives '^ 



1. Arch. nat., JJ 58, f° 42 v* ; vidimus de Charles VI, d'août 1408, Arch. 
nal., L 1039, n*> 44 ; copie dans Bib; Nat., Coll. D, Grenier, t. 232, {^ 283- 
284; voir au f° 285 rimprimé de ce texte. Cf. roitlonnance de sep- 
tembre 1319 sur le taux des amendes (Arch. nat., JJ 59, f° 19 et v^). 

2. Plus exactement, c*est alors qu'est organisée la police municipale 
(Arch. nal., JJ 58, f"» 31 v» ; Ordonn,, t. XII, p. 448). 

3. Dès 1321, on voit agir lésa t tournés, — d'ailleurs contre Saint-Corneille, 
— « sur les debas mus ou tamps qu'ils estoient en commune » (Arch. Com- 
piègne, FF2, n*>3). lin 1410, ils sont au nombre de 4 {Ibid,, BB I, ^ 1) 

4. Arch. nat., JJ 64, ^ 265 et v»; Ordonn., t. XI, p. 514. 

5. Dans le vidimus de Louis XI de 1461 {Ordonn, j t. XV, p. 364-368). 

6. ïbid. 

7. Ordonn., t. XV, p. 368-373. 

8. Ordonn., t. XIX, p. 1^6-148. 

9. Cf. A. Bazin, Compiègne sous Louis XI, Paris, 1007, in-8. 




I. nui. lien intlil. municiiialefJe Senli», Bih. de rtc. dos [{iiti(cs-Kludes, 
r!ise.n'>ir.,Pons,l«8l,in-8. — De celle hisloir*. Roger, ^rcftiV™ Ai»/, rtcccWd. 
dr in Picardie et lie l'Arlai», Amiens, 1842-43. l. II. p. 329-338, n duniii:' un 
ic. Eu dcliors de l'histoire propj'ement cominnnale de FlamiiiermoTil, 
il exielc des lustoircs générsies de Senlis. D'eliord des faisloirc 
scriles, conservées à In bibliothèque niiinicipnlc de Kenlis (catalngui^es [nii- 
Cullru, dans Cala/, rfw oui. desbib.pub. df France, t. XXIV, p. 290-291) : 1)« 
Ruel, llUt. de l'égliie et du diocète de iienli*. nïiii* siècle (n' 6); Bouvei-, 
Eiiiiai tar le* aniiquitéa, l'hitlaire ecclMafCi'/ue, rivîh et naturelle da ilio- 
cHe de Senti», xvni' siècle |n« 7i ; V, Trcii.liliiy, Hlxlnii-f 
de Sentit, iix' siècle (n" T) ; puis des hislulu -. lii>|. imi 
lieeherchei hitloriquetiur larille de Senlif. ~- ■. . !■ . ■>, .iliioy^i- clii'n- 

iiologiqiie à peu près vide |>our te moyen .i.-. i . > :ii [ur-ift jijnn- 

rei' le latin; (Ledru], Note» à joindre A la 'h--- • iri-":i ■!•■ '^rii/,^ innh'i^f ilaim 
■ede rOiie, SeuHa, 18*1, in-18; V»li«. S,;,IU ■■! i:hi,ntilhj anciens 
et moderne», Senlis, 1847. in-R, s»]is valeur t Vntin et Dopuîs, BhU» hitlo- 
rii/ue»*ur Senli». Sentis. 18S1, in-18, (|ui nVxisle pas h la Bib. Nnt.; Aliht"' 
!il0ltei', Miinntjraphic de» rue», place» et mamimenU de Senti», Sentis, 
i8Xl>-l882-1884, 4 Tase. iu-H, ouviage indigeste, conlenaat beaiicotip de 
rcnseignemenls dans des ai'l.icics clâssi^s pni' ordro atphali^licjiie. DifTé- 
rcnl» points de l'histoire de Senlis ont été abordés dans les Compte» 
rendu» et mémoire» da Comité archfnlogiqur de Senlia, fondé en 1874. 
En dehoi-s de ces comptes rendus, Adethm Bti-nior a publié den telles 
intéressant Senlis pendant la gueri'e de Cent ans \Monumentii inffdit» de 
l^hittoire de France, Sentis, I83ri, in-S), étudiée dnulro part pur .liilcs Flam- 
mermont {Senlî» pendant la giicn-e de Cent an», dnna Mém. de la Soc. d'hi»l. 
de Pari». 1878. t. V, Paris, IH79, in-8. p. 180-298). — Il n'y n rien sur fhiBtoire 
des établissements ceclésinRti(|Ues de Senlis, sauf une Notice »or Vanclenne 
abbaye royale de Saint- Vincent de Senll», composée, iiii tvii* siècle, par te 
P. Nicolas Qucinel, — iju'il ne rsiit pas confondre avec IfiiuiélistcdumémË 
nom, — et publiée dans les Mémoires de la Société aeadi'mit/iie de rOi»e, 186(1, 
t. tV, p. 349 SI). Leurs archives, conservccs aux Arclilves départementales 
de l'Oise, cl inventoriées en 1872 el 1878 (Ch.-V. Langlois et Slein, Le» 
Archive* de thitl. de France, p. 207-208i, offriraient pourtant une riche 
au chercheur. I.a collection du chanoine Afforly, i]ui a vécu an 
' siècle, el qui est conservée ii In t>ibliollièqiic de Scnli8(Cf. t'Ianimer- 



2(i0 LA COMMUNE DK 80ISS0NS 

Flammermont n'y a point étudié les origines de cette ville, qui 
restent singulièrement obscures ^ Ce qu'il importe d'en retenir, 
c'est que le très vraisemblable oppidum gaulois s'est transformé 
en une vijle romaine, d'une certaine importance stratégique, — 
étant située à Tintersection de plusieurs voies * — , et dont, 
à une époque indéterminée, on entoura le périmètre de murs d'un 
développement de huit cents mètres ^. Ce fut l'origine de la civitas'*^ 
de la cité, du castrum^ qui apparaît très distinct encore dans un 
plan de 1772 ^. La petite colonie fut prospère, paraît-il, puisqu'on 
y construisit des arènes ^. A quelle époque et de quelle façon 
devint-elle chrétienne, deux questions auxquelles la critique 
moderne n'a pas encore répondu '. Sous les Mérovingiens et les 
Carolingiens, l'histoire de Senlis reste pour ainsi dire vide. On 



mont, op, cif,j lalrod., p. xi-xvi) contient une quantité énorme de textes, 
employés en particulier par Tabbé Mûller. D. Grenier en avait tiré un cer- 
tain nombre de copies (Bib. Nat., ColL D. Grenier, t. 5, 14, 163, 165 ; il faut 
y joindre les originaux des t. 306 à 310, et 313 à 351\ — L'inventaire des 
archives municipales de Senlis, dont J. Flammermont s'était occupé (Lan- 
glois et Stein, op. cit. y p. 387-388), n'est point achevé ; les documents médié- 
vaux de ces archives ont été mis en œuvre, et quelques-uns publiés par cet 
érudit. Le livre enchainé, du xiii« siècle, constitue le morceau le plus impor- 
tant de ce dépôt ; il en faut rapprocher les fragmenta d'un autre cartulaire 
senlisien du xiir siècle, étudié par De Caix de Saint-Aymour, dans les 
Comptes rendus et Mém.. . . de Senlis y 1894, 3* série, t. IX, p. 117-128. 

1. Elles ont été abonléos dans un mémoire fort contestable de De Caix do 
Sainl-Avmour, dansC'omp/e« rendus et Mém.... de Senlis, 1863, t. I, p. 3-21, 
critiqué par J. Flammermont, dans Comptes rendus et Mém.. . . de Senlis, 
1876, p. 3-5. 

2. Dupuis et Flammermont, Recherches sur la date de Senlis dite la <« cité » 
dans Comptes rendusetMéni.. . . (/eSYvi/^s, 1870, p. 10 ; (|uelques notes diverses 
dans les mêmes Comptes rendus de 1870, et Miiller, Monof/r., p. 518-524. 

3. Dupuis et Flammermont, ioc.cit., p. 11 s(j.; Valin, Senlis et Chan- 
tilly, p. 7-8; Millier, o/>. Ci/., p. 117-118. 

4. Dans un texte de 1068, il est parlé des « munitioncs civilatis >• (Gallia 
Christ,, t. X, lustr., col. 205). 

5. Publié à la fin du t. H, dans Comptes rendus et Mihnoires. . . de Senlis 
(Cf. Legrand, ihid.,p. 83 scj.). 

0. Vatin, Xoticesur les arènes de Senlis découvertes en iHHo, Senlis, 1866, 
in -8. Cf. Millier, op. cit., p. 23 sq. 

7. Sur cette question, en dehors des ouvrages complèiemcnl périmés du 
XVII" siècle (Chan. Jannay, Le parfait prélat ou la vie rt les miracles de saint 
nieul, Senlis, 1640, in-12), cf. abbé Blond, La date de rapostolat de saint 
IUeul,i\ai\s Comptes rendus et Mém.. . . de Seuils, t. l, \). 58-07, cl DhommeeA 
\'alier, Rech. chronol. sur les évéfjues deSenlis, mêmes (Comptes rendus, t. II, 
p. 150 sq. 



SENLIS, LA NEUVILLE, TOURNAI 261 

sait qu'à la fin de la dynastie carolingienne se sont établis dans 
Senlis des comtes sur lesquels on n'est guère renseigné*. 

Les Capétiens sont véritablement les maîtres de Senlis : 
Hugues Capet y est élu, Robert le Pieux y rebâtit Saint-Rieul *, 
Henri I®' fonde Tabbaye Saint- Vincent ^, sa veuve Anne Tenri- 
chit ^, son fils Philippe I*"" y souscrit des diplômes •'; au château 
royal, Louis VI le Gros fonde la chapelle de Saint-Denis en 
1141 <*; il fait la fortune des familles du pays, les La Tour et les 
Garlande ^. Louis VII, en 1154, décide la reconstruction complète 
de la cathédrale 8, en 1177 la réédification de Saint-Frambourg ^. 
Les rois fréquentent, jusque sous Henri IV, le château royal *^. 
Ils se font reprérenterà Senlis par un voyer (vicarius) **, puis, au 
moins depuis 1 129, par un prévôt, dépendant du bailli de Verman- 
dois*'* ; en 1265, le bailliage de Senlis se détache duVermandois*'^ 
Dans la ville, en dehors du roi, il y a un certain nombre de 
chevaliers [milites)^'*, parmi lesquels celui qu'on appelle le Bou- 
teiller de Senlis tient une place prépondérante ^^, Mais le vrai 
seigneur de la ville, c'^est le roi. 



1. Flammermont, Hist., p. 2. On connaît pourtant un certain Bernard, 
vassal du roi de France et soutenant un siège contre Louis IV d'Outremer 
(Ph. Lauer, op, cit., p. 4, 5, n. 2, 64, 126, 127, etc.). 

2. Id., ibid. Cf. MQlIer, op. cit., p. 332. 

3. Millier, op.- cit., p. 532. 

4. Miiller, op. et/., p. 532. 

5. Diplôme pour Saint-Médard de Soissons (voy. p. 43). 

6. Mùller, op. cit., p. 532. 

7. Flammermont, op. cit., p. 2. 

8. A. Luchaire, Études sur les actes de Louis VII, Catalogue, n® 363, 
p. 216-217. Cf. MûUer, op. cit., p. 406. La dédicace eut lieu en 1191. 

9. Flammermont, op. cit., p. 3. 

10. MQller, op, cit., p. 103. Les rois logèrent dès lors à la maison épisco- 
pale, l'Hôtel Saint-Péravy. 

11. J. Flammermont, âains Comptes rendus et Mém.... de Senlis, 1875) t. !. 

p. LXXXIII-VI. 

12. Luchaire. Annales de Louis VI, n"» 446, p. 207-209. Cf. Labande, Ilist, 
de Beauvais, p. 252. 

13. Labande, loc. cit. Cf. comte de Luçay, Angy-en-Beauvaisis, dans 

Comptes rendus et Mém de Senlis, 1875, t. I, p. 199-200. Voy. Margry et 

MûUer, Fragments d'un compte des recettes du domaine du roi dans le bail- 
liage de Senlis en l'année 1332, mômes Comptes rendus, 1893, 3« série, t. 
VIII, p. 92-121. 

14. Flammermont, Hist., P. J., n» IV, p. 165-166 (v. 1173). 

15. Id., ibid., n° lïl, p. 164. Cf. A. Duchesne, Hist. de la maison des Bou- 
teillers de Senlis, dan^ Bev. hist., nobiliaire et biograph. de Sandret, 1878, 



262 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Les juridictions ecclésiastiques, eu effet, ont peu d'importance, 
— si peu qu'elles ne résisteront point au mouvement communal. 
L'évéque, jusquen 1120, est soumis à la coutume de la rapine, 
si âpre dans son diocèse, a quod honiines sui propter regiani 
exactionem servire sibi non auderent * ». Sans doute il jouit de 
la prérogative du portage par quatre vassaux 2. Mais il faut que 
des hommes tels que le fameux Garin occupent le siège épisco- 
pal pour que Tévêché compte un peu-^ 

Le cloître, près du château, constitue le domaine propre de la 
justice du chapitre : encore n'est-ce qu'en 1237 que le roi et la 
commune abandonnent les droits qu'ils pouvaient y prétendre ^, 
en 1257 qu'il obtient définitivement le droit d'être clos"'. Les 
chapitres de Notre-Dame '' et de Saint-Rieul " constituent d'autres 
juridictions avec lesquelles la commune devra traiter ^. Saint- 
Frambourg, au moment où celle-ci s'organise (1173), est dans un 
tel état d'affaiblissement quen 1177 Louis VII pose la première 
pierre d'un édifice qui ne sera achevé qu'en 1259 -'. La paroisse 
de Saint-Michel est sans importance*^. En somme, en dehors du 
chapitre, la seule juridiction ecclésiastique qui compte, à Senlis, 
c'est Tabbaye Saint- Vincent, fondée en 1059 ou 1060 par Anne 
de Russie, dans le faubourg Vietel, « in alodio regali » ** ; mais 

3« sério, t. III, p. 153, 193, 351, 466, 481, et 1870. t. IV, p. 67. Voy. Flam- 
inorniont, np. cit., p. 26. 

1. (iailin ChrÎHf., t. X, Instr., col. 209-210. 

2. Arcli. Oise, G 676, passim. Cf. Millier, op. rif., p. 208-209. 

3. Deslyons, Màrn. sur Guérin^ pub. p. Valiier dans domptes renrlus et 
Màm.... de Sofilis, 1887, 3*' série, l. H, p. 71-148. 

4. Arch. Oise, G 2043, n" 8. 

.*». (r.illfH dhrist., L X, Inslr., eol. 460-461. Cf. Millier, op. cit., p. 122, 
n 2 

6. On connaît au moins deux dédicaces, l'une sous Eudes !•''' (fin x*" siècle 1 
ou Eudes H. V. 1068, l'autre sous Thibaud if v. 115")) ((lallia Christ., t. X, 
col. 1378, et Instr., col. 43). Il fut enrichi par Henri I"" et Philippe I*"** (Gai- 
lin Christ., t. X. Instr., col. 205). Cf. Mïdler, op. cit., p. 501 stp 

7. On en a attribué la fondation à Clovis [Gniiiu Christ., t. X. col. 1466; 
cf. Millier, o/). ci7.,p. 598 S(|.). Il fut restauré par Robert lePieux (Millier, op. 
cit., p. 600). La porte de Saint-Hieul servait de lieu de proclamation et de 
lieu de contrats (Millier, op. cit., p. 600 et 611). 

8. Flanimermonl, llist., p. 4, et P. J.,n*'^ VIII et XI. 

9. Galliii Christ., t. X, col. 1472, col. 147V et n. n; Millier, op. cit., 
p. 535-537. 

10. Gatli.i Christ., t. X, Instr., col. 209. 

11. Gulli.i Christ., t. X, col. 1492 s(|., et Instr. col. 20t ; P. Quesnel, 
Xotice, n. .V, p. 3V4 et 3'*5. Diplôme confirmatif de Philippe l"'' de 1069 (Id., 



SENLIS, LA NEUVILLE, TOURNAI 263 

les donations d'Anne sont trop minces : Tabbaye subit bientôt 
une véritable crise, à laquelle, vers H20, pape, évêque, roi 
essaient de remédier K En H29 Louis VF, en H46 Louis VII ^ 
reconnaissent et déterminent les droits de justice de Saint- Vincent. 
Mais on ne voit pas autour de Kaint- Vincent se créer d'agglo- 
mération importante. Sous Philippe-Auguste, très probablement, 
de nouvelles fortifications sont élevées * ; dès 1287, Saint- Vincent 
est enfermé dans la ville ^, et quant aux divers vici qu'on peut 
relever dans les chartes d*Afforty ^, on peut se demander s'ils 
constituent réellement des faubourgs, et s'ils ne sont point plu- 
tôt des rues. 



« * 



Une économie de caractère avant tout agricole répond au peu 
d'importance qu'a la ville de Senlis. Non seulement le faubourg 
contient prés, granges, jardins 7, mais la ville elle-même est habi- 
tée par des hôtes, c'est-à-dire de ces cultivateurs d'espèce servile 
qui sont l'objet de transactions commerciales ou pieuses ^. La pro- 
duction est agricole : les moulins de la Nonette sont importants ^; 
semblablement les vignobles d'alentour *'^, du faubourg même**. 

ibid., n. B, p. 346-347, ou Gallia ChrisL, t. X, Instr., col. 205-206. Cf. Mal- 
ien, op. cj7., p. 617 sq.). Le nom du faubourg vient de la rivière, actuelle- 
ment la Nonette (P. Quesnel, loc. cit,^ p. 251). 

1. Gallia Christ,, t. X, Instr., col. 210 (bulle de Calixte II), 211 (donation 
de l'évêque Clairambaud), 211 (restitution par un laïc, 1130); A. Luchaire, 
Ann, de Louis V/, n*» 293*, p. 137. Du xii« siècle date la reconstruction de 
Saint-Vincent (P. Quesnel, loc. cit., p. 263 sq.). 

2. Luchaire, Ann. de Louis V/, n» 446, p. 207-209. 

3. Id., Études sur les actes de Louis K//, Ca/a/., n° 217, p. 169. 

4. MQller, op. cit., p. 245. 

5. Id., ihid. Voy. la carte dessinée par Millier et publiée à la fin de son 
fascicule IV. 

6. Notons le vicus Ballantum, le v. Vinearum, le v. Parisiensis, le v. S. 
Genovefae, le v Securis (Cf. Mûller, op. cit., p. 211). Sur le v. Parisiensis, 
qui paraît bien être un faubourg, voy. Millier, op. cit., p. 566. 

7. P. Quesnel, loc. cit., n. D., p. 351 (bulle de 1147); Gallia Christ., 
t. X, col. 1474 (donation de 1164). 

8. A. Luchaire, Ann. de Louis VI, n» 446, p. 207-209 (1129), et n° 504, 
p. 232-233 (1132). 

9. P. Quesnel, loc. cit., n. D, p. 351 (bulle de 1147); Gallia Christ., 
t. X, Instr., col. 215 (dotation de 1167). Cf. Miïller, op. cit., p. 387- 
397. 

10. Cf. Miiller, op. cit., p. 190 sq. 

11. Donation de Louis VI de six muids do vin pris dans le clos du fau- 
bourg. 



2Gi LA COMMUNE DE SOISSONS 

Sans doute, peu à peu, s'est développée une économie d'échange : 
il y a à Senlis un marché royal, où le prévôt du roi exige le hau- 
ban des commerçants * ; sur les échanges normaux, quotidiens, 
Tévêque perçoit certains droits par l'intermédiaire d'un tonlonier ', 
Mais tout cela est si peu actif f(ue Louis VII peut créer en faveur 
de la maladrerie une foire de huit jours durant la semaine de la 
Nativité de la Vierge ''. On constate pourtant dès le milieu du 
xir siècle une certaine circulation d'argent ^ ; Senlis possède 
même une colonie juive '\ Cela ne fait pas que Senlis possède de 
véritable industrie. Il existe bien pourtant des moulins à tan, 
monopolisés par la royauté et les bouteillers ^K Les bouchers, 
d'autre part, semblent constituer un groupement corporatif peut- 
être antérieur à la commune '. En fait, il ne se développe à Sen- 
lis de commerce qu'au xni® siècle : alors les drapiers ont constitué 
leur confrérie ^, alors les lingers et les tisserands promulguent 
leurs statuts de métier (1311)'*^, alors sont établis dans la ville 
des entrepôts, des halles **\ 

Mais ce progrès économique, constaté au xiii*' siècle, on ne 
voit pas qu'il ait des origines très anciennes, et cependant 
on ne peut le nier, car la révolution politique n'a pu être à Sen- 

1. Luchaire, op, cit., n° 440, p. 207-209. Il y est dit que les bôles de Tab- 
bay^ qui font le commerce ne paieront qu'à Fabbaye le hauban. Ces merca-^ 
tores ne |)araisscnt pas constituer une classe spéciale : ce sont les ordi- 
naires hôtes en train d'échanger l'excédent de leur production. Millier ne 
donne sur le marché aucun texte avant le xii'- siècle (oj). cit., p. 152). 

2. F. Quesnel, loc. cil., p. 351 (bulle de 1147). 

3. Flamniermont, op. cit., P. J., n° 1. Cf. Muller, op. cil., p. 300. Cette 
foire n'eut jamais beaucoup d'importance, puisqu'en 1307 Philippe le Bel en 
accorda une autre à Senlis. 

4. P. Quesnel, foc. cit., n. B, p. 347-348 : il est question d'une donation 
de 20 livres sur le change de Senlis. 

!>. Il y avait à Senlis deux Juiveries (Miïller, op. cit., p. l V8 sq.). 

0. Luchaire, Etudes sur les nctes de Louis VII, Culal., n" ">9!), p. 287. Cf. 
Id., Hist. des inslil. monarchiques, l. II, p. 150, n. 8. En 1218, Philippe- 
Aup^usle confirme un accord entre Gui le Bouteiller de Senlis et la commune 
au sujet de ces moulins • L. Dclisle, Calai, des actes de Philippe-Auguste, 
n° 1827, p. 402). 

7. Voy. un acte de 1193 qui les montre parfaitement orjj^anisés (Flammer- 
mont, op. cit., P. J., n® VI). Il y avait à Senlis deux boucheries (Arch. Oise, 
G 2043, n" 5, acte de 1226, et n° 8, acte de 1237). 

H. Arch. Oise, G 2067, liasse d'actes de 1240 à 1260. 

y. Flammermonl, op. cit., P. J., n*^" XVIII et XIX. 

11). MQller, op. cit., p. 295-299. Sur l'industrie senlisienne, voy. Driard, 
dans Comptes rendus et Mém.. . . de Senlis, 1899, 4« série, t. III, p. 232 sq. 



lis que la consetjuence de IVvolution sociale. Révolution bien 
calme en tout cas. Senlis, comme entourée d'un cercle de com- 
munes, — Beauvais, Compiègne, Soissons, — a subi l'influence 
d'une propagande communaliste, tacite ou non, que nous sommes 
forcés de supposer. Compiègne était à la fois la plus proche et la 
plus récenlede ces communes; des liens économiques, par la vallée 
de l'Oise, avaient dû s'établir entre les deux villes, comme il exis- 
tait entre elles des liens religieux '. C'est ce qui explique que la 
charte senlisienne ait été « a la fourme de celle de Compeigne >• '•. 
Quant à la raison déterminante de la concession, elle est simple : 
les Senlisiens otTrirent au roi, — ou le roi exigea d'eux, — 208 I, 
parisis, BO mutds de méteil, 60 muids de vin, et la fourniture des 
ècuelles, des pots et du sel nécessaire à \» cuisine du roi pen<lanl 
ses séjours dans leur ville. Philippe-Auguste, en retour de nou- 
veaux privilèges, augmenta la rente en argent de 72 1., ce qui Ht 
280 I. ; quant aux rentes en nature, Louis VIII en distraya en 
1223, en faveur tle l'abbaye de la Victoire, fondée par son père 
non loin de Senlis, 50 muids de vin et quarante de méteti. 

Sauf ces niodilicatlons, les chartes de Louis VII en i173 ■', de 
Philippe- Auguste en 1202 ^ et de Louis VIIl en 1223 '■• .sont 
tout à fait semblables ; la seconde cependant ajoute certains privi- 



1, Mission confiée ea 1109 par le pape il l'ëvètjiie Je Senlis pour l'éfor- 
mer le couvent dt^ Sainl-Corucilie (ûaffi'a ChrUl., t. X, lustr., col. S2ri]. 
Nolons ijue duiis Il>s nrcliivt-s (lu chapitre ilc Senlis se trouve le copie de lu 
charte compiégnuise (Arch. Oise, G 2W.i, n° 13). 

;, Flammei-mont, op. cit., P. J., n" II bis. 

3. Orig.: Arch. Sealis, Wl=: Copias: cf. \. LucliHire, Étiideêtiirleriaele» 
de Louis Vil. Catal., n" 545, p. 303 (joindre Art'h. Oise, G 2043, n" 1, vidi- 
mus du bailli de Senlis, 12 aoûH W7, et n" 13 ; v. plushaut, n. i). = t^ililioii : 
Flammermont, op. ci(., P. J.,n'" II, p. iSS-tfll.^rrnfy. anr. :Car(ul. enchaîné, 
AA IX, r° t V, éd. par Plammermont, op. cit., P. i., n" Il iû, \i. lGi-164. 
= Trad. mad. : Valin,.Çen(ù et ChsnliUy. p. 32-36. 

4. Orig. : perdu. ^ Ona des copïi-s, sous la forme de la minute et celle de 
l'expédition : et. L. Delislc, Catal. de» actes de PMlippf-Augiisle, a" 606, 
p. 162. = Édition : Gatlia Christ., t. X, Inslr., col. 4111 ; Urdonn.. i. XIT. 
p. 292-294 ; Flamniermonl, op. cit., P. J.. n" \1I. p. 1(19-170. = rrW- : Garlul. 
enchaîné, (" 9, éd. par Flammermont. op. rit., P. J., q" VII bi», p. 170- 
171. 

5. Orig. : perdu. =Surles copies, cf. Pelit-Dutaillia,iÎ7"rf''j("r If règne de 
Louis Vin, Calil., n' 90. p. 461. ^ Edition dans la Galli/, Christ, et les 
Ordonn., lac. cit., et Flammermont, op. cit., P.J.,n''X,p. 174-173, ^ rrn- 
duetion : Cartiil. euchnîné, t' 15, éd. par Flammermont, op. cil,, P. J., u' X 
bu, p. 175-176. 



266 LA COMMUNE DE SOISSONS 

loges judiciaires à la première. Comparée à la charte de Com- 
piègne, la charte de Senlis offre peu de différences. Celles qui 
existent s'expliquent d'elles-mêmes. En effet, la disparition de ce 
qui concerne les pêcheurs à larticle 1 provient de ce que nous 
sommes en présence de la petite rivière de la Nonetle, et non 
plus de rOise et de TAisne, aux pêcheries importantes. Dans cet 
article, point n'est fait mention du droit de crédit de Têvêque : 
mais on sait le peu de pouvoir politique de celui-ci, qui ven- 
dit à la commune, en 1177, après certaines négociations sans 
doute, ses droits sur le tonlieu *, car l'article concernant le ton- 
lieu de la charte compiégnoise manque à Senlis, et il est spé- 
cifié dans une clause annexe de la charte qu'en particulier le 
menu tonlieu appartient bien à la commune, qui paie pour cela 
au roi différentes choses. Il est vrai que la juridiction archidia- 
conale subsiste ; mais, dans le fait qu'en 1202 le roi, retenant 
pour lui les cas de meurtre, rapt et homicide, abandonne à la com- 
mune tous les autres délits commis dans la ville et la banlieu, il 
est permis de voir l'abolition effective de cette juridiction surannée. 
Voilà les différences ; tout le reste, dans les deux chartes, est 
identique. Cela ne veut pas dire que, dans l'application des deux 
textes, les procédés soient absolument pareils. Ainsi les charges 
serviles, — formariage, chevage, — subsistent à Senlis comme à 
Compiègne '*' ; mais on ne voit pas, — sans qu'on puisse le nier, 
— que la mainmorte ait été abolie à Senlis comme à Compiègne. 
De plus, les juridictions non bourgeoises de Senlis sont plus 
nombreuses que celles de Compiègne, et, quoique faibles, bien 
que la commune ne soit pas très puissante, elle doit conclure avec 
ces juridictions une série d'accords qui augmentent ses propres 
droits : le bouteiller, en 1173 '\ les chevaliers, vers cette date ^, 
l'évêque, en 1177 et 121o ^, le chapitre de Notre-Dame en 1204, 



1. Flammcnnont, op. ci(,y p. 10 et 31. On peut supposer {[ue les négo- 
cialions commencèrent dès 1173. Le lonlonier communal est excommunié 
en 1239 pour avoir voulu percevoir ce tonlieu sur la place de la cathédrale 
(Arch. Oise, G 2043, n» 6]. 

2. On voit (pie Tévêque vend à la commune ses droits de mainmorte, 
ban, congé; le bouteiller, sa taille et ses droits de ban et de siiile (Flam- 
mermont, op. cit., p. 8). 

3. Fiammermont, op. cit., P. J., n** III, et p. 16 et 26. 

4. ïd., ihid., P. J., n» IV. 

î>. ïd., //>/(/., P. J., n** V, et p. 3. Notez que ce n'esl (|u'en 1321, après 



NEUVILLK, ■ 

en 1223 et 1237 ' ; Saiat-Fi-amboiii'g f>;arde la justice dans 
son enclos -. de même que Saiiit-Vincent. dont les olficiers de 
justice, depuis 1288, doivent prêter serment au maire ''. Certes 
les clercs conservent, en dehors des limites de leurs juridic- 
tions, certains privilèges : usuriers, ils «.'chappent Ix la justice 
communale : créanciers, ils ont recours h l'évêque ' ; les servi- 
teurs des chanoines sont justiciables des chanoines "', sauf en c;is 
de llagrant délit ". Mais ta commune a la justice des nobles -, 
el, depuis 1202. elle a la justice de tous les forfaits, sauf le rapi, 
le meurtre el l'homicide '', dans la ville et la banlieue '', qui com- 
prend les hameaux de ViUemélrie "', Villevert " et Aumonl'^. 
Dans ces limites, tous les habitants doivent pri^ter le serment 
communal, sauf les clercs et les nobles, sauf aussi les serviteurs 
des chanoines, qui peuvent cependant y être contraints, s'ils sont 
fils de jurés ou s'ils ont leur femme dans la ville'''. Les commu- 
niers sont parfois dits jurali '''. Mais ce terme pai'ait avoir dési- 



In disporition de In commune, que l'évêiiue obtiiil un Hnôl lui ri'cociiiaissiitil 
Imite justice dans sa maison [Id., ihid., \i. 20). 

i. Flammermoiil, op. cit., p. t7, 18, P. J.. n« Vlll, X l't XI; Arch, 
Oisi', G 2»ii, n' 8 (acic de Louis IX, notiQunt un ttrbilrugc c-oiidu jur li 
bailli de V<>rmandoi8|, En 1243 est réglée In qucalioii de la juslic« 
aubninsdu chnpitre, dont la justiceet^tà la commune, mais lu propriété' di 
meubles cl immeubles, k leur mort, au ctiB|nlre (Arcli. Oise, G 2Ô43, n" " 
3. Klammcrmunt, op. cit., p. 20 mccord de 1310). 

■ " , ibid., p. ao-2). 






*. Id., ihid.. 



. 17. 



5. Id., ihid., f>. 19. 

6. Arrêt de 1262 {Olim, t. 1. p. 15B. n" Xll). 

7. Arrel de 1260 {Otim., I I, p. *74. n' II). 

8. Ciiarte de Philippe- Auguste. Cf. urrùl de 1267 (Olim, L. I, p. 710-711. 
n" XXXI V|. Voy. un exemple de viol jugé pur le Pnrlement, ibid.,i, 1, p, 8GB, 
n° VIII. Le rai s'assure mùme la justice " de fincUone nssecurationis " [ibïd., 
l. 1, p. 728, u" Vlll,arrêl delStlBl : mais il nu pas la justice des faux mon- 
iiayeui-s(i7ii(/., t. 1. p. SIH, n' X). 

9. Charte de Philippe- Auguste (Flaminennonl, op. cit., P. J., n' VII). 
Elle avait même dans la l»inlieue des foui'chea patibulaires 'lioutaric, 
Acie», n"64r>81. 

10. Arch. Oise, G H48, n" 1 (accord entre la commune et ri5vè(|up). 

1 1 . Pellt-Dutaillis, op. cit., Calai., u" 322, p.492 (arbitrage entre la com- 
mune el Sainl-Rieul]. 

(2. Flnmmermont. op. '•il., p. 311-21 (accord pnlre In commune el SainI- 




r^ 



268 LA COMMUNE DE SOISSON'S 

4. 

gné aussi les assesseurs du maire '. Il n'y a pas à Senlis que 
cette espèce d'assesseurs, et, comme à Sens, on trouve aussi, du 
moins au xiv® siècle, des pares (pairs) ^ ou scabini (échevins) -^ 
Quant au maire, qui n'apparaît qu'en H84 ^, il est renouvelé 
annuellement, au début du xiv* siècle ^ ; ses fonctions ne sont 
pas gratuites ^, et, lorsqu'il meurt en charge, un lieutenant gère 
les affaires de la ville ^. Ces divers personnages constituent le 
conseil, rigoureusement secret ^^ de la commune, qui se tient 
dans le beffroi construit aux pieds des remparts de la « cité » , 
au milieu de la place du marché ^. Leur fonction principale est 
de rendre la justice *^^ A partir du milieu du xui^ siècle, quand 
un bailli est installé à Senlis, et que le Parlement est définitive- 
ment organisé, cette fonction est, en dépit des textes constitu- 
tionnels, un privilège un peu vide : sans cesse, le bailli soulève 
des conflits d'attribution **. 

Les finances sont confiées à un fonctionnaire spécial, le 
« dépensier » ***. Je ne reviendrai pas sur leur mécanisme après 
Flammermont, dont les pages sur ce sujet sont excellentes. 
Disons que les revenus comprenaient la taille, obligatoire et éta- 
blie sur la déclaration des imposés, les amendes, dont le produit 
était affermé, différentes censives et locations, et des droits de 
circulation et d'échange, — travers, passage, minage, grand ton- 
lieu, menu tonlieu, vente de poisson de mer, — qui sont caracté- 
risés par un protectionnisme outrancier ^^ ; il faut y joindre les 

1. Voy. la charte do commune. 

2. Flammermont, op. cit., P. J., n° XX. 

3. Id., ibicl., P. J.,n°XXII. 

i. Margry, dans Compi es rendus et Méni. . . de Senlis., 187^, t. IV, p. 220- 
221. Lire sur la date d'apparidon les observations judicieuses de Flammer- 
mont, op. cit. y p. 12. 

5. Flammermont, op. cit., p. 12. 

6. En 1314, on doit encore à Hobert de Murât, maire en 1308-1309, 20 1. 
pour la mairie (Flammermont. op. cit., p. 12). 

7. Flammermont, op. cit., P. J., n*» XXII. 

8. Arrêt de 126t (0//m, i. I, p. 581, n» 1). 

9. De Caix de Saint-Aymour, Comptes rendus et Méni. . . de Senlis, 1892, 
^* série, t. VII, p. ir)-23. Une des cloches est de 1281 (p. 17, n. 3). Recons- 
truit au xiv siècle (Flammermont, mêmes Comptes rendus, 1875, t. ï, 
p. xci-xcii). 

10. Flammermont, op. cit., p. 23-25. 

11. Boutaric, Acfe.s, noM230, 1270, 2109, i64*, 479% 1588; Flammermont, 
op. cit., P. J., n® XX. 

12. Flammermont, op. cit., p. 12. 
43. Id., ibid., p. 27-34 et 29-39. 



emprunts, au moyen desquels la commune espérait rcmi^dier h 
l'inBufTisance de ses ressources '. C'est c|ue ses chargées sont très 
lourdes : de rentes reprt'.sentatives de droits abolis, à payer au 
roi ou aux juridictions ecclésiastiques de la ville, la commune 
paie 400 1. par an, it la fin du xin' siècle, et c'est un cliiirre cer- 
tainement au-dessous de la réalité ■. En i2(ifi, l'état du budget 
est inquiétant t sans doute les recettes sont supérieures du 122 t. 
aux dépenses ■\ mais la commune a une dette de 1l)"i2 1. et t1(i 
1. de mauvaises créances ''. Or il est difiicile d'améliorer celte 
situation : Sentis possède une petite activité économique ; ses 
administrateurs l'ont inintelligemment entourée d'un réseau 
de droits protecteurs, dont ils exemptent non moins inintelli- 
gemmenl leurs administrés '', double raison pour laisser vides les 
caisses communales. Ainsi, sans supposer une action hostile de 
la royauté ''•, la politique linancière de la commune, dont les 
imperfections sont imputables â la mauvaise administration des 
officiersmunicipaux en même temps qu'aux condit ions profondesde 
l'économie senlisienne, sufiit à expliquer sa disparition. Joignons 
que la constitution d'une aristocratie du travail au moyen de règle- 
ments corporatil's. au début du xiV siècle ', le poids plus lourd 
pour les plus pauvres des impôts indirects, la taquinerie même 
des bans somptuaires " amenèrent la dissociation des classes â 
Senlis : ce fut le menu peuple qui demanda la résiliation d'un 
contrat qui ne correspondait plus aux conditions nouvelles de la 
vie sociale, et dont la haute bourgeoisie, seule, tirait parti ", 



. Klammermont, op.cU.,\>. 3i-3j. 
. ïd.,ibii]..p. 36, n. 1. 

. Dufour, dans MSm. rfe la Soc. '/m Aiili-/. th la Pk-ardie, I. XV, p. 479, 
. Id., ibid. 

. Pour U- travers, le minage et le lonlieii. Klaiiimpniioiil, o/». fi(,, 
19-31, donne des exemples frappanls. 

. Parmi les fortes amendes qui frapiieiiL cepcniliint la L'ajninuiic. ijuk'z 
e de 126V = iOO livres(0((/n.. t. I, p, nSl, n" 1). et cclk- <ii- i:il2 = 
livres (Flammermonl, up. cit., p. 14). 
. Voy. p. 26*. 

. Flammermont,op. rrf., p. 14-15. 

, Parmi les faits révélés par l'enquête qui préciMa l'uliolilion, uutuiis 
x-ci : Lamliei't Boutart. plusieurs fois maire, se fait ndju|;er en 1308-09 lu 
tumc du panier de poisson de mer k I2U I., alors que l'iidjudicaliuLi sui- 
le, 1311 -1312, vaut 163 1.; au lieu de pnui'siHrre les rlijhes hour^^coîs qui 
ilient de payer la taille, on laisse la ci'éaiiee (;russir : l'un d'eux doit, en 
1, llli 1- pour les tailles des trois dernières anntVs (Flan 



270 LA COMMLNE DE SOISSONS 

L'arrêt du Parlement, du 16 février 1320, rendu après une 
enquête sur place de commissaires royaux, supprima la com- 
mune *. Une administration municipale fut installée ^, qui procéda 
à la liquidation du passif communal ^. 






La commune de Senlis se survécut en quelques localités, où 
fut introduite sa charte. Parmi ces localités, on fait rentrer par- 
fois Baron, village proche de Senlis ^, et où Tévêque de cette 
ville possédait la justice et des droits considérables •*, le roi le 
droit d'ost et de gîte ^. C'est inexact. Ce qui est vrai, c'est 
qu'en 1215, sur la demande de son bailli de Vermandois, Phi- 
lippe-Auguste autorisa les habitants de Baron k devenir justi- 
ciables de quatre échevins-jurés, nommés moitié par le roi 
et Tévêque de Senlis et renouvelés tous les ans ^. On peut néan- 
moins se demander si quelque charte communale n'avait pas été 
antérieurement introduite à Baron, car, dans la charte de 1215, 
il est question de « jurati » de Baron, ce qui suppose tout au 
moins un serment prêté par les habitants du village. 

Un autre village du département actuel de TOise, canton de 
Saint-Just, La Neuville-Roi, — qu'on appelle k tort Villeneuve ^, 

cit.j p. 49 et 51). La lultc de classe apparaît dans la teneur de l'arrêt : 
u ... quod inter majores ex una parte et minores liabilalores ville nostre 
Silvanectensis ex alia mag"na eral et periculosa dissentio » ; la formule de 
su|)pression répond fort bien à ce que je dis dans le texte : « ... quod 
dicta communia est inutilis penitus vel dampnosa statui et toti reipuhlice 
dicte ville .» (Id., ibid., P. J., n^ XXII). 

1. Flammermont, op. cit. y p. 39-53; Vatin, Senlis et (Ihantilly^ p. 38- 
39. Texte dans Gallia Christ., t. X, Insir., col. 485-t8<); Ordonn., t. XII, 
p. i76, n. (c); Flammermont, op. cit., P. J., n** XXII, p. 209-210. 

2. Ordonn.y t. XII, p. 476-478. Cf. les ordonnances de février et mars 
1322 sur les transformations du droit et de l'administration, Arch. nat. , 
JJ 61, fo»146 et 165. 

3. Flammermont, op. ci7., 2*^ partie, p.54s(ï., et P. J., n° XXVII, p. 216-218. 

4. Flammermont, Hist. des instit. communales de Senlis, p. 4; Labande, 
Ilist. de B eau vais j p. tOO. 

5. Arcli. Oise, reg. G 677, f"« 1 s(|. 

6. Charte de 1215 (v. la n. 7). 

7. Ordonn.j t. XI, p. 304-305. Cf. L. Delisle, (lilaluj/uc des actes de 
Philippe- Auguste y n° 1569, p. 356. 

8. Ordonn., t. XI, p. 278-280; L. Delisle, op. cit., n" 627, p. 146. On 
l'appelle aussi Neuville-sur-Arondc et Neuville-en-Beauvaisis (Girv, Docu" 
ments, p. 99 et i03). 



a réellement suivi la charte communale de Senlis. Ce village, qui 
prissède aujourd'hui un peu plus de SOO habitants, était au moyen 
à^e d'une relative importance : situé aux frontières de la Picar- 
die, k proximité dune vallée, Philippe-Auguste le fit tortiller vers 
1190 '. Dix après, il datait de Compiègne, — ce fait a peut-être 
(|uel<jue valeur, — la charte de commune qu'il lui concédait '. La 
Neuville, en effet, faisait partie du domaine royal ; le i-oi, quiy pos- 
sédait une maison ^, y était représenté par un prévôt héréditaire, 
dont les droits furent seulement comme suspendus par l'établis- 
sement de la commune ; ce prévôt reçut une rente compensatoire de 
IS 1. parisis. payable k la Toussaint, sous peine de o sous 
d'amende par jour de retard '•. Le roi, d'autre part, abandonna 
tous ses revenus : chapons, avoines, tonlieu, — d'où, comme U 
Senlis. suppression de l'article le concernant, — moyennant une 
rente de fOÛ 1. parisis et l'acquittement de certains autres 
droits, mal déterminés "' ; il gardait su maison et la justice du 
meurtre et du rapt ". Les charges serviles subsistaient, réduites, à 
Lii Neuville, comme dans les filiales soissonnaises, même la main- 
morte, vraisemblablement, comme k Senlis : mais La Neuville 
n'en était pas moins un séjour d'élection pour les serfs à incnî 
du voisinage, dont il fut dit qu'ils ne s'agrégeraient pas k la 
commune sans l'aveu du roi ', En dehors de ces adjonctions et 
modifications, la charte de La Neuville est tout k fait semblable 
à celle de Senlis. 

L'existence même de la commune de La Neuville est tout à 
fait inconnue. On sait seulement qu'elle était administrée par un 



1. Aljlié L. Morpl, La commune de La Neuville-Roy ilepuin non érection en 
fnnnée 1 200 jusquAfanupprnsion en 1370 (Extr. du Hu/i. hiil. el philol.), 
Paris, fSW, ÎD-S, [>. I. 

2. Original : perdu. = Sur les co;iieï, tf. L. Delisle, op. cit., ii°Gi7, p. 146, 
el Morel, op. cit., p, 6-9 ; joindre : Bib. Nat., Coll. D. Grenier, t. 24S. (" 161 
Bq. = Éilition : Ordonn.. l. XI, p. 278-280; Miirel, op. cit., p. 6-9. = Ana- 
ly»e : Morel, op. cit., p. 2-3. — Cf. Flammermont, op. cit., p. 4 ; Labande, 
op.cU.,p. 100. 

3. Art. n (Teitc des Oritonn.\. 

4. Art. 23 et 24. Sur U prévôté de La Neuville, cf. H. Gravier, Eii.ii sur 
le» prévMs royaux, p. t7"-t"8. 

5. « Solveuteliom omnîa teoda et elemosinns " (art. 26). 

6. Arl. 2. Notez qu'en 1370 les ameiides ne sont plus au tnux de ti sous 
mais de 30 deniers ou de 60 sous (voy. p. 2721. 

-. Art. 21. 



272 La œMMLNÈ t)È soissons 

maire et au moins neuf pairs, vers 1210 * ; son sceau était de 
caractère militaire 2. Mais la population agricole de ce pays est 
restée fort calme : on la voit seulement, à la fin du xiii^ siècle, 
engager un procès avec le bailli de Vermandois sur ses droits de 
justice, — procès terminé par un compromis ^, Ce qui est cer- 
tain, c'est que son administration financière n'est pas meilleure 
que celle de Senlis : du moins, les comptes de 1262 et de 1263 
se soldent par un déficit, dont les éléments sont peu propres à 
être analysés, mais qui est patent ^. En 1370, la situation est 
empirée, grâce à la guerre, et malgré la possession d'une 
foire : de 300 feux, le village est tombé à 30 environ, habités 
par de « pauvres laboureurs », dont certains ont même, en 1366, 
émigré, laissant en friche les héritages ; les communiers 
demandent au roi la résiliation d'un pacte trop onéreux, car, 
s'ils ne paient plus rien aux héritiers du prévôt de 1190, ils 
paient toujours au receveur de Vermandois 100 1. par an. 
Charles V écoute leurs prières, et installe à La Neuville un pré- 
vôt qui doit suivre la coutume de Senlis •'*. 



* 



Qu'il s'agisse de La Neuville ou des villages du Soissonnais 
ou de la Brie, la charte dont j'étudie les transformations 
correspondu une économie agricole. 11 était foncièrement impos- 
sible qu'elle fût introduite dans une cité industrielle comme 
Tournai; pourtant on l'a dit'*. L'erreur provient de ce que l'his- 
toire de Tournai n'est pas parfaitement connue, et qu'elle n'est 
pas prêt de l'être". En fait, la commune de Tournai est bien anté- 

1. Bib. Nat., Coll. D. (irrnie/\ l. 212. f° 01; ikl. p. More), o/). cit., p. 9- 
10. Cf. More), dans Mém.Sor. acad.dr rOise, 181>8,I. XVII, |). 491. Kn 1203, 
on voit |)ar U's comptes (pi'il existe un clerc et un ser«^ent (iirv, Dncum(*nfs, 
p. 103). 

2. Décrit dans Morel. y^a (•om//iw^o..., p. t. 

3. Olini., t. IIM»-'" partie, p. 3, n« 1. 

4. Giry, ap. cit., p. 99 et 103. Le com|>te de 12110 iDe Lai)orde, Layetles, 
t. III, n° 4028, |). ;)42 n'indique que la dette, qui s'élève à 3.o*)0 1. 

5. Ordonn., t. V, p. 333-334; Morel, o/). cit., p. 10-12. (^.f. Coville, dans 
Lavisse, Ilisl. de France, t. IV, l»"*^ partie, p. 2(Kj. 

G. Flamniermont, [Uni. des inslil. munie, de Srnlis, \). i; La))ande, 
Ifial. de Beauvnis, p. 100. 

7. Les ^^randes histoires anciennes de Tournai, de Sanderus, manuscrite 
(Warnkonig-Ghcldof, lïist. de la Flandre^ Introd., t. I, p 98-99), Jean Cou- 



LA NEliViLI.E, TOUBSAf 

rïeure à celle deSenlis (1173)', el Philippe-Augnsle, en lui accor- 
dant en 1187 une instilution de paix, — qui n'est, en somme, 
qu'un code criminel fort court -, — ne fit que sanctiouner un état 
de choses antérieur^. En I2II, Philippe-Auguste renouvelait la 
charte tounii^sienne '', et un érudit moderne, conslatant que Ion 

aio (llUl. de Tournai/, Douai, 11)111-1620, î in-i, nouvelle é(l.,TourniTi, 1868, 
2 in-8, avec n. du chanoine Voisinï, [Poiitrain] {llhl. de la vHIp H eilé de 
Toarnay, La Hnye, 17S0, in-i), A.-G. Cbolin {Hi»t. de Tournuifl du Tiiur- 
néti». Tournai, 184», 2 in-8) sont insuflîsaDtes. Les travaux d'ilennebert 
[Éphéméridei loarnuinenne». Tournai, 184t, in-6 ; Archiccs taurn.. fa»c. <, 
seul juiru. Tournai, 1S42, in-8 ; Mémoires d'eichevin» , , ,, Bruxelles, t8S5, 
in-8; Tournai ri le Touniésis, Tournai, iSr.T, in-8), deGachartl (Extrait dei 
regiêtm des fontaur de Tournai, Bruxelles, 1846, in-Si. de Vaudenlirocck 
(Extrait» analytiques de» ancient conaauj: de la ville de rournai, Tournai, 
1861-63, â in-8) sont trop restreints. Le Bulletin de ta Soc. hist. el lUt. de 
Tournai, qui contient des mémoires de valeur, comme celui de NiVdonciiel 
(Étude ear le droit criminel en utai/e A Tournai aux XII' et Xlll' sièeh», 1890, 
t. XXIV), n'est pas i la Biljliothè'juc Nationale. P. Viollet a donné uu 
ri'sum<! très court de l'histoire communale de Tournai dnas ses Communes 
françainet, p. 76-80; la période de 1187-l'2li de cette histoire a été étudiée 
par Cb.Duvi\itirdar\a\eii Bull, de rAcad.roi/.deBel!iiqoe,liT h pari, H ru% elles, 
1901, in-8 (cf. rnnolyse de d'IIcrbomei dans BihI. de l'Ée. de» Ch., 1901. 
t. LXll, p. 39ii), et l'histoire municipale de Tournai huxiv* siècle par d'Her- 
bomez dans .Vouu. fleu. hiil. de droit fr. elélr., 1906, t. XXV, p. 3S1 sq., 
453 si|. — Sur certains points de la coutume fournésienne, on constillera 
les éludes de !.. Verriesl (La preuve du xervage et Inatilulion» judiciaire, 3 
vol. in-8, Bruxelles-Tournai, 1905]. — Les chroniques touriiésiennes sont de 
premierordre, publiées par Wailz ou t. XlVdesitfon. Gerin.hisl.,SS. ;ilt!iuty 
joindre le Ckronieon de epitcopii Tornaeensthu; pub. p. de Pcilfenlnrj; en 
appea<licB nu t. I de son édition de Philippe Mouskes- — Sur tes iircbives 
municipales de Tournai, voy. Liinglois et Stcin, tes Archiret de l'tiîit. de 
France, p. 687-G88 ; \. Hocquet, Invent, analijl. des arch. delà ville de Tour- 
nai, 1" faac, Tournai, 1903, io-S. (Cf. d'Herbome», dans Bibl. de l'École de 
Ch., 1905, t. LXll, p. 088-692). — Sur les archives e ce lêsi us tiques, voy. Giry, 
Xutiee». n* 43, p. 39-41 ; d'Herbome/, dans Bull, de Tournai, 1889, t. XXII, 
p. 196-244 : Le Messager des sciences hist. de Belgique, 1801 . p. 356-36ri ; Invent. 
lies eartul. conservas en Belgique ailleurs que dans les dfpûtt des archives de 
l'Étal, Bruxelles, 1897. in-H, p. «8 s.f. 

1. Wauters, Le» liberté communales, l. t, p. 362-3^3. 

2. Ordonn., t. Xf, p. 248-249. Texte français publié par Brun-l^vaine 
dans Bévue da \ord, t, I, p. SOB. Les deux textes se trouvent dans Taîtlnr, 
Becueil d'acl'», n» 263, p. 400-500. Cf. L. Delisle, Catal. des actes de Phi- 
lippe-Auguste, a" 207, p. 50. Voy. Wautcrs, op. cil. t. 1, p. r>77-57i), cl Duvi- 
vier.ia commune de Tournai de 1187 A liH,àan»\e Bullilin der.\eadi- 
mie de Belgique, l'JOl, tirage h port. 

3. Enl09S, il est i{uestion deyiii/tces ci'riVad'ï (D'Ilerhomei, Charles de 
Saint-Martin de Tournai. Bruxelles, 1898. in-*, t. I, p. ft, ii. 3]. 

4. Ordonn., t. XI, p. 298-299. CF. Delisle, op. cit., n" 1269, p. 2W1-2'J3; 
Wauters. o;>. cil., t. Il, p. 723. 

Bounr.n. — ilUloire de la communt 



274 LA COMMUNE DE SOISSONS 

possède l'original de cette seconde charte et point celui de la 
première, a pensé que la charte de 1211 a été établie justement 
pour annuler celle de 1187, qui déniait à Téglise de Tournai un 
droit d'asile qu'elle avait obtenu au début du xiii*' siècle K Entre 
ces deux dates, néanmoins, il s'est fait, à Tournai, sentir une 
action de la commune de Senlis, qu'il me faut préciser. 

Alors était évêque de Tournai l'épistolier Etienne de Tournai, 
hostile aux institutions communales -. Bien que les communiers 
lui eussent prêté serment en 1193 ^, ils ne tardèrent pas à entrer 
en conflit avec lui. Le roi donna Tordre aux Tournésiens de se 
soumettre à l'arbitrage de Guillaume, archevêque de Reims 
(1195)*; mais ils arguèrent les lettres royales de faux, et 
envoyèrent au roi des délégués, — pour le circonvenir, assure 
l'évêque, « vel corruptela pecunie, vel mendacii falcitate •''. » Au 
début de 1196, Etienne jeta lïnterdit sur la ville, pour forcer 
les bourgeois à jurer qu'ils s'en rapporteraient à la décision de 
l'archevêque de Reims ; les bourgeois, semble-t-il, jurèrent^, 
puis tirèrent les choses en longueur, car de nouveaux arbitres 
furent choisis, Pierre, évêque d'Arras, et Jean l*"»", châtelain de 
Lille, qu'à nouveau récusèrent les bourgeois ^. Puis la question 
se compliqua d'intérêts. plus généraux : Baudouin de Flandre, 
infidèle à ses engagements féodaux à l'égard de Philippe- Auguste, 
fut excommunié au même moment par le légat du Saint-Siège, 
Mélior ^ ; Etienne de Tournai, aussitôt, montra quel elTet fâcheux 
cette mesure allait produire sur les Flamands, sur les Tourné- 
siens ''. Or, pour la réalisation de sa politique flamande, le roi de 

1. Duvivier, loc. c/7.. Sur Texercice du droit d'asile nu xiii'^sii'cle à Tour- 
nai, voir le procès de 1227 (Waulers, IJherlâs communales^ Preuves, p. 100- 
101, et 102-109. Cf. Lucliaire, Les commune» françaises ^ p. 2r)4-2;')5). 

2. Wauters, op, cit., Pr., p. 290. 

3. L. Delisle, op. cit., n^ 386, p. 93. 

4. Etienne de Tournai, Lettres, éd. abbé J. Desilve, Valenciennes-Paris, 
1893, in-8, no CCXLII, p. 298-300. — Sur Etienne de Touinai, voy. en der- 
nier lieu : abbé Bernois, Etienne de Tournai [^1 28- f 203), Orléans, 1905, in-8, 
et M. Fazy, dans Positions des thèses de l'Ecole des Chartes, 1906, p. 95. 

5. Id., ibid., no ♦CCLII, p. 311-312, et ♦CCLIII, p. 312-313. 

6. Id., ibid,, n» *CCLIV, p. 313-314. 

7. Id., ibid., n» CCXLII, p. 298-300, et Documents annexes, no*» V,p. 43't- 
437, et V, p. 438-439 (édités avec cjuelques variantes par Wauters, np. cit., 
Pr., p. 260-263). 

8. L. Delisle, op. cit., n»* 497 et 498, p. 118. 

9. Etienne de Tournai, loc. cit., n» CCXLII, p. 298-300. 



XVILLK, TOl:nNAI 27S 

France comble Tournuid altenlions : il lui importe de terminer mpi- 



deraent le conflit soulevé entre lé 



reqiic 



et les communiera. L'ar- 



chevêque de Reims, qui. dès 1196, après avoir étudié les cons- 
titutions de Senlis, Amiens. Noj'on, iieauvais, Soissons, Luon 
et Meaux, a proposé ù ces derniers de se conformeraux coutumes 
d'une des six dernières de ces villes ', et qui a obtenu des Tour- 
nësiens leur adhésion, à condition que l'accord intervenu sera 
confirmé par le roi et par l'archevêque ", s'interpose it nouveau. 
Des députés du chapitre et de la commune sont envovifs ii Senlis ■', 
puis des disputés de Senlis apportent ti Tournai les coutumes du 
chapitre et de la commune dp leur ville, sous le sein^r de celle-ci '. 
En janvier 1200, Guillaume de Reims notifie ce choix'', puis 
Etienne de Tournai le prie de le faire conlirmer par le roi (janvier 
1200) ", ce qui est fait quelque temps après '. 

Ainsi, on ne peut pas k proprement parler d'une transmission 
de la charte de Senlis à la ville de Tournai. Tournai n'a reçu 
qu'un document contenant le résumé des coutumes observées 
à Senlis par le chapitre et la comnume l'un à l'égard de l'autre "; 
on sait que les clercs de Senlis étaient assez favorisés par l'admi- 
nistration communale au point de vue de la juridiction, des 
immunités judiciaires, de la capacité de posséder et du droit 
d'asile auquel ils prétendaient '•'. La coutume de 1200 introdui- 
sait à Tournai ces privilèges, qui, à Senlis même, devaient être 
précisés dans l'accord de 1201 '". Bien entendu, les Senlisiens 

1. Orilonn.. l. XI. p. 283, ii. 

2. M., ibid., p. 388, ii, 3; Galiia r.hri»t., t. III, liislr.. col. 48. 

3. Môme texte. Ils apporlt'reol sansduule un i|uestionnaii'e icf Ordonn., 
t. XI.p. 283, eoB .par (61). 

4. Elicnne Hc Tournai, loc. cil,, n- 'CCXXVl, p. 280-282. 11 dit : 
Il scriptas habemiis consuetudines et CHpilitli et communie Sïlvanecleiisïs 
(it sigillo cpiscopi el ejusdcm communie consigna las, quns nuncïi predielo- 
rum burgeiisium simililernobiscum attulerunt ". 

5. Ordonn.. t. XI. p. 282-283, d. ; Oaltia Chrùl.. l. 111, Inslr., col. 4U, 

6. ÉUennedc Tournoi, for. ciV., n° CCXXVl, p.280-282. 

7. L. Delisle, op. cil., n» 395, p. 139-140. En ilôcembie 1200, Philippe- 
Auguste enjoint aux bourgeois de Tournai de se couronner aux contiinics 
en (|uestion (Id., ibid., a' 64(i, p. 150). 

8. Ordonn., t. XI, p. 283284, en note. 
!>. Flammemioat, op. cit., p. nacj, 

lO.Id.. i/ii<f..P.J.. n°VI[I. Cet accord, il |miprcmcul piiilci', ninsisile 
fjue sur les remises, le droit d'asile cl In justice ecclésiastique (et. art. 4, 
"i, 7, 6. 9 de la coutume de 1200), cl ajoute (jue la communes le droit 
d'abutlrc les maisons canoniales dans certaius eus qu'il ne (lélermiue j»s. 



276 LA COMMUNE DE SOlSSONS 

n avaient pas répondu à toutes les demandes du questionnaire 
tournésien ^ C'est ce qui permet de croire que les rapports con- 
tinuèrent entre les deux villes : du moins, vers 12H, le chapitre 
de Senlis adressa à celui de Tournai une consultation sur le cas 
des serviteurs des chanoines lésant un membre de la commune ^ . 
Si donc, il n'y a pas eu emprunt par la commune de Tournai 
à la commune de Senlis d^un texte réellement constitutionnel, on 
doit néanmoins reconnaître que quelques-unes des règles pra- 
tiques de la vie communale de Senlis ont influencé Texistence 
communale de Tournai. Mais on sait que Tournai constitue, à 
son tour, un chef de sens'', celui d'Hesdin*, de Boulogne ^ et de 
Fillière ^. Dans la mesure où les pratiques ecclésiastico-commu- 
nales de Senlis représentent celles de Soissons, on voit ainsi 
quelle fortune imprévue ont eue les principes constitutionnels de 
cette dernière commune dans le nord de la France. 

1. L'article 6 de raccord de 1200 porte : « De senatoribus non respon- 
demus, quia nullos. » 

2. Ordonn,y t. XI, p. 284, en n. (cf., pour la date, la u. (h)). L'accord de 
1204, sur cette question particulière, est plus précis : il reconnaît que tes 
serviteurs des chanoines ayant leur fen>me dans la ville ou étant ûls de 
jurés sont membres de droit de la commune. — Il faut noter qu'au début 
du xiv« siècle Tournai fut incorporé dans le bailliage de Vermandois 
(Ordonnances de Philippe le Long et Charles le Bel, de 1319, 1321 et 1324; 
Arch. nat., JJ 56, f» 265 v« ; 60, f» 76 v», 62, ^212). 

3. Thomassy, dans 3/oai. du Tiers État ^ mss., Bib. Nat., nouv. acq. fr. 
6359, r° i\ et v° ; P. Viollel, Lea communes françaises , p. 132 et n. 2. 

4. L, Delisle, op. cil.^ n° 365, p. 88. Cf. Wauters, op, ci/., l. II, p. 659. 
De la charte d'IIesdin de 1191, nous n'avons (|u'une traduction en 6 articles 
dans llennebert, ///s/, delà province d'Artois^ t. Ill, p. 41. 

0. Archives du Pas-de-Calais, A 5 {Invent, sonunaire, t. 11, l*"® col.). Cf. 
Waulers, op. cit.^ Pr., p. 58-59. 

6. L. Delisle, op. ci(,y n® 921, p. 211. 



CHAPITRE !V 

CRÉPÏ-EN-VALOIS 

Sur le plateau de Valois, à peu près à ôg^ale dislance de Sen- 
lis, à l'ouest, de Gompîègiie,aunord, de Soissons, à l'est, s'élève 
la petite ville de Crépy '. Les origines de cette localité sont mal 
connues, et, naturellement, obscurcies de li^gendcs absurdes -. 
Une tradition locale veut que la ville remonte à Dagobert ■* ; on 
a pourtant retrouvé quelques vestiges romains dans le sous-sol ''. 
En tout cas, il est admis que, vers 885, une certaine Hîldegarde, 
Il domina de Crispeio ", épousa Gualeron, comte de Vexin ■'. Plus 
certaine est la fondation, en 998, du chslteau de Crépy par Gau- 
tier, comte d'Amiens ". Dès lors, est installée une dynastie com- 
tale, dont un des représentants les plus fameux fut Simon, qui 
fut sanclilié "; dès lors aussi, et concomîtamment, se déve- 
loppent les fondations ecclésiastiques et la ville elle-même. 



1. Les sources sur Grépy-cii'Valois ne sont pas nombreuses. D'après 
Langlois et Stein, les archives municipales sont en classement, elles mor- 
ceaux les plus anciens sont des comptes qui remontent ù t I05(ieï archives 
rie rUUl. de France, p. 387). Différentes chartes intéressant les éUblisse- 
ments i-eli^ieux île Crépy se trouvent au t. X de la Gallia Christiana. Des 
indications et des textes sont épars dans les diverses histoires dn Valois 
indiquées dans Vlnlroduction, par. II, particulièrement dans Scrgeron et 
Cnriicr. Graves n donné un Précis slaliêtique mr le canton de Crépy, Beau- 
vaia, 1844, in-8, assez Inlelligent et précis, plus sûr, peut-être, que l'IHsl. 
de Crépy et de set dépendainxn, du D'' Bourgeois, dans les Comptes rendus 
et Mémoires du comité arcliéol. de Sentis. IStiT, Senlis, 1868, iii-8, p. 3 sq. 

2. Bergcron, Le Valoy» royal, t" 18, rallache Crépy k \a mission de saint 

3. Carlier, ifiïf. du Valoit, t. I.p. 87, 

4. Graves, op. cit., p. 79, parle de la découverte de médailles, tuiles, etc., 
et de 1b voie (?) romaine de Crépy à Trumilly. Cf. Carller, op. cit., p. 88. 

3. Graves, op. cit., p. 80, Je n'ai pu vériQer cette assertion qui est lancée 
sans preuve par Cartier, op. cit., t. I, p. 225. 

0. Helgnud, Vita Hoberti régis, dans Duchosne, SS., t. IV, p. 74. 

7. AA. SS., sept., I. VUl, p. 744-751, avec un important commenUrius 
prnevius. Guiberl de Nogent s'est occupé do Simon \De cita sua. I, x. 
éd. Qourgtn, p, 2H-29), ainsi qu'Aultry de Trois- Pou laines (Migne. P. L.. 
t. 156, col. 1079). Cr. Caillette do l'Hervilliers, h la suite de Coni- 
piègne..., Compiègnc, 1867, in-8, el les ouvrages qu'il cite. Je néglige 



278 LA COMMUNE DE SOISSONS 

En 1008, le même Gautier avait fondé à Crépy Tabbaye de 
Saint-Arnoul *. Dans tous les textes qui concernent ce prieuré, 
il n'est question que du castrum ou caslcllum de Crépy. Mais, 
dès 1117, auprès du castrum^ s'est constitué un suburbium^ qui 
existe, d^ailleurs, au moins 25 ans auparavant -. Quand, en 11 82, 
le comte de Flandre et de Vermandois, Philippe, et sa femme Eli- 
sabeth fondent à Crépy l'église de Saint-Thomas, ils rétablissent 
« propre. murosCrespeii '^ ». A cette date, la ville est constituée. 

Ce fut dès lors un petit centre économique. Sans doute la 
production est purement agricole *. Mais, outre que les restes du 
saint conservés dans le prieuré devaient attirer beaucoup de 
pèlerins, — surtout des Flamands, vraisemblablement, particu- 
lièrement dévots envers saint Arnoul, — Crépy était une étape 
naturelle entre la Flandre maritime et la Champagne •*. Assez 
anciennement ^, on y trouve un marché, dont Louis le Gros 
règle en 1133 la situation juridique : il appartiendra en commun 
au comte de Vermandois et au prieur de Saint-Arnoul jusqu'au 
décès du comte et redeviendra alors la propriété exclusive du 
prieuré ^. Un transit assez considérable s'opère par Crépy : en 

m 

1208, la comtesse Eléonore donne aux Hospitaliers 101. parisis à 
prendre annuellement sur le péage de Crépy ^. Plus tard, après 



tolalcmenl le nMe politique de Simon, adversaire de Philippe I®"", cpii 
irim[)orte nullement à l'histoire communale. 

1. Mabillon, Ann. ord . S, Ben., t. IV, p. 203; Gallia (IhriM.^ t. X, 
col. 148 't. Simon y introduisit, en 1070, la règ-Ie clunisienne(Gri///a Christ. ^ 
t. X, Instr., col. 207; Mig;nL\ P. L., t. 150, col. 1080. Cf. Gallia Christ., 
t. X, col. 1484. Cet acte fut conOrmé i)ar le roi Philippe I'"*, et, en 1095, 
j)arrévôque deSenlisj.et y déposa, en 1077, les restes de son jKn'e (Migne, 
P, L., t. 156, col. 1079-1080). 

2. Gallia Christ., t. X, Instr., col. 423-424. Notez (ju'il est question dans 
cet acte d'un « burj^^um in suhurbio castri situm » : il n'y a pas synony- 
mie entre les deux termes, ei buryu/n doit dési<jfner un quartier, une par- 
lie du faubourgf. II est encore question du castrum ou cantellum dans les 
actes de 1118 et 1123 {Gallia Christ., t. X, Instr., col. 421 et 420). 

3. Gallia Christ., t. X, Instr., col. t38 ; cf. col. r»82-l483. 

4. Jus(prà et après la Révolution (Graves, op. cit., p. 42-f3i. DilTérents 
actes le prouvent i)ar ailleurs (L. Delisle, Catal. des arloa do Phil.-Auf/., 
no 2004, p. 441; Bourgeois, hc. cit., p. 191). 

5. Carlier, HisC du Valois, t. II, p. 105. 

0. Une charte de 137i fait même allusion à undij)lômede Louis IV d'Outro- 
mer concernant la foire de ('répy i Bour^^eois, loc. cit., p. 22-23). 

7. \. Luchaire, Annales de Louis VI, n" o27, p. 2t0-2M. 

8. L. Delisle, op, cit., n^ 1090, p. 25t. 



CHÉPY-EN-VALflia 



279 



la réunion du Valais h la couronne ', il existe un péttger royal, 
qui alTerme le produit des droits ^ : en 1 26( , le Parlement rejette 
la demande en indemnité formée par ce péager contre le roi, 
parce i|ue dix-sept villes n'avaient pas envovi^ de marchandises 
aux dernières foires de Champagne, lesquelles villes avaient cou- 
tume d'v envoyer lorsqu'il avait affermé ce péage ^. Ces dix-sept 
villes, — qui ne sont pas désignées, — reparaissent dans un 
arrêt de 1292, qui défend de retenir k Grépy les voilures de leurs 
marchands, sous quelque prétexte que ce soit, en allanl ou reve- 
nant des foires, & moins d'un ordre exprès du roi *. En tant 
qu'étape, le marché de Crépy servait avant tout d'entrepôt au 
bétail de Picardie, surtout aux porcs, si nombreux que la porte 
par où ils entraient avait encore au xvni" siècle le nom de 
" Porte aux pourceaux », que les bourgeois Crépy portaient 
encore â cette époque le sobriquet de '< Cachons de Crépy » ^ et 
que les armes de la ville présentent un cochon dans une cage ". 
Son importance décrut peu â. peu, à mesure que décroissait l'im- 
porlîuuie même des foires de Champagne : les arrêts de 1261 et 
de 1292, plus haut signalés, le prouvent assez ; les elforls pour 
réorganiser la foire de Crépy. en 1371' et en 145(2 ^, ne servirent 
de rien. 



A ce stade de l'évolution économique de Crépy" correspond 
l'avènement du système communal. Le Valois venait d'être déli- 
nitivement réuni au domaine de la couronne (1214) '": le roi avait 



1. Bourgeois, loc. cil., p, îid. 

2. Boutnric, vlcif», n" SS9 et 2*80, t. I. p. 50 et 33fi. 

3. Boutaric, .4c(eir, ii" 559, l. I, p, KO. 

4. Cel acie est donué seuli^meiit par Carlier, <j[i. cit., I. Il, 
émet l'hypothèse que ces dix-sept villes itoiil les vilieis hanaénlii. 
villes de In hanse cl<:' Londres. 

5. Cartier, op. cil., I. Il, p. IS'i, 

6. Grnve», op. cil., ]>, t03. 

7. Bourgeois, Uie. ni., p. 22-â:i, el p. Ifll ; Cnrlior. op. eil.. I 
sq., S19 sq., etc. 

8. Carlier, ap. cil., i. III, Pr., p. csj-iixvij el p. cxxïij sq. 

9. Sur les progi'ès économiques ilii Valois nu xii" siècle, voj'. ( 
eil., 1. 1, p. S:)0 sq. 

10. Bourgeois, liie. cil., p. :iO. — Sur l'iiislnirt- i\v la tliâtellenii' 
voy. Cnriier, ap. eil., Inirml., i. I, p. \vi sq. 



280 LA COMMUNE DE SOISSONS 

installé à Crépy un prévôt ^ En 1215, sans doute pour s'atta- 
cher plus étroitement le pays, Philippe- Auguste concéda une 
commune à Crépy ^. On a prétendu, sans aucune raison, que 
cette commune remontait à 1117 -^ ; il est possible, — il est pro- 
bable qu'une vie communautaire quelconque a précédé l'acte de 
121 S : elle n'apparaît point dans les textes. Ce qui est plus sûr, 
c'est que la charte de Philippe-Auguste fut confirmée en 1223 ^, 
1228 5 et 1328 6. 

11 n'est point dit dans la concession à quelle commune cette 
charte fut empruntée. Les quinze premiers articles de ce 
texte ^ correspondent tout à fait à la charte de Louis VII en 
faveur de Soissons ; mais les conditions chronologiques et éco- 
nomiques étant autres, il y a, entre les deux textes, des difTé- 
rences notables, qui ne proviennent pas d'une imitation, fort 
possible ^, d'ailleurs, de la charte de Senlis, et qu'il importe de 
signaler : beaucoup de ces différences sont précisées dans le 
reste de la charte pour Crépy, qui comprend, dans l'édition des 
Ordonnances, dix-sept autres articles. 

Ce qui frappe tout d'abord, c'est l'absence des articles concer- 
nant le formariage et le chevage. Mais le premier des articles 
annexes (15) constate justement l'abolition du formariage et de 



1. En 1218, Philippe-Auguste donne à Mathilde, comtesse de Dammartin, 
une rente de 100 1. sur la prévôté de Crépy (L. Delisle, (^atal. des actes de 
Phil.-Aug.y n"1825, p. 401). Sur Diistoire de celte renie, cf. Id., ibid., 
n^ 1H2G, p. 402. 11 est encore question du prévôt de Crépy dans les arrêts 
du Parlement de 1277 et 1279 (Boutaric, Actes, n»» 2070 eï 2205, t. I,p. 190 
et 20(> . Voy. d'aulres faits dans Carlier, op. cit., l. H, p. 88, 280, 289 s(ï., 
et la lisle des [)révôts dans II. Gravier, op. cit., p. 107. 

2. Oriyinal: perdu. = (Copies : cf. L. Delisle, op. cit., n*^ 1574, p. 358 ; 
joindre : Bih. Senlis, Coït. A/forty, t. I, p. 150, et t. XIV, p. 439. _: Édition : 
Ordonn., t. XI, p. 305-307. = Trad. : Carlier, op. cit., l. II, p. 89-91. = 
Anal. : Carlier, op. cit., t. I, p. 547-548; Bourgeois, loc. cit., p. 02-63. 

3. Carlier, op. cit., t. I, j). 547; Bourgeois, loc. cit., p. 57. Bergeron, 
op. cit., fo 39, suppose qu'une charte avait été concédée à Crépy par 
Louis Vil. 

4. Orig. : perdu, z^ Plus de copies fcf. Petit-Dulaillis, /s^wf/<? syr/c règne 
de Louis VIII, Catal., n« 93, p. 402). =zf:d. : d'Achery, Spicil., 1. 111, [). 595 ; 
Bréquigny, Ordonn., t. XI, p. 317, en n., indique les modilîca lions du texte. 

5. Bourgeois, loc. cit., p. 64. 

6. Id., ibid., p. 65. 

7. J'emploie la numérotation de l'édition des Ordonnances. 

8. L'évoque de Senlis possédait certains droits à Crépy ;cf. Delisle, 
Catal. des actes de Phit.-Aug., nM481, p. 337-338). C'est de lui qu'il est 



I 



CRÉPV-E\-VAI.Oia 

la mainmorle; quant au chevagc {cavagiiim) ', le même article 
comprend une disposition analogue à celle de l'article qui le 
concerne spécillquement dans la charte de Soissons. Crépy est 
donc fort avantagé, et l'on comprend qu'il soit devenu un centre 
d'attraction pour les serfs du voisinage ; aussi la charte de com- 
mime réglemente-l-elle leur accession : un serf (rus/icus) qui 
entre dans la commune y est sauf, mais perd tout droit de pro- 
priété, sauf sur son héritage, dans la terre de son seigneur; tou- 
tefois les conimunicrs ne peuvent garder parmi eux, sans 1 aveu 
du roi, les hommes de celui-ci, ni ceux de l'abbaye de Morien- 
val (22, 23). La charte est formelle, et pourtant, en 1273, noue 
avons un arrêt qui déclare que le droit de mainmorte au profit 
du roi, à Crépy, doit être per^-u par la main du roi et non par 
celle des jurés ^, Est-ce k dire que, comme k Sens ^, la commune 
de Crépy a posséda des serfs ? Je ne le crois pas, et je 
serais presque tenté d'admettre qu'il y a eu, à une époque et 
pour des raisons que nous ignorons, une recrudescence de la 
servitude dans le Valois. En tout cas, une charte de Charles, 
comte de Valois '', rédigée avec le vocabulaire banal déjk des 
chartes « libérales " du xiv* siècle-', d'avril 1311, conlirmée 
par le roi de France au mois de mai, accorda la liberté, la sup- 
pression des charges servîtes, — mainmorte, formariage, — pour 
tous ses hommes du comté, y compris les hommes de Morienval, 
Valsery, Saint-Arnoul île Crépy, établissant que le sol du comté 
rendrait désormais libre quiconque y viendrait s'Installer, et cas- 
sant tout acte qui pourrait être interprété, vis-à-vis de la com- 
mune même de Crépy, dans le sens de la servitude ". 

Une autre lacune, qui s'explique moins bien, c'est celle de 
l'article qui concerne le taux des amendes et le tonlieu ", Que le 
taux uniforme de cinq sous ait paru manquer de souplesse aux 
'du début du xiii° siècle, c'est possible ; mais on ne 

possesseur 

te !op. cil.. I. M. p. 89). 




282 LA COMMUNE DE SOISSONS 

voit pas pourquoi, du moment qu'il existait à Crépy un péa- 
gev royal, ses droits ont été oubliés par la charte de commune. 
Quant à l'organisation judiciaire de la commune, il en est 
fragmentairement traité dans les articles annexes. Lu commune 
a un pouvoir très grand : le roi s'interdit de faire des règlements 
de police [bannuni) touchant les personnes et les biens (16) ; si 
un étranger, — chevalier, sergent, serf, — commet un forfait 
dans la banlieue, le maire doit le semondre ; si le délinquant 
n'obtempère point, sa maison est détruite par la commune, avec 
Taide du roi, s'il le faut (17, 18). La banlieue n'est pas détermi- 
née en 1213; en 1311, elle comprend Bouillant, Saint-Germain 
et Saint" Lazare *. Le roi ne peut, ni ses sergents, appeler aucun 
homme de la commune pour gage de duel (19). Si un bourgeois 
appelle un autre bourgeois pour gage de duel, il le fera lui-même, 
ou par l'intermédiaire d'un avoué {advocatus) membre de la com- 
mune (20). Si le roi semonce le maire ou un communier, la cause 
sera jugée par les jurés (21). Le roi, d'ailleurs, abandonne à la 
commune toutes les amendes (30) (ceci explique peut-être l'ab- 
sence de l'article les concernant), mais il garde le rapt, le 
meurtre, la justice du péage et du moulin, c'est-à-dire les quatre 
cas qui seront réservés au comte de Valois par la charte de 1311. 
La justice communale, si bien favorisée par le roi, peut sévir 
contre les chevaliers créanciers des bourgeois (27). Vis-à-vis des 
bourgeois, elle ne paraît pas particulièrement plus douce : point 
n'est indiquée de peine contre celui qui refuse de prêter le serment 
communal ; mais cette peine doit avoir quelque analogie avec 
celle employée en tel cas dans les autres communes, et l'on sait 
par Tarticle 17 que les communiers de Crépy sont coutumiers de 
Tabatis de maison. La commune a le droit de bannir-, peut-être 
seulement à l'égard des communiers •^ Même si le communier, 
qui possède quelque bien en dehors du périmètre communal, sort 
de la ville, il est encore responsable pour la taille foncière 
devant la justice de la commune, et la charte de 1311 insiste à 

1. La commune de Bouillant a été réunie à celle de Crépy le 20 février 
1828 (Graves, op. cit., p. 120. 

2. Ce droit lui est du moins reconnu par la charte de 1311. 

3. Un arrêt de 1272 casse la sentence de bannissenKMit rendue contre le 
fils de Pieiie de Miramonl, chevalier, par le maire et les jurés de Crépy, 
pour avoir frappé un homme de la commune (Boutaric, Ados, \\^ 1702, t. I, 
p. 100). 




Qouveau là-dessuK, étendiiiil mùme l'obligation du bourgoi 
absent au paiement de toutes les charges et dettes de la ville ; la 
commune s'est fait mi^me reconnaître par le Parlement, en 1281, 
le droit de tailler les clercs marchands '. 

La présence de clercs marchands à Crêpy n'est point faite 
pour nous surprendre dans ce pays économiquement assez actif. 
Kn 121.1, lin a dû en une certaine mesure légiférer dans ce sens. 
Si l'article concernant le prêt entre coniniunieis -, et qui repré- 
sente, somme toute, un état économique périmé, a disparu, du 
moins, la seconde partie de la charte complète ce que contient l'ar- 
ticle touchant les prêts des communîers auit ennemis de la com- 
mune ■' : l'article 20 porte eiTelTet que le débiteur étranger qui 
vient k Crépy peut être saisi par son créancier, qui le remet îi 
l'autorité communale. 

Quant k l'organisation linancière et au personnel administratif 
de la commune de Crépy, ce sont deux points que laisse dans 
rohscurité la charte communale. On sait seulement qu'il y a ii 
Crépy un maire et des jurés, et on ne voit point comment on 
peut avancer que le corps communal comprend 8 jurés, 1 argen- 
tier et i'i on H hommes jugeant.s '■. De plus, la charte nous 
fait connaître les charges qui pèsent sur la commune : l'évêque 
de Senlis, qui a conservé le droit de sauF-conduit, n'a point h 
Crépy de droit de crédit. Au roi, la commune paie 1170 1. en 
trois termes, plus 11 muids et i mines d'avoine, 16 chapons et 
2 pains ■'. En dehors de ces rentes, il y a encore 7.) muids de blé, 
accordés parle roi à l'abbaye de la Victoire sur la commune de 
Crépy ". EnGn, d'après Cartier, le seigneur du château et le 



1. Boularic,vtdM.ii°541, l. 1, p. 3W. 

2. Chui'te de Soissoas, arliclu 11, 
l. Ibid.. arl. 13= t^répy. arl. 8. 

4. É. Morel, dans Mém. <h U Soc. ^,cad. df l'Oine, 1898. l, XVII, p. 4m. 
11. lîergeron, /*«■. cU., 1° 39, parle d'un mairo, d'un argentier et de huit 

.jurés. L'uD el l'aulre ae donnent uuciiiio «ource. Carlier, op. eil., l. 11, 
)). 93, indique quelques actes malheureusement inconli'ôlables. 

5. Art. 31. Les redevances en nature n'y sont pas indiquées; je les 
donne d'après Carlier, op. cit., I. II, p. 93, qui a cerlaïnemenl employé 
une copie plus ancienne de la charle de Crépy. Carlier, op. crt., 1. 11, p. lii, 
cile un texte de 1322 où il est question de 8 jurés. 

fl. Arch. Oise, Il 813. liasse concernant celte rente, Cf. un arrèl de 1270 
obligeant la communeà l'acquitter (fioutjirtc, Arles, n< 1639, t. 1, p. 1S3|. 



284 l,A COMMtSE DE SOISSONS 

seigneur du donjon ' , pour l'abandon de tous leurs droits de jus- 
tice en dehors de l'enclos du donjon, touchent une rente de 
60 1., 80 muids de grains, 10 muids de vîn, Hii I. clialonnaises 
en cjualfo termes et 300 poules -, 

Pour supporter ces charges, la ville possédait des ressources 
constituées par quelques cens royaux que le roi avait abandonnés 
il la commune eu 1215(31). Eu 12lî2, ces revenus s'élevaient 
k 220 1. '. De plus, en 1220, la commune avait alFermé, nioycD- 
nnnt une rente de ISO muids de méteîl, les moulins du roi sis A 
Crépy "•. Quant aux ressources produites par lu foire, on sait 
([u 'elles allaient au roi. Notons en outre que les bourgeois, pos- 
sesseurs, depuis 1222, de droits d'usage dans la forêt de Gom- 
bries '', semblent avoir été en possession du droit de chasse ■■. 
Quoi qu'il en soit, la situation financière de la commune, moins 
de cinquante ans après son érection, n'était pas fameuse : en 
1262. elle avait 958 1. de créances, dont 463 de mauvaises, pos- 
sédait une dette de i89i 1,, et, — niis<i partses revenus liquides, 
qui s'élevaient à 220 1. seulement, — elle grevait les revenus de 
ses moulins de rentes totalisées ii la somme de 290 1. et d'une 
fourniture de 134 muids de blé'. 

Sans doute, il restait bien à Crépy des gens riches ''. M.iis la 
décadence des foires de Champagne, les guerres de Philippe le 

t. l.c chftteau du Crépjr élait admiiiîslrt' pur un" Burjfare " pour les 
comtes (leCrépy, puis pour le roi [Orlier, op. cil,, t, I, p. 37i-375, 380- 
381 ; Bi-ussel, Unage géniral </« /(*/■«, t. II, p. 845|, et au début 6u 
XIV' siècle par un cupilaine (Carlier, op. cit., l. Il, p. 397 su.). Le donjon 
relevait de la maison de Nanleuil, qui l'abandonna, entre 1215 et 1228, 
an roi de France (Carlier, op. cit., t. I, p. 37i ; t. II, p. 17). Peul-iHre l'eiis- 
lence d'un château et d'un donjon s' in se rit-elle dans les textes par les 
expressions cailrnm ol casMtum. 

2. Carlier, op. cit., t. I, p. oW. 

3. Giry, DocumenU, n" XXXVIl, 3, p. 92-93, et la n. p. 92. 

4. L. Delisle.Cafa/. îles scies ih Phil.-Aug., n'WOi, p. iUiconOrmation 
un 1323 (Pelit-Dulaillis, Étude sur le rl-gnt de Louis VIII, Catal., n" 9*, 
p. 462). Un procès, en 1263. avec Tliiliaud de Nnntetiil. nous révèle la solli- 
citude de la commune pour ces moulins (Iloularic, Acies, n" 761, l. I. p. 69). 

5. L. Delisle, op. cil., n- 2133, p. 474. 

0. Ceci semble prouvé par un arrêt de 1290 [L. Delisle. lieslil. d'un rot. 
des nlim, n" oSIi, dans Boutaric, Arles, t. I, p. i28). 

7. Giry, Documents, p. 92-93, L'arlicle 24 prescrivail fjue le roi n'avait 
pas le droit de chan^r le taux des monnaies. 

8. Carlier, op, cil., l. II, p. 286, parle d'un prêt consenti en 1311 par un 
bourgeois de Crépy, s'élevant à la somme de 200 I. 



Bel, anéantissant le transit franco-allemand, pcsùrent lourde- 
ment, nu début du xiv" siècle, sur la collectivité déjù nbérée ; 
la ville décrut '. D'autre part, la charte accordée à son comté 
par Charlas de Valois, en 1311, garantissait, en une certaine 
mesure, les droits des bourgeois, qui n'avaient plu» b craindre la 
servitude. Philippe VI venait de confirmer la charte de 1215 
(1328). Quelque temps après, il fut prié de la résilier : en const'- 
quence.le 18 mai 1329, le roi installa, ouplutôtréinstalla ii Cri^py 
une prévoté, et, par reconnaissance, au mois de juin suivant, 
les bourgeois de Crépy souscrivirent au roi une obligation de 
36 1. de rente, augmentée, quelque temps après, de 03 autres '. 



Corlier prétend que La Ferté-Milon a possédé une commune 
sur le modèle de celle de Crépy ■', On sait que La Ferté-Milon est 
une ville sorlie d'un château construit au ix" siècle : s'élevant îi 
quatre lieues de Crépy. elle a eu la même histoire politique ^. 
Mais il est bien diilîcile de faire son histoire sociale ■'. On voit 
bien Philippe-Auguste, à la réunion du Valois, convL-rtir en une 
redevance pécuniaire les corvées qui lui étaient dues par les 
hommes du Valois et de La Ferté-Milon ". En 1221 , il affranchit 
les hommes de La FerLé-Milou du formariage et de la mainmorte, 
moyennant l'élévation de sa censé de 40 1. de nérets à iO 1. 
parisis '. On voit les habitants de cette localité posséder même, 
comme ceux de Crépy, certains droits de chasse, au milieu du 
xiii' siècle ". Bien plus, la levée d'une taille, en 1271, nous pei- 

1, Bergoi-on. op. rît., t" 10, iisiiuit- ijue lu |M>riint'li* iirimilir iIp hi ville 
devait renroi-mcr au moins 3.U00 maisons. Cf. Carlii>r, op. i-iV., l. t, ]>. 'J6. 

3. Carlier, op. cit., t. II. p. 227-228 ; Bourgeois, fui:, cit., p. 6'j. 

3. Carlier, op. cit., t. I, p. 5i8, t. II, p. 9t. 

i. La Ferlé-Milon, dép. Aisne. air.Château-Tliicny, canlon, sur rOui-c.|, 
d'où sa dénomination dans une charte do 1040 [Carlier, op. cit., P. J.. u" 1, 
t. Ut, p. ll-IS) : " Firrailas ((uaeappelktur Urc ». Sur celte liisloii-e poli- 
tique, voy. Carlier, np. cit., l I, Intrad., p. xxxîj, p. lUO sq., 2JU ai\., 367; 
t. n. p. 31. 

5. Les archives de cette ville ne remontent qu'au xvi' siècle (Ch.-V. Lun- 
gloia et Sloin, Let arehim de fhiat. de France, p. 381). Le travail de lablié 
Poquet {La Ferté-Milon, Reims, lK7i, iu-8j est uul. 

6. L. Delisle, Catalogue de» actes de Philippe-Augutle, a" 1534, p, -130. 

7. Ordonn., t. XI, p. 310. Cf. L. Uelisle, op. cit., n- 2083. p. «7. 

H, Carlier, op. cit., t. II. p, 31. Carllcr donne la date de 12M, à laipielle 
il voit les gens dû La Forlé-Hilou on poasesaton du droit de dusse bu 



286 LA COMMU.NE DE SOISSONS 

met de croire à 1 existence d'une commune à La Ferté-Milon *. 
Mais à côté de cela, nous avons tel texte dont rinterprétation 
n'est guère facile, et en contradiction avec ce qui vient d'être 
avancé ^. En tout cas, il apparaît bien que, sur le point précis 
de laffranchissement par le séjour, la coutume de La Ferté- 
Milon diffère de celle de Grépy ^. L'aflBrmation de Carlier ne 
repose donc point sur des textes précis : l'emprunt par les habi- 
tants de La Ferté-Milon de la charte de Grépy est une question 
qui demeure ouverte. 

lévrier et à Tépagneul, la baguette à la main et sans armes, possession 
confirmée en 1291 et 1605, supprimée plus tard. 

1. Boutaric, Actes, n° 1638, t. 1, p. 153. 

2. Texte daté de 1287 (L. Delisle, Resfit, (Tun volume des Olim, n» 620, 
dans Boutaric, ActeSy t. 1, p. 403) et portant : « I^ liberté donnée a la ville 
de la Ferté-Milon n'estoit que pour les habitans lors et leurs héritiers, et 
non perpétuelle es autres qui viennent après. » 

3. Voir différents arrêts dans Boutaric, A cfe«, n®* 338, t. 1, p. 29; 339, I, 
29; 983,1, 92; 2589, 1,251. 



CHAPITRE V 

MEAUX ET LES œMML'NES DE CHAMPAGNE 

Située sur le cours de la Marne, la ville de Meaux ' se trouve 
dans une excellente situation. Sa fondation parait remonter 



1. Il n'y a pas, à ma connaissance, de bibliographie mekloise. Caba- 
nis, dans les Mélanges hist. de ChampolHon-Figeac, /)oc. hist,. Coll. et Doc, 
In., Paris, 1841, in-4, p. 424-429, a donné quelques indications, dépassées 
depuis par le Relevé des documents intéressants du dép, de Seine-et-Slarne.., 
par rarchiviste du départ. [Lemaire], Fontainebleau, 1883, in-4. — On 
trouvera dans L. Delisle. Catal. des actes de Phil.-Aug.y Appendice, Table 
des cartul.y p. 546, des renseignements sur les archives religieuses de 
Meaux; ducartulaire I du chapitre, on a une copie à la Bib. Nal., lat. 183;i5, 
contenant des actes nouveaux: je n'ai point dépouillé le cartulaire moderne 
de la Bib. de Meaux en 4 in-f°. — Il n'existe plus d'archives anciennes 
de la commune, tous les papiers ayant été brûlés dans l'incendie de 1358 
(cf. Relevé et documents..., p. 2, col. 2) ; en 1731 subistaient les comptes 
de la ville de 1483 (Duplessis, Hist. de l'église de Meaux, n. XLVI, t. II, 
p. 740) ; les délibérations du corps de ville ne remontent qu'à 1748 
(Lemaire, Invent, sommaire des arch. dép. de Seine-et-Marne, t. IV, 1880, 
Fontainebleau, in-4, p. 7 el p. 80, col. 2). — Le recueil d'anciens titres 
et pièces concernant la communauté des habitants de Meaux..., Meaux, 1739, 
in-4 de 69 p., avec collation aux originaux, ne renferme pas de texte anté- 
rieur à r447. — Les histoires manuscrites anciennes n'offrent guère d'in- 
térêt : Rochard, Histoire de la ville de Meaux (Bib. de Meaux, n®* 1, 2 et 
3), et Antiquités de la ville de Meaux, d'après les Mémoires de Jean Len- 
fant (Bib. de Meaux. n» 4) (cf. Duplessis, Hist. de Véglise de Meaux, t. I, 
en tête ; Carro, Hist, de Meaux, Introd., p. ii). Le premier ouvrage 
important, comprenant 743 pièces justiGcatives, est celui de Dom Tous- 
saint Du Plessis, Histoire de Véglise de Meaux, Paris, 1731, 2 in-4, qui a 
employé ces diverses œuvres, et, de plus, les papiers de l'abbé Ledieu, 
secrétaire de Bossuet, et une Chronique des évoques, perdue, de Jean Phe- 
lippeau (f 1708), qu'on l'a accusé d'avoir copiée (Navarre, Essai hist., 
Avertiss., p. v). Le travail de [Navarre], Essai hist. sur la ville de Meaux, 
Meaux, 1819, in-8, est nul; au contraire, Carro, bibliothécaire de la ville, 
a écrit une assez intelligente et critique Hist. de Meaux et du pays mel- 
dois, Meaux-Paris, 1865, in-8. — Bien entendu, il y a des renseignements 
à puiser dans D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Chanipagne^ 
Paris, 1859-1866, 6 in-8 ; les ouvrages postérieurs de l'abbé Etienne 
Georges, Histoire de la Champagne et de la Brie, Paris, 1878, in-8, et de 
Poinsjgnbn, Hist. générale de la Champagne, Chàlons-sur-Marne, Paris, 
1885-1886, 3 in-8, marquent un recul sur ce livre. Joindre E. Chantriot, 
La Champagne, Étude de géogr. régionale, Nancy, 1905, in-8, p. 271 sq. On 
pourra consulter A. Denis, Recherches bibliogr. sur les auteurs quiont écrit 



288 La commune de soissons 

à une époque très reculée*. On s'explique parfaitement que 
les Romains en aient fait un point stratégique : Meaux, en 
effet, était alors située dans une presqu'île formée par la rivière^; 
une citadelle la défendait au sud^, en même temps qu'un pont 
la mettait en communication avec la route romaine de Senlis à 
Sens. Les découvertes archéologiques que Ton a faites à Meaux* 
semblent prouver que c'était un centre relativement important, 
dont, il est vrai, les Romains avaient négligé de défendre le 
périmètre par une enceinte '\ 

A Tépoque mérovingienne, Meaux est le centre d'un comita- 
ius^ \ de même, sous les Carolingiens, puisqu'en 8G2, Charles 
le Chauve donne à son fils Louis Tabbaye de Saint-Crépin et le 
comté de Meaux, pour prix de sa soumission après une révolte "♦ . 

«ur la province de Champagne^ Chàlons-sur-Marne, 1870, in-8. — Les 
Mémoires de la société des sciences, lettres et agriculture de Meaux et le Bull, 
de la Conférence d'hist. et d'archéol. du dioc, de Meaux [dcp, 1900) ne ren- 
ferment pour ainsi dire rien qui nous intéresse. — EnGn, tout récemment, 
un docteur en droit, M. R. Bourgeois, a traité du Mouvement communal 
dans le comté de Champagne aux XII^ et XllI^ siècles (Paris, 1904, in-8) 
dans une étude juridique pour laquelle il a utilisé avant tout la Collection 
de Champagne de la Bib. Nat. Il a classé les textes champenois en quatre 
groupes (p. 58 59», sans voir quelle parenté unissait à la charte de Soissons 
les textes de Meaux, Kismes et Écueil (voy. les comptes rendus de ce livre, 
par J. Viard et Ph. Lauer, dans la Bihl. de VKc des Ch., 190i, p. 598-599, et 
la Revue hisf., 190*'», t. LXXXVII, p. 413-115). On trouvera certaines indi- 
cations sur la juslictî communale dans la Champagne en gônoral dans 
É. (Hiénon, U ancien citutumier de (lliampagne, Nouv. Hev. hisl. de dr. fr, 
et ctr., 1907, t. XXXI, p. 285-3 V'k 

1. Carro, op. cit., j). 8. 

2. L'ancien cours de la Marne est occupé maintenant par le canal de 
rOurcq (Carro, op. cit., ph»n de la p. 10-11). Au temps de Bicher, la 
Marne coulait dans son ancien lit (p. 05) ; de même en 1202 (p. 05, n. 2, el 
p. 112-113). 

3. Carro, op. cit., p. 10. 

4. Subslruclions (p. 10), portes qui ont subsisté juscprau xvi<^ siècle 
(p. 11). la |)nson, le théî\lre (p. 19), le cimetière (p. 21), les maisons. Au 
sujet de celles-ci, (]arro fait une observation judicieuse, p. 18 : « dans l'in- 
térieur de toutes les maisons, on trouvait des traces d*incen<lie el même 
d'un incendie violent., ce ((ni s'accorde fort bien avec ce ((ue nous savons 
des désastn's subis par les Normands •>. Sur un temple de Mars men- 
tionné par Foulcoie de Beau vais, voy. P. J., j). 489-4-90. 

5. Cela est prouve négativement par la facilité qu'ont eue les Normands 
h pénétrer dans la ville. 

6. Grégoire de Tours, llisl. Fra/ic, VIII, 17, éd. Krusch, p. 337 (Mon. 
Germ. hist., 4, Ss. rerum nv^rov.). 

7. Ann. Berlin., éd. Wailz, p. 59. Erreur de date dans Carro, op. cit., 
p. ol. 



MEAUX Et LES COMMUNES DE CHAMPAGNE 289 

A cette date,onétaitàla veille des grandes invasions normandes. 
Cette année même ou un peu après*, la ville fut surprise par 
les barbares et en partie incendiée -. Puis, en 887 ou 888 ^^ nou- 
velle incursion ; les Meldois se défendent énergiquement, puis 
entrent en négociations avec les Normands qui les trahissent 
insidieusement *. 

La ville, arrêtée ainsi dans son développement par la grande 
crise des ix®-x*^ siècles, va s'agrandir au xi®. On voit alors la 
cité romaine augmentée d'un suburbium, s'il est vrai qu'il faille 
rapporter à cette époque la date de fabrication du faux testa- 
ment de sainte Fare ^; en tout cas, en 1135, le faubourg de 
Meaux est assez grand, pour que le chapitre y puisse fonder une 
abbave ^. Mais cet accroissement se fait fort lentement. Le 
marché qui se tient hors de la cité a besoin d'être fortifié. Alors 
des murs sont élevés, non en 1200, mais vraisemblablement 
après 1217, puisqu'à cette date Philippe- Auguste défend à la 
comtesse Blanche de fermer Meaux, Lagny, Provins et Cou- 
lommiers, avant que le comte Thibaud, son fils, alors âgé de 
onze ans, ait atteint sa vingtième année ^. La Marne, sur trois 
côtés, constituait une défense naturelle, présumée insuffisante, 
puisque, entre la rivière et les murs, on creusa des fossés ; quant 
au quatrième côté, face à la terre ferme, et protégé par le 
coteau de Cornillon, il fut défendu par un canal assez profond qui 
porta le même nom ^. Les murs n'encerclaient d'ailleurs pas la 
ville bien étroitement, même au xiii® siècle ; ils englobaient des 
terrains vagues, où, de l'aveu du chapitre, se commettaient 
« multae immunditiae et turpitudines ^ ». Le pont de la Marne, 

1. La première date est admise par Carro, op. cit., p. 47. Duplcssis, 
op. cit.j t. I, p. 707-709, admet 865. 

2. Ilildef^aire, Vita S, FaroniSy dans A A. Ss. ord. S. Ben., l. II, 
p. 624-62.J. Au sujet du salut de Tabbaye de Faremoutier, les observations 
de Carro semblent justes [op. cit., p. 49-.'>0). 

3. D'après Carro et Duplessis. 

4. Carro, op. cit., p. 55 sqq. 

5. M. Lecomte, Le testament de sainte Fare, passim, surtout p. 12-13. 

6. G allia Christ., t. VIII, Inslr., col. 549-550. 

7. Carro, op. cit., p. 103. Voy. L. Delisle, Catal, des actes de Phil.-Aug., 
no 1462, p. 332-333. 

8. Carro, op. cit., p. 103-104. L'établissement de ce canal donna lieu 
à des contestations riveraines (Id., ibid., p. 105). Il est encore employé, 
seulement pour la descente, au xvii® siècle, puisqu'on construit, en 1669, 
Une écluse pour permettre de remonter (t/)tc/., p. 106), 

9. Duplessis, op. cit., P. J., n» CCCXCII, t. II, p. 16T-168. 
Bot'Roix. — Histoire de la commune de Soissons. 19 



290 LA COMMUNE DE SOISSONS 

passant par une ile submersible, comprenait de quinze à seize 
arches, et était défendu, du côté de la ville, par une tour dite le 
Donjon ^ La ville, en cette fin de siècle, est assez mal entrete- 
nue 2; la cathédrale, en 1268, menace ruine 3, et on n'entre- 
prendra sa reconstruction qu'en 1282 *. Jusqu'au moment où 
l'incendie de la ville par les Jacques et leurs adversaires, en 
1358 ^, forcera les Meldois à reprendre à pied d'oeuvre leurs for- 
tifications, Meaux reste dans le même état. Le progrès brusque de 
cette ville aux xi^'-xn^ siècles, puis sa stagnation peuvent, à mon 
avis, s'expliquer par des causes avant tout économiques. 



* 



A vrai dire, il n'est point facile de déterminer ces causes par 
le menu, étant donné l'état fragmentaire des sources. On peut 
croire que les comtes dans le domaine desquels se sont organi- 
sées les fameuses foires de Champagne ^ se sont préoccuppés 
de développer les ressources propres de leur ville de Meaux, 
dont la situation, sur la route fluviale de la Marne, à l'orée d'une 
fertile région, riche en céréales, la Brie, lui permettait de 
prospérer. Ici, comme à Soissons, l'économie régionale est avant 
tout agricole : Meaux n'est pas, comme Compiègne, un centre 
d'échange; c'est un entrepôt, l'entrepôt de la Brie. Avec cela, 
la pêche de la Marne a son importance, et c'est un joli cadeau 
que le comte de Champagne fait, en novembre 12G8, à l'abbaye 
de Sainte-Faron, que la cession de sa pêcherie de Meaux '. Il 
faut y joindre une activité industrielle mince, mais certaine : 

\. CaiTo, o/>. cit., P. %!., p. !i07-;)08. Il y avait encore à Meaux trois 
autres ponts, le pont Sainte-Céline, le pont Haide et le pont Cornillon 
(Id., ibUI.^ p. il2 s([. ; cf. Duplessis, op. cit., t. II, p. i68'. 

2. Carro, op. cit., p. 112. 

3. Cartul. de Meaux, t. I, f*» i3 (cf. Carro, op. cit.. p. 117 1. 

4. 'Sl^v \]\ou. Notice sur la cathàdrate de Meaux, Monux, 1871, in-8. Cf. 
Duplessis, o/j.r/7., t. I, p. C28-G30; sur les dégâts commis par les Calvinistes, 
p. 2">7-3;>8. 

.*>. Duplessis, o/>. cit., t. I. p. 274-276; Carro, op. cit., p. 158-161; S. 
Luce, Ilist. (le la Jacquerie, Paris, 1894, in-8, p. 127 sq. 

C. D'Arbois de Jubainville, Ilist, des comtes de Champaijne, t. III, 
p. 220-239; Bounjuclol, Etude sur les foires de Champagne, Paris, 1865- 
186(>, 2 in-'i; Huvelin, Essai histor. sur le droit des marclu's et des foires^ 
Paris, 1807, in-8, p. 24^ s<(. 

7. Duplessis, op. cit., P. ,1., n° CCCXCIV, l. II, p. 168. 



MEALX ET LES COMMUNES DE CHAMPAGNE 291 

dès le xu*' siècle, la Champagne est un centre métallurgique ^ : 
k Meaux, en particulier, on constate Texistence d'un marché 
au fer 2. La draperie, au xui* siècle, y paraît florissante ^', Et le 
svmbole extérieur de toute la vie sociale de Meaux, ce sont ces 
murs qui s élèvent, dans la première moitié du xm*" siècle, pour 
protéger les marchands et les boutiques du marché '*. 

Meaux est plus encore ; c'est, avec Troyes et Provins "', un 
des grands monnayages de la Champagne ^. Nous sommes en 
présence d'un monnayage épiscopal, ainsi qu'il ressort d'une 
charte de 1131, par laquelle l'évêque Bouchard l'inféode à des 
particuliers " : ainsi, dès cette époque, ily a à Meaux ime bour- 
geoisie en voie de capitalisme. Ce droit, dont les origines ne sont 
pas connues, devait paraître exorbitant aux comtes de Cham- 
pagne. L'un d'eux, Henri le Libéral, chercha noise à ce sujet à 
l'évêque Etienne et fabriqua en métal de bas aloi des deniers 
semblables aux deniers meldois : il finit par reconnaître ses torts 
et promit de faire tout son possible pour que la monnaie de 
Tévêque eût cours avec la sienne à Provins et à Meaux (1163) *. 
— Courte paix, puisque lecomte, pour empêcher l'évêque d'user 
de son droit, assiège le palais épiscopal et s'empare des 
ouvriers : Innocent III chargre en 1202 le doven de Paris de 
faire cesser le difl'érend ^. C'est vraisemblablement pour corro- 
borer sa décision que la comtesse Blanche, en 1208, signe avec 
l'évêque Geofl'roi un contrat d'association, renouvelé par Thi- 

1. D'Arbois de Jubainvillc, op. cit., t. III, p. 240; l. IV, i^ partie, 
p. 735-742. 

2. Bib. Nat., lal. 18355, f» vu v» (nov. 1217). 

3. Ibi(L, î° Lxx (nov. 1255). 

4. IhicL, f<» VII v» (nov. 1217;. 

5. D'Arbois de Jiibainville, op. cit., t. IV, 2* partie, p. 759-788. 

0. A. de Longpérier, Recherches sur les monnaies de Meaux ^ dans la Rev. 
num.y 1840, t. V, p. 128-153. Cf. Carro, dans Mém. de la Soc. de Meaux, 
1840-1842, p. 50-53. 

7. Bib. Nat., lat. 18355, f° 11 r° et v**. Cf. Brusscl, Usaf/e gémirai de fiefs, 
t. I, p. 193-194; D'Arbois de Jubainvillo, op. cit., t. Il, p. 311, et Calai., 
n<* 131, p. 349. Sur des difficultés antérieures, voir un procès de 1130, 
dans Martène, Ampliss. Coll., t. I, p. 690 (cf. Jac([uemin, Ann. de Joscelin 
de Vierzi, n» XXX, p. 22-23). 

8. Bib. Nat., lat. 10355, f»! v^ct 11 r« (cf. f^ 11 V) ; cf. Brussel, op. cit., 
p. 194 ; D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. III, p 74-76. — Ed. dans //. 
F., t. XVI, p. 702 ; Carro, op. cit., P. J., p. 497. 

9. Bib. Nal.. lat. 18355, f« 11 v" et m. Cf. DWrbois de Jubainville, op. 
cit., t. IV, 2*' partie, p. 773. 



292 LA COMMUNE DE SOISSONS 

baud IV, d'après lequel les monnayeries de Meaux, Provins et 
Troyes forment comme un établissement unique, dont le comte 
retire les 2/3 des revenus, l'évéque l'autre tiers ^ Il est pro- 
bable qu'à ce moment disparaissent les espèces meldoises, rem- 
placées exclusivement par la monnaie de Provins -. Néanmoins, 
Tévêque resta, en quelque sorte, responsable du cours des mon- 
naies, quand la monarchie capétienne essaya d'étendre son con- 
trôle à cette partie de l'activité régionale ; en effet, à la suite 
des réformes monétaires du comte de Champagne, le roi s'étant 
plaint que certains de ses sujets fussent lésés par la variation 
subite de la valeur, l'évéque promit de ne plus changer la mon- 
naie sans prévenir le roi au moins quatre mois à l'avance (1225) ^ ; 
dans cet acte, l'évéque déclarait tenir la monnaie du roi \ et 
pourtant la réimion de la Champagne au domaine capétien était 
loin d'être accomplie ^. Lorsqu'elle le fut, il y eut dès lors double 
raison pour l'évéque de déclarer qu'il tenait du roi la monnaie 
meldoise : c'est ce que reconnut Philippe le Bel en septembre 
1307 ^; n'empêche que peu de temps après, « rei publicae uti- 
litate pensata », le roi centralisateur et faux-monnayeur suppri- 
mait le monnayage de Meaux '^. 

Ainsi cette ville en possession d'un marché et d'un monnayage, 
dont l'activité économique est assez grande pour qu'une colonie 
israélite ait pu s'y établir ^, renferme des éléments de progrès, qui 
font ressaillir davantage la conditionjuridique des habitants de la 
région. Il n'est pas étonnant que ceux-ci, excités par les promesses 
d'un progrès entrevu à sortir définitivement des entraves du passé, 
aient profité du morcellement de l'autorité dans leur ville pour 

4. Gnlla Chrisl., t. X, Inslr., col. a,')8. Cf. D'Arbois de Jubainville, op, 
cit. y (jafal.y 11° 09 ; Brussel, op. cit., p. 19r>. 

2. Voy. une charte très inléressanle du comte de Champagne, de 1224: 
solde par les monnayers comtaux du droit de révê<|ue (Bib. Nat., lat. 
1835;», fol. m;. 

:^. Bib. Nat., lat. ISHiio. f« xxvi et v"; Arch. nat., JJ 31, f" xxxv et v«. — 
Éd. par DWrbois de Jubainville, oyj. cit., p. 199-200. 

4. Quant te ne mu s ab eo. 

5. Accompli seulement en 1284 (D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. IV, 
2' partie, p. 405-450). 

0. Bib. Nat., lat. 18355, f" Ixxxvj v*'. — Kd. par Martène, Anipl. Coll., t. I, 
col. 1415; Ordonn.y t. XI, p. 404. 

7. Ducang-c, \^ Monela, Glossarium, l. IV, col. 980. 

8. Duplessis, op. cit., P. J., n° 305, et t. I, p. 103. Cf. Carro, op. cU,^ 
p. 102. 



MEAIX ET LES COMMUNES DE CIlAMPAr-NF, 



293 



obtenir une commune. Il nous faut donc rechercher rapulemcnt 
quels étaient cette condition juridique des sujets et ce morcelle- 
ment de la puissance des maîtres. 



Au moment où le riigime communal fui introduit k Meaux, 
deux pouvoirs se partageaient la ville : le comte de Champagne 
et l'évêque. Comme les comtes de Champa^^ne habitaient avant 
tout Trojes et Provins, ils n'avaient à Meaux qu'un chSte.iu, au 
moins depuis le milieu du xu' siècle '. construit ii l'angle sud- 
ouest de l'ancienne citadelle romaine '. Ils étaient représenti-s h 
Meaux peut-être ])ar un châtelain, sûrement par un vicomte : 
l'importance de ce personnage était mince ■'. De plus, ils avaient 
installé, au xiit'' siècle, un bailli, dont les fonctions étaient 
souvent réunies à celles des baillis de Provins et de Tmjes ' ; ce 
bailliage subsista même après la réunion de la Champagne au 
domaine de la couronne ■', et donna naissance, — comme pour les 
bailliages de Chaumont, de Trojes et de Vitrj, — b une coutume 
propre ". 

L'évêque possédait ii Meaux des droits de justice considérables". 
Porté en pompe par ses vassaux, — comme à Soîssons et iSens, 

— depuis les Saints-Pères de Cornillon jusqu'à l'église de Saint- 
Étieune^, il supportaitdilTicilement la souveraineté du comte, qui, 

l. Carro, op. cit., p. 81 sq. Eo 1150, il esl déjA ijucstion du <i caslclluni ■' 
du comte (Td., ibiil., P. J., p. tllOl. Sur i'élot de nos connaissances sur 
riiistniredc Meaux cl de son comt^, cf. F. Lot, FîHètet au ranMUX, IB04, 
in-8, p. 160, a. 6. 

â. Id., iliid., p. Hi sq., et le plan, p. 84-8j. Les fouille s^fni tes ont permis 
de reconstituer ce plan. 

3. A. du Gliesue. llUt. génàitl. de» maùoii» de Ouine»... etc., p. 283 sq. ; 
Diiplessia, op. ri'f., t. 1, p. "21-727 ; Carra, op. cii., p. (62-163, et P. J.. 
n° r4T. lis représentaient le comte, — et s'y faisaient souvent représenter, 

— au portage de l'évoque. Il y avnit aussi à Meaux un prév6t (Bili. Nal 
lut. I8355,f*i¥iiv«-xviii}. 

4. Lot^vre, Bib. dr l'Éc. de» Charles, 5" série, l. I. p. 187, donne la date 
dt> 127Q : a(. tl'Arbois de Jubainville, op. cil., t. IV, i' partie, p. iSi. qui 
donne la date de 127* {Catal., n° 37BB), 

ri. D'Arbois de Jubainvîlte, op. cil., t. IV, 2' pnrtie, p. 48r>. 

0. Id., ibii/., p. 486 ; cf. p. ISr^tM. Sur l'existence (losléricure du comié 
di' Meaui, qui rentre définitivement dans \c domaine royal seulement en 
liîll, voy. Duplessis, op. eU.,l. 1, p. 252. 

7. DArbois de Jubuinville, op. rit., t. IV, 2' partie, p. 486. 

8, RelKé...p.,. col. 1. Ou trouvera dans Hib. Nal., lB355,f"Uixvj, unacU- 



294 LA COM^fUNE DE SOISSONS 

jusqu'en 1129, exerçait à son égard le strict droitde dépouille K Ce 
furent entre eux des contestations continuelles *^, particulièrement 
en 1227 ^ et 1231 ^ : Tévêquedut reconnaître que le comte avait 
le droit d'avoir un pilori sur la place de Meaux ^, tout en gardant 
pour lui-même sa justice de la Cour-l'évêque '». En revanche, il 
conserva une partie de sa juridiction sur ses hommes marchands, 
qui devinrent toutefois justiciables du prévôt pour ce qui concer- 
nait le marché du samedi et le guet de la ville ^ ; le « métier » 
[of/icium) des drapiers dépendait particulièrement de lui ^. 

C'est un fait général que dans les pays riches leservage, — mode 
d'économie le plus rémunérateur pour le possédant dans un 
régime de production extensive, — s'est le plus développé. C'est 
le cas pour la Brie, dont la condition juridique et économique 
des habitants a été décrite par l'abbé Denis ^ et par H. Sée *o. 
Pour Meaux même, le servage est un fait constaté, et que n'abo- 
lira même pas l'avènement dans cette ville du régime communal, 
puisque encore en 1223 on voit le comte de Champagne cédera 
l'évéque de Meaux la fille du maire de la commune, en compensa- 
tion de quoi l'évéque cédera l'un de ses hommes decorps etla sœur 

■ 

de cet homme pour être incorporés à la commune^* : le comte 
possède aussi des serfs k Meaux**. Or, le servage, dans la Bric, 

(riioininajfo d'Eiigiierrand do Coucy, de 1306. Col usa^o no paraît avoir 
disparu qu'au xvii*' siècle (Duplessis, o/>. cif.^ t. I, p. 420'. 

4. Aliandonné à cetlo date par le comte (D'Arbois do «lubainvillo, o/>. 
cit., t. III, P. J., n» xci, p. 424 . 

•2. D'Arhois de Jubainvillo, op. cit., Catfif., n«» 69:i, 802, 1639, 1189, 1321 , 
1565,1641, 1754, 1756,3221, 3231, 3258,3281, 3291, 3346, 3247,3426. Le cha- 
pitre est l'allié do Tévoquo cf., pour 1221, Duplessis, o/>. cit., P. J., n" r.ci.x, 
t. II, p. 112). 

3. ( la rro, o/i. cit., p. 106 s((, 

4. Id., ihid., p. 108 sq. 

5. Bib. Nal., lai. 183:i:», {<*- xx\-xxxi v*» (1227>. 

6. Ihifl., (^ V, V" W'iula episcopi, acte non daté). Dans un acte do 1110, 
il est <|uesliou do la (7//7/.S cpiscnpi (D'Arlwis do Jubainvillo, op. cit.^ t. III, 
P. J., n" xci, p. 42 1). 

7. Rib. Nal., lai 18395, fo« xvii v" ol xviii. 

8. Voy. P. J., no 31. 

9. Lectures sur l' agriculture dans le département de Seine-et-Marne, 
Moaux, 1881, in-8, surtout p. 146 S(|. 

10. Etude sur les classes serviles en Champagne, dans /?. ///.s7.,189i-, l. LVI, 
p. 225 sq., et 1895, t. LVII, p. 1 scj. 

11. Bib. Nat.Jat. 5993, A, f« 18'k 

12. Bib. Nat., lai. 5992, f"- 171-172 (121 1). 



paraît peser 



lourdement f 



Icf 



!rfs ', bien 



quil 



.- ait 



encore au \ili" siècle des exemples d'abandon volontaire de la 
liberté -. Et même si les grON revenus que tirent des serfs les 
possédants peuvent èlre aims peine acquittés par ceux-ci, il y a 
justement ik une raison de plus pour les non possédants 
d'aller »u-delit de ce qu'on appelle leur droit. 

Lors(|ue rt-volulinn sociale amena dans la Cliampag^uc et dans 
la Brie l'apparition d'un nouveau régime politique, les maîtres 
delà région essayèrent de concilier leurs intérêts avec ceux des 
classes productrices ; de là, le succès de textes d'affranchisse- 
ment comme les chartes de Lorris'' ou de Beaumont '• ; de là, 
le régimi' tout parlioulier de la ville de Troyes, qui s'éloigne 
l.inl de noire conceplion ordinaire de la commune '; de là, 
aussi, l'extension du régime inauguré par la charte de Sois- 
sons dans toute cette région. Certes, les textes communaux de 
Bray-sur-Seiue ^1210), Provins (1230). Coulommiers (1231) ont 
avec la charte de Soissons des points de contact certains '', Mais 
la charte de Meaux, en particulier, est vraiment une Ulinle de 
Soissons. Cela s'explique avant tout par l'analogie de la sitmi- 
tiou économique des deux pays : à Meaux. comme h Soissons. 
' est avant tout agricole ' : t;i situation juridique <les 
habitants est sensiblement la même. 

Ce n'est pas tout. La commune de Soissons est un organisme 
politique assez faible et convient en somme assez bien à une 
population d'agricul leurs urbains. Que les puissants comtes de 



jciilicr unrtcle jinblié par Carro, o/i. cil., p. Otl, n. t 'Irn'i.. 

■2, Duplc8sis,o/., vil., l. I, p. 230. Cf. P. J., t. Il, p. i7S [t27a). 

3. D'Arbois dt- Jubaiaville, Hitl. Je» comtes de Champagne, I. IV, 2> pur- 
lie, p. 707-713. Dans le nafme sens, cf. Bourgeois, op. cit., p. 3Q-MI, et 
[I. 50, où les rentes créiSts par les communes nux comtes sonl i>niimi-i'éirs. 

4. Id., ihid., p. 715-720. 

5. Id.. ihiil.. p. 721-721. La charte est de 12:W l'.alnl., n" iOBij. Sur aon 
caractère, cf. Id., ibid., l. V, p. 292. 

fl. AbM Denis, Leeliirea »ur ra^ricultiire, p. Ii;i-ll9. Pour Provin'î, cf. 
Bourquetot, Hi»t. de Prooini, t. I.p. tUS, 

7. Voy. les vers admimlifsde Gni Foulcoic, nioil vrrs 1090 f//. F., I. XI. 
p. *49-t30) : 

I. Si Cerere m colères, segeles snl Meldis linlicrca. 
Viligeauin lucum, si vis allollerc Biicnhum. " 
, Lreiure*..., p. 109, 



296 LA COMMUNE DE SOISSONS 

Champagne, qui, possesseurs de plusieurs domaines dans le 
Soissonnais, ont pu le voir fonctionner soit à Soissons, soit dans 
les villages du pays, laient introduit chez eux, il n'y a à cela rien 
que de très naturel ; d'ailleurs, ils se firent honorablement 
payer leur concession *, et peut-être se sont-ils beaucoup moins 
préoccupés d'améliorer le sort de leurs serfs * que de gêner direc- 
tement Tévêque de Meaux, dont ils étaient peu accoutumés à 
respecter les droits ^, Ajoutons que la commune de Meaux, éta- 
blie en 1179, a profité d'une circonstance heureuse : le départ 
d'Henri le Libéral pour la croisade, et son besoin d'argent à ce 
moment ^. 

La charte de Meaux de 1179 '' est le premier des textes com- 
munaux de Champagne ^. Elle a été confirmée par Thibaud III 
en 1198, par Blanche de Navarre en 1203, par Thibaud IV en 
1222, par Thibaud V en 1258 et 1268, par Henri III en 1274, 
et par Philippe le Bel en 1284 ". La confirmation de Thibaud IV, 
de 1222, n'est que la traduction de la charte de 1179 ^. 



i. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. IV, 2« partie, p. 824-827. 

2. Voy. les traités d*entrecours avec le roi de France, de 1209 (L. Delisle, 
Catal. desactes de Phil.-Aug., n» 1144, p. 265-266) et de 1210 (Id., ibid., 
no 1231, p. 283). 

3. Cela parait bien ressortir du procès né entre le comte et Tévêque en 
1231, à la suite duquel l'évoque excommunie « les hommes de la commune 
(lu comte » (T)uplessis, op. cit.j P. J., n°crxcvi, p. 129). 

4. Duplessis, op. cll.^ t. I, p. 162-lfi3 ; M. Poinsignon, Ilisi . générale 
delà Champagne et de la lirie, t. I, p. 130 ; D'Arl)ois de Jubaiville, op. cit., 
[. III, p. 104.' 

5. Orig. : disparu. = Copie: Arch. nal., J 206, n° 1 ; Bib. Nat., Cartul. 
de Thou, lat. :m2: Coll. de Champagne, t. 19, ^ 22'* ; Bib. Troyes, ms. 22, 
p. 161-163. :=. Kd. : Chantereau le Fèvre, Traité des /irfs.. ., Paris, 1662, 
in-f'^ Pr., p. (')-8, 272-276 ; Hrussel, Usage des fiefs, t. I, p. 183-187, n. ; 
Duplessis, o/). cit., l. Il, p. 6'i5-6.*)8 ; ('arro, oy). rtï., p. .">()2o07 ; Teulet, 
Layettes, n° 299, t. 1, p. 12V-126; G. Gassies, Les chartes de la commune de 
Meaux, Meaux, 19(K), in-S. (Exlr. du Bull, de la Soc. lift, et hist. de la Brie, 
1. 111, 1) ; Bourf,'Cois, o/). cit., p. ll.*»-122. =: Indiq. : D'Arbois de Jubainville, 
op. cit., Catal., n« 304, t. 111, p. 379 (cf. ibid., p. 221). 

6. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. III, p. 221 s(j. Le terme de com- 
munia mea dans une charte pour Provins (Bourquelot, ïlisf. de Provins, 
t. Il, p. 380-382) semble désigner l'ensemble des hommes du comte à Pro- 
vins, avec l'ensemble des droits dont ils jouissent. 

7. D'Arbois de Jubainville, op. cit., t. IV, 2« partie, p. 721 . 

8. Arch. nat., K ll")i, p. 83-8*) (cf. D'Arbois do Jubainville, op. cit., 
Catal., n° 1421, t. V, p. 180). Copie de Bochard : Arch. Meaux, AAI, et JJI, 
fo 1. Éd. par Gassies, Les chartes de la com. de Meaux, p. la. 



MEAKX ET LES COWMl >ES I)F. DUAMPAR-NE 



297 



Ce qui frappe, dans cette charte, quand on la compare avec 
celle de Soissons, c'est que la plupart des articles de celle-ci sont 
pour ainsi dire dilués dans des articles nouveaux, lesquels ne 
sont point ajoutés méthodiquement à la charte primitive, comme 
pour Dijon. Que le modèle soit la charte de Louis VII, c'est ce 
qui nous est révélé par ce détail que la suppression de la main- 
morte et le privilège pour les communiera de ne pouvoir être 
arrêtés que par le maire (article 20 de la conlinnatton soisson- 
naise de 1 181) se retrouvent, séparés, dans la charte de Meaux. 
Au reste, en dehors de la réduction à 15 jours du droit de crédit 
du comte, qui remplace ici l'évêque ', it n'y a point de modifi- 
cation notable des articles de Soissons. Uy a seulement embarras 
en ce qui concerne les administrateurs de la justice communale, 
car il est question à un endroit d'échevins, et, 'a un autre, de 
jurés ; l'embarras dure encore au xiV siècle -'. La place du maire, 
de plus, parait plus considérable qu'à Soissons. Notons la pré- 
sence, a côté de ces élus, d'im fonctionnaire communal, dési- 
gna par le comte par l'intermédiaire du chancelier champenois, 
mais récusable par la comnume. et devant prêter serment à la 
commune et au chancelier, l'écrivain (scriptor) ^. Parmi les 
articles empruntés h Soissons, certains ont été réduits, abrégés : 
leur sens reste le même. 

Lacharte soissonnaisede Hii-lli6, pas plus que la confirma- 
tion de IIKI, ne correspondait k la complication de la vie urbaine 
à la lin du xii" siècle ; c'est ce qui explique qu'Henri le Libéral y 
ait intercalé certains articles complémentaires, dont je dois 
esquisser l'analyse. 

Au point de vue de la condition juridique des habitants, il n'y 
a guère plus de précision dans la charte de Meaux que dans la 
charte de Soissons. Le servage n'est pas aboli, sauf en ce qui 
concerne la mainmorte: le forma riage et le chevage subsistent, 
limités. Peut-être bien que cette limitation est antérieure à l'on- 

I, C'est une ralxoD de plus de la supériorité à SoissoDS de rév^ijue bui- 
le comte. 

•2. En 1319. il est question de jurés (Boutaric, Act«», n' S936, t. [, p. 300), 
eni323,décheïin9((7iid., n" 7300, t. II, p. 533-53i). Voy. aussi Arch. nat., 
JJ 56, P" t03 V-lOi, 64, f" 312-213, où, en 1317 et en 1336, figurent êcabhii 
et jurait, ëchevîns et jurés. A cette date, il y a 8 échevins et 17 jurés. 

3. D'Arbois de Jubaio ville, op. cit., t. III, p. 137-138. En 1326, on note 
l'électian d'un argentier qui devra rendre ses comptes à la Saint-Barnabe 
(Arcb. nat., JJ 64, ^• 212-213). 



298 LA COMMUNE DE SOISSONS 

née ii79, un des articles de la charte confirmant la liberté 
ancienne des habitants. Toutefois, en 1184, Marie, comtesse de 
Troyes, et son fils Henri déclarèrent qu'ils n'entendaient rien 
changer aux droits que les abbayes de Saint-Denis et de Sainte- 
Geneviève avaient sur leurs hommes avant rétablissement de la 
commune *. 

Au point de vue du serment communal, il est à noter qu'il 
comporte un engagement de fidélité en faveur du souverain^ 
lequel, par contre, ne s'engage point synallagmatiquement. Tous 
les habitants prêtent ce serment, vraisemblablement à l'exclusion 
des nobles : en effet, oa voit que le châtelain peut être amené à le 
prêter si le comte l'exige. La banlieue est précisée: de la commune 
font partie les hameaux de Tril-le-Bardou, Charmentray, Gham- 
bry, Gongy et Nanteuil'-. La commune constitue un lieu de refuge, 
un « attrait » fort sérieux : lorsqu'un seigneur réclame comme 
lui appartenant un communier, celui-ci peut éviter de retourner 
auprès de son maître, s'il peut invoquer le serment de deux 
hommes de la commune ou d'un juré; si le communier reconnaît 
le bien fondé de la réclam<ation, il a quinze jours pour se mettre 
en sûreté, à moins que le seigneur ne l'autorise à rester définiti- 
vement dans la commune. 

Le tarif d'amendes qui manque à la charte soissonnaise existe 
dans la charte meldoise : ce fait indique que le comte se préoccupe 
de son autorité et de ses intérêts. Le comte en elfet s'est réservé la 
justice du vol, du meurlre, du rapt, de l'incendii*, et l'exécution 
des délinquants appartient à son prévôt ; c'est pourquoi il a, sur 
la place de Meaux, un pilori pour les exécuter, les démembrer, 
les marquer d'un fer chaud -K L'infraction de la cité est punie de 
60 sous d'amende, l'infraction de chemin de 7 sous. L'elfusion de 
sang coûte lo sous. Pour le crime de fausse mesure, on paie 7 sous 
1/2, on restitue lii mesure, sous peine de o sous d'amende, et Ton 
jure qu'on ne recommencera pas. Lesga<;esde duel sont détermi- 
nés avec précision : si la composition précède le duel effectif, les 
combattants paient sous; si elle le suit, 30 sous. Lorsqu'il n'y a 
pas composition et que le duel suit son cours, le vaincu paie 

1. Abbé Dosilvo, Lettres (V Etienne do Tournni, p. *,)o, a. (If. Boiitaric, 
Actes, n« :;020, t. I, p. 300. 

2. (!f. Carro, op. cit., p. 9i-0*>; Abbé Driiis, Lectiire^i^ p, IKi; II. Séc, 
J.es dusses ru ru /es et le rôij. donianiat en France nu moyen dije^ p. 28 i, n. 2. 

:t. Hib. Nal., lat. lS:ir.:>, foxxx-xxxvi yo. 



m: crMMP\r.\E 

60 sous. Tous les autres délits sont punis d'une amende (le -"fious-Oii 
a rem;irqué, avec justesse, que ces amendes de l." sous, 7 sous 1/2, 
"i sous sont des sous-multiples de l'amende maxima de 60 s, , dont 
la première est le 1 /4, la deuxième le 1/3, la troisième la 1/2 '. 
Ce qui est plus intéressant, et qui prt^eise le caractère déjii cons- 
taté de celte charte, c'est que sur toute plainte du comte contre 
un communier, le maire doit punir le coupable k l'endroit que le 
comte dêsijînera dans l'intérieur de la ville. 

Au point de vue économique, il y a à noter que le t-omle se 
ii?serve la justice des mttrchands étrangers : le statut de ceux-ci 
est donc difFérent du statut des marchands du lieu. De plus, il 
confirme aux Melduis leurs droits d'usage dans la foret de Mantes, 
c'est-à-dire le ramassage du bois mort et la confection d'échalas 
pour les vignes. Les contestations à ce sujet sont résolues par un 
tribunal d'arbitres désignés par le comte. 

A ces privilèges, garantis par la présence de seize lênioins, 
l'approbation de la comtesse et la caution de Daimbert de Ter- 
nant. correspondent certaines charges. D'abord les communiers 
paient nu comte 110 livres de censé annuelle : après la réunion de 
la Champagne au domaine, la censé fut payée au roi'. Ensuite 
ils sont tenus de venir trouver le comte dès qu'ils en reçoivent 
l'ordre, mais n'ont, dans ce cas, à faire qu'au comte ou à ses 
principaux olHcters, le bouteiller, le connétable. Enlin, sauf 
pour les liefs inféodés ii la commune, ils acquittent les collecles 
et services militaires dus. Parmi ces services, l'un des plus impor- 
tants était celui du guet : en 1232, le comte avait reconnu que 
les hommes de l'évéque et ceux du chapitre devaient le remplir 
avec leurs propres hommes'; plus tard, les conditions du service 
sont précisées, et il est dit qu'un ou plusieurs métiers de l'évéque 
peuvent être convoqués pour le guet par le prévôt, à moins qu'un 
edictum générale n'exige le guet de tous les habitants de la ville ''. 

Un article spécial de la charte de Meaux partait qu'en cas de 
contestation on recourrait aii.\ jurés de Soissons pour obtenir 



1. D'.Vrbois de Jiibaitiville, op. cit., l. Il[, p. IG;i, 

2. En UOI. \n Parlement jujoa un pracjis loucliiiiit 1e< exemption 
censé, nlora pnyûe au roi : il s'n^issait d'un mann.iveiir l'oyut [Olin 
1" parUo, p a3-9l; cf. Boutnric, MU>. a" 3171, I. Il, p. l'.»i. 

3. Blb. Nal., loi. (8.'(5,'l, f xs»:x. 

*. Ibid., f ÏVM V. 




300 LA COMMUNE DE S01SS0N8 

des éclaircissements ^ . La filiation des deux chartes est donc 
absolument patente 2. 






On ne sait pas si ce recours fut nécessaire. L'existence de la 
commune de Meaux, — autant que nos sources permettent de 
Tinférer, — a été à peu près calme. Ses débuts même furent ser- 
vis par la bienveillance de3 maîtres de Meaux. Sur Tordre 
du pape, Jean de Salisbury, évêque de Chartres, avait excom- 
munié les auteurs de la commune. Simon, évêque de Meaux, 
refusa de promulguer Texcommunicatiôn, ou, du moins, n'en 
lit point usage, et cela, à la grande indignation d'Etienne de 
Tournai, alors abbé de Sainte-Geneviève, qui désirait faire 
adresser par le pape une réprimande à Simon ^. Un des procès 
les plus importants qu'ait eus la commune à soutenir provint de 
ce que certains Meldois déposaient des ordures aux portes du 
chapitre et jusqu'auprès des murs de la cathédrale ; les cha- 
noines résolurent de fermer de murs leur quartier, à quoi s'op-- 
posèrent les magistrats communaux, qui faisaient démolir la 
nuit ce que, le jour, les chanoines faisaient bâtir ; le pape 
ordonna alors, sous peine de censures ecclésiastiques, de cesser 
ce scandale K En 1279, le maire André Mautallié fit quelques 
injures au chapitre : il est probable qu*il ne résista pas à la ces- 
sation de tout service divin 11 Meaux, et qu'il s'amenda '\ Avec 
le xiv'' siècle, les procès sont un peu plus fréquents et ruineux. 
En 1320, le Parlement donne raison à la commune contre les 
clercs mariés et marchands de la ville ^. L'année 1323 est mar- 
quée par plusieurs procès : un avec labbaye de Sainte-Fare ^, 
deux avec le prieuré de Sainte-Céline, le premier à propos des 
messiers dont le prieur prétendait qu'il avait le droit de recevoir 

1. u Si aiitem dissonsio alicjua poslniodum emerscrit, videUcetdejudicio, 
sive (le aliquo quod non sil in liac carta pronolaliim, socundum cognitio- 
neni ol (estimonium juraloriim communie Suessionensis emendabitur, nec 
proinde in me forifecissereputabitur)),'Éd. Teulet, /xi/ye/Zes,!. I,p.l26,col.l). 

2. P. Viollcl, Les communes françaises^ p. 32. 

3. Duplessis, op. cit., t. I, p. 163; D'Arbois do Jiibainville, op. cit.., t. III, 
p. 225 ; Etienne de Tournai, Lettres^ éd. Desilve, n" i.xxx, p. 04-9;). 

4. Duplessis, op. cit.., t. I, p. 24-7. Cf. Martène, Thés. Anccd.^ l. II, col. 531; 
Potlhasl, nccfcsta, n*» 201 il. 

T). Duplessis, op. cit. y l. H, P. J., n° cnxxii, p. 171)-180. Cf. Carro, op. 
cit., p. 143, et P. J., p. 500. 

0. Boutaric, Actes, n»G236, t. II, p. 340. 
7. Id., ibid., n» 7200, t. Il, p. 528. 



^Ê^ 



MEALX ET LES COMMUNES DE CHAMPARKK /lOI 

le serment I, le deuxième à propos de violences exercées parle 
menu peuple et quelques bourgeois de la ville contre le prieuré : 
d^jii en 1 321 , il y avait eu quelque chose d'analu{{iie * ; de même 
encore en I32S '■>. En 1323, le conflit se solda par 400 1. d'amende 
payées par la commune, 210 1, de dommages-intérêts, -IGO 1. 
d'amende payées par les coupahles. et lu réfection de la maison 
du prieuré '. Tout cela pèse sur les liaancea de la ville*. De 
là, sort une dissociation entre les membres de la commune, 
où, en 1326, à la suite d'un « dcscorl meu entre le menu comun 
et le menu comun de certaines villes qui sont appendens a la 
comune de la dicte ville d'une part, et les gros bourgois de la 
dicte ville ", un commissaire du roi rdorganise le mode d'élec- 
tion des administrateurs, dans le sens de la ivprésen talion du 
Il moian comun '> par 8 élus, limite très étroitement leurs dépenses 
et exige la vérification de la taille par les élus et des budgets 
communaux par la Chambre des Comptes ". 

Enfin, l'autonomie de Meaux a pu être atteinte d'abord par 
l'établissement des » Coutumes de Champagne )i, dont la première 
rédaction est de 1272', et ensuite par son incorporation au 
royaume, à la suite du mariage de Jeunne de Champagne avec le 
futur Philippe le Bel *. I^i disparition de la commune est néan- 
moins accidunlelle. 

Il est inutile de refaire, d'après Froissart, Pierre d'Orge- 
mont et Jean de Venelle, l'histoire de la lamentable Jac- 
querie meldoise qu'a écrite avec tant de soin Sîméon Luce^. 

l. Boutiiric, Acte», a' 7133, t. II, p. 512. 

3, la., ibid., n" 6785 et 0787, t.l, p. 445. 

3. lU., ibiil., a' 7746, t. Il, p. 606. 

4. Id., ihlii.. Il' 7300, t. 11, p. S33-534. 

!j. Voy. Ii's considérants d'une vente vidimée par Pliilip|w le Lon^, avril 
1317, Ardi. nat., JJ 56, t" 103 V-lOi v*. A noter quels ville avait essayé 
en vain de s'adjuger radministralion de In léproserie (D'Aibois di- Jubain- 
ville, op. cil., t. IV, 2» partie, p. 746, et Calai., n" 23ri3, t. V, p. 343-344, 
|12HS|,el 322», l.V, p. .^>03, (1261J). La commune n'avait pas h s'occuper des 
truvaux publics de In ville : Bib. Nat., lai. ISSn.l, r> xixtx (I232i; D'Arbois 
de Juliainville, op. cit., t. IV, 2- partie, p. 756, et Calai., ii" 3300 (t. V, 
p, 314) (12tS3). 

6. Arch. nBt.,JJ 64, ^' 212-213, 

7. Sur cette coutume, voy. E. Chétion, L'ancien coulumier Oc r.hsmpsijne, 
dans la .Vouu. flee. lùst. de droit fr. el Mr., tM07, t. XXXI, p. 285-344. 

8. Bourgeois, op. cit., p. !)8. Cf. In lîsti; di^s pn^vôts royaux dans H. Grn- 
vier, Essai tur If* prêvJls rayaur, p. 186-187. 

0. S. Luce. UialoiredeU Jacquerie, Paris, 1B04, îu-8, p. 127 st[.,etP. 
J., p. 227-344. 



302 LA COMMUNE DK SOISSONS 

La commune de Meaux, alliée aux Parisiens et aux Jacques, 
vit la ville souillée par le triomphe affreux des nobles, 
qui firent un massacre immense des vaincus et allumèrent 
un incendie de quinze jours. Le maire, Soûlas, fut pendu, 
la commune supprimée et réunie k la prévôté royale de Paris '. 
Des lettres royales de décembre 1373 expliquaient la punition : 
« Les habitants de Meaux, pour leur détestable fait, furent lors 
atteints et convaincus du cryme de leze majesté, ou premier 
chief, et eux et toute leur postérité cheyoient en estât de toute 
dampnation. et ladite ville de Meaux, de devoir eslre et demeure 
a toujours inhabitable ^ ». En fait, la sentence royale avait été 
moins dure, car, en considération du chapitre de Meaux et à la 
demande de plusieurs bonnes villes, le régent de France avait 
immédiatement accordé à la ville des lettres d'abolition '^. Néan- 
moins, il fallut attendre le règne de Charles VII et Tannée 1447, 
pour que la ville de Meaux pût obtenir de nouveaux privilèges*. 



* 



Il est possible que, sans les événements du milieu du 
xiv*' siècle, la commune de Meaux eût vécu longtemps sans acci- 
dent, ou qu elle fût morte d'anémie. Les localités champenoises 
où elle fut introduite ont une histoire qui le prouve assez. 

Dans le département de la Marne, deux communes se trouvent 
les filiales de Meaux, — par suite, les sous-iiliales de Soissons : 
c'est Fismes et Fcuoil. La charte de Fismes'^ est du 6 janvier 
1226^': elle a été conlirmée par Philippe le Longeii 1316", et, pos- 
térieurement, par François '^ l'^'* et Henri II •'. Elle est caractéri- 

1. S. Luce, Ifisioirc de la Jact/uerie, p. 143 et 1 '1-4. 

H. Arch. Nat., JJ lO.'i, p. Ul. Cf. S. Iaico, op. rt/., p. liV. 

3. S. Luco, op. cil., p. i4i-, et n. 2. 

4. liocuoil (Vancirna Itlrnsol pl^cos.. ., p. 3 S(|. En 130"», on conliiiue la 
li(jui(latioii des alTîûrcs linancièrcs de la commune (Duplessis, op. c//., sup- 
plément aux P. ,1., n" DccxLMi, t. Il, p. <K>9-0r>Oi. 

5. Marne, arr. Reims, ch.-l. de canton (ancienne eliàtellenie du Tardo- 
nois. (if. L)*Arl)oisde Jubainville, oj). cil., t. Il, p. 30 et 271) . 

ii. Orif/. : Arch. Fismes non coté. — Tontes les indications tirées de 
ces archives sont dues à roblij^-eante communication de M. Prou); cf. 
A. Luchaire, Les rommunea frunrnises, p. 117, n. — Copie : Bih. Nat., Coli. 
tle Chnnip., t. 10, f""* 27-29, et vidimus de 1310. -nEd. : celle du vidimus 
de 1310; Hourgeois, op. cit., p. 122-128. -Indiq. : DWrhois de Jubainville, 
op. cit.^ Calai. y n« r>730 (t. V, p. 234 1. 

7. Orifj. : .Vrch. Fismes avec additions illisibles). — Copie: Arch. Nal., 
J 197, no*22;.IJ:>3,f<>47elv«; Arch. Marne, C :m. = l':d. : Ordonn.. t. XII, p. 
419-421. ^=lndi(/. : D'Arbois de Jubainville, /oc. cil. voy. la n. précédente;. 

S. Fn mars 131") (Arch. Fismes; Arch. Marne, C IW)^]. 

9. En août iWtl [ibid.). 



,t;S KT LES COSIJll SES Dli UIAMPAdMÎ 

sée par l'abolitioii coniplt*te des charges serviles, en dehors 
du chevage, qui continue à être pa^é aux seigneurs. De lu 
commune ne peuvent hiiie partie, sans qu'il l'exige, les 
hommes du comte. I^ charte ne comporte point de tarif 
d'amendes; seulement le meurtre, le rapt, le vol sont jugés par 
le prévûldu lieu ; te maire juge, au contraire, les cas peu graves 
de violence ' et les causes possessoires '. En cas de duel judi- 
ciaire, les gages appartiennent au maire, l'amende du vaincu au 
comte. 11 n'est point question d'échevins dans la charte de 
Fismes, mais point non plus de jurés ; on sait cependant que 
c'étaient des jurés qui assistaient le maire ■'. Les .services exigés 
de la commune de Fismes sont les mêmes que ceux de la com- 
mune de Meaux, sauf que la commune n'a jioinl ii suivre le 
comte partout où il veut, eomme k Meaux. Le comte, en 
retour, lui abandonne ce qu'il possédait ù Fismes, ii charge de 
payer différentes rentes : 8 setiers de farine à ses manouvriers, 
7 setiers, la moitié d'avoine, l'autre de blé, au héraut [submoni- 
tur) de Fismes, 8 muids de vin blanc à l'abbaje d'igny. et 
l au châtelain ; il établit qu'au cas où il élèverait un moulin 
ou un four banal, les habitants de Fismes devraient s'en ser- 
vir. Outre que ceux-ci doivent le fournir de vin, de pain, de 
viande, quand il vient ii Fismes, pendant deux jours, & condi- 
tion de les rembourser dans les quinze jours, ils doivent encore 
payer au comté une censé de 180 livres pruvinoises. Celte censé 
parut lourde aux heures de misère ; le 20 janvier 1427, on voit 
Henri VI d'Angleterre, alors maître du pays, accorder pour 
quatre années une réduction des 180 1. £t 61) 1. tournois '. En 
1477, nouvelles supplications des gens de Fismes : le pays se 
vide, il est ravagé de pillards; oi^ demande une modération, 

1. Arcli. Fismes :n''le de 1 1190, cnnslalnnt le velrnit ilc pluinte d'un hnlil- 
lant de Fismes qui Hvail. été baltii. 

2. .\rch. Fismes ; scnleiiee de I3!li1 daus une cause de retrait Iigiiag«r ; 
acte du 1°' janvier liDOnolifisnt l'arreslatioii parle sei^ent de la commune 
d'ua débiteur. Le maire a In disposition du pilori eommunni (voy. P. J.,n'33). 

3. Arcli. Fismes : sentence de 13tl>t, en une cause de retrait lignager; 
remise de Jugement, Il sept. 147H. 

4. Arch. Fiâmes. — Notoz <]ue lesi{uatrc tnuids de vin jadis payés nu i-hA- 
Iclain de Fismes le sont alors bu roi. — De cet acte, il rnul (leul-étre rap- 
procher l'aliéuatioa, Tnile, en HIO, par la commune, de l'IIôlel-Dicu de 
Fismca & des partieuliers, moyennant un surcens de 10 sous lournois et un 
ban'|net nnnuel aux oinciers communaux (ibid.). 



30i LA COMMUNE DE SOISSO^S 

encore réduite, de vingt ans ; la Chambre des Comptes, le 15 oc- 
tobre 1477, n'autorisa qu'une réduction à 60 livres pour 4 ans, 
renouvelée, paraît-il, en 1488 *. La rente de vin due à Tabbaye 
d'Igny subit d'ailleurs, au xvi® siècle, une semblable réduction, 
puisqu'elle fut remplacée, pour 46 ans, par une rente de 70 sous 
tournois 2. La commune de Fismes, sans que la charte le spéci- 
fiât, s'étendait, au xiv® siècle, sur le hameau des Fismettes ^. 
Les habitants des deux localités possédaient, comme dans beau- 
coup de localités, les droits de chasse, pêche et pâturage ^. 

Louis XIII, Louis XIV, Louis XVI ont confirmé à des dates 
diverses la charte de Fismes ^. Depuis la réunion de la Champagne 
au domaine royal, un prévôt y était établi ^ : c'était un centre 
communaliste important, car la commune de Cys, à laquelle 
je viens dans un instant, en dépendait ^. Au xvii® siècle néanmoins, 
la vie locale avait perdu beaucoup de son énergie, et Ton voit la 
mairie de Fismes occupée héréditairement de 1692 à 1722 ®. Ce 
fait, et l'état des finances communales au début du xv!!!** siècle^, en 
dehors de la politique centralisatrice de la royauté, expliquent 
la réforme de 1778 *^. Dès 1525, on constate à Fismes Texis- 

1. Arch. Fismes : vidimus du prévôt de Fismes du 9 août 1488. 

2. Arch. Fismes: acte de Tabbé d'Igny, Jean Desapeaulx, du 7 juillet 
1525. 

3. Arch. Fismes: acte de 1399 concernant un habitant de « Fj-mcttes » ; 
actes cités dans les 2 notes précédentes. 

4. Arch. Fismes: mainlevée accordée par le lieutenant du roi dans les 
chAtellenies de (Château-Thierry, Fismes, etc., le 27 nov. H42, de la saisie 
des usages des gens de Fismes et Fismettes, sur le vu d'une lettre du maîtix; 
des eaux et forêts, du 27 nov. 1409. 

">. Arch. Marne, C 508. 

6. Actes de 1390 et 1399 passés au nom de Pierre de Sarcy, garde du scel 
de la prévôté de Fismes fArch. Fismes). En 1488, c'est Jean Bocheron qui 
est prévôt (ihul.). ('/est depuis la réunion de la (Champagne au domaine 
royal, en 12So, (jue Fismes eut des prévôts royaux (11. Gravier, Essai sur 
les prévôts rni/aiix^ p. 171). — Il y a eu à un certain moment, en 1373, un 
lieutenant du bailli de Vilry (vidimus d'une lettre de rémission de 
Charles V,de mai 1373, ihid.]. — Au xviii* siècle, c'est la coulume de Vitry 
qui régit Fismes (lloullier, Etal du dioc. de Soissons^ p. 57). 

7. Abbé lloullier, Eial du diocèse de Soissons^ p. 57. 

8. Arch. Marne, C 598. 

9. Arch. Marne, C 599. En 1723 receltes 1079 1. dépenses 835 1. 

1751 1449 1527 



1772 18i8 1321 

1778 M48 1651 

1782 1330 1743 



10. Arch. Marne, C 598. 



.^ 



MEAUX ET LES COMMUNES DK ClIA: 

tence d'un argentier et dun procureur à côLé du maire et des 
jurés ' ; en 1419, celle même d'un ronseil de commune -. En 
1778 étaient institués un maire renouvelable tous les trois ans, 
désigné par le roi sur une liste de trois candidals que le conseil 
communal proposait, deux échevins, renouvelables tous les deux 
ans, huit conseillera renouvelables tous les six ans par moitié et 
non réétigibles, un receveur, un procureur, un secrétaire greffier, 
tous trois n'ajant pas voix délibérative. Certes, on était loin 
des anciens privilèges communaux, mais on reconnaissait encore 
k Fismes, a la On du xviii" siècle, un certain nombre d'avantages ; 
les liabitants avaient, en elFel, recouvré leur droit d'élection : 
11 c'est 11, dit l'abbé Houllier, ii une commune de Franc-Aleu. 
qui ne reconnoît que le roi pour supérieur " ■*. 



Le pays d'Écueil * est moins important que Fismes, tout 
voisin; à Fismes, il existait un marché ■', et si la ville est tom- 
bée au XIX' siècle en décadence, elle a, en somme, une histoire. 
Ecueit n'est qu'un village ; mais cm s'étonnera peu que la 
charte soîssonnaise s'y soit implantée, plutôt ((ue la charte 
de Lonis. qui maintenait la taille : on a et un aura encore 
du fait d'autres exemples. La charte d'Ecueil date d'août 
1229 «. Elle est tout k fait semblable à celle de Fismes: il 
n'y a plus de serfs k Hcueil, quoiqu'on y paie encore le droit de 
chevage^. Tout ce qui concerne la justice, le crédit, les banali- 
tés, les services linanciers et militaires dans la charte de Fismes 
se retrouve dans la charte d'Ecueil, La seule différence notable 
consiste dans l'article qui réglemente les réclamations faites par 
les seigneurs d'hommes leur appartenant ; au cas où le réclamé 

1. Arcli. Fismes; acleconceriiaiiL l'abbaye d'Igny. 

2. Arch. Fismes ; arle concernant la cession de l'Hùlel-Dieii. 

3. Abbt' Houllier, Hlal du diofèse de Saiason», p. 57. 

i. Marne, urrond, di' Reims, c"" de Ville-cn-Tardenois. 

r.. Arcli. Fismes : leltres de Philippe VI, du 2i oct. 13*0, raaiiiU-nanl le 
marché de Fismes le dimanche, en dépit île l'opposition de l'archevêque 
de Reims. 

ti. Copies, iudii|. tluiis d'Arltois df Jubainville, u/i. ci'., Calai., ii" l'J30, 
t. V, p. 268. — Éd. : Chanteveau le Févrc, Traité de» fiffs, l. I îet non II), 
p. 201-203; Bourgeois, op. cil., p. 12H-l3a. — Cf. II. Sec, ips c/.iMes 
rurale», p. 283, n. 2. 

7. ArcL, nal„ KK 1064, f" 370. 



- Iliitoirt de U Cl 



le de Soiiaona. 



306 LA COMMUNE DE SOISSONS 

est chevalier [miles) ^ il doit repousser la prétention du réclamant 
par le serment de quatre écuyers [nrmigeri). Le comte, comme 
à Fismes, abandonnait tout ce quil possédait à Ecueil, à la 
réserve du bois d'Ecueil. En revanche, il touchait une censé de 
80 livres pruvinoises * . 

L'histoire de la commune d'Ecueil n'est point faite, et 
j'ignore comment elle a disparu. Mais, à rapprocher cette com- 
mune de celle de Fismes, on se sent forcément de plus en plus 
pénétré de cette idée que la charte soissonnaise, même dans ses 
déformations meldoises et sous-meldoises, correspond surtout à 
une économie agricole. 



♦ » 



Que la charte soissonnaise soit sortie, en quelque sorte, d'une 
population agricole, c'est ce qui est prouvé encore parla singu- 
lière fortune qu'elle a eue dans une confédération de villages de 
la région soissonnaise, mais faisant partie du domaine des comtes 
de Champagne ^, je veux dire dans la commune fédérale de Cys, 
Presles, Saint-Mard, Ru et les Boves ^. La date de la concession 
primitive est incertaine : on a parlé de 1178 ^, qui est impossible, 
puisque la charte est postérieure à la charte de Meaux, de H 79, de 
1191 •'', et de 1199 ^. On ne connaît que la confirmation faite de 
cette charte par Thibaud IV en septembre 1223 ", confirmée à 
son tour par Philippe le Bel et Jeanne de Champagne en 1292, 
et par Louis X en 1312 ^. 

Cette charte est plutôt une filiale de Meaux que de Soissons, 
puisque c'est à Meaux qu'en cas de contestation on doit avoir 

\. Môme censé à La Ferlo-sur-Aube (D'Arbois de Jubainville, op, cit.. 
Calai., n» 21G9). 

:J. Voy. la Table des noms propres de A. Lon^^non, Doc. relalifsau comté 
de Champagne cl de Brie (-1 172-1361), Coll. des Doc. fn.^ Paris, 1901, in-4, 
passirn. 

3. Dép. de l'Aisne, arr. de Soissons, canton de Braisne. Le hameau des 
Boves élait d'abord réuni 5 Presles (encore en 1392); en 1434, la paroisse 
est érigée, et, en 174"» éteinte pour être réunie à celle de Presles (Car)ier, 
Hisl. de X^aloiSy t. III, p. clxij). 

4. Abbé Pécheur, Ann. du diocèse de Soissons^ t. IV, p. 224. 
a. Carlier, Hisl. de Valois^ t. III, p. xcni. 

6. Bouchel, Essai hislorique sur Presles et Boves, à la suite du Bull, de 
Soissons, 1893, 3"^ série, t. III (et 1894, t. IV), p. 31. É. Cuvillier de Wissi- 
t^nicourt, Anizy-le-Châleau, Introd., p. 12, parle de 1190. 

7. Bouchel, loc. cil., p. 33-30. 

8. Arch.nat., JJ 48, f» xv et v°, et Bouchel, loc. cil., p. 31. 



MtAix Kl* LES coMMi;\ES DE ciiampacm; 307 

recours. A Cys, comme k Meaux, la maÎDmnrte est supprimée. 
La charte de Cjs ne comporte pas un tarif d'amendes : mais il 
y est dit que le rapt et le meurtre sont jugés par lo comte et qut? 
les gages de bataille sont au maire. Un article, qui est propre- 
ment soissonnais et qui n'existe pas dans]» charte de Meaux, porte 
que les communiera ne peuvent être contraints de montrer leur 
charte en dehors de la commune. Ce (pji, en revanche, est bien 
champenois, c'est la censé de 100 1, à payer au comte le lende- 
main de Noël ; de plus, le comte garde les cens, vinages et ter- 
ragea du pays, et tout ce qu'il a au moulin de Cys. Les obliga- 
tions générales de la commune concernant le service militaire 
et les impositions se retrouvent dans la chaKe de Meaux. 

I^ fédération de Cys était une vigoureuse |>etite commune, 
dont le sceau, qui représente un cavalier tenant une épée ', sym- 
bolise pour ainsi dire ta vitalité. L;i proximité de la fédération 
de Vailly contribua â son succès : en 1287, Gaucher de Châ- 
tillon et sa femme. Isabelle de Dreux, lui vendent 92 hommes 
et femmes de corps, plus diverses terres, pour 2,000 I. tour- 
nois '. En 1320, il s'agit des deux fédérations jumelles, ]>uur 
lesquelles Uaoul de Presles alfranchit tous ses hommes de corps 
de Vailly, Condé, Celles, Chavonnes, Filaîn. Pargny, Ai/y, 
Jouy. Presles, Cys, Snint-Mnrd, Les lioveset Hu*'. 

L'oi^anisation de cette fédération n'est pas très bien connue. 
Le chef-lieu était Cys, — qui porte encore le surnom de la 
<• Commune ", ^ administré par un maire etdes jurés *, posses- 
seur du belfroi et des archives. Pour une époque indéterminée, 
mais certainement postérieure au xili"" siècle, Carlier nous assure 
que les habitants de la fédération assemblés à Cys nommaient 
00 députés, 20 pour Cys, pour Presles et pour Saint-Mnrd,~Bu 
et Les Boves n'étant que des hameaux, — qui choisissaient lo 
maire et le procureur liscal ''. 

Jusqu'en 1334, soit qu'ils aient appartenu aux comtes de 
Champagne, soit qu'ils nient passé au roi, les villages en ques- 

). Arcli. ast., S 4853, n° 10. Cf. Bouclicl, loc. •■il., p. 38-39, iivec desBin. 
•2. Melleville, Uitloire île Vaffranehhnemfnl communal dnni Iv» itiaeHts. 
lie Laon, Soûsiinsel Noyon, p. 33, a. ; Bouchei, /oc. cit., p. 40-42. 

3. Bouchel, lar-, cil., p. 43, elHtilt. île SoUnoiu, 1891, t. IV, p. 72. Rnoul 
(le Piesles y (Htssédait des chapelleoies el des écoles (Arch. liât., JJ 48, 
f" liiixet v«; JJ 32,Mijï»). 

4. Voy. P. J., n°3(. Cf. Bull. île Snisionn. 1891, 3' série, l. I, p. 132-133. 
y,. Uhl.de Valrm, t. 111, p. 230. 



r>E SOISSONS 

tioa faisaienl. partie de la circonscriplioii judiciaire de la 
vicomtLÎ d'OuIchy '. A partir de cette date, ils ressortirent de la 
prévôté de Fisines *. Ce chai^ement ne leur fut pas avanta- 
geux, le prévôt exigeant 16 s. parisis par conlravcntion au lieu 
de deux sous. Le roi maintint pour eux le droit ordînaii-e de la 
coutume d'Oulchy ^, privilège qui leur fut confirmé en 1383 *. 
Les autres privilèges communaux de la fédération de Cjs 
subsistèrent fort longtemps, En septembre IfiOl, Louis XIV les 
confirma ; à cette époque, les membres de la commune possé- 
daient non seulement l'exemption du droit de franc- Gef, mais, 
établi par des arrêts de li72, 147i, 1301.151a, 1322, lli02 et 
1621, le droit de chasse, de pèche et de pdture ■''. A cette époque 
aussi, l'administration était constituée par un maire et deux jurés 
par paroisse : la commune avait des impôts, un sceau et un 
contre-sceau, une maison de ville et un pilori à Cys ''. 

Le xviii* siècle voit l'afTaiblissement des privilèges de la com- 
mune. La confirmation de Louis XV en décembre 1713 limite le 
régime électoral : on n'élira que des gradués, et à l'élection ne 
prendront part que des ecclésiastiques, nobles et bourgeois, plus 
deux députés par paroisse choisis parmi ceux qui paient 40 1, de 
taille principale ; les fonctions du juge-mayeur sont tout à fait 
analogues à celles de notre juge de paix, celles du procureur lis- 
cal h celles de notre commissaire de police ; le greifier mettra 
tous les trois ans les minutes de ses expéditions dans un lieu 
fermé à clé, dont il aura la clé, ainsi que le procureur fiscal et 
le juge-mayeur '. 

Louis XVI, emporté par le mouvement qui amène la royauté, 
à la veille de la Révolution, à faire observer exactement ses droits 
domaniaux ", touche k un des privilèges auxquels les paysans 
tenaient le plus, et que la commune de Condê-Celles avait perdu 



1. m. Prioux, Hisl. lie Itraiine et lir if) environ», i>. IliC 

2. Curlier, i>p. cil., P. J„ a' I.XIV, l. I, p. xcij. 

3. id, iTitW., P. J.,ii"LXV, p. ïcv. Cf. Bouchel, i.jf. (il 

4. Ul., ibiil.. P. J,, n-CXl, p. clix-\i. iX Boucliel, loc. i 
'j. Rouchi-'I, loc, eil., p. SI. 

{i. Doucliel, loc. cit., p. SS-93. 

7. M., ihiil., p. S5-57. On a .le cm lelli-es des IcUres ili 



1/45. 

8. Ph. ÏJHgaac, Quomotio Jura 
stxlo Jecimo, Le Puy, ISDS, ia-S. 



uucla fuerint reijnanli: Ludovieim 




la (in du xvn" siècle ', le droit de chassp. et de pèche. Kn 
décembre 1776. il supprime ce droit, sauf pour deux habitanls 
nommés annuellement à la pluralité des voix dans une assemblée 
tenue après In messe ; l'un chassera, l'autre péchera, aucun 
n'aura la faculté de céder ^ qui que ce soit sa prérogative -. Le 
rni conlirma cette suppression en mai 1778 ^. L'usage était plus 
fort que la loi ; sans doute, on voit bien la commune nommer 
un chasseur, le 2 mai 1782 ', mais celte même année M. de Rayurd, 
de Cys, se plaint au Garde des sceaux de ce que tous les habi- 
tants sont armés et exercent un braconnage continuel, sans 
quon dresse de procès-verbal ^. La Constituante, en suppri- 
mant le privilège de pêche et de chasse, le 11 août 1789. répon- 
dait donc au vœu profond des populations. Malgré cela, la trans- 
formation juridique et politique amenée dans les administrations 
locales parla Révolution n'apparut point tout d'abord comme un 
progrès. A la date du 19 septembre I79U, on lit dans les délibé- 
rations de la commune de Cys, — rédigées, il est vrai, par un 
juriste qui n'interprète peut-être pas les sentiments exacts de la 
population ^ : " L'on regrette tous les jours cette ancienne 
administration, car ses décisions, ses jugements étaient i^ans 
frais et par conséquent à l'abri de la rapacité de la chicane, toute 
aifaire contenlieuse étant terminée sommairement sur-le-champ, 
et très souvent k la satisfaction des parties litigantes ■) ''. C'est 
qu'k Cys, le régime municipal révolutionnaire se substituait, 
presque sans transition, au régime communal du moyen âge. 

1. En Ifi06-lfi07 (Bouche), dans lluU. -le .SwMon-. IRh5, 2- sôrip, t. X\T, 
p. 101). 

2. Bouchcl, ioc. cil., p. <il. 

3. Ed. par Bouchcl, Bull, ih Snits'mx, 18B3. l. XVI, p. HiMOS. 

4. Arcb. Aisne, C 6. 

Ti. Bouche], E»sailii»L, p. (il-72. 
6. Id., ibid., p. 53. 




CHAPITRE VI 

SENS ^ 

Jules César, en parlant de la cité de Sens, disait : « Senones, 

i . Geoffroy de Gourion, au xiir siècle, constatait déjà qu'il était fort 
difficile de raconter Thistoire des archevêques de Sens, dont les titres 
avaient en grande partie disparu au temps des invasions et des incendies 
(Chron,, éd. JuUiot, ProL, p. 4; cf. p. 240). Pourtant les chroniques séno- 
naises ne manquent point, pour lesquelles je renvoie à Ghalle, Les 
Chroniqueur» sénonais du moyen nge^ dans Bull, des sciences hisl. et natur. 
de r Yonne, 1881, t. XXXV, p. 77-90, et à A. Molinier, Les sources de Chial 
de France, ÎSiSC, II, Paris, 1902, in-8, p. 90 sq. Beaucoup ont été publiées 
par l'abbé L.-M. Duru, Bibliothèque historique de l'Yonne, Auxerre, 
1850, 2 in-4. Les Annales S, Columbae (dern. éd., Pertz, dans Mon. Gerni» 
hist., in-f", SS, t. I, p. 102-109) vont jusqu'à 1218, et comportent des notes 
contemporaines depuis 818. Uilistoria Francorum qui a eu une grande 
vogue a été étudiée d'une façon critique par F*. Lot, Les derniers Caro- 
lingiens, Bibl. de TÉc. des Hautes-Études, fasc. n° 87, Paris, 1891, 
in-8, Append, VU, p. 338, et constitue une bonne source (dern. éd., 
Pertz, toc. cit., t. IX, p. 364-369). Odorannus a vécu au début du xi« siècle 
et est mort en 1046 (cf. A. Ghalle, dans Bull, de l'Yonne, 1856, 1"^* partie, 
p. 276 scf^; CataL des dép., t. VI, p. 69); sa chronique s'étend de 675 h 
1032 (^d. Duru, Bib, hist., t. II, p. 391-403). Il a écrit aussi la vie de sainte 
Théodechilde (AA. N»S., juin, t. V, p. 362 sq.^ ; on lui attribue une l^ransl. 
SS. Subiniani et Potmlinni (iljtd., t. II, p. 238-239 , qui est bonne pour le 
règne du roi BobtM'l. Lo Chronuun S. l*etri Viri de Ghirius va juscju'à 1167 
ou lisr» {éd. Duru, ojk cil., t. II, p. 4.'>l-5!i0j. Urbain Heversy a employé un 
texte sénonais rédigé entre 1195 et 120i, pour une histoire (|ui se trouve à 
la Bib. Nat., lat. 5203 (cf. Revue des FI. hist., nov.-déc. 1901, p. 1 s(|.). La 
t]l\roni(juc do Sainf-Pierro-le-Vif, de GoolTroy de Gourion, a été éditée et 
traduite parG. Julliot (Sens, 1870, in-8 ; elle vajusiju'à i29i', renferme des 
erreurs (cf. p. 200, 208, 4-28, etc.), est très verbeuse, mais rend des services 
cf. V. Leclereq dans llisf. lift., [. XXI, p. 1 S(ï ) ; du même auteur, on pos- 
sède un Liber roliquiuruni Bib. Nal., n. acq. lat. 3il)|)ublié par G. Julliot, 
et M. Prou, avec plusieurs appendices (Sens, 1877, iii-8i. Après lui, il n'y a 
plus de chronicjueurs : « O douleur », dit F). (Poltron, historien sénonais du 
xvii« siècle. «* il ne s'est pas trouvé après lui un seul religieux pour écrire ce 
(pii s'est passé au monastère [de Saint-Pierrej... Leur paresse et leur incu- 
rie furent telles qu'ils ne consignèrent même pas la mort de ce remar- 
quable chronologiste, ni le lieu où ils l'inhumèrent » (cité par l'abbé Bou- 
vier, Hist. de l'abb. de Sainl-Pierre-le-Vif, p. 140 . — Les documents d'ar- 
chives ne sont pas moins nombreux, sur les([uels on pourra consulter 
M. Quaiitin, M^^inoire sur les archives historiques du Sénonais conservées à 
In mairie de Sens, dans Bull, de VYonne, 1871, t. XXV, p. 131-144-, et, du 
même, (catalogue des cartulaires qui concernent les pnys du département de 



BEKS 311 

qoae est oîvitas imprimis firma et magnae apud Gallos auctori- 

V Yonne, daas le même Bail, lie CKonne. )8flt, t. XXXV, p. 60-78. Pour lar- 
chevôdtë : Bib. Nat., iat. 9895-9807. 3 \af de 1301 : Arcb. Vonoi?. 11 183. 
recueil de Slcharles, du xv'siëclc; Bih. Niit.. copié porSlrmoud, lui. 11178, 
Pour le chapitre : Hib. Nal., Inl. 9898, cnrtul. du xiv* siècle ; un carlul. ori- 
ginal (le 1462 cité par Montcil, Traîlé île matériouj^ manuicriU de dher» 
genre» d'hiitaim, 2* éd., Paris, 183S, in-8, p. 199, a disparu ; oa trouve aux 
Arch. Yonne, G 73t dea extraits doa cartui, diLa Mnretluf et Batellu», fin 
du XVI' siècle. L'abb6 Eug. Cbarlraire n ri>ccmment ùdité le Carlulaire du 
ehnpilre de Sent, Sens, 1904, in-6 (Documents publics par la Soc. arrhéol. 
de Sena, a" 111, intéressant les xiv'-\v' siècles). Pour Saint-Pierro- 
!e-Vif, voir Arch. Yonne, H 32-60, el 11167-337; cf. un /nwni s irif de 
1703, H 169. roft- ia-f. et un registre in-4-, 11 ISI . Pour Sainte-Colombe, 
voir Arch Yonue, il 1-12 et H S2-16e;lc9 archives de cette abbaye 
étaient jadi» plus riches, comme en témoi^nenl un inventaire de IQTT 
(Il Si), et un autre de 1784 (11 83, Cf. 11 83 bii) ; le cartulaire de cette 
abbaye est pcnlu (cf. .V. Giry, Xolicei bibUogr. tur les archice» des éijlites 
el de* mona»lèrea de l'Époque carolingienne, Bib. de l'École des Ilautes- 
Ëludes. fasc. n' t33, Paris, 1901. in-a, p. 521; le Chronicon reram 
inagit nolahiliunt cŒnobii S. Columbir de D. Victor Cottron (-j- 1679) con- 
servé k la Bib. ii'Auxerre(ms. 184 [non 148 comme l'indique Giry, op. cil., 
p. m]; 317 du classement actuel) renferme un certain nombre de docu- 
ments. Pour Snint-Rcnii, dont la manse h H^ réunie au ivii' siècle il celle 
de Sainl-Pierre, l'iavenlaîrc H 2ô8 des Arch. Yonne, rédigé en 1698, i-endrii 
dos services. Pour Snint-Jcau-lez-Sens, semblablement les inventaires de 
1638 <1I 374J et de 1732 (11375), Un int-entaire ao/nmaiVe des archives de 
l'Yonne, rédigé par M. Qnautin (Auxerre. 1873, 1882, 1888), rend de grands 
services, d'autant plus que toute uue partie de ces archives est conservée fi 
la mairie de Sens (cf. t. III, Intr., p. v). Il faut y joindre, du mAme 
M. Quantin, un recueil factice imprimé très utile, le Carlulaire général ih 
l'Yonne, Auxerrc. 18^.4-1860, 2 in>4, qui fut suivi du Recueil de piécei pour 
faire tuile au carlulaire gfnf rai de r Yonne, A\iietre,iS13,'ia-». — M. Quan- 
lia a rédigé aussi l'Infenlaire tomnxaire de» arckitet eammanale» de Sent, 
Sens, 1870, in-i; il n'a point inventoné quatre registres réintéf^rés en 1871 
(cf. G. JuUiot, Prff. au Carlul. de R. Taveau, p. vin). Dès le xvi' siècle, les 
administrateurs communaux pillaient les titres municipaux |B. Taveau, 
Carlul. tfnonai», p. 18ri), et cette habitude a duré jnsiju'au xx' (M. Quan- 
lin. dans Bull, de CYonne, 1884, t. XXXVlll, p. i.zvii-viiij. Un Inventaire 
de Jean Tairourreau. de 1663 (JJ 2al, nous parle de trente sacs de docu- 
ments. L'inventaire ancien le plus important est celui de Balthnzar Taveau, 
procureur aux causes et greffier de l'hàtel de ville, qui l'a rédigé de l!173 à 
1581 (cf. M- Quantin, dans Bull.de f Xonne, 1884, t. XXXVIIl, p. lxvei-ïhiI; 
* il a été fort bien publié par G. JuUiot sous le titre de Carlulaire afnonait, 
âens, 1884, in-4. Les inventaires de 1734 (JJ 2 b). 17U7 (JJ 2 c) el 1700 (.IJ 
2 d) sont sans intérêt. Un dossier non coté renferme les originaux du 
ehap. IX du Carlul. de B. Taveau. Les plus anciens comptes municipaux 
que noie ce dernier remontent à 1358 {Carlul., p. 177 si].;, — Pourtant il 
nVxisIe [loint eneoiv d'histoire sérieuse de Sens. J'ai parcouru les his- 
toii-es manuscrites de la ville conservées A la Bibliothèque de Sens, de 
Buretenu [ù3. Liber Burelelti. Cf. M. Quantin, dans Bull, dr CYonnv. 



■il 2 LA rOMMl'NE DE SOISSONS 

tutis ". Au temps du conquérant romain, l'oppidum séDooaïs 
pouvait s'élever au lieu qu'on appelait, il y a peu d'années, la 

I87S, t. XXIX, p. 407 sq.), J- Rousseau (K. Cr. Clialle, riuiis fiall. 
ilf l'Yonne, IS38. t. XII, p. 63G-650), P. CarUull [67 et 68J, abbé B. 
Salguos [69}, du P. Guichard [71-72), liu chanoine Driot (73), de Fénel 
(76-78), qui a fondé la bibliolhèque publique, de Maucler (80],deCrou [08- 
t06), de Msiximircy (301). La ramille Tarbù, en particulier, s'esl occupée de 
l'hisloiro de %a ville natale (cf. É. Landry, Les Tarte, Sens, 1002, iu-S, & 
100 ex.| : un Tnrbù a clressi^ un Hecueil d'épUaph?» el d'inscriplionn séno- 
nainet avant 1789 (Bib. Auserre, 182). Les Recherehei hâloriquen tur la 
mile de Sen» et let environs. Sens, 1838. in-S, de G.-Th. Tarlx^ sont vrai- 
ment sans valeur, n'étant qu'une compilation des notices historiques des 
Almanach* sénonais depuis 1757. h'Hinlo'tre de lu rille de Sens, jutqa'A 
1698, AeCh. Larcherde Lsvcrnade.Sens, 1845. in-S, est st^che, incomplète, 
mais écrite dans un esprit assez libéral et relativement critique. On ne 
trouve point de renseignements assimilables dans Uom Morin. Ilisl. géné- 
rale de/ifiayt de Gatlinoii, Senonoix el UarepoU, Paris, 1630, iu-4 — L'his- 
toire lies établissements religieux de Sens reste de même s faire : il existe 
bien, manuscrite, une llUtoire de FéglUe de Sens (Bib. Nal., franc. 11583). 
Pour les nrchevÈques, on pourra cousultcr : J. Taveau, Senoneniiuin archie- 
pitroporuni rUue actuai/ac variU e locU eollecti. Sens, ltt08, in-4; J. Driot, 
Senoneniâ ccetesiae querela de Primalu Galliarum advenas Lagdunentem, 
et de jure melropolilano adcerxu» ParUienaem, Sens, 1652, in-8 ; Doni IL 
Mnthoud, Dinerlatio deivra Senonum origine ehrisliana, Paris, 1687, in-4, 
dans le sens de l'apostolicilé, et, du même, un Calalogas arrhie/iiscoporum 
Senonensium. Paris, 1688, in-i. h'Ilittoire de l'fgliteet de r ancien a rchidioeèie 
de Srn$, tie l'abbé Bouvier, dont le t. 1 a paru (Pari s- Sens- A mi en s, 
1006. in-8), est lamentable. Pour Rainl-Pierre-le-Vil, Vlliatoire dumonaa- 
fère de Sainl-Pierre-le-Vif et de Saint-Remij (Bib. Aiiierre. ms. 18S, 
nvtui'llement 218), de frère N. Belin, celterier de .Saiul-Rcmi, en 1591, 
est confuse el fort diffieile 6 lire; lllisloirc de l'aLhaye de Sainl-Pi/rre- 
le-Vif, de l'abbé Bouvier. Auïerre, 1891. in-8 [Exlr. du Bull, ,1e 
rYunnej rst vraiment mé<liocrc ', l'auteur, qui accepte les légendes de 
l 'a pusto licite, n étévîvement critiqué par l'abbé Duchesne (Bail, criligae, 
J"uvril 1892). auquel il a répondu vertement dans le Iiull.de l'Yonne, iSi)B, 
t. XI.VII, p. 271 sij. Untf bonne étude critique de M. Prou concerne le» 
Charte» df fondation de l'abbaye de .^aînl-Pierre-te-Vif, Sens, 1894, in-8 
(Exir. du Bull, de la Hoc. arvhM. de Scntj. Pour l'abbaye de Sainle- 
Culumbe, j'a signalé déjà l'ouvrage ms. de D. V. Cotlron :Bib. Auxerre, 
184). — I.'bistoire civile est encore plus mol représentée ; on trouvera 
dnns VAnnuaire statistique du département de l'Yonne. Auxerre, I84i, 
in-8, un bon travail de M. Challe sur les eomles de Sens [p. 16R sq.). 
Ditférenls travaux de valeur diverse ont été insérés dans le Bulletin de» 
seienres historiques et naturelles de l'Yonne, octuellemenlh son 61" tome, el 
le Bulletin de la Société archéologique de Sens, deux boas recueils provin- 
ciaux. Hien n'a été tait sur la commune, qu'une rapide esquisse de M. Quan- 
tin, llialoire de la commune de Sens, dans Bull, de l'Yonne, I8S4, t. XI, 
p. 485-507; on trouvera un court résumé, rempli d'ailleurs d'erreurs et de 
mauvaises références, de cette histoire dans IL Pauffm, De rorgani*ation 
municipale dani le nord et dans l'est de la France, Paris. 1889, in-B, 



SENS 313 

Motte de Ciar ', auprès de la Vanne'. La ville romaine s'éleva, 
elle, sur la rive droite de l'Yonne. C'était un nœud de roules 
important : Sens était réuni à Orléans, Auxerre, Paris, Troyes, 
Alise-Sainte-Reine et Meaux ■*. L'histoire du développement 
« romain » de Sens n'est point faite encore ; mais les découvertes 
archéologiques, — mosaïques ^, arènes *. bas-reliefs i", inscrip- 
tions ^, statuettes^, — nous disent que c'était un centre de 



p. 347-344; le HeeueU de» privilège» de la rilte de Senti, Sens, 1/88, in-4 
(cili- par G. Julliot, iluus B. Taveau, Carlul. sénonais, p. 193) ne se Irouve 
pas h la BIb. Nal. ; le Riluaire et mémorial de l'hoslel de la ritle et cil^ île 
Senu, de 1618 iBib. Sens, ms. 240) ne contlcat rien qui noua intéresse; se 
rupporlant à l'histoire sociale, il eiiste d'inléressanlCH Recherches aai- le 
Item étal dans les pai/s çiii forment aujourd'hui le département de r Yonne, 
de M. Quentin, Auxerre, 18Si, in-R. Certains pointe de ta coutume ancienne 
ont été Élucidés par Lecoy de la Marche, dans la Bibl. de VF.e. Aes Charte». 
18S6, t. XXVII, p. 2GS si|.', et par Monceaux, dans Bull, de I Yonne. 1880, 
1. XXXIV, p. 303 sq. U Coutume de Sens a élé publiée au kviil" siècle par 
J. de I.aistre (Paris, 1731, in-l); on pourra eonsuller, sur celte question. 
Pelée de Clienouteau, Conférence de ta Coutume de Spnir, Sens, 1787, in-8. 
Enfin H. Gravier a établi la liste des prévôts de Sens, de 1031 à 1399 dans 
son Estai tur les prévôts roi/aux, Paris, 1904, in-8, p. 21l)-219. — On trouvera 
des renseignements louchant l'histoire artistique ou morale de Sens, dans 
A. de Moutaîglon, Antiquités et euriotilé» de la eille de Sens, Paris, 1681, 
in-4; U. Julliot. Sent en 1436-1 i38. dans Bull, de la Soc. archéol. de Sens, 
1870, t. X, p. 275-333, et Molard, E»qui$tes de mteurx sénonaites aux XIV* 
et XV' tiècles, Paris, 1895. in-8. Un Irait de ces mœurs, la fête des foua. 
dont on a conservé l'Office à la Bib. de Sens [ms. 43). s été étndié par 
A. Chérest, dans Bull, de tYonne, 1853, t. VU, p. 7-83, et F. Bourquelot, 
L'Office de la Fête de» Fous, Sens [1856]. in-8 (Exlr. du Bull, de la .Sor. 
archéol. de Sent). 

1. Commentarii, V, 54. 

2. De Lavernade, llisl. de Sert», AppeniJ.. p. 333-239, 

3. Carré, Voie» romaines dan» l'arrandinsement de Senu, ilaiis flull. de la 
Soc. arck. de Se/1», 1863, t. XVIII. p. 1-15. Cf. M. Quentin et Boucheron, 
Ment, lur le» noie» romaines qui traeerienl le déparlement de l'Yonne, dans 
Bull, de V Yonne, 1864, t. XVIII, p, 5-72. 

4. A. de Montaiglon, Antiquité» et curiosité» de la ville de Sen», p, 3. 

5. Lallier, Notes sur le» fouille» exécutée» en IHi9 dan» Veinplaeemenl de 
la eille -lallo-romaine de Sens, dans Bull, de Sens, 1851, t, II, p. 70-74. Cf. 
A. do Montaiglon, op. cit., p. 7. 

6. .\. de Montaiglon, op. cit., p. Il sq. 

7. G. JiilUot, Inscription» du matée gallo-romain de Sens, dans Bull, de 
Sens, 1871, l. IX, p. 245-301 ; Id., Quelques inscription» romaine» des 
munies de Sens et de Lyon, dans Bull, de Sens, 1880, t. XII, p. 19 sq. 

8. Prou, yolicp. sur deux »tatuelles gallo-rama'mrs trouvées S Sen», dans 
Bail, de Sens, 1892, t, X, p. 181-177, 



31i l.\ COMMll.NR DE «OISSONS 

civilisation. A la fin du m" siècle, au temps de Probus ou de 
Constance Chlore, (]uand déjà les barbares menaçaient le sol des 
Gaules, on entoura la ville de fortilications dont les matériaux 
furent empruntés aux monuments situés en dcliors du périmètre ', 
et où Julien l'Apostat put soutenir le clioc des Germains, en 
3o5 *'. A cette époque, quoiqu'on ait tiré de la légende de saint 
Sabinien dans le sens de l'aposlolicité ■\ la ville de Sens ne 
devait pas être encore chrétienne ^ Je n'ai pas h raconter l'his- 
toire des origines chrétiennes de cette région, ni l'histoire 
de Sens sous les Mérovingiens et les Carolingiens. 11 importe 
cependant de savoir que Sens eut à subir particulièrement 
les invasions des ix" et s." siècles. Venus par In Seine et par 
l'Yonne, les Normands menacent la ville Èi plusieurs reprises ^ : 
en 877, entre autres, ils l'ont de la ville un siège de cinq mois '', 
En avril 9''1S, nouveau siège '. Puis, deux ans après l'élévation 
de Louis d'Outremer ^, ce sont les Hongrois qui arrivent à 
Sens : ils incendient Saint-Pierre-le-Vif presque tout entier'. 
Au temps de l'archevêque Archainbauld. vers 967, un 
incendie sévit sur Saint-lîtienne, \otre-Dame. Saint-Jean- 
Baptiste, le cloître des chanoines'"; la restauration de Saînt- 
Etienne commencée par Achambauld, est continuée par l'ar- 
chevêque Anstase, qui s'occupe en même temps de Notre-Dame 

1 . F. do Guilliermy, f.e» mura yaUn-roinnin» ih Sen», dans Bull, de .Sen«. 
IKit, I. ll[. p. fi2 »<1. ; Lnllier. n^-c/i. s«<-(m murailttu ii«ll-,.romHinfa de 
la ville </c Sen», mime Bull., 18W, l. V, p. 30-72; Chanoine, .Vole tur 
hi matériaux rt les murlier» employfn liant le* eoiitlrucliont romaines tir Im 
eille lie Sent et de» eneiron», môme Bull., ISU. t. V, |. I s(|. : A. -le Mon- 
taiglon, o[i.cit., |i. S »q. 

2. Ammien Mnrcelin, XVI, i. 

3. Abbé Vivien, Elude »ur V époque de la prâdiention de Févangile A Sent, 
(laus Bull, de Senu, 1877, t. XI, p. 2,01-2»T> ; Chanoine Héinain, Let originea 
det éffliset de la proeinre de Sen», même Bull., 1888, t. XIV. |i. 2S7-*00. 

i. A. de Montaigloii, op. cit., p. 6. Cf. Gallia Chriat.. t. XII, toi. 3-4. 

5. Dès ses (Clurius, Cbron., dans Diiru, Bib. hitt., t. II, p. \16}. 

0. Clnrius, Chron., dans Duru. Bil> hitl., t. II, p. «». Ct. de Uvernade, 
Uitl. de Sent, p. !ii. 

7. De Uvernade, llitt. de Sent, p. Gl. 

K. Sjr cette datp, ct. de Lavernude. op. i-it., p. 63, h'Uiiloire iletarche- 
réifues employa par tel auteur pwi'le dv deux nituqiies des llongi-ols. 

«, Ularius, Chron, dans Uuru, Bib. bîxt., I. Il, p. 482; (jeoffroi de 
Coiiilon,Oftron.. 6d. Julliul, p. 3.1t-336. 

lU. Clarius, Chron., dnas Diirii, Bib. hitl., 1. II. p, 487-l8>* ; Geoffroi de 
Coui'lon, Chron., p. 350. 




et de Saint-Jean -Baptiste, et par Séguin, qui en fait la dédicace 
en 999 '. U est bien probable que, — comme pour le boui^ 
Siiint-Pierre encore au xiii' siècle '^, — les maisons de la ville 
étaient en bois, d'où la fréquence des incendies : en llo2 '', en 
1 I8t, où ce fut un vrai désastre ', ea 12S2 ^, en 12(30 '', A cette 
époque, lu cathédrale gothique était achevée dans ses grandes 
lignes '; mais, à la suite de l'incendie, en 12G7, une de ses tours 
s'écroula, tuant des gens, et détruisant le palais épiscopal ^. La 
ville médiévale est restée presque ce quelle était, ù ce point 
qu'un érudit a pu commencer l'histoire de ses rues et des aires 
de ses maisons". La stagnation économique, le démembrement 
de l'archevêché en 1622"*, la construction du canal de Briare, 
divers incendies " n'ont pas permis de s'agrandir à la ville, qui a, 
en quelque sorte, conservé de nos jours l'aapecl d'un gros village. 
Au moyen âge, toutefois, dans la banlieue immédiate de Sens, 
la grande abbaye sénonaise, Saint-Pierre-le-Vif, a amené la 
création de petits centres économiques distincts qui n'ont pas 
cependant constitué d'agglomc' ration imporlante. 



L'existence du monastère de Saint-Pie 



l. Cliirius, Cliroti., dans Diirii, BïL. hhl.. l. Il, p. 489-491 ; GoofTroi de 
Comlon, f:iimn.. |i. :t5fi-3ri9 : Odoraniio, Cliroii., dans Duiu. Bib. hUI.. 
t. Il, p. 390. 

â. GeofTroi de Coin-Ion, Liber reliifuiaram, éd. Julliut el Prou, p. 9j. 

3. Geoffroide Gourion, Chron , p. 480. 

4. CiaHus. Chron., dans Ituru, Bib. hûl., t. Il, p. SM; Geoiïroi deCout^ 
Ion, Chron , p. 49G (même année iiue l'incendie de l<n>;ny, ibiil., p. 49R). 
Cf. Oallin ChrUl., I. XII, col. 5*. 

5. Clarius. Chron., dans Hum, BUi. hUI., l. 11. p. '.'M. 

6. Id., ibid., p. 5S0. 

1. A. do MonUtiglon, Anlii/. et eurioniU» de la ville de Sent, p. 59 srj. 

8. GeolTroi de Courlou, Chron., p. 536 et SM. CVsl l'i la suite de >;es 
événeinenls que (ut conslniil l'admimble pnUie synodal (A. di' MonUilgloii, 
Antiij. et curiatilit de la ville de Sen$, p. 26 et 06 sq.). 

0. Je fais ici allusion au Iravnii préparé par M, (^h. Porée, archivisle 
du département de l'Ycnne. ~- En 136(4, l'arpenlage ordonné par le builli 
de Sens, Guicliard d'Ars, donnnit 71 arpents [B. Tineou, Cariai, afiiionait. 
éd. Jiilliol, p. 137. Cf. G. Th. TarJjé, lieeh. hi»i. sur la ntle de Stnt, p. Hl); 
en mai 1339. l'arpenteur jui'é Vincent Donnenu lit un nouvel arpcntaj^, 
qui donna HO arpeuls [H. Taveau, op. cit., p. 137j. 

10. GaHia ChriiUana. t. VII. col, i-T,. 

ll.Tarbé, op. cil., p. 93-94. Cf. do Lavernade, //i»/oi<v de .Sens, p. 21ï. 



316 LA COMML'Mi: DE aOISSONS 



^ 



haut'. Geoffroi de Gourion, qui suppose que cette fondation est 
des environs de 507, croit que le bourg, le vicus, existait déjà à 
celle dnle ^. En fait, c'est du bourg qui se créa peu à peu autour 
du couvent, que le couvent tira son surnom : Saint-Pierre-le- 
Vic, transformé plus tard en Saint- Pierre-le-V/y •'. Le bour^ 
était une agglooii'ratioa de maisons de cultivateurs, souvent en 
bois '. De Ijl, les incendies, qui, h plusieurs reprises, y écla- 
tèrent''". Munie de diplômes d'immunité générale par les rois 
Henri 1" '■ et Philippe 1" ', l'abbaye de Saint-Pierre était sou- 
veraine dans le bourg, dont les habitants étuîent ses hommes, 
tant libres que serfs". En 1H2, Louis V[ le Gros autorisa 
l'abbé Arnauld ci entourer le bourg d'un fossé et d'une palissade ^. 
et au xiii' siècle, après que l'abbé Hugues eut rééditié les bâti- 
ments de l'abbaye'", Geolfroy de Montigny, son successeur, refît 
les murs, •> qui autea erant bassi et débiles <i ". 

Ainsi protégé par des immunités et par des murailles, le buui^ 
de Saint-Pierre put devenir, k côté de la cité romaine, un petit 
centre économique. A quelle époque toutefois s'est constitué le 
marché de Saint-Pierre, c'est ce qu'il est fort difficile de dire. En 

I. Buzy, Ktade hUtorique lur sainte TMoHechUdr, dans Bull, de Sert*, 
1893, [. X. \>. 197-209 ;(;on(ra -.M. Piou, i** <-/nr/M de fondAtion dr 
rahbayn df Saint -Pierre-lt^Vif, Sens, le9^, in-H. 

i. Geoffroi de Courlua, Chron. |i. 1112 : <■ cepil itlificai-e in vico qui vivus 
dicitur. >i 

.1. Dp Lovemaiie, n/>. cit., p. 39. La noie préci-deiilP indique i\i.\c le sens 
dn surnom n'élaat plus compris il lu On d» xiii' siècle. 

4. Encore au iiif siècle (GeorTioî de Coui-lon, Chron.. p. 8r>, â 1240; 
Arch. Yonne, 11 ITO, pièce non eoU-c : i- domns lupideu sita in burgo Sancti 
Pétri Vivi, ilomus lignine cootigue dicte domui i> |I2S1]J. 

5. Le premier ooiinu édile sous .\i'('hamliHul(let nmène la reconsiruclion 
par Anfllase et Séguin [Cliirius, Cbrun., dans Diiru, Bib. hhl., l. Il, p. 487, 
489. 491). En 10t)3, autre inci-ndie, ■. cuni tola villa » (Id., iJM., p. SI2; 
GeolTro) de Gourion, CAron., p. 446i ; el un autre encore en 1240, qui 
aurait détruit le bourg, sans la procession ellicace des moines porlant le 
chef de saint Grégoire (Geoffroi de Gourion, Chron., p. 83). 

6. Quiinlin, Cartul. -jén.. a' XXCVIll, I. I, p. 167-1^9 (1035J. Ce dipI6ine 
porte I' ut nullus nostrorum minisler, judcx publîcus Dec in bargis, oec îa 
villis, nec in terris ullam consuetudincin accipiat, » 

-. Id., ibid., n° XCVII, p. 186-8 '1064). 

B. Id., ibid., n" XCVII, p. 186, el CXII. p. 213. Voy. p. 328. 

9. Luchaire, Annales de Louis VI, n" 135, p. "33. Cf.. non cité par 
Luchnire. Geoffroi de Courton, Chran., p. 4tW. 

10. Clarius. Chron., dans Duru, Bib. Iiisl., t. II. p, 549. 

I I . GeolTroi de Courlon, Liber reliyaiaram, p, 87. 



I 



SENS 311 

tout cas, en ii08-H09, Louis VI, confirmant les privilèges accor- 
di^s au monastère par ses prédécesseurs, lui concédait que tous les 
marchands passant par le bourg et la terre tie Saint-Pierre fussent 
obliges de séjourner dans la partie du boui^ tixée par l'abbé ; 
celui-ci devait avoir le droit de transporter les lieux de récep- 
tion et d'étalage où il voudrait, et de modifier le plan des routes 
et des ponts dans le domaine abbatial' ; Louis VU-, Philippe- 
Auguste ■', Louis VIll^, Louis IX '^confirmèrent à leur tour ces 
coutumes. Quant au mécanisme même du marché, il ne nous est 
guère connu : l'abbaye percevait naturellement des droits sur les 
marchandises, en particulier, sur le vin, le forage, qui s'élevait, 
au début du xiu' siècle, k deux setiers par Tût" ; elle exigeait de 
plus que ce fussent les producteurs eux-mêmes qui missent en 
vente les objets de consommation':ceci est en somme d'accord 
avec l'ensemble de la doctrine canonique qui suspecte toujours 
la moralité de la spéculation, — d'accord aussi avec le régime 
de l'économie familiale primitive. 

Outre Saint-Pierre, il existait à Sens encore d'autres abbayes. 
Fondée au sud de la ville et tout près des murs, au début du 
vm" siècle, ruinée en 833 par les Sarrazins, Tabbaje de Saint- 
Rémi avait été transportée à Vareilles ^ ; puis, brûlée par les 
Normands, on l'avait rebiltie en 915 sur son emplacement, pour 
la voir, en IflSi, saccagée par Henri I", et, en 1358, démolie par 
ordre du Dauphin '-*. La malheureuse église n'eut point le temps 
de se constituer un domaine important, et c'est un mince partage 
que celui que firent de su masse conventuelle, au xvi' siècle, les 
pères de la Mission de Versailles et les religieux de Saint-Pierre 
le-Vif •". 

1. Luchaire. Annales de Lou'n VI, a" 90, p. 4S. ClariUB nous apprend 
que te roi avait failli transporter le marché dans la ville à la demande du 
quelques habitants yloc. cil., p. 543). 

2. Luchaire, Étade* »ar le» acle» de Louis Vil, Calai., a" 3*70, p. 319. 

3. Quantin, Cariai, gén.. n- CCCXIX. t. II. p. 337-338. Cf. L. Delielc, 
Calai, des actes de Phil.'Aay.,n'"i2, p. 14. 

4. Quantin, loe. cit. 

5. Arch. Youne (à SeDs), H51, no9(ii° 10, copienutln-nli.juoile 1716). 

6. Quentin, Pièceâ.., n' 193, p. 86-81. 

7. Même texie. 

8. Alâkil.i Lestde Sens. — Ga«iaL7in)i(.,t.XI[, IubIi., col. 3-:; el 10-11. 

9. Je l'ésume ici une notice de Julllot, dans UuU. Je Sens, IST7, I. XI, 
p 101-102. 

tO. Même notice. 



31.S 



UNE LE SOISSONS 



L'histoire de l'ahbaye de Sain te -Colombe, qui remonte vrai- 
semblablement au vil" siècle ', est un peu plus intéressante 
Munie de privilèges par les rois mérovingiens et les empereurs 
carolingiens'', elle fut dédiée en 853 ■'. lîn 910, le prévûl 
Betton, plus tard évêque d'Auxerre, commença à la fortifier *, 
ce qui n'empêcha pas qu'un incendie, dû à un accident, ou, 
selon Flodoard, à une révolte des habitants ■'', n'y éclatât en 
936 *: le castrum eL le couvent furent très endommagés ^, Mais 
les murs furent bientôt relevés, puisqu'il la lin du x" siècle, dans 
les guerres qui désolent la région, le vicomte Fromond les 
renverse encore une fois, c. ne alter ita faceret j', c'est-à-dire afin 
que personne ne s'en servit comme d'un point stratégique pour 
attaquer ta ville de Sens ''. Le calme tardait à venir. Sans 
doute, Hugues Capet accorde à Sainte-Colombe un diplikme 
détaillé d'immunité ■'. Mais, après avoir subi les ennemis du 
dehors, l'abbaye avait à subir les ennemis du dedans, ses propres 
abbés '". Néanmoins, on procède à la réfection du couvent, de 
Hi2"k 1164, date d'une nouvelle dédicace'^; œuvre incomplète, 
vraisemblablement, puisqu'au début du xm" siècle les abbés Êlie 
et Eudes la reprennent à nouveau '■'. 

I. De I.BVcrnadc, llitl. île Sent, p. 44. 

3. Quantiii, Cariai, gén., a" XXII, t. I, |>. 41-4G .dj|ilàine coiiIii-ninUr du 
Louis le Débonnaire, de 833). Cf. u» XXV. p. M-Tti . tlIplAme du m^-nic. 83i'>. 

3. Ann. S. Calumbat Smon.. Perl», SS., l. I, p. 103. 

4. Ann.S. Columbae Senoii., p. 104; Clai'ius, Chroii, tlnos Dnro, Ili/j. 
liift.. t. II, p. 480 ; GeolTroî de Couiloii, Chron., p. 328. 

5. Qhroniron. dans//. F., l, V'III. p. IM. 

6. Anii. S, Colambae Sen., p. 10:i ; CInrius, loe. cil., p. Vii; Geoffroi 
de Gourion, Chron., p. 334, Cf. de Lnvernndc, op. cit., p. 59, Notez que, 
cependant, en 93", y eal inhumé le roi Ituoul, donl le tomlieau ne fui 
détruit qu'en 15G7. 

7. Ann. S. Coliimbae Sen., p. IOj. 

8. Geo(Ii-o! de Gourion, Chron., p. 33H. — Silices différents tLiils.ff. abbé 
Brulléc, Rapport sur des fouille» exécutée» A la fin de 1S5S et au commen- 
cement de 4SH3 dan» V emplacement dea Irais éffline» niirccÈâiFenienl élevéei 
surle tombeau de sainte Colombe, de l'an 274 A l'an Ht'J, dans Bull, de 
Sent, 1854, t. IV, p. 68-81. 

9. Qoantin, CaWui. ff(<n., n" LXXVIII, I - 
munlté est intéressante, piirce qu'elle est In combinaison de 
carolingienne et de la formule capétienne. 

10. Ann. S. Cotunibae Sen., p. 107. 

II. vlnn. S. Columbat Sen., p. 107. Le jour de l'Aniionrin 
Thibaud pose la première pierre. 

12, Ann. S. Colambae Sen., p. 108 ; Clarius, loe. cil., p. jV.i. 

13, Ann. S. Calunibae Sen., p. 109. 



i 



I 



8E>s 319 

Construite sur les bords de l'Yonne à quelque dislance de 
Sens, Sainle-Colombe n'a pas joui5 dans l'histoire de cette 
ville un rùle aussi important que Saint-Pierre. Au point de vue 
économique, on sait peu de choses sur cette abbaye. Au 
X' siècle, forcée, comme tous les organismes sociaux de l'époque, 
de se sufiire à soi-même, elle possédait dans ses murs des ouvriers 
qui lui étaient propres '. A une époque qu'il est impossible de 
déterminer, il se développa autour du couvent une foire qui 
durait l'octave de la Saint-Loup : elle fut confirmée par 
Louis VU " ; mais ce n'est que plus lard qu'elle se développa ■' : 
en 1289, elle était si peu achalandée que l'abbaye for<,ail ses 
hommes à y assister '. 

Saint-Pierre, pas plus que Sainte-Colombe, n'a eu une iniluence 
directe sur l'histoire proprement politique de Sens. Celle-ci s'est 
faile à peu près uniquement autour de l'archevêque. C'était un 
personnage considérable. Le diplôme d'immunité accordé à Jéré- 
mie, en 827, avait as.suré l'indépendance des domaines de 
l'église de Sens *. Sous Charles le Chauve, l'archevêque 
devait conduire en personne les hommes de son église à la guerre ''. 
Cet empereur avait fait de l'archevêque Ansêïs un primat des 
Gaule.s. ce qui amena dans l'église carolingienne une vaste 
"querelle ^; deux de ses successeurs, Séguin ^ et Liétry ", por- 
tèrent fi leur tour le même titre. Le pouvoir des arche- 
vêques se développa •■ mesure que leur élection échappait au 
peuple "*: certains d'entre eux agissaient dans la ville comme 



t. Ann. S. Colunibav Sen.. p. lOS fà 9",\)', Ilht. Fr.tnf. Senon.. Perl: 
.S.S.. t. [X. p. 3G6. 

2. Arcl]. Yonne, Il 83, p. 30. 

3. Au xvit siècre (Arcli. Yonne, H 89, n" 1 ). 

4. Arch. Yonne, H 83, p. 127. 
li. Quautin, Le» imhecéques de Sena cantidéréa sauit le ra/ipt 

rnoffen Sge, dans Bull, de l'Yonne, 18S0, I. IV, p. 6S. Le le\U 
de Louis le Pieux se trouve dans OallU V.hrUl., t. XII, col. 16-19. 

6. Quanlin, toe. t'tt., p. 66. 

7. Odornnne, Chron., dnns Duru, Bilt. hixi., t. II, p. 394 ; 
Chron.. ib!J., p. 474-473 ; épitaphe d'Anséïs. îLid.. p. 43S. — (X P. 
liai, det inslît. polit, et adinin. de la France, I. I. Paris, 11S90, in-ï 



34S. 



fVaiial au 
i diplôme 

Viollet! 
I, p.344- 



8. Odornnne, Chron., ibid., p. 395, 
'.I. Id., ibid.. p. 402. 

10. Comparer l'élpplion d'Evrard, en 882 {Ann, S. Columhae Sen., p. 103) 
■t .clip de LWtry, en 999 fifciV/., p. I05|. ou de Gelduin {ibUI., p. 105). 



320 LÀ COMMUNE DE SOISSONS 

de véritables tyrans, tel cet Ârchambauld, qui, au x*^ siècle, 
pillait le monastère de Saint-Pierre-le-Vif, y chassait et y vivait 
même avec des courtisanes K Oe rarchevêché relevaient un 
certain nombre de fiefs laïques *, dont, comme à Auxerre •'*, la 
sujétion était matérialisée dans le portage de larchevêque par 
quatre de ses vassaux, le jour de son intronisation^ ; au xni* 
siècle, c'étaient le roi de France, en tant que possesseur des 
territoires de Brav-sur-Seine et de Montereau, les sires de Cour- 
tenay et de Trainel, le comte de Joigny ^. La remise du droit 
de dépouille par Louis VII, en H 57, acheva de donner à Tarche- 
vêché de Sens un lustre brillant ^. Il est vrai qu'à cette époque 
la situation politique de Tarchevêque était bien diminuée, et 
cela grâce à l'introduction du pouvoir royal dans la ville de Sens, 
à peu près autonome jusqu au milieu du xi** siècle. L'interven- 
tion de la royauté s'explique par la lutte entamée entre les 
archevêques, et des personnages éphémères, — les comtes. 

Dès le règne de Louis le Pieux, il y a eu un comte de Sens, Mai- 
nier^. Puis les documents ne nous signalent plus rien. A la fin du 
ix*^ siècle, Richard le Justicier, duc de Bourgogne, désire vivement 
la possession de Sens ; il prend la ville le 8 juin 896, malgré la 
résistance de l'archevêque Gautier et du comte Garnier ^. Gautier 
reste en prison pendant neuf mois, puis prête serment à Richard^. 



Voy. la formule (réleclion d'Anséïs, on 871, dans GalliH Clirisl.^ l. XII, 
Inslr., col. 11. 

1. (]larius, (Ihron., dans Duru, Bih. hisi.^ t. II, p. 486- '*92. 

2. Quanlin, loc. cii., Append., p. 75-77. Cî. abhé Bouvier, Ilisl. de 
L'abbaye de Suint -Pierre-le-Vif de Sens^ p. 139. 

3. Clialle, dans Bull, de r Yonne, 180*), t. XIX, p. xx-xxv ; Quauliu, 
Pièces, Inlrod., p. vi et vu. 

4. GcofTroi de Gourion. Chron., p. 528 (12:i4), :;30 (12:;9 , 538 (12G8), 
550 (1275), 580 (1294) (cf. pour celle dernière dale, Gallia Christ., l. XII, 
Instr., col. 79). 

5. Vaudin, Etude historique sur le pays si^nonnis, dans Bull, de T Yonne, 
1881,1. XXXV, p. 1 iO. Cel usage dure juscju'en 1G02 cf. Quanlin, même 
Bulletin, 1850, l. IV, p. 75. 

0. A. Luchaire, Etudes sur les actes de Louis Vil, Catal.. n« 377, p. 221. 

7. Chron. Moissac., dans //. F., L VIII, p. 17. Cf. Challe, Les comtes de 
Sens, dan^ Annuaire de V Yonne, p. 107 ; Quanlin, (lartul. gên., Introd., 
t. 1, p. XXIX. Ce Mainier, fds nalurel de Louis le Pieux, lij^'^ure sous Charles 
le (ihauve (Quanlin, o/>. cit., p. 40;. Il donna de grands biens, ainsi (juc sa 
femme, à Sainl-Pierre-le-Vif (Clarius, (^hron., p. 472. 

8. Ann. S. Columbae Sen., p. 10* ; Odoranne, Chron., p. 394. 



SENS 321 

Quant à Garnier, il est probable qu'il administre Sens comme 
vicomte, — car on voit en 926 un vicomte de Sens du nom de 
Garnier tué dans une bataille livrée en Bourgogne contre les 
Normands ^ ^ 

Sens entra dans le domaine royal par Raoul, fils de Richard le 
Justicier (f 921 ) 2, et y resta jusqu'en 936, date de la mort de 
Raoul, qui fut enterré à Saint-Pierre 3. Le duché de Bourgogne 
passa à son frère Hugues le Noir, jusqu'au jour où Hugues le 
Grand, pour prix de son aide à Louis IV d'Outremer, reçut la 
partie de la Bourgogne dont Hugues le Noir était dépossédé *. 

Un vicomte représentait le duc de France : il s'appelait Fro- 
mond^. Sens était convoité par Renard, comte de Reims, et 
Herbert, comte de Vermandois ; Fromond parvint à repousser 
le lieutenant d'Herbert, Gualon, malgré la trahison de Tarche- 
vêque Guerlan, puis à reprendre Sens sur Richard^. Fromond 
mort, ce fut son fils qui lui succéda, mais en qualité de comte, 
soit qu'Hugues le Grand lui eût inféodé le comté, soit qu'il se 
fût arrogé lui-même ce titre ^. Rainard, le fils de Fromond, fut 
le premier de ces comtes qui essayèrent brutalement de substi- 
tuer leur domination à celle des archevêques. 

Rainard le Vieux * est un véritable monstre pour les chroni- 
queurs monastiques de la région, qui ne se défendent point pour- 
tant d'une sorte d'admiration pour son énergie active. C'était 
l'époque de l'archevêque Archambauld, d'origine germanique 
comme lui, peut-être son parent ^. Mais lorsque Archambauld 

1. Challe, loc. cil.^ p. 168. 

2. Clarius, Chron., p. 481 ; Geoffroi de Gourion, Chron.^ p. 330. 

3. Il fut inhumé dans l'abbaye de Sainte-Golombe, dont les Annales 
notent sa mort (p. 104). 

4. Flodoard, Chron., dans //. F., t. VIII, p. 190. 

5. Flodoard, dans //. F., t. IX, p. 191. Gf. de Lavernade, llisl. de Sens, 
,>. 62. 

0. Glarius, Chron., p. 483; Geoffroi de Gourion, Chron., p. 338. 

7. Ilisl. Franc. Se/i., p. 369; Glarius, Cfiron., p. 484 ; Geoffroi de 
Gourion, Chron.y p. 340. 

8. Vetulus, parce qu'il a vécu très lard, jusqu'en 996 (non 999, comme dit 
Ghalle, loc. cii.^ p. 170), d'après Geoffroi de Gourion, Chron., p. 376. — On 
les voit batailler ensemble contre Helpon, qui, sur Tordre de Tempereur 
Otton, était venu attaquer Anséïs, évèque de Troycs. Helpon était d'ailleurs 
le parent des deux {Hisl. Franc. Sen., p. 367). 

9. Ilist. Franc. Se/i., p. 367; Glarius, Chron., p. 485; Odoranne, 
Chron., p. 394; Qrderic Vital, Hisl. y dans H. F., t. IX, p. 236. 

BouRoiN. — Histoire de la commune de Soissons. 21 



322 I.A COMMUNE DE S0I8S0NS 

fut mort, et que Téleciion d'Ânstase parut ajourner l'espoir de 
Rainard de mettre la main sur rarchevêché, le comte chercha, 
par tous moyens, à gêner Ânstase *. 11 est probable qu'il désirait 
faire de son lils un archevêque, car, à la mort d' Anstase, comme 
on avait élu à Auxerre, après un interrègne de cinq mois, rendu 
nécessaire par Rainard, son propre neveu Séguin 2, il lui ferma 
les portes de la ville ^. Séguin l'excommunia ; mais, au même 
moment, — et sans doute par suite du blocus de Sens, — une 
épidémie sévissait sur les habitants : Rainard quitta la ville *. 

Rainard avait été un féodal actif, faisant la guerre aux barons 
qui brigandaient dans les environs '*, mais usant largement des 
ressources des monastères qu'il s'était adjugés, — Sainte- 
Colombe de Sens, Saint-Maurice de Joigny, Ferrières-en-Gàti- 
nais ^, y construisant des châteaux forts qui ont donné naissance 
à des villes, comme Joigny et Château-Renaud '. A Sens même, 
il avait bâti une tour ®, vraisemblablement en bois ^. Et pour- 
tant, malgré ses efforts, quand il mourut, en 996 ^^\« plein de 
jours » *^, il pouvait voir son ennemi Séguin prospérer dans Sens 
dont il reconstruisait les églises i-, dans la France même, où 
Séguin, après avoir longtemps refusé à Hugues Capet le serment 
de fidélité, n'obtempérait qu'aux ordres du pape Silvestre II *^, 
qui lui accordait en retour le titre de primat '^. 

Fromond, fils de Rainard, gendre du comte de Reims ou de 
Roucy *' et beau-frère d'Otte-Guillaume, comte de Mâcon, reprit 

i. CliH'ius, Chron.j p. 489; GeofTroi de Gourion, Chron.^ p. 356. 

2. Ceci se j)asse en 968 (GeofTroi de Gourion, (Ihron ., p. 360), et non en 
977, comme dit Gballe, loc. cit.^ p. 175. 

3. Glarius, Chron., p. 490; GeoiTroi de Gourion, Chrun.^ p. 362 et 304. 

4. Gludle, loc. cit. j p. 175. 

5. Glarius, Chron.y p. 486. 

6. Glarius, Chron.^ p. 497; Geoiïroi de Gourion, Chron.^ p. 376. 

7. Mêmes textes. 

8. Mômes textes. 

9. Gf., sur cette tour, une dissertation intéressante de Lavernarde, //is- 
toire de Sens, p. 269-277. 

10. Geoffroi de Gourion est le seul à donner la date de 999 {Chron,,p. 376). 
(îf. Glarius, Chron., p. 496; Ann, S. Colunihae Sen., p. 105; Hist, Franc. 
Sen., p. 369. 

11. Glarius, Chron., p. 496. 

12. V'oy. p. 315. 

13. Gerberl, Lettres, éd. llavet, Paris, 1889, in-8, n'^ 192, [). 179-182. 
IV. Voy. p. 319. 

15. Glarius, C/iron., p. 498 ; Ilist. Franc. Sen., p. 309. 



SENS 323 

la lutte ^ A la mort de Tévêque Séguin, en Tan 1000, il ne voulut 
pas laisser introniser Liétry, réclamé comme archevêque par le 
clergé et le peuple, sous prétexte que le siège archiépiscopal, 
entré dans sa famille par Télection de Séguin, n'en devait plus 
sortir, en fait parce qu'il voulait faire un archevêque de son fils 
Brunon '^. Liétry fut élu, et il semble que Fromond céda devant 
les menaces de Silvestre II, dont Liétry avait été Télève quand 
ce pape s'appelait Gerbert 3. Quand Fromond mourut en 1012, 
on oublia qu'il était « natus ex mala radice » ^, et les chroniqueurs 
monastiques lui décernèrent des éloges '*. 

Le fils de Fromond II, Rainard II, fut le dernier des comtes 
de Sens. Cet « infidelium nequissimus » ^ aimait, comme le comte 
de Soissons, às'entourerde Juifs: il s'appelait lui-même le roi des 
Juifs ^. Il se trouva amené à combattre l'archevêque Liétry : c'était 
dailleurs, comme le comte de Soissons, une sorte d'irresponsable, 
qui crachait au visage de Liétry et lui montrait le derrière au 
moment du baiser de paix ^. Ayant pris Tavis de Fulbert de 
Chartres ^, Liétry se décida à remettre son temporel au roi 
Robert le Pieux, qui, en 1015, ravageant le pays *^\ vint s'em- 
parer de la ville de Sens, d'où Rainard s'était enfui : le frère 
de Rainard, Fromond, résista un certain temps dans la tour, 
puis fut pris et enfermé k Orléans, où il mourut *^ Rainard, 

1. Pfister, Kl, sur le règne Je Louis le Pieux, Bib. de l'Ec. des Hautes- 
Études, fasc. 0^64, Paris, 1885, in-8, p. 255, n. 1. 

2. Clarius, C/iron., p. 498 ; Hisl. Franc. Se/i., p. 369. 

3. GeofTroi de Gourion, Chron., p. 378. 

4. llisl. Franc. Sen., p. 369. 

5. « Frolmundus bone memorie », dit Clarius, Chron.j p. 498. 

6. IlisL Franc. Se/i., p. 369. 

7. Raoul Glaber, Hisl., III, 6, éd. Prou, p. 69. 

8. Clarius, Chron., p. 500 ; GeofTroi de Gourion, Chron.y p. 390. Clarius 
ajoute que ce fou s*amusait sans raison à tuer des* hommes de révcquo. 

9. Lettre, dans Migne, P. L., t. CXLI,col. 211. Cf. PGster, op. cit., p. 261. 
Ajoutons que Liétry consulta aussi Tévêque de Paris {Hisl. Franc. Sen., 
p. 369). 

10. Haoul Glaber, Hisl., III, 6, éd. Prou, p. 69-70. 

■11. Odoranne, Chron., p. 396; Clarius, Chron., p. 498; Annales S. 
Columbae Sen., p. 106; Hisl. Franc. Sen., p. 369; GeofTroi de Gourion, 
Chron.j p. 390. — Ghalle, loc. cit., p. 179-182, après de Sismondi, note 
une coïncidence entre cet événement et la persécution qui sévit alors contre 
les hérétiques; il y a dans cette opinion quelque apparence de vérité, 
puisque dans sa lettre citée n. 9, Fulbert de Chartres appelle Rainard II 
r « haereticus >•. 



324 LA COMMUNE DE SOISSONS 

fugitif, s'allia au comte de Blois, Eudes II, et, ayant construit 
sur une terre de la cathédrale de Sens le château de Monte- 
reau, il l'inféoda à Eudes : c'était commander la Bourgogne. 
Puis les deux alliés, méprisant les menaces canoniques de Ful- 
bert de Chartres ^, marchèrent contre Sens, dont ils brûlèrent 
trois églises, — N.-D., Saint-Léon et Saint-Didier, — et les fau- 
bourgs -. C'était un sursis pour Rainard, qui obtint un traité 
avantageux : la ville fut divisée en deux parties, dont chacune 
fut gouvernée souverainement par l'archevêque et par le comte, 
mais il était convenu qu'après la mort de celui-ci le comté pas- 
serait à l'archevêque et le domaine du comte au roi de France ^. 
Robert le Pieux ne vit pas ce retour à la couronne de la moi- 
tié d'une ville où sa piété l'avait amené à séjourner en 1028 *. 
A sa mort, en 1031, sa veuve Constance voulut lutter contre 
son propre fils Henri, s'emparant d'un certain nombre de villes 
du domaine, et fomentant contre le jeune roi une ligue, dans 
laquelle entra Eudes II ; Eudes reçut la moitié de la ville de 
Sens qui devait revenir au domaine ^. Au même moment mourait 
Tarphevêque Liétry (1032)6. Henri I" essaya de le remplacer 
par un homme à lui : ce fut le simoniaque Gelduin, qu'il fit con- 
sacrer à Paris. Mais à Sens s'agitait le parti antiroyal : on dési- 
gnait comme archevêque Ménard, de la famille vicomtale '^ ; le 
comte Eudes, le vicomte Daimbert et peut-être le comte Rai- 
nard empêchèrent Gelduin d'entrer à Sens ^. Henri avait à venger 

1. Lettre, dans Migne, P. /.., t. CXLI, col. 211. 

2. Clarius, Chron.,p. r>00; Geoffroi do Gourion, Chron., p. 392. Raoul 
Glaber (//i.</., III, 6) attribue cet incendie à tort au roi Robert. Cf. Pfister, 
op. cit. y p. 202. 

3. Gliirius, C/iron., p. 500; GeolTroi de Gourion, (Jwun.^ p. 302. 

4. Le 23 août 1028, il opère la translation des saints Savinien el Polen- 
lien dans le relicjuaire -construit })ar Odoranne (Odoranne, Transi., dans 
Duru, Bib. hist.^ t. II, j). 371. Gf. Pfister, op. cit., p. 208). 

5. Pfister, op. cit., p. 82. Ou a supposé (D'Arbois de Jubainville, Ilist, 
des corn tea de (IhHmpmjne, t. IV. 2" partie, p. 021 ; cf. t. 1, p. 310-314) que 
le droit de }^île des comles de Ghanipa^^nie à Saint-Pierre-le-Vif remontait 
à cette donation. 

G. Glarius, C/iro/2., p. !)03 ; Geoffroi de Gourion, Chron., p. 416. 

7. Les textes disent, d'ailleurs, que Ménard avait été désigné par le 
clergé et par le peuple. Gela est bien possible, étant donné ce que l'on sait 
de sa vie respectable (voy. p. 32'i, u. . 

8. Glarius, C//ro/ï., p. r)03 ; Geoffroi de Gourion, Chron., \). 410; Raoul 
Glaber, llisl., III, 9, éd. Prou, p. 8:'). Gf. L. Ilalplion, Le comté d'Anjou 
au XI' siècle, Paris, 1900, in-8, p. 45-46. 



SENS 32^ 

la double injure. Dans l'été de 1032, il arriva avec une forLe 
armée ù Mâlay-le-Grand, près de Sens ; son allié Fouques le 
Noir ruina le cloître de Saint- Pierre-le- Vif ; mais la tentative 
avorta '. L'année suivante, il campe h Salcy, dévaste Saint- 
Remi, Saint-Jean, Saint-Léon. N.-D., les faubourgs, mais 
n'entre pas dans la ville-. Ce n'est qu'en 1034, sans doute 
à la suite d'une troisième expédition, qu'Eudes II consentit ^ 
traiter: il abandonna la moitié de Sens au roi et laissa Gelduin 
entrer dans la ville ', La mort de Rainard II. en lO^iî), (it 
récupérer par Henri I"'' ta partie de Sens à laquelle le traité 
conclu par son père lui avait donné droit '. Quant & l'autre 
partie, on a supposé que Gelduin l'avait abandonnée au roi 
pour prix de son élection'^. Ce qu'on sait de la vie de ce 
personnage et des elTorls de son successeur Ménard pour 
réparer le mal commis '' permet de lu supposer. En tout cas, 
quand Rainard 11 mourut, il ne restait plus â l'archevêque, du 
comté de Sens, que les quatre baronnies de Nailly, Villeneuve- 
l'Archevêque, Saint-Julicn-du-Sault, Brienon^, La querelle 
entre les comtes et les arclievèqui;s de Sens s'était soldée au 
profil d'un troisième larron, — la royauté. 

Sans doute le roi du France, en tant que feudataire de l'arche- 
vêque pour les domaines de Bra y-sur- Seine et de Montereau *, 
se fait représenter au jour de son intronisation parmi les porteurs 



1. Ciarius, Chron., p. 50t; GeoiTroi deCourlon, Chron., p. 416. 

2. Mêmes textes. 

3. Mêmes textes. Cf. Pllster, op. cit., p. 122. 

4. Ciarius, Chron., p. 50fi : " Tuoc rex llainriciiB possedît civilatem, et 
omaïa que ipse babuerat u. Voir ud acte de Itainurd II, de 102:t, dans Quan- 
till, Carlul. génér., n" XXCV, I, I. p. 1(53-101. 

5. Challe, loc. cil., p. IB4, et, nvec des l'éserves, Quaniia, Lei archev^qura 
df Sert» considéré$ dans leur rapport féodal au moyen ^ge, dans Bull, de 
r Yonne, 1850. t. IV, p. B». 

B. Ciarius, CAron., p. .'>05-50<i ; (îeolTroi de Courlon, Chron., p. 423, 
420, 432. Gelduin fut déposé par L.éon, el remplacé par Ménard, alors 
évftjue deTroyes; Golduin protesta auprès d'Alexandre II qui leur enleva 
& tous deux la charge pastorale ; puis Ménard tut réintégré, et il ne mou- 
rut qu'en 1062. Voy. souépitaphe dans Gallia Christ., t. XII, col. 38. 

7. Challe. loc. cil., p. 184; Quaiitio, loc. cit.. p. 68 ; Id., Cartul. gén., 
t. Il, Introd., p. XL-Lxxii. 

8. (Juanlin, Le» archei-^ques de Sens, dans Bull, de rVonite, 1850, 
t. IV, p. 69. Voy. les textes, dans Quaolin. PWce», q° 723, p. 379, el Bih. 
Nat., lat, 9897, f°* 52 v», 53 v", 54, 54 v", 55, S3 v-, 59 y, 60, 60 v'-li2. 
etc. 



32fi LA COMMUNE DE SOISSONS 

du trône archiépiscopal *. N empêche qu'il tient à Sens une place 
considérable. Dès Robert le Pieux, ily a à Sens un prévôt royal ^^ 
dont, en 1061 ^ et en 1108 *, il est nécessaire de limiter Tactivité. 
Le pouvoir du prévôt s exerce sur les hommes du roi ^ ; officier 
judiciaire, c'est aussi un administrateur financier ^. L'établisse- 
ment de la commune, à Sens, amena sa disparition temporaire : 
en 1189, le produit des amendes delà prévôté fut abandonné à 
la commune^; mais en 1225, celle-ci restituait la prévôté au 
roi ^, et dès lors, il existe à Sens un prévôt ^, dont tout simple- 
ment les fonctions seront étendues au moment où la commune 
sera résiliée. De plus, à la fin du xii*^ siècle, on voit apparaître à 
Sens un bailli *'\ dont la circonscription est fort grande ** , mais 
dont les fonctions intrasénonaises sont néanmoins assez intéres- 
santes *- : on connaît, pour 1296, la composition exacte de son 
tribunal, où le prévôt, le châtelain et le maire de Sens avaient 
voix '^. Le châtelain était, à Sens, un autre représentant du roi : 
on ne sait pas à quelle époque exactement il apparaît *^. Il e.sl 
probable qu'il remplissait certaines des fonctions dévolues pri- 
mitivement aux vicomtes. 

Ceux-ci subsistèrent un certain temps. C'est ainsi que le 



1. Voy. p. 320. Do son côté, rarchevôque est feiulataire du roi pour la 
lerredi' Noion [GalUii (shrisf., l. XII, Inslr., col. 7i-). 

2. Odoranno, 7'/vi/j.'</., dans Diini, Bib. hist., t. II, |). Mi. Cf. Pfisler, 
op. cit., p. 130. 

3. Qnantin, Cnrdil. r/ànrr., n" Xc:VII. l. I, p. 180-188. 

4. A. Luchaiiv, Ann. de Louis Vf, n" 90, p. 18. 

5. Qnantin, Carlul. fj^n., t. I, Inlrod., p. xcii, et p. 233. 

6. Id., t7>tV/., p. xviii; t. II, Introd., p. xcii et xciii. 

7. Id., ibid., no CDI, t. II, p. W). 

8. Qnantin, Piôoon.,,^ n" 323, p. 1 '*2. (if. Do Lavernado, llisioire de Sons^ 
p. 87. 

0. Exomplo pour 1270, oité par K. Gnôrin, frivenl. des documents relatifs 
n l'hist. religieuse et civile de Sens, (hxns Bull, de Sens. iHHT}, t. XIII, p. i2t. 

10. G. Julliot, Fragments de sigillographie sénonaise, dans Bull, de Sens^ 
1807, t. IX, p. 2('r» ; Quantin, Cartul. gén.^ t. II, Inlrod., p. xciii. Le 
\^^ acto où il soit cité est do llîU Id., ibid.,\V' CDLV, l. II, p. 466). Voy. 
Pelée de Chenouleau, Détails hist. sur le bailliage de Sens, à la suite de l.i 
Conférence de la coutume, p. *>37-021. 

11. Qnantin, Pièces, Inlrod., p. i.xvi. 

12. Id.. ibid., p. i.xvii. 

13. Id., ibid.j p. lxv, n. (c). 

14. En 1274, nous trouvons le lostamonl {]e Joan le Monnayour, châtelain 
(\o Sens (Arch. Yonne, G 135, n" 2). 



SENS 327 

vicomte Salon vécut jusque vers H68*, etil eut un pouvoir 
effectif, puisqu'il figure parmi les seigneurs auxquels le pape 
Eugène III fit appel contre la commune de Vézelay, en 1152 2. 
Il eut deux fils, Bouchard et Garin ^ : celui-ci mourut en 1168 ^, 
léguant à Saint-Pierre-le-Vif deux muids de grain à prendre sur 
les moulins de la vicomte '\ Ainsi, le vicomte apparaît avant 
tout comme possesseur de droits économiques : en 1169, Louis VII 
ratifie une donation de Garin et de Salon aux lépreux du lazaret 
de Popelin, de 210 sous sur le péage de Pont-sur- Yonne et de 
deux muids de grain sur les moulins de la Vanne ^. Mais le 
vicomte est dans la dépendance à la fois de Tarchevêque et du 
roi : en 1176, Louis VII déclare avoir fait don à Téglise de Sens 
de tous ses droits sur les moulins que le vicomte possédait au 
faubourg de cette ville, et Farchevéque et le chapitre qu'ils ont 
cédé au roi le fief que le vicomte tenait d'eux à Sens ^. A cette 
époque, la famille vicomtale n'a plus pour ainsi dire d'impor- 
tance. En 1270, Guillaume de Barres, héritier du vicomte Pierre 
de Barres, vend à l'archevêque de Sens le tiers de la vicomte 
pour 1500 1. tournois, et un quint de 375 1. tournois ^; anté- 
rieurement, Etienne de Barres avait déjà émietté sa propriété 
vicomtale ^. Celle-ci ne constituait plus qu'un ensemble de droits 
sur les objets de consommation, répartis entre au moins quatre 
possesseurs, parmi lesquels le roi tenait la plus grande place ^^ : 
l'archevêque ne fut jamais en possession de tous ces droits, au 
moins jusqu'en 1745 ** ; en 1777, il se désignait pourtant lui- 
même du nom de vicomte *'^. 

1. Quantin, CartuL gén,, n»» CLIV, CCXXXIV, CCXXXIV, CCCLXXVI, 
p. 271-274, 375, 378, 536-537. 

2. //. F., t. XV, p. 478. Cf. D'Arbois de Jubainville, Hlst, des comtes de 
Champagne, t. III, p. 37-39. 

3. Quantin, op, cit., n® CCCLXII, t. I, p. 521. 

4. Clarius, Chron., dans Duru, Bib.hist., t. II, p. 546. 

5. Confirmation par Louis VII (A. Luchaire, Études.., Ca/a/.,n°559,p.i76). 

6. A. Luchaire, op. cit., n° 579, p. 282. 

7. Id., ibid., n*> 712, p. 322-323. 

8. Quantin, Pièces, n° 660, p. 328. 

9. Bib. Nal., lat. 9895, f® 26 et v<». La rente constituée alors passe en 
1294 à un bourgeois de Sens. 

10. Voy. les textes publiés par Lecoy de la Marche, dans Bib. de VÉc. 
des Chartes, 1866, p. 265 sq., etH. Monceaux, dans Bull, de i Yonne, 1880, 
t. XXXIV, p. 303 sq. 

11. Monceaux, loc. cit., p. 305. 

12. Arch. Yonne, G 135, n» 101 ; «..,Nous, PauJ d'Albert de Luynes, cardj* 



328 LA COMMUNE DE BOISSONS 

En face de ces juridictions laïques, se dressaient, à Sens, les 
juridictions ecclésiastiques. Des treize paroisses érigées en com- 
munauté en 1221 ^, la plus importante ét